‹ De La Sarcomatose CutanéeChapitre 26 sur 68 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

Observation inédite due à l’obligeance de M. Vidal.

Le nommé M..... Noël, né en Corse, âgé de 68 ans, jardinier, entré le ? juillet 1877 dans le service de M. le D' Vidal à l'hôpital Saint-Louis est couché au lit n° 48 de la salle Saint-Jean (1).

Les antécédents ne présentent rien de bien remarquable. Son père est mort à l’âge de 50 ans d’une affection chronique qui se caractérisait surtout dans les derniers temps par une grande difficulté à avaler les aliments et des vomissements fréquents ; peut-être était-ce un rétrécissement cancéreux de l’æœsophage ou un cancer de l’estomac, mais nous sommes loin de pouvoir l’affirmer et nous n’énonçons qu’une simple hypothèse. La mère est morte à 88 ans d’une affection indéterminée.

Le malade a eu 12 frères et sœurs, les uns sont morts en bas âge, les autres vivent encore, il ne se souvient que d’une sœur morte à 16 ans et d’un frère mort d’apoplexie à 71 ans. Aucun membre de sa famille n’a jamais eu, à sa connaissance, de maladie de la peau.

Lui-même n’a jamais eu de maladie grave, sauf la fièvre

(1) Moulage n° 470, musée de l’hôpital Saint-Louis, main gauche et avant-bras droit,

intermittente dans son pays. On ne trouve chez lui aucune trace d'accidents syphilitiques, il n’a eu à aucune époque de sa vie des rougeurs ou des boutons sur la peau et l’on ne trouve sur lui aucune cicatrice.

C'est au mois de janvier 1876 que M... fait remonter le début de l'affection qui l'amène actuellement à l'hôpital; à cette époque, sans cause appréciable, la main gauche et quelques jours après le pied droit commencèrent à se tuméfier. Toutefois, il raconte qu'il avait depuis fort longtemps entre l’annulaire et le médius de la main droite une petite saillie tuberculeuse; cette petite tumeur qui devait ressembler beaucoup à une verrue augmenta un peu de volume au moment où les extrémités commencèrent à enfler.

Après la main gauche et le pied droit, le pied gauche puis la main droite furent successivement envahis dans l’espace d'un mois environ. Peu à peu, la tuméfaction devint de plus en plus considérable en même temps qu’elle gagnait les jambes et les avant-bras. La peau était tendue, dure, elle avait une couleur rouge, violacée, avec des taches noires bleuâtres ; elle n'était douloureuse ni spontanément ni au toucher ou à la pression et le malade n’éprouvait qu’une gêne légère dans la marche et dans la flexion des doigts pour saisir les objets.

Vers le mois d’août 1876,le malade commença à s’apercevoir que le prépuce était tuméfié, induré et présentait une teinte violacée. Peu à peu, il arriva à former une sorte de bourrelet dur empêchant de découvrir le gland et déterminant même une certaine gêne pendant la miction.

Le malade, qui s’observe peu, n'a pas remarqué la date d’apparition des différentes taches et plaques noirâtres qu'il porte sur les jambes et les avant-bras, non plus que celle d’une tumeur saillante, du volume d’une noisette, qui existe sur le troisième orteil du côté gauche, il sait que cette dernière existe depuis longtemps. Sa santé générale est restée excellente, ses forces n’ont pas diminué etil n'a fait jusqu’à présent aucun traitement sauf quelques applications d’eau sédative sur les mains.

Etat à l’entrée à l'hôpital (6 août 1877).

Dépuis son entrée, le malade se sent amélioré, l’œdème à diminué, les mains et surtout les jambes sont beaucoup moins enflées, les pieds seuls conservent un œdème considérable.

Le tronc, le thorax, l'abdomen ne présentent rien à signaler.

Le prépuce présente un épaississement et une induration

notables avecune coloration foncée consistant en taches noires. Cet épaississement a pour conséquence la production d’un phimosis irréductible gênant la miction.

: Membres supérieurs. — La face dorsale de la main et des doigts est le siège d’une induration, d’un épaississement scléreux de la peau avec œædème et mouchetures noirâtres ; ces mouchetures constituent plutôt des plaques dures, légèrement saillantes que l’on sent très bien à la palpation. C’est surtout à la racine des doigts et à la face dorsale du carpe que ces petites tumeurs plates sont abondantes.

L’avant-bras présente de ces tumeurs sur la partie postérointerne, et aussi sur la face antérieure. — Rien aux bras.

Membres inférieurs. — Le pied présente à la face dorsale un œdème bien plus considérable que la main, mais les tumeurs ne se rencontrent que sur les orteils et au cou-de-pied. La jambe, le genou et la partie inférieure de la cuisse en présentent également, surtout en dedans et en arrière.

Bon appétit, bonnes digestions, pas de diarrhée. — Bon sommeil — en somme, assez bon état général, le malade ne se plaint que de douleurs dans les jambes.

Traitement : 4 gr. Iodure de potassium.

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