‹ De La Sarcomatose CutanéeChapitre 31 sur 68 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Dermo-polimélano sarcoma idiopatico. — (Observation 11{ du mémoire du professeur T. de Amicis. (Napoli, 1882).

Félix-André C..., quarante-deux ans, coiffeur, marié et père de famille, à eu, en 1857, la fièvre paludéenne ; en 1860, des ulcérations et des blennorrhagies, sans manifestations ultérieures; en 1866, lagale.

Pas de maladies cutanées chez aucun membre de sa famille pouvant avoir une relation avec son affection.

L'origine de sa maladie remonte à 1862, quand il était militaire ; il vit alors apparaître sur le gros orteil gauche une bulle avec contenu séro-hématique qu'il vidait en la pressant et qui était tout à fait indolente. Deux ans après, sur le dos du gros orteil apparaît une tache bleuâtre qui devint peu à peu plus saillante avec quelques points plus colorés, puis cette tache occupe tout le gros orteil en lui causant une tension douloureuse.

Deux ans après apparurent des taches d’un jaune verdâtre, puis des taches identiques d’un brun violacé sur les régions malléolaires. Il y a quatre ans, sur le tiers moyen de la région cubitale droite, apparition d’une tache brune jaunâtre ovale, de 0.06 centimètres sur 0.04, plus vivement colorée dans la suite.

En 1876, tuméfaction du dos de la main du même côté et apparition d’une tache d'un rouge vineux qui, peu à peu, occupa en entier le dos de la main, empiétant sur l’auriculaire, le médius et la moitié supérieure de la paume. Quelques mois après, le long du bord cubital de l’avant-bras gauche, apparition de taches saillantes infiltrées n’envahissant pas la main.

Dans la même année, extension au pied droit, aux orteils, à la région malléolaire. Enfin, dans les derniers mois, formation

d'autres taches jaunes ecchymotiques sur les jambes et les avant-bras.

Dans son pays, il a suivi le traitement mercuriel deux mois, puis ioduro-potassique, mais sans aucune amélioration. Au contraire, sa maladie a empiré, la diffusion de l'affection se faisant plus rapidement.

Aussi il entre à l'hôpital des Incurables (quatrième salle des hommes), le 23 août 1877, service du professeur de Amicis.

Etat à l'entrée du malade. — Homme robuste. La maladie est limitée aux membres.

Membre supérieur droit. — Sur la moitié supérieure de la paume et de la partie correspondante du dos de la main et jusque vers le poignet se voit, sur la peau, une coloration violacée vineuse plus ou moins accentuée, de sorte qu’elle paraît comme tachetée. Le derme, dans toute son épaisseur, est dur et infiltré. Les limites de la coloration vont en disparaissant peu à peu et en faisant peu de relief au-dessus des parties voisines. La mobilité des doigts est gênée, ils sont fléchis ; pour l’annulaire et le médius l’extension est impossible. Sur le tiers moyen de la région cubitale, plaque de 0.06 centimètres de long sur 0.04 de large, ovoïde, plus colorée à la périphérie qu’au centre où on constate une phase de régression, de sorte qu’elle a une apparence annulaire, et livide, pourpre cuivré; les bords sont relevés, et toute la partie malade se montre infiltrée, de sorte que la plaque peut bien être soulevée par les tissus sous-jacents.

Au voisinage du coude s’observe une tache d’une pièce de cinq centimes d’étendue, tachetée en jaune ou jaune verdâtre qui ressemble parfaitement aux colorations de l'ecchymose en voie de disparition.

Au toucher on ne perçoit pas d'infiltration.

Sur la partie interne du bras infiltration de la même couleur et de l’étendue d’une fève. |

Membre supérieur gauche. — La main est parfaitement libre, les taches infiltrées occupent la région cubitale, une de la

grandeur d’une pièce de dix centimes s’observe dans le quart moyen de la surface de l’avant-bras, et une autre petite sur la ligne articulaire. Celles de la région cubitale ont des formes, des dimensions diverses, tantôt oblongues, tantôt circulaires, disposées en séries ; quelques-unes d’une couleur rouge brun uniforme, d’autres plus pâles au milieu et d’une coloration plus accentuée à la périphérie.

Membre inférieur droit. — L’affection occupe tous les orteils, suivant la ligne interne du gros orteil jusqu’à la malléole, occupant aussi la plante. A la partie externe, les taches apparaissent au voisinage de la région malléolaire, s'étendent Le long de la surface antérieure de la jambe et là on observe des taches jaunâtres infiltrées et des plaques d’une couleur brune livide, de sorte qu'en passant la main sur la surface cutanée, on sent ces irrégularités.

Les taches et les infiltrations se diffusent de bas en haut, sont disposé:ss en séries, de sorte qu’il semble qu’elles suivent la direction des vaisseaux.

Membre inférieur gauche. — Même aspect que le droit, les infiltrations et les taches plus nombreuses, le gros orteil plus gonflé, d’une coloration plus intense. L'infiltration s'étend sur le bord interne du pied.

Sur la partie externe du tibia, une tache rouge brun, de la grandeur d’une pièce de cinq centimes, entourée par une tache jaunâtre très étendue et nullement infiltrée. Des bords de cette place, on excise, pour l'examen microscopique, un morceau de peau, de façon à prendre une partie de l'infiltration et une partie du bord coloré jaunâtre. Une excision semblable est faite d’une petite tumeur de l’avant-bras droit.

Le gland et la peau du prépuce présentent une coloration bleuâtre avec infiltration superficielle.

Ganglions lymphatiques. Les inguinaux-cruraux sont de la grosseur d’une grosse amande, les épitrochléens droit et gauche ont le volume d’une petite noix, les axillaires sont peu développés, les cervicaux non appréciables.

EE

Signes subjectifs. — Sensation de brûlure, tension dans les parties malades et, de temps en temps, douleurs lancinantes dans les pieds. Marche difficile, à cause des douleurs, par la pression du pied sur le sol.

Diagnostic. => Mélano-sarcome multiple. idiopathique de la peau.

Le malade, après un séjour de quelques semaines à l'hôpital, sort volontairement vers le milieu de septembre, Rentré vers le milieu d'octobre, il reste jusqu’au commencement de février 1878.

Pendant ce dernier séjour, la maladie est restée stationnaire; amélioration pourtant, le malade ne se plaint plus de la sensation intense de brûlure.

Quelques tachés ont disparu, ont subi une régression spontanée et l’infiltration constatée n’est plus perceptible.

Traitement. — Bromure de potassium le matin, ergotine le soir ; localement eau de Goulard, eau de laurier-cerise.

Le 8 juin 1878, le malade se représente ; voici son état.

Membre supérieur droit. — La tache brune rougeâtre infiltrée qui couvrait le dos de la main, le médius et l’annulaire et s’étendait vers la paume, a perdu beaucoup de sa couleur et apparaît d'une couleur rosée, la peau a subi une phase scléreuse, elle est plus dure et ne peut être plissée, les doigts notés ci-dessus sont toujours dans la demi-flexion.

La tache de l’avant-bras n’est pas augmentée, la couleur est brûnâtre et la peau est plus dure et résistante, en la plissant elle donne la résistance du parchemin:

Les mêmes modifications existent sur l’avant-bras gauche, où se montrent des plaques brunâtres, parcheminées, indolentes.

Membre inférieur.— Pied gauche,sur le gros orteil, coloration diminuée, d’un rouge pâle, les petites élevures, de la grosseur d'un grain de lentille, se sont toutes atrophiées, et à peineon en trouve des traces, une fine desquamation les recouvre. La tache de couleur rouge livide qui occupait la plante du pied est à peine visible, la peau est restée seule plus dure.

Au voisinage de la malléole interne du pied gauche, petit relief rougeâtre, de la grosseur d’un pepin de raisin; cette éminence lobulaire était auparavant de la grosseur d’une aveline. Le malade lui-même l’a excisé avec un rasoir, et, depuis, elle n’a plus augmenté.

Parties génitales. — Sur le pénis, le long du repli préputial, la muqueuse, d’une coloration bleuâtre livide avec infiltration parcheminée, est moins saillante qu'auparavant.

L'état général est très bon ; le malade peut marcher librement, met ses bottines, ce qui était impossible avant. On lui conseille un traitement toujours reconstituant, le bromure de potassium et l’ergotine.

Le Dr J.., du pays du malade, écrit en novembre 1881 au professeur de Amicis :

Les taches et les nodules restées invariables en nombreet en étendue ont pris une coloration plus foncée, ceux du pied gau- : che donnent, depuis quelque temps, lieu à une abondante exfoliation épidermoïde, les douleurs ont disparu, sauf à la région malléolaire externe de la jambe droite, elles n’ont cédé à rien et causent une claudication persistante ; en dehors de cela, le malade jouit de la meilleure santé sans faire de traitement.

Le malade se présente de nouveau au professeur de Amicis le 18 janvier 1882. — Voici les modifications constatées :

Membre supérieur droit. — La tache brun rougeâtre du dos de la main qui se prolongeait sur le médius et l’annulaire et envahissait la paume a une couleur bleuâtre moins accentuée, elle est moins saillante, quoique la peau soit infiltrée dans toute son épaisseur et offre une consistance scléreuse assez dure, surtout sur le dos des doigts où elle est immobile et adhère complètement aux tissus sous-jacents, l’état de flexion des doigts est même augmentée, léger œdème sur le dos de la main. — Sur l’avant-bras, les plaques stationnaires sont même un peu plus affaissées, d’une coloration moins intense, surtout à leur partie centrale, la peau qui leur correspond est très consistante et donne la sensation de parchemin.

Membre supérieur gauche. — La main va mieux. Sur l'avant-bras au contraire, le long de la région cubitale postérieure, apparition de nouvelles taches d'infiltration, d'une couleur livide, quelques-unes se confondent à la périphérie avec d’autres plus anciennes, tandis que d’autres sont entourées d'une zone plus ou moins large de peau saine, elles intéressent toute l'épaisseur du derme et, par place même, une partie du tissu sous-jacent; toutes apparaissent saillantes sur la peau et donnent au toucher une certaine consistance.

Pied droit. — Maladie diffuse sur tous les orteils, plus étendue à la plante et le long du bord interne de l’arcade plantaire, se continue avec la région malléolaire correspondant avec la jambe. Sur le dos et la région calcanéenne, entre les plaques, petites nodosités en phase atrophique, lacoloration est bleuâtre et, à la plante, elle est marquée par une mince couche de squames blanchâtres. Sur la jambe, pas de nouvelles taches, les anciennes en régression spontanée avec plus grande consistance de la peau qui est devenue par places scléreuse, absolument immobile sur les tissus sous-jacents et non plissable. Coloration moins intense.

Membre inférieur gauche. — Même modification.

Parties génitales. — L'infiltration et la coloration livide bleuâtre du prépuce ont disparu, seulement, on voit sur la peau du tiers antérieur du pénis une tache pigmentée hyperchromique. |

Etat général satisfaisant, sauf la douleur habituelle vers l'extrémité supérieure du péroné droit qui est en une période d'exacerbation, cause la claudication et rend la marche pénible.

Ganglions inguinaux, axillaires, épitrochléens : ont le même volume qu'auparavant.

Sur les parties malades, aucune modification des diverses sensibilités, sauf la douleur qui est un peu exagérée.

On continue le même traitement bromo-potassique et, de temps en temps, l’ergotine.

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