OBSERVATION XXX VIII
Cas de sarcome de la peau, de la colonne vertébrale, des côtes, des poumons, du foie, du pancréas, des reins, du cœur et de la dure-mère, par Webber (Boston medical and surgical journal), 16 janvier 1873.
RÉSUMÉ
Pierre W..., âgé de 40 ans. Son père mort d'un cancer de l'estomac; quant à lui, rhumatisme aigu à l’âge de 16 ans, pas de syphilis, bonne santé jusqu'en 1868, époque à laquelle il remarqua une tumeur dans l’aisselle droite. Elle fut enlevée en 1869, mais réapparut après l'opération et fut de nouveau enlevée en 1871. Six mois après cette deuxième extirpalion commencèrent à apparaître de nombreuses nodosités sur le corps. Il y en avait un grand nombre variant du volume d’un pois à celui d’un œuf de pigeon, la plus volumineuse siégeait au niveau de la septième côte droite en dehors de l’angle antérieur ; situées les unes dans l'épaisseur
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de la peau ; les autres plus profondément dans le tissu cellulaire sous-cutané. Trois de ces dernières étaient foncées, granuleuses et saignantes.
De plus, le malade avait de violents accès de toux matin et soir, des douleurs lancinantes, brûlantes dans le côté gauche, l'épaule et le bras correspondants.
Respiration courte, très gènée, râles musicaux secs dans les deux poumons.
Enfin, les symptômes s’aggravent : Augmentation des douleurs dans la poitrine, anxiété, orthopnée: — Mort en novembre 1873.
Autopsie. — Adhérences étendues des deux plèvres.
Péricarde adhérent faiblement. Masse considérable au sommet de la cavité pleurale gauche adhérente à la colonne vertébrale, quelques autres tumeurs plus petites adhérentes aux corps des vertèbres. Sur l’une des côtes, petite tumeur qui a détruit l'os. Foie, poumons, pancréas, reins et substance du cœur criblés de petites nodosités. Même état sur la face inférieure de la dure-mère.
Examen histologique. — Sarcume à cellules fusiformes.
Observations de mélano-sarcomes primitifs de la peau.
OBsEervaTION XXXIX
Note sur un cas de sarcome développé sur un nœvus pigmentaire par H. Duret (Arch. de phys., 1873, n° 8, p.319).
Gerv.... Julie, âgée de 50 ans, entre dans le service de M. Duplay, au mois de mars 1873, pour une tumeur ulcérée qu'elle porte dans la région dorsale. Cette tumeur a la forme d’un champignon, son diamètre est de 4 à 5 centimètres. À
son pourtour, la peau, dans une étendue de 2 à 3 centimètres, est brun violet, rugueuse, chagrinée et présente des inégalités et 3 ou 4 petites tumeurs, grosses comme un pois, formées par un bourgeon embryonnaire du derme, soulevant le corps papillaire et l’épiderme.
Il ya 8 ans, la malade s’aperçut, pour la première fois, d'une petite tache brune en ce point, surélevée et couleur jambon fumé. Depuis 3 mois, la tumeur s’est développée sans douleurs très vives. Il y a sur le tronc deux ou trois taches pigmentées.
La tumeur fut enlevée, et la cicatrice a conservé depuis un aspect violacé. La tumeur, d’une teinte blanche et mate, montre à son centre une masse brune, grosse comme une noisette, analogue à une truffe. Sur le nœvus pigmenté qui entourait la tumeur, on note, à l'examen microscopique, une dilatation des vaisseaux et un dépôt de pigment, couleur sépia, autour d'eux.
La tumeur blanche est formée de grosses cellules arrondies et renferme des vaisseaux et très peu de tissu conjonctif interstitiel (sarcome globo-cellulaire de Virchow).
La tumeur brune est formée par des cellules arrondies ou polygonales, remplissant les espaces plasmatiques du tissu conjonctif (carcinome). Le pigment est déposé aussi bien dans les cellules qui occupent les travées conjonctives que dans
celles des espaces plasmatiques.
Il semble que la partie sarcomateuse soit due à un néoplasme développé dans la couche muqueuse de Malpighi et la partie carcinomateuse à la prolifération des éléments du derme. Cette supposition est appuyée par les cas connus dans lesquels des sarcomes mélaniques ayant récidivé,fla seconde tumeur était du careinome.
OBsErvATION XI:
Cas de mélano-sarcome multiple de la peau. — Duncan Bulkley.
Homme, âgé de 22 ans et 9 mois, entre dans le service de M. Bukley le 17 décembre 1874.
Pas de maladie antérieure. Il y a 8 ans, le malade a été opéré d’une grenouillette existant depuis l'enfance, elle persiste encore aujourd’hui et se vide de temps en temps.
Il y a six ans, il reçut un coup sur le côté externe de l'œil droit, suivi d’une contusion de la selérotique — occlusion de l’œil comme traitement. — Aussi très légère inflammation.
Peu de temps après cet accident parut, à côté du point contusionné, une petite tache noire qui a considérablement augmenté de volume. On la voit actuellement sous la forme d'une tumeur bleu-noirâtre, d’un cinquième à un tiers de pouce de diamètre, légèrement surélevée et entourée d’un cercle veineux dilaté.
Il y a deux ans et demi, la première lésion de la peau se montra juste en avant du lobule de l'oreille gauche, elle atteignit les dimensions d’une noix, mais diminua de volume et, actuellement, elle ne dépasse pas la grosseur d’un pois ; elle se déplace avec la peau, n’a jamais été colorée à sa surface, qui a la coloration normale de la peau.
Un an après, c’est-à-dire il y a un an, il remarque une tumeur sur la moitié gauche de la poitrine, elle était bleu noirâtre au début, mais elle a disparu depuis, comme plusieurs autres tumeurs. Il y a neuf ou dix mois, apparut une tumeur sur le bras gauche qui s’est aplatie et persiste sous la forme d’une tache noire, une autre siégeait sur la tempe gauche, ayant le volume d’une grosse noix, elle fut enlevée par le D' G. Smith de Brooklyn, le 30 juin 1874. Une
autre plus petite, située dans le tissu cellulaire de la paupière inférieure gauche, au-dessous du bord inférieur, avait été enlevée le 19 juin. ‘
Examen de ces pièces : — Aucun changement de coloration de la peau au niveau de ces tumeurs, pas trace de développement anormal de vaisseaux dans leur voisinage; la plaie fut le siège d’une petite hémorrhagie ordinaire. La tumeur était d’une friabilité assez grande et de coloration presque noire. Au microscope, on trouva un excès de substance pigmentaire, quelques cellules très grandes avec deux et même trois noyaux, rendus très visibles par l'acide acétique. La tumeur enlevée le 30 juin avait la même consistance, la même coloration et la même structure histologique. A cette époque, le fond de l'œil fut examiné, il ne présentait rien d'anormal, pas même l'œil droit. Le larynx et l’arrièregorge étaient aussi normaux.
Durant ces derniers neuf mois, le développement des tumeurs fut assez rapide, de nouvelles étaient découvertes presque tous les jours, tandis que d’autres disparaissaient parfois. #
Pendant les cinq derniers mois, la surface de la peau était devenue plus foncée, surtout à la face, qui présente actuellement l’aspect décrit dans la maladie d’Addison. |
Etat constaté par le D‘ D. Bukley :
Toute la surface de la peau, des pieds à la tête, est recouverte de petites tumeurs sous-cutanées, de formes et de dimensions variant depuis celles-d’un pois cassé jusqu’à des surfaces de un ou même deux pouces de diamètre, Le plus grand nombre de ces tumeurs est arrondi; il yen a d’allongées, comme sur l’avant-bras droit, où on en trouve une de deux pouces de long sur trois quarts de pouce de large. Quelques-unes paraissent formées par la réunion de tumeurs plus petites ; la plupart font une saillie plus ou moins notable au-dessus de la peau, les unes sont arrondies à leur sommet, les autres, au contraire, aplaties, celles qui ont un
diamètre transversal de plus d’un pouce, font une saillie qui ne dépasse pas un quart de pouce de hauteur et sont complètement aplaties à leur sommet ; elles paraissent en voie de résorption après avoir atteint le maximum de développement. Comme consistance, toutes sont dures. Quelques-unes sont colorées de teintes diverses, depuis le brun-verdâtre jusqu'au bleu très foncé, mais le plus grand nombre présente la coloration de la peau, qui, à leur niveau est mobile, tandis qu’au-dessus de celles qui sont foncées et celles en voie d’atrophie et d’aplatissement, la peau est épaissie, indurée et adhérente à la tumeur.
Il est impossible de donner le nombre exact des tumeurs isolées, quelques-unes, plus petites, étant situées dans la profondeur du tissu sous-cutané et sensibles seulement à la palpation, mais le malade, dépouillé de ses vêtements, le corps apparaît parsemé de ces petites tumeurs ; son frère, la semaine dernière, en a compté 105, rien qu’à la vue.
Quelques-unes de ces tumeurs sont en voie de disparition ; après avoir atteint un certain volume, ou plutôt après avoir fait saillie au-dessus de la surface cutanée, sous forme de tumeur sous-cutanée recouverte de peau normale, elles présentent une coloration pourprée qui devient de plus en plus foncée jusqu’au noir. En même temps, les tumeurs paraissent s’aplatir, puis la résorption commence, la saillie disparaissant et la couleur pâlissant un peu ; aussi, les plus anciennes qui siégeaient sur la poitrine et l’abdomen présentent seulement un léger changement de couleur, une teinte semblable à celle du nitrate d'argent passé sur la peau. Le malade affirme que toutes les tumeurs qui ont subi ces modifications étaient auparavant le siège d'hémorrhagies, soit spontanées, soit provoquées par le frottement des vêtements ; quelques-unes d’ailleurs, celles situées sur la jambe, près du genou, présentent des traces d’hémorrhagie récente, et lemalade raconte que certaines saignaient chaque nuit et que les: draps étaient tachés de sang tous les matins. Ces