ÉTUDES ANATOMO-PATHOLOGIQUES CHEZ L’HOMME
8 autopsies, dont 5 à la suite de caries, et 3 à la suite de fractures comminutives : tels sont les seuls matériaux qui nous aient été transmis. Dans aucune d’elles, l’angle de l’omoplate n’avait été retranché en même temps que la tête humérale. Quoi qu’il en soit, ces autopsies ont été faites par Chaussier, Roux, Syme (1), Textor, Heyfelder (2), Thou, Green et Hutchinson (3), trois mois, six mois, six ans, et même vingt années après l’opération ; elles nous permettent par conséquent d’étudier les changements qui surviennent à des périodes assez avancées du travail de réparation.
Parties molles. L’état des muscles (deltoïde, sus-épineux, sousépineux) n’a été qu’une seule fois mentionné, et ce fut Textor qui , onze ans après l’opération, les trouva minces et confondus avec la nouvelle capsule. Le même chirurgien vil le long tendon du biceps s’insérer sur une apophyse née de l’extrémité supérieure de l’humérus. Quant à ce qui touche les rapports des muscles et des tendons divisés, tous les auteurs nous disent qu’ils demeurent entrelacés, dans le foyer de la résection , avec les tissus cicatriciels.
La dissection n’a jamais démontré la formation d’une véritable synoviale. Par contre, chez un malade qui succomba onze ans après l’opération , Textor découvrit une nouvelle capsule fibreuse. Celte capsule, dure et comme fibro-cartilagineuse , entourait par sa face interne le quart supérieur de l’humérus et l’embrassait si solidement qu’il était difficile de l’en séparer ; par sa face externe , elle
(1) Excision of joints.
(2) Ueber Reseclionen und ^mpuiationen; Mit vier Steindruck tafeln ; Breslau und Bonn, 1855.
(3) Voir Gazette hebdomad.j 18 décembre 1857.
se confondait, à l’aide d’une substance ligamenteuse, avec toutes les parties péri-articulaires et en particulier avec la face profonde du deltoïde et la cicatrice des téguments. Chez deux autres sujets, Textor trouva deux fois qu’un ménisque fibreux , de consistance fibrocartilagineuse, était interposé entre les surfaces des os. Dans ce cas, ce ménisque était uni, d’une part, à Tacromion, à l’apophyse coracoïde et au muscle sous-clavier, par un fort ligament qui passait audessus de la cavité glénoïde ; d’autre part, à l’humérus et au grand pectoral, par une large bande ligamenteuse qui s’étendait en s’amincissant jusqu’à la partie inférieure de la cavité glénoïde. Textor pensa que la formation de ces ménisques était la conséquence des violents exercices auxquels ces deux opérés avaient soumis leurs membres, et qu’elle aurait fait défaut chez le troisième parce qu’il était tailleur et n’exerçait pas suffisamment son avant-bras. Peutêtre vaudrait-il mieux faire entrer en ligne de compte l’ancienneté de la lésion , puisque les deux premiers malades étaient autopsiés onze et dix-neuf ans après l’opération, tandis que, chez le troisième, l’excision ne datait que de six années. Telle est du moins l’opinion de Wagner. Ce dernier auteur croit aussi que l’organisation du ménisque ne dépasse pas la structure fibreuse et ne devient jamais cartilagineuse. Quoi qu’il en soit, le ménisque peut ne pas exister; il est alors remplacé par un tissu fibreux résistant qui , de l’extrémité supérieure de l’humérus, s’étend sur la cavité glénoïde. Cette trame fibreuse empêche les surfaces osseuses de venir au contact. Syme , Textor, et les autres chirurgiens, n’ont jamais trouvé ce tissu nouveau assez serré pour mettre obstacle aux mouvements de l’articulation ; or, sans aucun doute, ce fait doit être attribué à l’influence d’un traitement approprié.
Tels sont les moyens d’union qui ont été décrits. Quant à l’ankylose , elle n’a pas encore été constatée. Sa rareté ne doit-elle pas être attribuée à ce que les mouvements passifs ont arrêté entre les extrémités osseuses les transformations ultimes en voie d’organisation ?
Parties dures. Chaussier et Textor ont observé les changements qui s’opèrent sur le bout excisé de l’humérus ; tous deux l’ont vu s’encroûter de cartilage. Mais il y a plus : Chaussier trouva la surface de section régulièrement excavée et correspondant à une tête arrondie qui recouvrait la cavité glénoïde. De son côté, Textor remarqua, chez ses deux malades, de légères saillies ; celle qu’il trouva chez le premier pouvait être comparée à l’apophyse styloïde du cubitus, tandis que celle du second était rugueuse, inégale, et longue d’un quart de centimètre. Faut-il attribuer la formation de ces tubérosités à l’action des muscles sur là portion restée de l’os amputé? A l’appui de cette opinion, nous ne pourrions citer que la première observation de Textor. Ce chirurgien remarcjue, en effet, que dans ce cas le long tendon du biceps était directement inséré sur la nouvelle apophyse styloïde. En vain chercherions-nous quelques documents semblables dans les autres descriptions ; les auteurs se contentent de nous dire que les tendons musculaires entrent en connexion avec les surfaces osseuses par l’intermédiaire du tissu fibreux interarticulaire.
Si nous n’avons rien dit jusqu’ici du périoste, c’est parce que les auteurs qui en parlent ne nous ont pas îransnûs de détails assez circonstanciés, Chaussier est de ce nombre. Après lui, personne, jusqu’à Textor, ne songe plus à le conserver. Encouragé par les expériences de Heine sur les animaux , Textor déclare qu’il se décide enfin à conserver cette tunique fibreuse, mais il n’en est pas mention dans les autopsies dont il s’est fait l’historien.
Que pouvons- nous , par avance, conclure de toutes ces recherches? En premier lieu , que les parties molles et les parties dures concourent à restituer au patient une articulation analogue à la première; en second lieu, que les muscles, les tissus fibreux, les surfaces osseuses, se disposent merveilleusement pour assurer à la pseudarthrose une bonne mobilité. Quant à se flatter que les extrémités osseuses serotJt entièrement régénérées, il n’est plus douteux que ce travail de reproduction sera vainement attendu et demeu-
rera fort incomplet quand on n’aura pas pris le soin de conserver le périoste. Devons-nous en tirer un nouvel enseignement, et poser en principe, comme l’ont fait Vigarous , Baudens (1), et quelques opérateurs, en France, Textor, Steilin , Heine, en Allemagne, Larghi (2), Borelli , en Italie (3), qu’il faut à tout prix ménager cette membrane pour restituer au bras sa longueur primitive? On nous objectera que cette toile fibreuse est grièvement altérée et presque entièrement détruite dans la tumeur blanche, et force à nous sera d’en convenir. Toutefois le chirurgien doit-il oublier que son rôle est de mettre en œuvre toutes les forces conservatrices de la nature?