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Mon collègue Ménétrier ayant bien voulu se charger del’examen histologique de mon malade, je transcris ici la note qu’il m'a remise.
« Tumeur située dans le tissu cellulaire sous-cutané, en forme de lentille bi-convexe, de deux centimètres de diamètre, sur quatre à cinq millimètres d’épaisseur. | « Cette tumeur est formée d’amas de petites cellules, disposées en gros lobules ovoïdes, où en lames aplaties assez irrégulières, et séparés les uns des autres par des faisceaux de tissu conjonctif. Ces derniers semblent être le tissu normal de la région simplement écarté et dissocié par la néoplasie. Chaque lobule est uniquement constitué par de petites cellules; on n’y voit pas de stroma interposé aux éléments cellulaires, pas trace de réticulum. Les éléments en sont des cellules de volume très variable généralement arrondies ou polyédriques, aucune n'est ou ne parait tendre à devenir fusiforme. La plupart présentent lPaspect et les dimensions d’un globule blanc ; beaucoup sont plus petites, beaucoup aussi deux ou trois fois plus volumineuses. Elles sont formées d’une mince couche de protoplasma entourant un ou plusieurs gros noyaux arrondis; un seul pour les plus petites, jusqu'à quatre ou cinq pour-les plus grosses. Toutes ces cellules se colorent fortement par les réactifs. Elles sont immédiatement appliquées les unes contre les autres.
« La masse renferme une grande quantité de vaisseaux sanguins. Ce sont de gros capillaires, ne possédant pour la plupart qu'une simple paroi endothéliale, à
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noyaux bien visibles et immédiatement en contact avec les cellules rondes qui constituent la tumeur. -
« Quoiqu'à l’œil nu celle-ci paraisse assez bien limitée,
on reconnait au microscope une infiltration embryonnaire des espaces conjonctifs voisins : les petites cellules s’insinuant en trainées entre les faisceaux fibreux. Ce semble être là le début de la lésion, et toute la masse paraît résulter de l’infiltration et de la dissociation des mailles du tissu sous-cutané par une accumulation considérable de petites cellules. Les lobules graisseux voisins de la tumeur subissent aussi un commencement d’envahissement, on y voit les petites cellules s’insinuer entre les vésicules adipeuses, les dissocier et arriver par places à les remplacer complètement.
__« Du côté de la surface cutanée, le néoplasme est séparé de la peau qui paraît saine par une couche de tissu conjonctif de 3 à 4 millimètres d'épaisseur. Dans cette couche on voit aussi par places quelques trainées embryonnaires, assez grèles et qui s'étendent jusqu’à la couche profonde du derme.
« Ces divers caractères, conclut Ménétrier, nous font ranger cette tumeur parmi les sarcomes globo-cellulaires. »
Il me reste enfin à analyser le cas de Gairdner : il diffère peu du précédent. Comme dans mon observation personnelle, lestumeurs avaient débuté par ’hypoderme ; elles étaient constituées par des agrégats serrés de cellules rondes, ayant les dimensions des cellules lymphatiques, si bien qu'il est dit que ces tumeurs pourraient être appelées lymphomes purs. Il n’y a pas de réticulum ;
le néoplasme est rempli de vaisseaux tortueux où mieux de canaux creusés dans son épaisseur. Un seul caractère individualise l'observation de Gairdner : certaines tumeurs étaient enkystées, mais l’auteur ne manque pas d'ajouter que cet enkystement n’était qu'apparent; des vaisseaux accompagnés de traînées cellulaires traversaient l'enveloppe des néoplasmes.
Comme dans bien d’autres cas, on observa chez le maladede Gairdner, un affaissementde certainestumeurs; l'auteur n’a pu se défendre de chercher une explication pathogénique de ce phénomène. Considérant lextrême vascularité de ces tumeurs et leur structure lymphatique, il les compare à la rate dont le volume est susceptible de variations considérables. Rappelant que dans l’impaludisme lorsque la rate diminue, on voit apparaitre du pigment dans les urines, Gairdner recommande d’analyser les urines pendant la période d’affaissement des tumeurs. Or dans le cas que nous avons observé dans le service de M. Hallopeau, l'analyse des urines, l'examen du sang faits pendant qu'un grand nombre de tumeurs s’affaissaient ont toujours été négatifs (voir notre observation).
Tels sont les résultats anatomiques peu satisfaisants, il faut bien le reconnaitre, que m’a donné le dépouillement de 54 cas de sarcome multiple idiopathique de la peau. Plusieurs causes, je erois, m'ont empêché d’être plus précis et plus catégorique.
l° La complexité du sujet : il n’y a pas un sarcome multiple idiopathique de la peau, il ya des variétés nombreuses dont les auteurs n’ont pas assez tenu compte. I]
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ne s’agit pas, en effet, de fausser les observations pour arriver à les faire rentrer dans un type connu.
2° L’insuffisance des examens histologiques. Que d’observations terminées par ces mots : au point de vue microscopique, la tumeur était du sarcome à cellules rondes séparées par des cellules fusiformes (Dauchez- Legendre), ou l'examen microscopique du nodule enlevé a montré que la tumeur était un fibro-sarcome (Hardaway, voir obs. XIV) ou mieux encore pas de biopsie, pas d'examen histologique (Schattück obs. XXII).
3° L'ignorance des observations antérieures. A cet égard, mon travail par l’énumération etle premier groupement qu'il donne des observations connues, sera, nous le croyons du moins, utile à ceux qui pourront le reprendre en apportant de nouveaux faits à l'appui.
Je dois maintenant pour terminer ce chapitre long, mais nécessaire, dire un mot des vues générales émises sur le sarcome de la peau. |
Au début de ce chapitre, j’ai donné les raisons qui me forcent d’être très bref sur ce sujet.
M. Babès a fait surle sarcome de la peau une série de recherches qui l’ont amené à une théorie générale du sarcome.
Il accepte bien, comme tous les auteurs et comme Cornil et Ranvier en particulier, que le sarcome est une néoplasie embryonnaire, mais, où il s’écarte des idées généralement admises, c’est quand il affirme que le tissu sarcomateux ne représente pas l’état embryonpaire du tissu conjonctif. Quelle est donc l’origine du tissu embryonnaire qui constitue le sarcome? Après
une série de longues recherches, M. Babès en est arrivé à la conclusion suivante : dansle tissu du sarcome, les cléments vaso-formateurs sont excessivement développés, etce sont ces éléments qui en proliférant déterminent la forme de chaque sarcome. Cette prolifération affecte, en effet, deux modes principaux :
1° Ou bien les éléments vaso-formateurs extrêmement nombreux, prolifèrent sans jamais aboutir au type du vaisseau parfait; ils n’aboutissent qu’à un type de vaisseau incomplet, en rapport plus ou moins intime avecles vaisseaux préexistants, quelquefois isolés ; cette prolifération s’acompagne d'une hémato-poièse complète ou incomplète.
2° Ou bien les éléments pariétaux de vaisseaux sanguins et lymphatiques néoformés, éléments venus de Pendothélium comme de la tunique moyenne, de la tunique adventice, du perithélium, prolifèrent abondamment sous la forme embryonnaire, étouffant le vaisseau ou végétant dans sa lumière et le réduisant à des lacunes, à des fentes, ou le creusant en cupule. Enfin, M. Babès croit que les éléments vasculaires et nerveux de la paroi du vaisseau peuvent prendre part à la néoplasie. |
Telle est, en résumé, la conception de M. Babès sur le sarcome de la peau, elle nous semble assez obscure et n’a pas encore reçu la sanction d’un assez grand nombre d’histologistes connus pour qu'on puisse l’accepter sans contrôle.