OBSERVATION II
(Clinique de M. le Professeur Pollosson) Publiée par MM. Jamin et Violet.
I. À..., 22 ans, célibataire, de Morez (Jura). Entrée le 3 décembre
1903, opérée le 12, sortie Le 4 février 1904.
EN
Diagnostic clinique : Kyste de l'ovaire bilatéral.
Diagnostic opératoire : Salpingite tuberculeuse double.
Intervention : Salpingectomie double par voie abdominale.
Est envoyée à la Clinique par M. le Professeur agrégé Bérard, avec le diagnostic de kyste de l'ovaire après examen rapide,
Réglée à 15 ans et depuis très régulièrement, jamais de grossesse.
Au mois de mai 1903, son ventre grossit brusquement sans arrêt des règles. En juin, elle consulte un docteur qni diagnostique un kyste de l’ovaire. Jamais de grosses douleurs abdominales : toutefois la malade dit avoir interrompu son travail pendant deux mois.
Depuis cette date, pas d'augmentation appréciable du volume du ventre.
Examen local: La portion sous-ombilicale de l'abdomen est saillante.
Par la palpation, on sent une tumeur de gros volume, remontant jusque l’ombilic et de consistance ferme, tendue. Cette tumeur est mobilisable.
Au toucher, la malade est d’une virginité douteuse; le col utérin est long, fermé. En arrière de lui, on sent une masse dure, bosselée, bombant dans le Douglas.
Par le toucher et le palper combinés, on délimite nettement l'utérus en avant couché contre la symphyse pubienne.
La masse, accessible par l’abdomen, surtout développée à droite, mobilisable, n'entraine nullement dans ces déplacements la petite tumeur bosselée et dure, saillante dans le Douglas. À ce moment, le diagnostic est le suivant : kyste de l’ovaire d’un côté, avec ovaire du côté opposé kystique prolabé dans le Douglas.
Mais en continuant l’examen, on trouve que si la masse droite de la tumeur abdominale est indépendante de la tumeur du Douglas, il n’en est pas de même de la portion gauche. Les chocs imprimés à celle-ci se transmettent nettement à la tumeur du Douglas. En faisant basculer, puis en faisant maintenir récliné le kyste droit, on peut parfaitement délimiter à travers la paroi abdominale une seconde tumeur égale en volume à la première, indépendante d'elle et venant pointer dans le Douglas où la transmission est très nette.
Le diagnosticest donc: kyste de l'ovaire bilatéral, et l’on peut avant l'intervention dessiner très nettement la disposition des deux kystes
par rapport à l'utérus, et de l’un par rapport à l’autre.
TN Es
Appétit conservé. État général bon. Temp. 370 à 37° 5.
12 décembre (Docteur Jamin, aide Docteur Violet, en présence de M. le Professeur À. Pollosson). Après incision du péritoine, on trouve le grand épiploon couvert de granulations, étalé jusqu’au pubis et adhèrent aux masses kystiques. Le doigt élant facilement glissé dessous, on le sectionne entre deux pinces et on le .rabat en bas. On découvre ainsi les deux masses Kysliques, qui sont reconnues imimédiatement pour les deux trompes. La trompe droite, dilatée, en corne muse, recourbéeà son extrémité utérine,surtout développéeparson fond complètement fermé, est énucléée facilement de l'abdomen. Le pédicule est sectionné entre deux pinces, et la tumeur est enlevée intacte.
On attaque alors la trompe gauche enclavée dans le Douglas. Elle est attirée avec quelques difficultés. Au moment où on l’extériorise, elle se rompt. Une grande quantité de pus envahit le petit bassin, heureusement bien protégé par de nombreuses compresses. Ablation de l'ovaire droit. Ligature des pédicules. Drainage abdomino-vaginal. Mikulicz abdominal.
Ablalion des mèches le neuvième jour. Guérison sans incident.
Examen des pièces : Les Lumeurs enlevées sont consliluées par les deux trompes, rappelant comme volume et comme forme une grosse aubergine, avec une tendance à se développer surtout par le fond. £a trompe droite enlevée en totalité est fluctuante. Sa surface péritonéale est régulière, lisse.
La trompe gauche rompue présentait une forme el un volume semblable. La surface péritonéale présente un semis granuleux sans points purulents. La surface interne présente des granulations mulliples analogues aux granulations bacillaires.
L'ovaire enleyé présente à sa surface les mêmes granulations tuberculeuses. Pas d’abcès localisé à la coupe.
Devant celle constatation inaltendue, la malade est réinterrogée au point de vue de ses antécédents bacillaires et sur le début de son affection. C’est en juin que son affection a débuté par des douleurs dans le ventre. En quinze jours, son ventre est devenu aussi gros qu'il l’est actuellement. Pendant un mois, elle a gardé le lit avec
un peu de fièvre (38°), du ballonnement, des douleurs dans le ventre et de la diarrhée.
Du côté de ses antécédents hérédilaires, nous ne relevons que peu de chose. Les parents sont en bonne santé. Son frère est mort à ar ans après un mois de maladie, il y a un an. Nous n'avons pu savoir quelle avait été cette affection. é
Personnellement, la malade n’a jamais fail de maladie grave ; toutefois, interrogée sur ce point, elle avoue avoir craché du sang à plusieurs reprises durant les deux derniers hivers.
Dès lors, l'enchaînement et l’évolution des lésions devenaient plus faciles à comprendre. L’affection de juin dernier répondait à une poussée de péritonite luberculeuse ; le diagnostic aurait pu être soupçonné.
Examen histologique : La musculeuse est bien diminuée d'épaisseur ; les faisceaux coupés, les uns en long, les autres en travers, sont clairsemés. Dans la sous muqueuse existe un tissu conjonctif assez développé.
La vascularisation n'est pas très intense. La muqueuse présente sur les colorations faites au picro-carmin un aspect général jaunâtre. Les saillies de villosités sont totalement abrasées. Eeur base seule existe sous forme de travées épithéliales plongeant dans un tissu infiltré de cellules embryonnaires, Çà et là dans la muqueuse, on trouve des nodules tuberculeux d’un bel aspect jaune, au centre desquels les cellules perdent leurs contours, se fusionnent. En d’autres points, on
trouve des amas de caséuim.