OBSERVATION II
D..., estampeur, âgé de 70 ans, entre, le 9 janvier 1873, à la salle Saint-Louis, n° 24, service de M. Vidal (1).
- (1) Musée de l'hôpital Saint-Louis, — pièces moulées : pied no 279 — avant-bras et main, n°262, — verge, n°440, — verge, sarcome du gland, n° 276.
La première partie de l'observation a été publiée par Demange dans sa thèse sur la lymphadénie (Paris 1874).
La maladie a débuté il y-a près de trois ans par des fourmillements, des démangeaisons et une sensation de tension douloureuse dans les extrémités. Bientôt apparurent des taches rouges sur lesquelles se développèrent des tumeurs d'abord à peine saillantes, puis de plus en plus volumineuses. Un certain nombre d’entre elles finirent par s’ulcérer. Elles étaient fongueuses et mollasses. Celles qui étaient soumises à des frottements réitérés, celles de la plante des pieds, par exemple, se recouvrirent d’un épiderme fort épais et dur. Une tumeur de même nature s’est développée au mois de décembre sur le gland.
Les ganglions n’ont jamais été que médiocrement tuméfiés.
On a enlevé la plus grosse de ces tumeurs, située à la partie antérieure de la cuisse, en sectionnant avec un fil métallique son pédicule qui s'était beaucoup allongé. Son examen a donné les résultats suivants :
A la coupe, la tumeur est rosée et laïsse écouler très peu de suc sanguinolent. Par le raclage, on trouve des cellules embryonnaires fusiformes volumineuses munies d’un noyau très brillant et d’un nucléole. Sur la coupe, on reconnaît la disposition d’un sarcome fasciculé ; les faisceaux de cellules entre-croisés apparaissent très nettement ; dans toute l'étendue de la coupe, on trouve de nombreux vaisseaux sanguins dont %les parois sont constituées par des tissus embryonnaires ; ils renferment quelques globules rouges, et enfin, en quelques endroits, on constate du pigment sanguin. Les coupes ont été faites d’abord à l’état frais, puis après, durcissement dans l'alcool absolu et soumises à l’examen de M. Ranvier, qui à considéré la tumeur comme un sarcome cutané érectile.
Quelques jours après, le point de section du pédicule était complètement cicatrisé et, quinze jours plus tard, il était impossible de reconnaître le point où cette tumeur avait existé.
AU
L'état général du malade est assez satisfaisant ; pourtant, il y a un symptôme qui peut faire craindre la présence de tumeurs dans l’intestin, c’est une diarrhée qui persiste depuis un certain temps déjà.
Après un séjour de trois mois à l'hôpital Saint-Louis, le malade est revenu souvent dans le service de M. E. Vidal, y restant deux ou trois mois, puis sortant pendant un ou deux mois.
Le traitement a consisté dans l’énucléation méthodique des tumeurs — bains d'amidon et solution arsénicale.
Le moulage des bras, des jambes et de la verge se trouve au musée avec le diagnostic du sarcome cutané érectile.
15 février 1877. — Actuellement, cicatrices superficielles dans les points autrefois occupés par les tumeurs.
Tuméfaction considérable du prépuce, qui contient des masses bourgeonnantes confluentes sur le prépuce et peut-être sur le gland. — Ulcérations arrondies de la face externe du prépuce, laissant voir au fond les mêmes masses bourgeonnantes. — Il y à six mois que ces tumeurs ont commencé à devenir volumineuses ; auparavant, elles existaient, mais étaient très petites.
12 mars. — Amputation de la verge, par M. Duplay, avec le thermo-cautère, — aucun accident consécutif, — cicatrisation régulière, — diagnostic : épithélioma de la verge.
Exeat le 17 mai.