‹ De la sagesse; trois livresChapitre 414 sur 456 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

De la povreté, indigence , perte de biens.

Cette plaincte est du vulgaire sot et misérable , qui met aux biens de la fortune son souverain bien , et pense que la povreté est un très grand mal. Mais pour monstrer ce qui en est , il y a double povreté , l'une extrême , qui est disette et deffaut des choses nécessaires et requises à nature ; cette-cy n'arrive presque jamais , estant nature si équitable et nous ayans formé de cette façon, que peu de choses nous sont nécessaires , et icelles se trouvent par-tout , ne manquent point , parabile est quod natura desiderat, et expositum ' , ny encores gueres celles qui sont à suffisance, et regardent l'usage modéré et la condition d'un chascun , ad manum est quod sat est '. « Si nous voulons vivre selon nature et raison , son désir et sa reigle , nous trouverons tousjours ce qu'il nous faut : si nous voulons vivre selon l'opinion , nous ne le trouverons jamais : si ad naturam vives, nunquàm erispauper; si adopinionem, nunquàm dives : exiguum natura desiderat, opinio immensum ^. Et puis un homme qui a un art ou science, voire à qui seulement les bras demeurent de reste , doibt-il craindre ou se plaindre de cette povreté ? »

L'autre^ est faulte des choses qui sont outre la suflisance requise à la pompe, volupté, délicatesse. C'est une médiocrité et frugalité ^ et c'est à vray dire , celle que nous craignons ,

* Presque tout ce chapitre est tiré, comme le précédent, de Sénèque et de Du Vair.

" Ce dont nous avons naturellement besoin est toujours prêt et à notre disposition. (Sénèque, Epist. iv. )

^ Nous avons sous la main tout ce qui doit nous suffire. (Sénèque, Ep. iv.)

^ La traduction précède la citation. Cette pensée est d'Épicure, au rapport de Sénèque, Epist. svi.

^' Sous-entendoz pauvreté

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