‹ De la science en FranceChapitre 22 sur 39 · ACADÉMICIENS HONORAIRES · texte numérisé non relu

ACADÉMICIENS HONORAIRES

Dans le courant de ce chapitre, j'ai dit que je parlerais à la fin d'une mesure qui, si elle était appliquée, aurait une influence des plus heureuses sur les progrès de la science, sur l’émulation parmi les savants, et qui assurerait l’entrée à l'Académie, à toutes les capacités; de concert toutefois avec cette modification dont j’ai déjà parlé, de ne plus exiger des candidats qu'ils se présentent eux-mêmes, mais que l’Académie les présente d’office, comme cela se fait d'ailleurs dans toutes les académies du monde, y compris l’Académie des sciences elle-même, lorsqu’il s’agit de ses correspondants. Ces deux mesures relèveraient rapidement le niveau de la science, de la dignité et de l’indépendance des savants français, et cinq années ne se seraient pas écoulées que leurs effets frapperaient tous les yeux. Voici en quoi consiste et sur quoi s’appuie l’importante modification qu’il y aurait une extrême urgence d’introduire dans ce corps savant.

Passé cinquante ans, un savant n’est plus bon qu’à em-

barrasser les progrès de la science qu’il a cultivée. Ce qur’ii faut dans la science, ce sont des idées nouvelles, des observations nombreuses, faites avec soin, persistance et habileté; toutes choses qui ne peuvent se faire et qui n’existent dans le cerveau des hommes que lorsqu’ils sont dans la force de l’âge, c’est-à-dire de vingt-trois à quarante ans. On entrerait à l’Académie de vingt-cinq à quarante-cinq ans et alors les membres y seraient vraiment actifs et représenteraient dignement la science. De quarante-cinq à soixante ans ils achèveraient de produire, avec tous leurs développements, les faits et les idées nouvelles formant leur bagage scienti7 fique et qui leur auraient servi de passe-ports et de titres pour entrer dans le cénacle. A soixante ans, ils en sortiraient avec le titre d 'académicien honoraire , pour faire place aux jeunes talents. On les empêcherait ainsi d’étouffer les générations qui les suivent; on les placerait sur la liste des vétérans et des invalides, où ils pourraient encore agir avec voix consultative, mais non délibérative ; ils ne pourraient plus voter. Leur nombre serait illimité, du moins l’âge seul les ferait passer du cadre actif au cadre de réserve, et iis conserveraient un traitement de 2,000 francs. On peut objecter à cela, qu’aujourd’hui l’on a nommé quelquefois des académiciens de plus de soixante ans. Ces nominations ne se feraient plus dans le nouveau système, parce qu’il y aurait assez de mouvement dans les places, pour que tous ceux qui auraient des droits à entrer à l’Académie, y arrivassent avant d’avoir atteint l’âge de soixante ans. Mais l’objection la plus grave, gravité qui ne serait toutefois que momentanée et qui ne se représenterait plus, serait qu’aujourd’hui plus de la moitié des académiciens actuels passeraient dans la section des honoraires, ce qui, à première vue, semble-

L’ACADÉMIE DES SCIENCES m

rait rendre la mesure tout à fait impraticable. Mais on pourrait établir un règlement transitoire, afin de ne pas trop brusquer le changement. Par exemple, éliminer à partir de soixante-cinq ans la première année, de soixante-quatre la seconde et ainsi de suite pendant cinq années, et on arriverait, sans trop de brusquerie à la limite de soixante ans pour les membres actifs .

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