‹ De La Saponaire et De La SaponineChapitre 8 sur 11 · RD · texte numérisé non relu

RD

de la solution. Dans l’un et l'autre cas, HS semble ne pas produire la réaction habituelle, mais si on traite ensuite ces liqueurs par l'alcool, PbS se précipite entraînant avec lui la gomme, tandis que dans la solution de saponine, celle-ei reste dans la liqueur et PbS se dépose seul (1). On a vu la facilité avec laquelle elle rend l’eau mousseuse ; cette mousse est persistante et se produit même avec une très petite quantité.

Bussy a indiqué la propriété qu'a ce glucoside d’empêcher la précipitation de certains sels tels que ceux de chaux et de plomb, et en 1850, M. F. Lebœuf communiqua à l’Académie des sciences une observation non moins remarquable.

Ce pharmacien distingué annonça que tous les corps solubles dans l'alcool et insolubles dans l’eau pouvaient en présence de la sapouine devenir miscibles à ce liquide et former des émulsions très stables ; c’est ainsi qu’un peu d’aleuol a suffi pour émulsionner la plupart des baumes et des résines employés en pharmacie, les huiles de ricin et de croton, le goudron de Norwège, le camphre, les huiles essentielles, etc, Le mercure même se divise par ce moyen en gouttelettes très fines et reste dans cet état pendant plus de six mois. Mais l’action vénéneuse de la saponine n’a pas permis de retirer de cette curieuse propriété tous les avantages qu’on se croyait en droit d'en espérer.

Saponine commerciale. — La saponime commerciale dont nous avons vu les propriétés est exclusivement

(1 Voir page 51...

retirée du « bois de Panama » par le procéde Lebœuf légèrement modifié :

L'écorce de quillaya réduite en poudre est placée dans un appareil à déplacement d’une disposition telle que l’alcooi le plus chargé arrive toujours sur des couches de plus en plus riches; la liqueur est reçue dans un appareil distillatoire qui renvoie le dissolvant à son point de départ et on arrête l’opération lorsque le liquide passe sans être coloré. L’extrait ainsi obtenu est repris par l’alcoo! bouillant avec addition de noir animal ; on filtre et on distille à siccité. Dans quelques maisons, cependant, on lave encore le produit à l’éther; c’esi avec cette dernière sorte qui m'a été fournie par MM. Dubosc frères et Suber, que j'ai fait les essais

suivants :

Purification de la saponine. — Quillaine — Soumise au procédé de purification Bussy-Rochleder déjà indiqué, la saponine que j'ai obtenue était un peu plus blanche, mais l’incinération y laissait voir encore des sels minéraux ; je l'ai alors reprise par Za/cool à 95° bouillant, en ayant soin de filtrer avant la formation du dépôt, de n'opérer que sur de perles quantités à la fois et de ne passer sur le filtre que du liquide bouillant. J'ai obtenu ainsi trois matières : l’une laissée en partie dans la capsule, en partie sur le filtre; l’autre qui s'est déposée en flocons volumineux par le refroidissement de la liqueur fittrée ; la troisième qui est restée en dissolution,

La première, desséchée et pulvérisée se présente sous l’aspect d’une poudre peu différente de la saponine primitive ; elle est douée d’une saveur plus âcre et d’un

bleue 37 2

pouvoir sternatatoire plus violent. Elle forme avec l’eau une solution très visqueuse et très louche, est insaluble dans l'alcool bouillant, mais soluble dans ce même liquide, froid ou tiède.

La deuxième, lavée à l'alcool absolu froid possède une légère saveur douceâtre suivie de picotements persisiants; l’âcreté a disparu et sa solution aqueuse est limpide sans avoir été filtrée. Incinérée, elle ne donne pas trace de sels minéraux. Une petite quantité ’éther lui enlève un principe insoluble dans un excès de dissolvant qui paraît ainsi émulsionné; si à cette pseudoémulsion on ajoute un peu de chloroforme le mélange s’éclaircit; mais un excès de chloroforme le reprécipite.

Evaporée,la dissolution éthéréelaissecomme résidu un liquide incolore,qu'une température plus élevée fait passer successivement au jaune, puis au brun noir; en ce moment la substance a une saveur douce suivie d’une légèreamertume et d’un picotement à peine sensible.Cette matière donne avec l’eau unesolution limpide; quelques centigrammes de ce produit avalés dans un centigrammed’eau n’out pas provoqué de nausées et je n’ai rien ressenti digne d’être noté.

La troisième mise à nu par l’évaporation de l'alcool est une substance sommeuse, transparente, d’une belle. couleur jaune ambrée qu’elle communiquait à son dissolvant. Mise surlalangueellese dissouttrès rapidement, possède une saveur douceâtre, âcre, piquante et une puissance émétique considérable. Une très petite quantité provoque des cæœphalalgies fugaces. Ssumise à l’action de la chaleur,elle /ond d’abord et se couvred’une pellicule; puis, latempérature s’élevant,il se produit une dé-

LR Ne composition à la suite de laquelle le liquidé s’épaissit, se boursoufle ; la matière blanchit et finalement donne de la fumée et un de résidu de charbon contenant des sels minéraux en quantité relativement notable.

Elle est insolubles dans l’éther et le chloroforme et sa solution aqueuse est très mucilagineuse et très louche.

Quant à la saponine obtenue que je nommerais « quillaine» si je n’espérais démontrer un jour qu'elle existe en combinaisoa dans les diverses saponines étudiées jusqu'ici, elle est blanche et reste telle en la desséchant dans une atmosphère d’acide carbonique. La poudre provoque l’éternuement et irrite fortement la muqueuse nasale, mais on ressent à la sorge une constriction moins vive ; sa saveur est stiptique, très piquanteet exemptedu goûtdouceureux et âcre signalé dans les autres produits.

Complètement insoluble dans l’alcool froid ,elle forme avec l’eau une dissolution limpide peu visqueuse, moussant abondamment par l'agitation et possédant toutes les autres propriétés physiques des solutions de saponine impure.

Elle brûle à l’air avec une flamme blanche éclairante sans production de fumée et le résidu de charbon ne donne pas trace de matière minérale. C’est cette saponine qui a servi aux expériences physiologiques ci-après décrites.(1)

(1\ Nous avons fait, en outre, des expériences comparatives avec la saponine impure, la matière insoluble dans l'alcool bouillant. celle soluble dans l'alcool froid et la quillaïne. — Cette dernière paraît sensiblement plus violente.

nn UT

PHYSIOLOGIE. — Lesétudes entreprises jusqu’à ce jour sur l’action physiologique de la saponine laissaient beaucoup à désirer autant'au point de vue de la rigueur des procédésemployés que de la précision etde exactitude des résultats obtenus. On a vudéjà que les premières recherches sont dues à MM. Malapert et Bonnet de Poitiers.

En 1843, ces expérimentateurs étudièrent comparativement la nielle des blés (semences de l'agrostemma gythago) et la poudre de saponaire (1) et de l'identité des effets obtenus, ils conclurent à l'identité des causes. Il est inutile de faire remarquer combien cette manière de voir est peu scientifique.

Les résultats observés montrèrent simplement la toxicité de la saponine sans jeter un grand jour sur son action physiclogique.

Plus tard M. Natanson. élève du professeur Frapp, dans une thèse publiée en 1867, ayant mis en doute l’identité chimique de la githagine (2) et de la saponine, Pélikan expérimenta comparativement ces deux produits.

Ce savant physiologiste, dans un mémoire fort intéressant où se trouvent rassemblés, pour la première fois, les principaux phénomènesdus à l’absorption de la saponine, apporta un nouvel appui aux idées de M. Natanson.

(1) La saponaire ne fut donnée qu’à un seul poulet. (Voir page 25).

(2) Produit retiré des semences de l’agrostemma gythago, et que MM. Malapert et Bonnet regardent comme de la saponine.

DUR | pou

Depuis lors aueun travail véritablement original n’est venu éclairer les coins obseurs de la question. L'étude physiologique de la saponine restait donc,pour ainsi dire à refaire. On comprend que devant l'importance des résultats à obtenir, j'ai cru devoir réclamer le concours de mon savant et dévoué ami le D' Nèble. Qu'il me soit permis de déclarer ici que Je lui laisse tout le mérite des résultats obtenus et des conclusions qu'il a su en tirer.

C'est done en nous appuyant sur les expériences des auteurs cités, mais le plus souvent sur celles qui nous sont personnelles que nous allons exposer les effets physiologiques de la saponine.

Nous ne nousdissimulons pas qu'après comme avant, la question restera entière, mais notre œuvre n'aura pas été vaine sinous pouvons attirer l’attention de quelque expérimentateur mieux outillé que nous sur un corps aussi intéressant que ce glucoside.

Action locale. — La saponine est un des corps les plus irritants. Mise en contact avec les téœuments dénudés, les plaies, les muqueuses, elle détermine une vive irritation arrivant très rapidement à l’inflammation ; xl nous a suffi, par exemple, de déposer quelques gouttes d’un solution assez faible de saponine sur la conjonctive d’un lapin pour voir se produire presque immédiatement une conjonetivite intense, accompagnée quelques instants après de troubles de la cornée.

Elle produit les mêmes effets du côté des muqueuses buccale et pharyngienne et nous avons précédemment indiqué ses propriétés sternutatoires. Constatons seule

mentici que c’est surtout sur la muqueuse des voies respiratoires qu’elle manifeste le plus promptement son action. |

Mise directement en contact avec le cœur. elle en suspend les contractions et l'arrêt survient rapidement en diastole.

Injectée dans les muscles au moyen de ia seringue de Pravaz, la saponine produit d’abord et toujours des effets locaux; et bientôt après, si la dose est suffisante, des effets généraux.

Il résulte des expériences de Pélikan, expériences que nous avons reprises mais en opérant avec plus de précision et de rigueur, puisque nous avons injecté directement la saponine dans l'épaisseur des museles et non ‘dans le tissu cellulaire sous-cutané (1), il résulte, disons-nous, que l’action locale est constante el toujours identique.

Le premier phénomène consiste dans un affaiblisse— ment très marqué du membre injecté; ce n’est point de la paralysie complète, mais les mouvements sont considérablement affaiblis et les mouvements réflexes complétement abolis.

L'anesthésie accompagne toujours la parésie, mais elle est bien plus accentuée, On peut, en eflet, piquer, brûler, couper, broyer la patte injectée d'une grenouille, sans que l’animal manifeste la moindre souffrance. De plus, et c’est là un fait important, les muscles atteints par le poison présentent im médiatement la rigidité cadavérique.

Action générale. — Tant que la quantité de saponine

(1) Pélikan n’a d’ailleurs expérimenté quesur des grenouilles. Loque Marius. 6

injectée n’est pas très considérable, les effets, avonsnous dit, sont simplement locaux, mais quand on atteint une certaine dose, le poison diffusé dans l’organisme ne tarde pas à produire des phénomènes généraux qui, selon nous, sont très caractéristiques.

Précisons d’abord la quantité de saponine qui doit être injectée pour que l’on observe autre chose qu’une action purement locale.

Nos expériences, qui ont porté sur plusieurs séries de lapins, âgés de 3 à 4 mois, nous permettent d'affirmer que tant que l’on ne dépassera pas la dose de 6 centigrammes l’action sera presque toujours locale; mais, au-dessus de 10 centigrammes, cette action s’accompagnera de phénomènes généraux plus ou moins graves; et, toujours à partir de 15 centigrammes, le poison amènera fatalement la mort dans les vingtquatre heures ; quelquefois même douze heures seulement après l'injection. .

Voici, présentés d’une manière synthétique, les phénomènes que nous avons pu observer :

Aussitôt après l'injection apparaissent les effets locaux ci-dessus décrits : parésie, anesthésie, etc.; cinq à dix minutes après, l’animal paraît inquiet, il s’agite, change de place, traînant le membre injecté et ne tarde pas à prendre une position qu’il conservera jusqu’à la mort. H s’accroupit, la tête rapprochée du sol et demeure insensible à toutes les excitations même les plus violentes. Mais ce calme est interrompu à d'assez longs jutervalles par un tremblement convulsif de courte durée quoique assez intense. Le refus de nourriture est

NE 5 Dre

constant; parfois pourtant, mais seulement au début des accidents, le bruit d’un morceau de pain.qu’on laisse tomber près de lui, des feuilles fraîches qu’on agite sous son museau paraissent le tirer un instant de sa torpeur: ses mâchoires semblent reprendre machinalement leurs mouvements habituels, mais s'arrêtent bientôt. Peu à peu sa tête qu'il soulevait encore quoique avec difficulté se penche, s’abaisse entre ses membres antérieurs et finalement vient reposer à terre ; son corps s’affaisse de plus en plus, ses jambes ne peuvent plus le porter, et, abattu, affaibli, il ne tarde pas à succomber.

Dans tous les cas les urines rendues ont été très abondantes et l'analyse y a constamment décélé la présence de la saponine deux heures après l'injection.

Mais d'autres phénomènes et non les moins intéressants peuvent être constatés dès l'apparition des premières manifestations générales. Les battements du cœur, si rapides chez cet animal, se ralentissent considérablement, perdent de jeur intensité, et, parallèlement à cette parésie cardiaque, on note un sensible abaissement de la température.

Ces faits nous paraissent avoir une haute importance, et c’est surtout à l'impossibilité où nous nous sommes trouvés de les enregistrer avec toute l'exactitude et la préeision désirables que nous faisions allusion dès les premières lignes de cette étude physiologique. |

Mais si, à notre grand regret, nous ne pouvons présenter une série de tracés représentant les variations du pouls, de la température et de la respiration sous l'influence de la saponine, le fait que nous signalons ne

souffre aucune contestation. Nous avons d’ailleurs entrepris,une nouvelle série d'expériences qui paraissent devoir lever tous les doutes.

Puisque la saponine injectée (1) dans les muscles est toxique même à dose minime (15 centigrammes sufhisent pour tuer un lapin du poids de 2 kilozrarnmes environ), à plusforte raison, avons-nous pensé, doit-elle manifester l'énergie de ses propriétés lorsqu'elle est directement introduite dans le sang.

Nous avons d’abord, sur un lapin pesant 1800 grammes, injecté dans la veine crurale, en nousservant toujours de la seringue de Pravaz, une solution contenant 410 centigrammes de saponine. Les battements du cœur se sont aussitôt arrêtés, la respiration s’est suspendue et la mort a été foudroyante. Dix secondes à peine s'étaient écoulées depuis le moment où la canule avait pénétré dans la veine.

Sur un second lapin pesant environ 2 kilogrammes, nous avons, dans les mêmes conditions, injecté 6 centigrammes de saponine seulement; le résultat a été le même. Trois fois nous avons recommencé l'expérience et trois fois la mort est survenue dès que nous avions injecté de cinq à sept centigrammes de saponine.

Sur un chien pesant 6 kil. 500 la quantité suffisante pour amener presque immédiatement la mort a été de vingt centigrammes de saponine, quantité sensiblement proportionnelle aux précédentes.

(1) Nous nous sommes toujours servi d’une solution aqueuse rigoureusement titrée.

TS Le

Nous croyons pouvoir conclure de ces expériences que lorsque la saponine est introduite rapidement dans les veines, elle cause immédiatement la mort dès que la dose atteint environ 1/30.000 du poids de lanimal (1).

Ces résultats nous permettent encore de résoudre l’importante question de savoir si la saponine agit directement sur le système musculaire ou si elle ne l'atteint que par l'intermédiaire du système nerveux.

Malgré les recherches de Kælher qui prétend que la saponine atteint tout d’abord la moelle allongée et pa-

ralyse consécutivement les centres respiratoire et vaso-

moteur, il nous paraît démontré au contraire, d'après nos expériences, que la saponine agit directement sur la fibre musculaire du eœur et la paralyse, l'organe s’arrêtant en diastole. La rapidité foudroyante de la mort ne peut s'expliquer que par le mécanisme que nous indiquons. Dès que, après quelques essais, nous avons pu calculer exactement la dose nécessaire pour amener la mort de l’animal, l'effet produit n’a jamais varié et la mort est survenue en quelques secondes (2).

(1) Les autopsies pratiquées sur 16 lapins nous ont constamment montré les particularités suivantes : Cœur droit et système vein eux distendus par du sang pris en caillots volumineux, lorsque l'ouverture avait lieu plusieurs heures après la mort; renfermant une grande quantité de sang fluide, lorsque l’autopsie était pratiquée immédiatement après la mort. — Cœur gauche également en diastole et renfermant des caillots rosés ou du sang fluide, selon que l’autopsie était différée ou immédiate.

(2) Nous avons sacritié 26 lapins, chien et plusieurs grenouilles.

Page 1