HISTORIQUE
Ces considérations anatomiques succinctement rappelées , nous pourrions dès à présent aborder l’exposé crique des divers procédés proposés par les auteurs. Nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de dire quelques mots des diverses fortunes par lesquelles, depuis les temps les plus reculés, a passé l’opération qui nous occupe et de compter, sur cette longue route, les étapes du progrès.
Dans l’enfance de l’art, on était loin d’indications bien définies : on confondait sous le nom de carie tout ce que l’on distingue aujourd’hui, encore fallut-il longtemps pour qu’on en vînt , même à propos de carie, à l’emploi de l’instrument tranchant. ^
On nous dira peut-être qu’Hippocrate , dans quelques passages obscurs (1), a parlé d’excision portant sur des parties sphacélées
(1) Foes. Lib. de ArticuUs, p. 103, sect. 6. 1860. - Péan.
et privées de sensibilité ; mais, comme le divin vieillard affirme ailleurs d’une façon positive qu’il y a danger à toucher les os luxés, nous pensons qu’il est difficile de donner une place au père de la Médecine dans l’historique de la résection scapulo-humérale.
On cite également des passages de Celse (1), de P. d’Égine (2), d’Albucasis (3), d’Avicenne (4), de Guy de Chauliac (5), d’Angelinus Boloninus (6), de Paré (7),4’André de La Croix (8), de Wiseman (9), où ces auteurs recommandent l’excision des os cariés; mais les faits sont si brièvement exposés, et les procédés opératoires si peu décrits, qu’il faut évidemment chercher plus tard les premières données qui peuvent servir à l’histoire de la résection.
En 1630, Scultet pratiqua des résections pour des caries et des nécroses. Mais, pour qu’il s’agisse spécialement de l’articulation scapulo-humérale, et pour que les résections partielles soient présentées comme le moyen le plus prompt, le plus efficace , et souvent l’unique ressource que l’art possède contre la carie, il faut pousser les recherches jusqu’à la fin du dernier siècle.
Jusqu’alors, en effet, l’amputation dans l’article était pour l’épaule, dans les cas de carie ou de plaie par arme à feu , l’unique ressource. Le premier, Thomas, chirurgien de Pézenas (10), trouvant à la suite
(1) Lib. VIII , cap. 1 1.
(2) Lib. VI, 'cap. 77 (voir Roux, des Résect, des exlr. arlicuL, tbèse de 1812, p.31).
(3) Chir. omn. prim., lib. Iil.
(4) Tract. 4, lib. iv, fen. 4.
(5) ^ract. 4, doct. 1, cap. 1.
(6) Tract. 4, doct. 1, cap. t.
(7) Œuvres, p. 324.
(8) Lib. 111, traet. 2. • •
(9) Surgerjr book, t. II, cbap. 4.
(10) Vigarous, loc. cit.
d’une petite vérole confluente la tête humérale nécrosée, osa se contenter d’extraire, à l’aide d’une incision, 4 centimètres de l’os. La malade , âgée de 4 ans , recouvra si bien les fonctions du membre , qu’elle pouvait, à l’âge de 15 ans, se livrer à des travaux pénibles.
White, de Manchester, est le premier qui, sans attendre la formation d’un séquestre, fit une plaie et réséqua la tête del’humérus. L’heureux succès de cette opération fut communiqué à la Société royale de Londres, et de cette époque date, pour le traitement des maladies articulaires, une véritable révolution. Un certain nombre de chirurgiens, dont les noms resteront à jamais dans la science, entrèrent dans cette voie de progrès. Ce furent les Bent, les Orred , les Moreau père et fils, Vigarous, Chaussier, Roux. Le succès décida de l’avenir du nouveau traitement : pas un chirurgien célèbre qui ne voulût alors y attacher son nom, et pour cela perfectionner le manuel opératoire.
Une autre fortune de la nouvelle méthode fut de tomber aux mains des chirurgiens militaires. Ceux-ci (et nous parlons ici des Larrey (1), des Sabatier (2), des Percy (3), d’une foule d’autres dont les noms moins connus sont inscrits dans le savant traité de Médecine opératoire de M. Velpeau (4) l’appliquèrent à l’envi aux plaies par armes à feu et aux fracas des extrémités osseuses.
Ainsi employée, la Résection devait infailliblement réussir, et cette suite de résultats heureux la sauva de l’oubli qui succède le plus souvent, pour les inventions nouvelles, au premier engouement.
De nos jours, en France, en Allemagne, en Angleterre, soit dans
(1) Mém. de chir. milit., t. II, p. 171.
(2) Traité de méd. opér., 1790.
(3) Éloge historique de Sabatier, discours prouoncé daus la séauce publique de la Faculté de Médeciue, t. I, au VIII; 1812.
(4) Méd.opér., t. II, p. 660, 703 et suiv. (2« édit.); 1839.
DOS hôpitaux, soit à l’armée, les chirurgiens les plus célèbres ont à leur tour mis à l’épreuve l’utilité de cette opération, et l’ont légitimée par leur pratique. D’autres, car il nous faut ici dire toute la vérité, ont eu parfois le tort de temporiser, et ont vu succomber les malades dont ils tenaient la vie.