‹ De la sagesse; trois livresChapitre 449 sur 456 · LIVRE III, CHAP. XLIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XLIV

tlu monde , de pouvoir estre tournée à mal et à bien , selon que celuy qui les possède est mal disposé : la pluspart des hommes abusent de leur entendement, ce n'est à dire qu'il n'en faille avoir '. »

' Ce qui est entre des guillemets a" été pris dans Du Vair, de l'Éloquence fravçoise , p. 357.

Guillaume Du Vair, qui fut eonseiller au parlement, garde des sceaux , évêque de Lisieux , naquit en 155G, et conséquemment étoit de quinze ans plus jeune que Charron, né en 1641. Les OEuvres de ce savant magistrat ne furent publiées que plusieurs années après sa mort, arrivée en 1G2 1 ; mais ses Traitca philosophiques , qui font partie de ses œuvres , avoient paru séparément, huit à dix ans avant la première édition du livre de la Sagesse.

11 est requis avant tout œuvre , sçavoir que c'est que sagesse , et comment nous entendons la traitter en ce livre , puis qu'il en porte le nom et le titre. Or dés l'entrée nous advertissons que nous ne prenons icy ce mot subtilement au sens hautain et enflé des théologiens et philosophes (qui prennent plaisir à descrire et faire peinture des choses qui n'ont encores esté veues, et les relèvera telle perfection, que la nature humaine ne s'en trouve capable, que par imagination ) pour une cognoissance parfaite des choses divines et humaines, ou bien des premières et plus hautes causes et ressorts de toutes choses: laquelle réside en l'entendement seul , peutestre sans probité (qui est principalement en la volonté), sans utilité, usage, action , sans compaignée et en solitude; et est plus que très rare et difficile , c'est le souverain bien et la perfection de l'entendement humain : ny au sens trop court, bas et populaire, pour discrétion , circonspection , comportement advisé et bien réglé en toutes choses, qui se peut trouver avec peu de pieté et preud'hommie , et regarde plus la compaignée et l'autruy que soy-mesme. Mais nous le prenons en sens plus universel , commun et humain , comprenant tant la volonté que l'entendement, voire tout l'homme en son dedans et son dehors, en soy seul, en compaignée , cognoissant et agissant. Ainsi nous disons que sagesse est preude prudence , c'est-à-dire preud'hommie avec habilité, probité bien ad visée. Nous sçavons que preud'hommie sans prudence est sotte et indiscrette ; prudence sans preud'hommie n'est que finesse : ce sont deux chose.s les meilleures et plus excellentes, et les chefs de tout bien; mais seules et séparées, sont défaillantes, imparfaites. La sagesse les accouple, c'est une droitture et belle composition de tout l'homme. Or elle consiste en deux choses , bien se cognoistre , et constamment estre bien réglé et modéré en toutes choses par toutes choses : j'entends non seulement les externes qui apparoissent au monde, faits et dits; mais premièrement et principalement les internes, pensées, opinions, créances desquelles (ou la feinte est bien grande, et qui enfin se descouvre) sourdent les externes. Je dis constamment, car les fols parfois contrefont, et semblent estre bien sages. Il sembleroit peut-estre à aucuns qu'il suffiroit de dire que la sagesse consiste à estre constamment bien réglé et modéré en toutes choses, sans y adjouster bien se cognoistre : mais je ne suis pas de cet advis ; car advenant que par une grande bonté, douceur et soupplesse de nature, ou par

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