CHAPITRE I
La salipyrine est peu connue : les traités les plus récents
de thérapeutique n’en parlent pas. Il nous semble donc utile, avant d'aborder l'étude de son emploi en clinique,
de donner un aperçu de la chimie de ce corps.
La salipyrine, appelée au début par les Allemands antipyrinum salicycum, est une combinaison d’acide salicylique et d’antipyrine, un salicylate d’antipyrine : CHHA7O CH 0°.
Elle a été préparée pour la première fois par Lüttke de Rostock. Ce chimiste l’obtient en chauffant au bain-marie des poids moléculaires égaux d’acide salicylique et d’antipyrine et ajoutant ou non un peu d’eau. Les deux corps fondent et donnent ainsi naissance à une huile qui cristallise par refroidissement. Puis Lüttke purifie par cristallisation dans l’alcool.
On peut la préparer aussi facilement en agitant une solution éthérée d’acide salicylique avec une solution aqueuse d’antipyrine. La salipyrine qui est presque insoluble dans J’eau et n’est que fort peu soluble dans l’éther précipite en beaux cristaux. On obtient encore de beaux cristaux en mélangeant une solution pas trop concentrée
or
d’antipyrine dans le chloroforme avec une solution éthérée d’acide salicylique (1).
Au lieu d’acide salicylique on peut employer le salicylate de soude. On ajoute par petites quantités et dans une proportion déterminée du salicylate de soude à une solution étendue d’antipyrine mise préalablement en ébullition. La solution après s’être refroidie laisse déposer des cristaux formés par du salicylate d’antipyrine.
Scholvien opère plus simplement. Il chauffe au bainmarie avec une quantité extrêmement minime d’eau, de l’antipyrine et du salicylate de soude. [lobtient ainsi, après refroidissement, une sorte d'huile figée.
Enfin Pietro Spica de Padoue (2) la prépare en ajoutant petit à petit à la solution aqueuse bouillante de 100 p. d’antipyrine un équivalent d’acide salicylique (73,3 p.). L’eau est-elle en quantité suffisante, la solution bouillante est claire. Dans le cas contraire, il se dépose au fond du vase une masse huileuse jaunâtre. Dans les deux cas, la solution se trouble à froid et il se dépose plus tard des écailles cristallines ou des tablettes obliques.
La salipyrine est une poudre blanche cristalline, d’une saveur âcre, puis légèrement sucrée, sans aucune odeur, Elle est peu soluble dans l’eau froide (0,4 0/0),p lus soluble dans l’eau chaude (4,4 O10) ; elle se dissout plus facilement dans l'alcool, l’éther, le chloroforme, la glycérine.
Pour en faire l'essai, on peut recourir au procédé suivant. On décompose un poids donné de ce médicament,
(1)Ann. de Thér. 1890.
(2) Union pharmaceutique. 1890.
LR —
en chauffant avec de l’acide sulfurique étendu. On agite avec de l’éther qui enlève l'acide salicylique. Après évaporation de l’éther, on pèse et on vérifie le point de fusion de l’acide qui doit être 156°. D'autre part on alcalinise la solution restante, on agite avec du chloroforme qui enlève l’antipyrine, on évapore et on pèse.
La salipyrine doit renfermer 42 3 0/0 d’acide are lique et 57,7 O0 d’antipyrine.
D’après Altschul, on peut encore opérer de la manière suivante. On pèse sur un verre de montre 3 gr. 26 de salipyrine (1/100 de molécule). On met le verre de montre et la substance dans un vase de Bohème, on place le tout dans un bain-marie d’alcool étendu de sa moitié d’eau. Après addition d’une goutte de phénolphtaléine, on fait un titrage acidimétrique avec une solution alcaline normale. Les dixièmes employés donnent directement la proportion en centièmes de salicylate d’antipyrine contenu dans l'essai, car 3 gr. 26 de ce composé correspondent à 10 cc. de la solution alcaline normale (1),
La salipyrine chauffée avec de l’acide sulfurique donne de l’acide salicylique et, avec de la soude, de l’antipyrine.
En traitant une solution de salipyrine par HCI, on a un précipité d’acide salicylique. Si on reprend ce précipité par l’éther, le liquide donne les réactions de l’antipyrine.
Les cristaux fondent entre 89° et 90°; à une température plus élevée ils se décomposent.
En ajoutant à une solution de salipyrine quelques gouttes de perchlorure de fer on obtient une coloration
(1) Journal de Pharmacie et de Chimie, 1892.
nu —
violette. Si l’on emploie l’acide azoteux on a une coloration verte.
La salipyrine, étant peu soluble, s’administre de préférence en cachets.
On peut aussi la prescrire dans une potion de Todd ou dans un peu de vin.
Hennig préconise la formule suivante :
SAliDyrine. 7.1. 6 GLycéT Me... 14 DILOPE A ta ane 30 Eau distillée...... 40
dans laquelle une cuillerée à bouche correspond à 1 gramme à peu près du médicament. La dose journalière du médicamment peut varier de 1 à 6, rarement 8 gr.