DISTRIBUTION DES COMPTES RENDUS ET DES MÉMOIRES
La distribution des Comptes rendus et autres publications de l’Académie laisse aussi beaucoup à désirer. Du moment que l’Académie est une institution du gouvernement, que son but est de faire faire des progrès aux sciences, de provoquer ces progrès, de les faire connaître, ses publications devraient être au moins entre les mains de tous ceux qui font partie du corps et dans toutes les bibliothèques de la France et de ses colonies. Il n’en est rien; elle donne deux exemplaires de ses Comptes rendus h chaque membre ordinaire; les autres ne les reçoivent pas, et si un correspondant veut savoir ce qui se passe à l’Académie, il est obligé d’acheter les Comptes rendus. Ce serait cependant à eux surtout que l’Académie devrait distribuer ses Comptes rendus, puisqu’ils n’assistent pas aux séances ; il n’y a même aucun autre moyen de les tenir au courant de ce qui se passe dans la société dont ils font partie. J’ai rencontré un correspondant de l’Académie qui n’avait jamais vu les Comptes rendus, et un autre qui n’en avait pas ouvert un cahier depuis dix-huit années. Que dans les premières années de la publication des Comptes rendus on en ait restreint la distribution à cause des frais élevés oe la poste, cela se comprend à la rigueur. Mais à présent cet obstacle est écarté; des traités postaux avec toutes les nations ont abaissé beaucoup les tarifs sur tous les imprimés, et les dépenses de port sont pr^que insignifiantes,
surtout si on les compare aux avantages qu'en retirerait l’Académie. Les mémoires devraient aussi être donnés largement à tous les membres sans distinction de position dans l’Académie.
La réception des ouvrages offerts, demanderait aussi une réforme bien nécessaire. Il paraît que l’Académie ne reçoit des mémoires, brochures ou volumes imprimés qu’à la condition que ces objets lui soient délivrés franco. Or il y a beaucoup de pays dont on ne peut recevoir, par la poste, les imprimés qu’en payant quelques centimes de droit. Les expéditeurs ont bien le soin d’affranchir ; mais, soit que les postes françaises se réservent un droit supplémentaire, soit qu’il n’y ait pas de traités directs, la poste prélève une taxe légère sur les provenances de plusieurs contrées. Dans ce cas, l’Académie refuse de recevoir les volumes ou brochures, qui sont renvoyés à l’expéditeur. A ma connaissance, ce cas éfet arrivé plusieurs fois, et j’en citerai un récent. Un savant géologue et paléontologiste de la Nouvelle-Zélande a envoyé en 1867, à l’Académie des sciences de Paris un exemplaire d’un mémoire intitulé : « Report on the Headwaters of the river Rakaia , » in-4°, 72 pages, 20 planches et une carte. Son affranchissement lui a coûté 3 schillings 6 pence. Cinq mois après, il vit revenir avec surprise cette brochure, marquée refusée par l’Académie, pour cause de défaut de payement de 30 ou 40 centimes. Ce même savant était alors sur le point d’envoyer à l’Académie des photographies de grandeur naturelle, du plus bel et plus grand exemplaire de Moa, ou Dinornis elephantopus , connu et conservé dans le Musée de la province de Canterbury, à Ghristchurch. Devant le refus de l’Académie de payer quelques centimes, prélevés par la poste française, il changea la
L’ACADÉMIE DES SCIENCES
direction de ses photographies et les envoya à Munich, où on les reçut avec reconnaissance et en le remerciant. Ce cas, entre mille, montre comment, par notre faute, le courant des découvertes a été dévié; au lieu de prendre le chemin de Paris, elles s'en vont à Munich, à Vienne, à Londres, à Cambridge, à Berlin, à Genève, sûres d’y trouver un meilleur accueil que chez nous. Je défie que l’on cite une seule autre Académie, Institut, Société savante au monde, qui refuse des mémoires imprimés, envoyés par la poste, à cause de l'obligation de payer quelques centimes de port en sus.