REVUE DES PROCÉDÉS. — EXAMEN CRITIQUE
Les procédés opératoires proposés par les auteurs sont nombreux. La plupart diffèrent en ce qui regarde la section des parties molles; toutefois, celle des parties dures n’offrant pas une moindre importance, nou^ diviserons cette revue en deux parties : dans l’une nous nous occuperons du premier temps de l’opération, et du second dans l’autre.
§ 1. — Section des parties molles.
Pour ce qui a trait à la section des parties molles, les procédés paraissent se diviser en deux classes : des auteurs, les uns conseillent la simple incision , les autres préfèrent les lambeaux. C’est aussi la classification que nous adopterons.
A. Procédés par simple incision.
Une seule incision verticale externe.
Procédé de WInte (I). L’incision de While, Larrey , Foret, comme celle de Poyet dans l’amputation du bras, est étendue du sommet de l’acromion à 4 ou 5 pouces au-dessous, et permet de pénétrer jusqu’à l’articulation.
White saisit ensuite le coude à pleine main, soulève l’humérus en le faisant basculer, et la tête fait saillie hors la plaie (d).
Procédé de Larrey. La première incision pratiquée, Larrey fait écarter les lèvres de la plaie, ouvre la capsule, et coupe les tendons des muscles trochantériens , dans le but de ramener plus facilement la tête à l’extérieur. — Cette incision a suffi à Thomas, Orred, Vigarous, Rossi, MM. Chassaignac et Coote.
(1) Cases of surgerjr, avec dessin; London, 1770.
{A) Explication des planches.
a. Tète de l’humérus. — b. Clavicule- — c. Apophyse coracoïde. — d. Apophyse acromiale.
1. Artère brachiale. — 2. Artère circonfleie postérieure.— 3. Nerfs du plexus brachial. — 4. Nerf circonflexe.
Procédé de J.angenbeck (1). Il fait une incision verticale qui commence sous l’acromion, et arrive à tl centimètres plus bas sur la coulisse bicipitale qu’il ouvre. Ce qu’il désire surtout, c’est de conserver le tendon du biceps qui avait toujours été sacrifié; il dévie donc le tendon eu dedans, et détache les muscles des tubérosités; malheureusement la portion intra-capsulaire du tendon est en partie détruite ou atrophiée dans les Scapulalgies.
Vue seule iucisiou verticale antérieure.
Procédé de MM. Malgaigne (2) et Robert (3). D’un seul coup de bistouri , une incision verticale coupe audessous du triangle coracoclaviculaire la peau, le deltoïde, et la capsule. M. Robert cherche à ménager le nerf circonflexe.
Procédé de Baiidens (4). Au-dessous de l’apophyse coracoïde , c’est-à-dire dans un lieu où la manœuvre du couteau est moins
(1 ; Voy. Gazette hebdomadaire^ 18 décembre 1857.
(2) Médecine opératoire.
(3) V. Velpeau, Médecine opératoire , loc. C.l.
(4) Loc. cit.
facile, Baudens pratique aussi une incision verticale; mais il corn plique à tort le résultat de deux incisions latérales qui, sans inté cesser la peau , portent sur les faisceaux du deltoïde.
B. Procédés à lambeaux.
Vn seul lamlieaM externe t 1° quadrilatère à base iuîérâeîîre.
Procédé de Moreau père.
Remarquant que l’incision longitudinale de Wliite est insuffisante dans un grand nombre de Résections , Moreau pratique deux incisions verticales de 4 pouces de long, tirées l’une du bord antérieur, l’autre du bord postérieur de l’épaule; puis il les réunit audessous de l’acromion par une incision horizontale, et dissèque de haut en bas un lambeau trapézoïde qu’il renverse vers l’empreinte deltoïdienne.
Dès lors l’articulation est mise à découvert, et rien n’est plus facile que d’agir sur la tête de l’humérus.
s** Quadrilatère à base snpérieore.
Procédé de Moreau fils. Pour rendre la réunion immédiale plus facile, et prévenir la formation de clapiers, Moreau fils préfère réunir les deux incisions latérales par leur extrémité inférieure; il dissèque ensuite le lambeau relevé vers sa base. En un mot, il opère absolument comme le conseille Lafaye pour l’amputation dans l’article. Ce procédé aélé adopté par Manne (I).
(1) Traité des maladies des os, p. 266; 1789.
base sapérienrc.
Procédé de Sabatier (1).
Moins soucieux de conserver les chairs par deux
10 centimètres un lambeau en V à base supérieure, et comprenant le deltoïde ainsi que le tégument, puis il excise ce triangle de parties molles pour mettre à nu la capsule. On comprend d’autant moins l’ablation de ce lambeau qu’à l’aide de la dissection de Sabatier, Sanson et Gouraud, eu France (1801 ), Smith en Amérique, ont pu extraire l’os avec facilité sans emporter ni muscle ni tégument.
, Sabatier circonscrit incisions longues de
(1) Loc cit.
18C0, — PéaD.
to
4” Angulaire ik base supérieure et postérieure.
Procédé de Syme (1). Sur la moitié externe du deltoïde, Syme circonscrit par deux incisions un lambeau triangulaire dont la branche antérieure est représentée par l’incision de White, tandis que l’autre, beaucoup plus courte, se porte obliquement de bas en haut et en arrière vers l’épine du scapulum.
Le lambeau externe a été adopté par Briot (2), Foret et Fayet (3), Gouraud et Smith.
(!) Excision of joints, avec dessin.
(2) Histoire des progrès de la chirurgie militaire en France, p. 164 ; 1817.
(3) Journ. méd. cont., t. XXII, p. 485; 1811.
5° A base siittéricure, et tet'uimé par iiu bord iiirérieur arrondi.
Procédé de Morel (1). Pour mettre à profit deux fistules placées l’une à la partie antérieure, l’autre à la partie postérieure du moignon de l’épaule, Morel les réunit par une incision curviligne à convexité inférieure. Il dissèque alors de bas en haut le lambeau qui comprend toute l’insertion humérale du deltoïde dans son épaisseur. — M. Ferguson adopta ce procédé pour l’un de ses opérés.
(1) Medic.-chirurg. trans., t. YII, p. 161 , avec dessin.
Procédé de M. N étalon.
M. Nélaton plonge le couteau à 1 centimètre en dedans et audessous de l’articulation acromio-claviculaire, suit la courbe antérieure du bord acromioclaviculaire, et arrête l’instrument en arrière, au niveau de l’angle formé par l’acromion avec l’épine de l’omoplate.
M. rS'élaton a soin de pratiquer l’incision à 1 centimètre Y2 plus bas que que le rebord osseux, et pour mieux se rapprocher de la cavité glénoïde, il conseille de prolonger l’incision plutôt en arrière qu’en avant.
C* €ui-vilignc à base antérieure.
Procédé de Stromeijer (1).
Pour tailler son lambeau, Stromeyer fait une incision demi-circulaire, à concavité antérieure, qui part du bord postérieur de l’acromion et descend en bas et en avant dans une étendue de 10 centimètres; il ouvre l’articulation en haut et en arrière.
Le but qu’il se propose est de conserver le biceps et surtout de favoriser l’écoulement du pus.
(1) Gunshot fractures, by D'' Stromeyer, and Résection in gunshot injuries, by D' Esmarcb ; Iraosiated by S. -T. Slathan; London, 1856, p. 120. — V. S. Key, Operative surgery; London, 1858 (2® édit.).
Un^seul laïubeaa postérieur : angulaire à base postérieure.
Procédé de Champion et Roubien (1). Ces chirurgiens taillèrent un lambeau angu- * laire horizontal en haut et en arrière.
(1) Velpeau, Médecine opératoire i loc. cit.
Un seul lambeau antérieur : angulaire à, base antérieure
Procédé de Nève (t). Cet opérateur, au contraire, préféra pratiquer un lambeau en haut et en avant (obs. inéd.
communiquée à M. Velpeau par Champion).
Les deux incisions qui circonscrivent ces lambeaux imitent un 7, dont la branche horizontale intéresse l’insertion supérieure du deldoïde.
(1) Velpeau, Médecine opératoire^ loc. cit.