‹ De La Saponaire et De La SaponineChapitre 3 sur 11 · QUES · texte numérisé non relu

QUES

sur 2 verticilles, les 3 internes insérées à la base des pétales ; anthères bi-loculaires, à déhiscence extrorse : ovaire supère, surmonté de 2 styles à stigmates papilleux. Le fruit est une capsule ovoïde, uniloculaire, à

fausse placentation centrale (par résorption des cloi-

.Sons) et à déhiscence denticide ; ovules nombreux cam-

pylotropes; graines contenant un embryon enroulé autour d’un albumen farineux.

Je citerai pour mémoire les saponaires suivantes : Saponaria vaccaria, L. (S. rubra, Lam.) qui pousse dans les champs, parmi les blés, aux environs de Paris ; elle est abondante en Alsace-Lorraine et en Suisse,

Sap. occimoïdes, L. (S. repens, Lam.) ou saponaire faux bazilic, qui croît dans les endroits couverts des provinces méridionales et qui est très commune en Auvergne, dans les Basses-Alpes, en ltalieeten Suisse; sa tige ne dépasse pas 20 centimètres et la planteentière est un peu velue.

Sap. Lutea, L., à fleur jaune et à calice tubulé velu; celle-ci est assezrare et on ne la rencontre qu’à certaines altitudes dans les Alpes, au Mont-Cenis, au mont Ven-

‘toux en Provence, etc.

Enfin je dois signaler également les Siènes et les : Tychnides dont quelques variétés sont confondues par le vulgaire, avec la saponaire off. On ne doit pas non plus oublier que la racine du « lychnis divica » est le «radix saponariæ albæ » des pharmacopées allemandes et que les sommités servent quelquefois à falsifier celles de notre saponaire.

Ce lychnis n’a pas les feuilles trinerviées et ses fleurs

ne sont pas réunies en touffes, C’estencore un lychnis (lychï Loque Marius. 2

Te nis gythago, scop. — Agrostemma gythago, L.) qui donne les semences connnes sous le nom de nielle des blés ; semences contenant un principe actif très vénéneux que Schultze a fait connaître sous le nom d’agroslemmine, Scharling sous celui de githagine et que Malapert, dans ses expériences, a appelé saponine.

Froissées entre les doigts, les feuilles de saponaire à l’état frais,exhalent une odeur sensiblement nauséeuse; toutes les parties de la planteont un goût âcre, un peu amer et communiquent à la salive lorsqu'on les mâche, et à l'eau par l’agitation, la propriété de mousser.

On connaît aussi dans le commerce de grosses racines appelées saponaire blanche, d'Orient, d'Egypte, d'Espagne ou d’Illyrie; elles ne servent que dans l’industrie et je n’en parlerai que très peu dans le cours de cette étude.

HISTORIQUE. — Les Latins désignaient les composés de corps gras et d’alcali par le mot sapo qu'ils avaient tiré du grec caruv provenant du celte saboun, terme dont on se sert encore en Provence pour désigner le savon (1).

En Provencela saponaire, est encore la « sabounetto » diminutif féminin signifiant petit savon; mais les anciens

(1) Étymologie donnée par M. J. Bouis. — Ceux qu’intéresserait l’histoire du savon, trouveront tous les détails nécessaires dans le rapport des citoyens Pelletier, Darcet et Lelièvre, sur la fabrication des savons. Je dirai seulement ici que Pline en attribue l’invention aux Gaulois qui s’en servaient, dit cet auteur, comme cosmétique.

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auteurs nenous ont laissé aucun manuserit mentionnant sous son nom actuel ousous un nom quilui ressemble cette plante si commune,si répandueet qu’on trouve encore en abondance dans toute l'Italie. Et il a paru si extraordinaire que les médecins de l'antiquité aient négligéde s'occuper de ce végétal, eux qui s’appliquaient à rechercher les propriétés des simples et qui leur accordaient volontiers tant de vertus miraculeuses, qu'on a voulu quand même reconnaître cette plante sous un nom désignant quelque merveille. Pendant longtemps, en France, on eut, en effet, tenu pour nulles les propriétés de tout produit naturel dont lesauteurs grecs ou latins ne faisaient pas méntion. Cet engouement a pris fin pour le plus grand bien de la science; mais si, par de nombreuses el patientes recherches, la chimie moderne a montré qu'elle était, mieux que les anciens, capable d'indiquer les véritables propriétésdes végétaux, il n’en est pas moins intéressant de savoir si ceux que nous employons l'ont été également par eux.

Pour de pareilles recherches il faut rejeter toute idée préconçue, afin de ne pas s’exposer, trop facilement, à faire fausse route. |

Les auteurs français des xvri° et xvrr siècle font déjà ressortir les analogies qui existent entre notre saponaire et la « radicule » des Romains.

En 1797, Ameilhon dans une suite de mémoires qu’il présenta à l’Académie des sciences et des arts, résumant tout ce quiavait été dit sur cette question, affirma que le struthium n’était autre que notre saponaire ; aujourd’hui encore, le D'E. Labbée n'ose pas repousser

LPADS

complètement cette opinion ; el s’il pose la doute, c’est parceque, dit-il, « cet écrivain n sait pas la saponaire d'Egypte qui a les mêmes applications industrielles que l’officinale. »

Ameilhon, il y a un siècle, se trompaitou ne se trompait pas; dans ce dernier Cas, quelle plante depuis lors découverte, pourrait changer ses conclusions ?

La véritéest immuable: c’estelle seulequ’on doit poursuivre dans les recherches scientifiques et dans ce but ilest permis de repousser toute autorité.

Fort de ce principe, je dirai que les applications industrielles d’un végétal ne suffisent pas pour le désiener; car il existe un nombre considérable de plantes savonneuses employées de toute antiquité, et les Ecritures sacrées nous parlent des herbes qui servaient, ainsi que les graisses traitées par les cendres de bois, à nettoyer les toisons des brebis et les vêtements des Hé-

question de e connais-

breux.

L’organographie seule, à mon avis, a une valeur

réelle; quant aux propriétés médicales, elles sont trop variables comme tout ce quitient de l'imagination. D'ailleurs, on trouve dans Pline bien des végétaux auxquels on attribuait les mêmes vertus.

Voyons done comment est décrit le struthium ou radicule : |

Pline (1), après avoir parlé du lin, du coton, de l'amiante et d’autres matières précieuses, ajoute : « Et puisque nous avons commencé par les merveilles, nous

(1) Pour la traduction de Pline, j'ai le plus souvent suivi celle de Littré.

LAS — les examinerons l’une après l’autre... » !l passe alors en revue les truffes, les champignons et le légendaire silphion des Grecs, déjà disparu de la Cyrénaique. «Il est encore, dit-il ensuite, deux plantes bien connues de Ja foule avare, à cause du gain considérable qu'elle procurent : la première est la garance (1)... ; la seconde est la radicule qui fournit un suc propre au lavage des laines, contribuant merveilleusement à leur donner de la blancheur et de la souplesse. Elle vient partout par la culture; mais celle qui croîten Asie et en Syrie, dans les lieux âpres et pierreux, à la préférence. Toutefois la plus estimée est au-delà de l'Euphrate. La tige en est férulacée, mince, et les habitants la recherchent comme

aliment. »

[ci je cite le texte :

Struthion Grœci. vocant : floret æstatle, grala aspeclu : perum sine odore, spinosa, et caule lanuginoso.…

Et plus loin :

Tingentibus el radicula lanas præparat, quan Græcis vocari diximus..«» Ce naturaliste parle ensuite des propriétés thérapeutiques de cette plante ; il me suffira de dire qu’elle est présentée comme une panacée. Voilà le passage qui à donné lieu à tant de discussions ; il est facile de constater que c’est surtout en Asie, en Syrie,

(1) Après une très exacte description, Pline énumère les innombrables vertus médicales du « Rubia tinctorum » que les femmes

portaient en amulette et qui, paraît-il, guérissait les ulcères par

sa seule présence.

Aujourd’hui, dans notre pays ({11), ne porte-t-on pas un mar” ron d'Inde pour se préserver des hémorrhoïdes ?

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au-delà de l’Euphrate et toujours dans des endroits âpres et pierreux que croissait naturellement le végétal dont il s’agit, que la racine était ténue — d’où son nom latin — et qu’elle était très employée pour le blanchiment de la laine; enfin, que cette radicule était bien le struthion des Grecs. Qu'’était donc ce orpoubioy ? (1)

Si nous recherchons l’étymologie du mot nous voyons que orpolos signifie oiseau et qu’on nommait communément ainsi le passereau; or, comme le passereau est réputé très ardent en amour, on a désigné sous le nom de orpouos un homme passionné pour les femmes; puis on est arrivé à donner le même nom au meunbre viril de l’homme; et ceci est plus que vraisemblable, car on connaît l’abus que les Grecs faisaient de la métaphore. Au reste, dans toute l'Italie et dans nos provinces méridionales, on emploie indifféremment ces deux mots pour désigner le même organe.

Quelques auteurs ont pense qu’on avait dû appeler ainsi cette plante à cause de la disposition de ses feuilles qui, par leur opposition, peuvent être comparées à des ailes. A l'appui de cette hypothèse, ils signalent le mot orpouboxdundos (2) employé pour désigner l’autruche ; mais Je trouve défectueuse cette manière de voir et j'estime que son nom lui vient des propriétés médicales que le peuple lui attribuait :

(1) On trouve, dans les auteurs, orpouêes et arpouiov, selon la province grecque à laquelle ils appartenaient.

(2) srpoutoxaunaos peut d’ailleurs signifier aussi bien oiseau — chameau, que chameau ailé.

AR ASE

« Elle sert aussi, dit Antoine du Pinet, dans sa traduction de Pline, à esmouvoir l'urine, à mondifier la matrice et à ceux qui ne peuvent avoir leur haleine sans tenir le col droit. »

Hippocrate et Dioscoride disent formellement qu’elle était considérée comme aphrodisiaque.

Enfin, si on m’objectait que le mot n’est ainsi transporté que par suite de grossières comparaisons, je répondrais que c’est précisément ce qui donne le plus de force à mon opinion.

En effet, Dioscoride et Galien nous apprennent que le orpoubioy était une plante vulgaire, si commune que tout le monde la connaissait (1) et dont la racine était employée par les foulons pour le nettoyage des laines; or, qu'étaient les foulons?

Pour en donner une idée exacte, je suis obligé d'entrer dans quelques détails relatifs à la foulerie chez les anciens; mais je le ferai le plus brièvement passible.

La laine d’abord séparée du corps de l’animal avait besoin, avant toute autre opération, d’être débarrassée des diverses ordures qui s’y trouvaient mêlées et, entre autres, de la fiente des brebis. C’étaient ordinairement les enfants du foulon qui avaient cette occupation — d’où vient que la plus grossière injure qu’on put jeter à la face d’un homme était de l'appeler fils de foulon (2).

(1) vopipoy orpoubiov, disent les auteurs.

(2) Q. Fufius Calemus, dans l’invective que Dion Cassius lui met dans la bouche, reproche à Cicéron d'avoir été jadis employé à détacher des toisons la fiente des brebis qui les souillait, et à nettoyer de saletés plus dégoûtantes encore, les vêtements, tapis

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