‹ De la sagesse; trois livresChapitre 43 sur 456 · LIVRE I, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XI

quelquesfois plus : car aucuns ont l'ouye plus aiguë que l'homme -, autres la veue -, autres le fleurer ; autres le goust : et tient-on qu'en l'ouye le cerf tient le premier lieu , et en la veue l'aigle, au fleurer le chien , au goust le singe, en l'attouchement la tortue ; toutesfois la prééminence de l'attouchement est donnée à l'homme , qui est de tous les sens le plus brutal. Or si les sens sont les moyens de parvenir à la cognoissance, et les bestes y ont part, voyre quelquesfois la meilleure, pourquoy n'auront-elles cognoissance?

Mais les sens ne sont pas seuls outils de la cognoissance , ny les nostres mesmes ne sont pas seuls à consulter et croire ; car si les bestes par leurs sens jugent autrement des choses que nous par les nostres , comme elles font , qui en sera creu? Nostre salive nettoyé et dessèche nos playes, elle tue aussi le serpent : qui sera la vraye qualité de la salive ? dessécher, et nettoyer, ou tuer? Pour bien juger des opérations des sens , il faut estre d'accord avec les bestes , mais bien avec nous-mesmes -, nostre œil pressé et serré voyt autrement qu'en son estât ordinaire ; l'ouye resserrée reçoit les objects autrement que ne l'estant ^ autrement voyt , oyt , gouste un enfant , qu'un homme faict , et cestuy-cy qu'un vieillard, un sain qu'un malade , un sage qu'un fol. En une si grande diversité et contrariété , que faut-il tenir pour certain ? Voyre un sens dément l'autre 5 une peincture semble relevée à la veue , à la main elle est platte.

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