‹ De la scapulalgie, et de la résection scapulo-humérale, envisagée au point de vue du traitement de la scapulalgie (volume 2)Chapitre 11 sur 28 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Le diagnostic de la. tumeur blanche de l’épaule, avec les maladies qui peuvent la simuler, est d’autant plus important, mais aussi d’autant plus difficile, que quelques-unes de ces maladies, outre qu’elles peuvent simuler la Scapulalgie , peuvent l’accompagner ou même lui donner naissance. Pour plus de clarté, nous diviserons notre sujet en deux parties : dans la première, nous étudierons les maladies qui , simulant la Scapulalgie, peuvent l’accompagner ou lui donner naissance ; dans la seconde, nous chercherons à différencier de la Scapulalgie les maladies qui n’ont avec elle d’autre rapport qu’une similitude de symptômes.

Outre la question de diagnostic ainsi posée, il en est une qui offrirait un haut intérêt pratique : étant donnée l’une de.s maladies qui peuvent donner naissance à la tumeur blanche, dire si cette cause sera ou non suivie de son effet. Mais à ce propos les signes

manquent, et trop d’influences avec lesquelles on ne peut compter interviennent sur la marche des choses pour qu’il soit possible de discuter l’avenir.

51. — llaladies qui sfimulenf la Scapalalg;le et qui peuTent raccompag^ner ou lui donner naissance.

A. Ostéite. L’ostéite de l’épiphyse humérale est annoncée par des douleurs sourdes et profondes qui s’exagèrent à la pression ; elle est caractérisée par la gêne des mouvements, par l’apparition sous le deltoïde d’une tumeur dont la forme et la consistance permettentde préciser le véritable siège. Même lorsque l’inflammation a fait des progrès, qu’elle s’est propagée aux parties environnantes, qu’elle a produit des abcès de voisinage, le diagnostic est encore possible ; car, si les commémoratifs et l’inspection directe ont perdu leur valeur, la ponction exploratrice peut juger la question. D’une part, en effet, le pus qui s’écoule a des caractères spéciaux, et, d’autre part, la canule, promenée dans le foyer, rencontre l’os à nu : preuves certaines que c’est l’ostéite qui a causé l’abcès.

B. Nécrose. La nécrose de la tête humérale peut être assez limitée pour ne causer aucun accident du côté de l’articulation. Dans ce cas, le diagnostic est facile, puisque l’intégrité des mouvements est conservée. Par contre, il arrive souvent que cette affection est le point de départ d’accidents locaux considérables, de collections purulentes qui obscurcissent le diagnostic. Le siège des lésions sur un niveau inférieur à l’articulation, l’existence d’un séquestre dûment constatée, après l’ouverture des abcès, par l’introduction du stylet : tels sont cependant d’excellents signes que le chirurgien possède pour assurer le diagnostic.

C. Phlegmasies péri- articulaires. Les phlegmasies qui ont leur siège en dehors de l’articulation ne causent pas de douleur pendant

— ailes mouvements de la jointure, ne provoquent pas de contraction spasmodique, ne changent pas la position du membre.

D. Arthrite rhumatismale chronique. L’arthrite rhumatismale chronique, appelée aussi congestive ou fibreuse par quelques auteurs qui la distiguent de l’arthrite cellulo-vasculaire, a une marche irrégulière; elle cause des douleurs fugitives qui ne s’irradient jamais jusqu’au coude, en suivant la face interne du bras; enfin elle ne produit pas l’abduction du membre, la contracture des muscles, l’abaissement de l’épaule et de l’aisselle.

E. Hydarthrose chronique. L’hydarthrose chronique, maladie peu fréquente, peut être la conséquence de phlegmasies antérieures qui ont modifié l’état anatomique et physiologique de la synoviale. Dans quelques cas, l’hydarlhrose pourra donc être précédée des symptômes de la synovite chronique : douleurs continues, exagérées par la pression au niveau de la partie antérieure des muscles de l’épaule ou sous l’acromion. Plus tard elle pourra déterminer l’atrophie du deltoïde, la luxation de la tête humérale en haut et en avant. Les commémoratifs, la marche de 1a maladie, simuleraient donc, jusqu’à un certain point, la tumeur blanche. Mais, tant que l’hydarlhrose chronique est simple, elle nous semble toujours facile à reconnaître, grâce à la fluctuation, grâce à l’absence de contraction, de suppuration ou même de destruction des tissus qui composent l’articulation.

§ II. — Maladies qui simulent la Scapulal^ie, mais qui ne peuvent lui donner naissance.

A. Arthrite sèche. L’arthrite éburnée produit dans l’épaisseur de la capsule des concrétions calcaires, et cause assez fréquemment des accumulations séreuses à l’intérieur ou à l’extérieur de la jointure. Le toucher reconnaît facilement toutes ces altérations. Les

mouvements sont gênés pîutôt qu’impossibles, ne sont pas douloureux et produisent, dès le début de la maladie, une crépitation caractéristique.

B. Paralysie du deltoïde. La paralysie du deltoïde a pour symptômes l’allongement du bras, la dépression sous-acromiale , l’impossibilité de l’abduction volontaire; mais l’articulation n’est aucunement douloureuse.

C. Contracture idiopathique . La contracture idiopathique d'un ou de plusieurs muscles péri-articulaires cause des déformations et un allongement apparent qui peuvent en imposera première vue. L’absence des douleurs spéciales et du gonflement viendra bientôt éclairer le chirurgien.

D. Névralgie brachiale. La névralgie brachiale est caractérisée par des douleurs qui surviennent brusquement et atteignent aussitôt leur maximum d’intensité. Ces douleurs suivent le trajet des nerfs axillaires : c’est dans l’aisselle, ce n’est pas sous l’acromion ni à la partie antérieure de l’épaule que la pression les exagère.

Névrite du plexus brachial. La névrite du plexus brachial s’accompagne de gêne des mouvements, de douleur à la pression sur le trajet des nerfs axillaires, de douleurs spontanées dans les téguments et les muscles de l’épaule ou du bras, de contracture partielle de certains muscles; mais, comme la névralgie, elle ne produit pas, du côté de la jointure, de désordres locaux considérables.

F. Luxation du long tendon du biceps. La luxation du tendon du biceps est admise par quelques auteurs et niée par d’autreg. Au rang des premiers nous trouvons Soden, qui prétend l’avoir démontrée par l’autopsie ( 1). M. Malgaigne ne l’a jamais vue, et, suivant lui,

(I) Sodea, loc. cit.

Je cas de Soden doit être rattaclié à l’arthrite chronique; toujours est-il que, suivant M. Crocq (1), la luxation du tendon du biceps a pour signe une douleur subite et violente, que rappelle chaque contraction du biceps , et qui s’éteint quand le muscle est au repos. D’autre part, les douleurs et la déformation, qui sont inséparables de la tumeur blanche, font complètement défaut.

G. Luxations anciennes, luxations congénitales. La luxation ancienne et la luxation congénitale de l’humérus peuvent simuler la luxation spontanée en haut et en avant. Les commémoratifs, l’absence de douleurs et d’inflammation locale, empêcheront de croire à une luxation pathologique.

H. Adénite chronique de l’aisselle. L’adénite axillaire à marche chronique ne pourrait tromper qu’un chirurgien peu attentif, et qui se contenterait d’un examen superficiel.

I. Tumeurs de Textrémilé su>,érieure de l’humérus. Les exostoses, les enchondromes, le cancer, ne causent habituellement ni gêne ni douleur dans les mouvements de l’articulation. Les symptômes physiques assureront d’ailleurs la distinction.

Pour achever ce qui touche au diagnostic de la Scapulalgie, nous chercherons les moyens de reconnaître pendant la vie si la tête de l’humérus est seule affectée ou bien si l’angle de l’omoplate est en même temps compromis. Voici l’ingénieux procédé d’examen que M. Nélalon a imaginé : il introduit un ou deux stylets par les fistules, et touche les parties dénudées; pendant ce temps , il applique l’oreille alternativement sur l’angle du scapulum et sur l’extrémité inférieure de l’humérus. D’après la direction que suivent les vibra-

(1) Ouvr. cité.

1860. — Péan.

lions sonores, il juge quel est l’os percuté par le stylet. Cette expérience, mise à l’épreuve sur plusieurs malades,, a toujours fourni des renseignements positifs.

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