‹ De la sagesse; trois livresChapitre 7 sur 456 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

autre soin et diligence que l'on ne fait. C'est chose estrange et déplorable qu'une telle nonchalance de la vie, et bonne vie de ceux que nous voulons estre d'autres nous-mesmes. Es moindres affaires nous y apportons du soin , de l'attention , du conseil : icy au plus grand et noble, nous n'y pensons point, tout parhazard et rencontre. Qui est celuy qui se remue, qui consulte , qui se met en devoir de faire ce qui est requis, de se garder et préparer comme il faut, pour faire des enfansmasles, sains, spirituels, et propres à la sagesse? Car ce qui sert à l'une de ces choses, sert aux autres, et l'intention de nature vise ensemble à tout cela. Or c'est à quoy on pense le moins 5 à peine pense-t-on tout simplement à faire enfans , mais seulement , comme bestes , d'assouvir son plaisir : c'est une des plus remarquables et importantes fautes qui soit en une republique, dont personne ne s'advise, et ne se plaint, et n'y a aucune loy, règlement , ou advis public là-dessus. Il est certain que si l'on s'y por toit. comme il faut, nous aurions d'autres hommes que nous n'avons. Ce qui est requis en cecy, et à la première nourriture , est briefvement dit en noslre troisiesme livre , chapitre XIV.

Le second moyen est en l'eslude de la philosophie , je n'entends de toutes ses parties , mais de la morale ( sans toutesfois oublier la naturelle), qui est la lampe, le guide, et la règle de noslre vie, qui explique et représente très bien la loy de nature, instruit l'homme universellement à tout, en public et en privé, seul , et en compagnie, à toute conversation domestique et civile , oste et retranche tout le sauvagin qui est en nous, adoucit et apprivoise le naturel rude, farouche et sauvage , le duict et façonne à la sagesse. Bref, c'est la vraye science de l'homme -, tout le reste, au pris d'elle, n'est que vanité, au moins non nécessaire, ny beaucoup utile : car elle apprend à bien vivre, et bien mourir, qui est tout 5 elle enseigne une preude prudence , une habile et forte preud'hommie, une probité bien advisée. Mais ce second moyen est presque aussi peu pratiqué.

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