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ÉLECTION D’UN MEMBRE ASSOCIÉ ÉTRANGER

Il y a dans chaque pays un certain nombre d’ambitieux qui ne craignent pas de solliciter pour obtenir des honneurs. En général, ce 11e sont pas les plus grands savants; mais des savants de second ordre, qui, sachant bien que leurs travaux laissent à désirer, y suppléent par des places, des titres, des honneurs. Ces savants remuants, et dont l’un des types les mieux caractérisés se trouve en Angleterre, sollicitent avec ardeur le titre de membre associé étranger de l’Académie des sciences impériales de France. Il n’y a sorte de prévenance qu’ils n’aient pour les académiciens français , leur envoyant des diplômes de correspondants, des médailles d’académies ou de sociétés savantes; venant souvent à Paris les visiter; et à chaque vacance dans la section des associés étrangers, posant leur candidature, en écrivant aux membres les plus influents, et en exaltant outre mesure la grande valeur d’un tel titre. Je me rappelle qu’à la mort du botaniste anglais Robert Brown, en 1858, un de ces solliciteurs à outrance, sir Roderick I. Murchison, qui 11’était que correspondant de l’Académie, et qui depuis dix années se posait comme candidat à un fauteuil d’associé, écrivait à l’Académie pour la prévenir de la mort de Brown, et ajoutait : « Du grand

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nombre de titres qui ont été décernés à Robert Brown par les savants étrangers, le seul qui soit gravé sur son cercueil est celui d 'associé étranger de l’Académie des sciences de France. » (Vojr Comptes Rendus, t. XL VI, p. 1 187, 1858.) L'ambition de Murchison était aussi évidemment d'avoir ce titre gravé sur son cercueil. Aussi à chaque vacance dans la section, il ne négligeait rien pour que son nom sortît de l’urne. Enfin, après avoir assisté le cœur bien gros à l’élection de cinq ou six autres associés étrangers avant lui, il a vu son tour arriver en 1 868. La commission de l’Académie, trèspartagée, hésitait; car les titres de Murchison ne sont pas tellement supérieurs qu’on ne puisse les discuter; ses travaux n’ont presque jamais été faits par lui seul; c'est toujours en collaboration ou avec de larges emprunts des savants étrangers ou anglais, qu’il a procédé. Puis il y a un savant naturaliste beaucoup plus célèbre que Murchison, que tout le monde connaît et que l’opinion publique regarde comme supérieur aux autres savants. Celui-là, qui a nom Louis Agassiz , et qui, à l’âge de soixante ans , n’a pas reculé devant une grande exploration de l'Amazone, n’est pas encore membre associé étranger; il n’est que correspondant, et encore depuis beaucoup plus longtemps que Murchison. Voilà des titres sérieux; mais il y avait contre lui de graves objections que je vais signaler, parce qu’il est bon que les savants et que l’Académie elle-même sachent les petits moyens employés pour arriver à une élection d’associé étranger. D’abord, Agassiz n’avait jamais écrit à un académicien pour demander d’être élu associé étranger ; premier tort ; puis il n’a pas exprimé à l’Académie le désir d’avoir ce titre inscrit sur son cercueil ; second tort. De plus, il a été l'une des colonnes les plus inébranlables dans

la question des glaciers, tandis queMurchison en a été un des opposants les plus opiniâtres pendant trente années. Enfin, l’Empereur avait cherché à attirer Agassiz à Paris pour lui donner la direction du Jardin des Plantes, avec une position prépondérante sur les naturalistes officiels français; autre grief très-grave aux yeux de ceux qui pensent qu’eux-mêmes sont beaucoup plus capables et beaucoup plus dignes qu’ Agassiz d’obtenir la confiance impériale. De pareils griefs sont lourds dans la balance des vanités, et c/est ce plateau-là plutôt que celui de la justice qui a fini par l’emporter. La commission de l’Académie, chargée de faire la présentation et par suite la nomination, était composée de MM. Élie de Beaumont, Pouillet, Milne-Edwards, Dumas, Liouville. Les naturalistes de cette commission auraient dû être les parrains d’Agassiz; c’est le contraire qui a eu lieu. MM. Edwards et de Beaumont ont mis tout d’abord de côté le nom de M. Agassiz, et c’est un physicien, feu Pouillet, qui a maintenu le mérite et les titres du grand naturaliste. Consulté par M. Pouilletrpour établir une liste des principales études et découvertes de M. Agassiz, je l’ai fait de mémoire plutôt qu’avec des matériaux officiels; efc étonné moi-même de ces titres magnifiques, dont le nombre et la valeur surtout suffiraient pour faire la réputation non d’un seul mais de plusieurs savants, je ne puis résister au plaisir de les donner ici :

Louis Agassiz, né le 28 mai 1807, à Motier, entre les lacs de Neuchâtel et de Morat, canton de Fribourg (Suisse), élu correspondant de l’Académie des sciences de Paris, en

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