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CE QUE POURRAIT ÊTRE LE MUSÉUM

Un Muséum d'histoire naturelle est la réunion de tous les objets relatifs à l’histoire de la terre. Les classer, les placer dans des locaux et des positions où tout le monde puisse les voir facilement et les étudier ; faire que non-seulement l’ordre le plus parfait règne au milieu des collections, mais encore que les accroissements et augmentations annuels suivent les progrès de la science dans tous les pays ; exiger que le personnel soit le serviteur du public et soit à ses ordres, tous les jours, depuis telle heure à telle heure ; et que chaque fois que quelqu’un veut voir un échantillon pour l’étudier, il y ait là un employé pour le lui montrer, et que, si cette

personne est un savant, ce soit le chef de chaque collection qui lui ouvre lui-même les tiroirs et les vitrines, et lui laisse toute facilité de travailler sur place ; en un mot, le Muséum d'histoire naturelle doit être mis sur le même pied que le British Muséum, que le musée des chirurgiens de Londres, que le Muséum de zoologie comparée de Cambridge (États-Unis), que les Muséum des sociétés d’histoire naturelle de Philadelphie et de Boston, que le Muséum royal d’histoire naturelle de Stuttgart, que toutes les bibliothèques publiques, que les archives de l’empire, que les musées du Louvre, du Luxembourg, de Versailles, etc., etc.

Pour atteindre ce but, voici les réformes , réformes radicales je l’avoue, qu’il serait nécessaire d’introduire au Jardin des plantes. D’abord supprimer tous les professeurs ; le professorat, je n’hésite pas à le dire hautement, c’est la cause de tous les abus ; c’est le ver rongeur de l’établissement ; voilà l’ennemi qu’il faut non-seulement combattre mais renverser et arracher du Jardin des plantes. C’est de tous les parasites qui y vivent et s’y développent, le plus destructeur et le plus dangereux pour la conservation des collections et la prospérité de l’institution. Il n’y a pas de professeurs au British Muséum, ni au South-Kensington Muséum, ni au musée de Stuttgart, ni au Louvre.

Maintenant que j’ai prononcé le grand mot, et désigné clairement l’adversaire, qu’il faut non-seulement réformer, mais supprimer entièrement, sans quoi jamais, et je ne puis trop appuyer sur cette expression de jamais, le Muséum d’histoire naturelle ne sera à la hauteur de sa mission, et ne répondra ni aux sacrifices de la nation ni aux besoins de la science; maintenant que j’ai suffisamment démontré, je crois, que toutes les réformes que l’on a tentées n’ont été que vaines

et non avenues, et qu'il ne peut pas en être autrement, tant qu’il y aura des professeurs et des cours dans rétablissement 1 ; voyons comment on pourrait rendre accessible au public, aux savants et aux étudiants, en les utilisant, ces immenses propriétés, accumulées depuis Louis XIII, et que la commission d’organisation de 1858 évalue, rien que pour les collections, à plus de cent millions de francs, chiffre d’une exagération presque ridicule , qui montre que personne dans la commission ne connaissait la valeur des collections d’histoire naturelle.

D’abord, traitons la question du maintien à Paris du Muséum ou de son transfert extra-muros. Actuellement le Jardin des plantes est un pentagone irrégulier, compris entre la Halle aux vins, l’hôpital de la Pitié, la rue Buffon et la Seine. L’emplacement n’est pas suffisamment grand pour y réunir les êtres vivants et les êtres morts, c’est-à-dire d’une part les collections, de l’autre les cultures, la ménagerie et l’acclimatation. Il y a bien à droite et à gauche du Jardin, dans les rues Cuvier et de Buffon, des terrains vagues appartenant au Muséum, et qui, en les réunissant par des suppressions de rues, donneraient une surface plus considérable, qui pourrait encore être augmentée par les logements d’employés qu’il faudrait supprimer complètement, à l’ex-

1. On se demandera sans doute ce que deviendraient les professeurs? et aussi les cours ? Quelques-uns des professeurs actuels, mais le moins possible, seraient nommés conservateurs et resteraient dans l’établissement. La plupart se rabattraient sur une des places qu’ils ont déjà et qu’ils remplissent si mal aujourd’hui; ou bien ils pourraient être placés soit à la Sorbonne, soit au Collège de France, ou bien encore dans les facultés de province. Four les cours, je parlerai plus tard de la création d’un établissement, dans le genre des lectures qui se font à la Société royale de Londres et à l’Institut Lowell, de Boston, et qui rendrait d’immenses services à la science et aux savants français.

ception des loges des portiers et de l’habitation d’un ou deux jardiniers. Toutefois, même, avec ces augmentations, l’emplacement ne serait pas suffisant pour les cultures, les serres, la ménagerie et l’acclimatation.

D’ailleurs il y a des inconvénients graves à avoir an centre, ou du moins dans l’intérieur d’une grande ville, de grandes cultures. L’atmosphère enfumée, les lumières, qui changent la nuit en un demi-jour, sont des obstacles souvent insurmontables pour le développement naturel et la bonne condition de beaucoup de plantes, principalement des arbres. Une ménagerie, avec tous les essais d’acclimatation et de domesticité que l’on peut y tenter, exige aussi un vaste emplacement, muni de belles eaux, de forêts et de solitudes, qu’il est impossible d’avoir dans Paris. Puis il y a le voisinage de la Halle aux vins, avec ses alcools, ses eaux-devie, ses huiles et autres matières inflammables, qui est une source perpétuelle de craintes pour la conservation de collections aussi précieuses. Cette Halle aux vins, construite sous le premier Empire, à une époque où la population de Paris n’était que de 600,000 habitants, est devenue beaucoup trop petite pour une population de deux millions. D’ailleurs, depuis l’annexion de la banlieue, Bercy se trouve dans Paris ; c’est là qu’est concentré tout le commerce des vins, que sont les plus grandes caves, c’est là où la Halle aux vins devrait être transportée. Par ce moyen on éviterait l’incendie du Muséum, accident qui arrivera un jour ou l’autre, dans les conditions actuelles.

D’un autre côté, les grandes collections doivent rester dans les grandes villes, surtout lorsqu’il s’agit de collections pour les études, et non de simples collections de curiosités ou de cours d’écoles et de collèges. Puis les cultures, les grandes

serres, les ménageries, ont, il faut bien l'avouer, de trèsfaibles liens avec les collections d’êtres morts ou d'objets inanimés; c'est même très-douteux qu’il y ait avantage à avoir ces deux genres de collections placés dans un même établissement. Avec les collections d'objets d’histoire naturelle, morts ou inanimés, et la bibliothèque, c'est l'étude minutieuse de cabinet et des laboratoires ; tandis qu'avec les ménageries (aquariums, acclimatations, etc.) et les cultures, c’est l’expérimentation en grand, à l'air libre. C’est-à-dire qu'il y a là deux buts, qui tout en se reliant entre eux par de nombreux points de contact, sont cependant suffisamment distincts pour exiger non-seulement des méthodes différentes, mais même des locaux séparés et parfaitement distincts.

Partant de ce point de vue, le Muséum d’histoire naturelle pourrait être divisé; une partie s'en irait chercher, soit à Vincennes, soit à Marly, à Meudon ou au bois de Boulogne, un local vaste, propice à la création d’immenses serres comme celles de Kew, propre à la culture de toutes les plantes tempérées et froides, favorable à l’aménagement des animaux vivants; tandis que l'autre partie, celle des collections proprement dites, bibliothèques, vélins, etc., resterait à Paris, dans l’emplacement actuel, modifié et approprié alors suivant les règles les mieux combinées pour remplir le but qu’on se propose, beaucoup plus simple que l’organisation complexe actuelle.

Ayant éliminé du Muséum d’histoire naturelle la partie expérimentale, je n’ai plus à m'occuper actuellement que de ce qui resterait, c'est-à-dire de ce qui concerne les véritables collections. Les emplacements de la ménagerie, vacherie, rotonde, poulailler, ourserie, louveterie, etc.1, devenus

libres ainsi que les logements de professeurs et autres employés,, on aurait alors un espace très-suffisant pour établir de magnifiques galeries, des laboratoires et une superbe école de botanique. En conservant les beaux arbres en pleine terre qui font une partie de la valeur du Jardin des plantes, et qu’on ne retrouve nulle part peut-être en France, du moins comme variétés des arbres d’Amérique , d’Asie et d’Australie, à l’exception du parc de Trianon à Versailles, on pourrait organiser un grand Jardin botanique, qui entourerait les galeries et la bibliothèque, et formerait autour d’elles la plus riche et la plus belle guirlande que l’on puisse désirer. Il est de la plus haute importance et même d’une nécessité absolue d’avoir un Jardin botanique dans l’intérieur de Paris, à portée des grands établissements publics d’instruction supérieure, secondaire et primaire.

On a supprimé le Jardin botanique de l’École de médecine au Luxembourg pour le transporter dans une des parties du Jardin des plantes, qui avoisine la Halle aux vins. Pourquoi avoir fait cette nouvelle création au Muséum ? Pourquoi y élever un mur immense et dispendieux, y construire un laboratoire spécial, et y établir un Jardin botanique à deux pas de celui du Muséum lui-même? Il suffit de traverser une rue, la rue de Cuvier, pour passer du Jardin botanique de l’École de Médecine au Jardin botanique du Muséum. Évidemment on n’a eu en vue que la multiplication du personnel et des emplois qui sont une des causes de décadence du Jardin des plantes et de tous les établissements publics français. C’est le marcottage des places et des abus à l’usage des hobereaux scientifiques. A côté d’un jardin et dans son enceinte même, on crée de bouture un autre jardin, ayant la même destination, les mêmes besoins. Le ministre de l’In-

struction publique a agi sous cette impression si blâmable et si commune parmi les ministres français, qu’il faut toujours augmenter le personnel, les places, et surtout les créations spéciales se rattachant aux attributions de leur propre ministère.

Cependant ce transfert du Jardin botanique de l’École de Médecine au Muséum montre que le projet de démolir la Halle aux vins, pour y placer l’École de Médecine et celle de Pharmacie, projet, je crois, qui remonte au ministre Fortoul, n’est peut-être pas entièrement abandonné, et qu’on pourrait bien un jour y revenir et le réaliser. Effectivement; les Écoles de Médecine et de Pharmacie seraient parfaitement placées là, à côté de la Seine, des hôpitaux et du Muséum d’histoire naturelle.

Le Jardin botanique ne devrait être qu’un jardin d’études, avec de petites serres consacrées aussi spécialement à l’étude ; tout ce qui est agronomie , arboriculture, et arbres exotiques exigeant des serres très-hautes et très-grandes, serait envoyé avec la ménagerie à Vincennes, ou autre localité hors de Paris offrant de grands espaces, et loin de la lumière des becs de gaz de la métropole.

Pour les galeries d’histoire naturelle, elles sont toutes à reconstruire sur des plans entièrement nouveaux, bien différents de ce qui existe aujourd’hui. Il n’y a pas une seule des galeries actuelles appropriée à sa destination 1 ; soit par suite des progrès de la science, soit parce que les architectes Ro-

1. Je dois faire cependant une exception, pour la Bibliothèque, qui est bien distribuée, parfaitement tenue, considérable même, et qui fait le plus grand honneur au savant modeste, aussi bon géologue qu’archéologue et historien distingué, M. Jules Desnoyers, qui la dirige depuis près de quarante années, à la satisfaction universelle du public et de l’administration. C’est de tous les services le seul qui soit bien fait au Muséum.

haut de Fleury et autres n’ont pas eu d’idées Lien justes sur ce qu’exigent de grandes collections composées d’objets provenant du monde entier.

La zoologie demande deux et même trois collections distinctes ; savoir : une collection systématique d’après la classification du règne animal généralement adoptée; secondement, une collection spéciale pour chaque classe ou grande coupure naturelle d’animaux ; enfin une collection géographique par bandes homoïozoïques et par provinces zoologiques.

1° La collection systématique du règne animal devrait être placée dans une seule et très-longue salle, montrant d’un seul coup d’œil la succession des êtres vivants et fossiles d’après leurs organisations. Un ou deux beaux échantillons de chaque genre, bien choisis comme représentant le type ordinaire et le plus commun, suffiraient.

2° La collection spéciale de chaque ordre devrait être placée dans une série de salles qui se suivraient ou se superposeraient; chaque ordre aurait sa salle spéciale. Ainsi on aurait, par exemple, la salle des coraux ; dans cette salle, la collection serait placée de manière que les vitrines du milieu renfermassent des échantillons de choix pour chaque espece, en suivant la classification par familles, genres, sous-genres, espèces et variétés ; chaque échantillon serait placé sur un piédestal qui l’isolerait complètement et permettrait à l’étudiant de le voir très-bien sur les côtés et même au-dessous sans avoir à le toucher ; à côté de lui, on placerait le corail avec l’animal conservé dans l’alcool, et au-dessus un dessin fait sur le vivant même avec les couleurs vives et fraîches, la forme et l’attitude habituels de l’animal. Enfin sur le pourtour de la salie, dans de grandes vitrines,

on placerait les coraux par régions géographiques en mettant un assez grand nombre d’échantillons pour montrer toutes les variétés de forme ou d’aspect. Ainsi disposé, on pourrait alors, immédiatement, se faire une idée des îles et bancs de coraux de la Floride, des îles de la Sonde, de la mer Rouge , du Pacifique, du Goral-rag jurassique de l’Europe occidentale, du corallien dévonien de FEifel et du Kentucky, de spongiaires crétacés de la France, de spongiaires tertiaires de l’Algérie, etc. Cette méthode a le double avantage de ne pas surcharger l’esprit et d’empêcher qu’on ne se noie au milieu d’un dédale d’échantillons, tout en donnant des idées justes et précises sur chaque animal, et sur ses associations. C’est le professeur L. Agassiz qui l’a le premier employé dans le Muséum de zoologie comparée qu’il a fondé, en 1860, à l’université de Cambridge, aux États-Unis. Si l’on a affaire avec les vertébrés, comme les poissons ou les mammifères, il faudra en outre exhiber un squelette monté de chaque animal.

3° La collection géographique des animaux vivants actuellement par bandes homoïozoïques et par provinces zoologiques, exigera un bâtiment spécial dont les étages représenteront chacun une bande homoïozoïque, en commençant au rez-de-chaussée par la bande homoïozoïque polaire du sud, au premier la circum-cen traie du sud, au second la centrale, au troisième la circum-centrale du nord, au quatrième la polaire du nord ; ce qui ferait cinq grandes divisions ou étages. Les étages seraient divisés en salles, et chaque salle affectée à une province spéciale marine et terrestre. Un seul échantillon pour chaque espèce suffirait, mais il faudrait avoir soin d’indiquer sur l’étiquette la fréquence ou la rareté.

Les collections botaniques ont besoin d’un bâtiment spé-

cial, dans lequel on puisse établir une double classification systématique et géographique. Les collections anthropologiques, d'anatomie comparée, de physiologie comparée et expérimentale, doivent toutes aussi avoir des locaux spéciaux et appropriés à leurs usages.

L'anthropologie principalement demande beaucoup d’espace. Outre des collections crânologiques et ostéologiques, il faut présenter au public des groupes nombreux des différentes espèces d'hommes, des variétés permanentes ou races de chaque espèce, et enfin des variétés accidentelles. Il faut aussi avoir tous les instruments, toutes les armes, une partie des industries diverses propres à chaque espèce et même à chaque variété ou race d’hommes. En un mot, il faut établir un musée anthropologique analogue à celui que la Prusse possède à Berlin, et qui fait depuis si longtemps l’admiration de tous ceux qui le visitent.

Enfin, nous arrivons aux collections les plus faciles à conserver, mais en même temps les plus difficiles à classer, parce qu’un nouvel élément, le temps, s’ajoute à ceux de l’espèce et de l’espace ; ce qui complique beaucoup les classifications. Ces collections sont celles de paléontologie, de géologie et de minéralogie. Une double part doit être faite dans ces collections ; l’une pour les études générales et d’ensemble, et l’autre pour les études spéciales et monographiques. Cette dernière partie sera forcément la plus considérable, et on peut le dire, la collection mère ; car c’est d’elle que l'on tirerait les matériaux pour les collections générales et d’ensemble. 11 ne faut pas songer à ce que l’on puisse jamais avoir assez de place, pour exposer aux regards du public les collections spéciales et monographiques, et on sera obligé forcément de les tenir dans des tiroirs. Des bâtiments spéciaux, avec salles peu élevées, et de di-

mensions moyennes, aboutissant à des laboratoires, contiendraient ces collections qui ne seraient guère consultées que par des savants, poursuivant des études particulières, comme cela a lieu aux archives ; et en réalité ce serait là où seraient renfermées les véritables archives géologiques de notre planète .

Mais les collections générales et d’ensemble doivent être exposées aux regards du public ; pour cela, il faudra construire des bâtiments offrant de favorables dispositions pour la classification, la bonne exposition des objets, leur étude facile, bâtiments permettant d’embrasser l’ensemble des collections d’un seul coup d’œil. Pendant mon dernier séjour en Amérique, en 1860 ou 1861, mon ami et ancien maître M. Agassiz me demanda de m’occuper de cette question, dans le but d’organiser les collections qu’il réunissait alors pour son Musée de zoologie comparée. Je lui fis le plan d’une grande salle pour placer les collections zoologiques et botaniques par provinces aux diverses périodes géologiques. Si M. Agassiz et moi n’avons pas donné suite au projet, c’est que la guerre civile des esclavagistes nous en a empêchés.

Je vais expliquer ce plan, dont un croquis est placé en tête de cette notice (voir le frontispice). Il faudrait construire une grande salle elliptique, recevant le jour par en haut. Au centre, dans un massif de beaux blocs des diverses roches cristallines les plus anciennes et dont l’âge est, en général, antérieur à l’apparition des êtres sur la terre, on disposerait une estrade ou plate-forme, d’où l’on pourrait dominer toute la salle, qui serait construite avec une pente ascendante très-légère, du centre vers la circonférence, pour lui donner une forme qui se rapproche d’un amphithéâtre. Puis, à partir de la base de cette plate-forme, on tirerait des allées rayonnant tout autour du centre qui partageraient la salle en

tranches, chaque tranche correspondant à une grande province ou région de notre planète. Ainsi on aurait successivement les provinces arctique, moscovite, Scandinave, celtique, méditerranéenne, lusitanienne, canadienne, américaine, californienne, mexicaine, péruvienne, brésilienne, argentine, chilienne, patagonienne et antarctique; cette dernière viendrait au milieu de l’éllipse juste en face de la province arctique. En continuant le tour on aurait les provinces néo-zélandaise, australienne, du Gap de Bonne-Espérance, zambésienne, centrale -africaine, barbaresque, arabienne, indienne, Célèbes (Java, Bornéo, Nouvelle-Guinée), cochinchinoise , thibétaine, chinoise, japonaise, enfin sibérienne qui viendrait toucher la province arctique et former le dernier terme du faisceau des grandes provinces zoologiques et botaniques du globe terrestre.

Chacune de ces provinces ou grandes régions devrait contenir un échantillon de tous les êtres terrestres ou marins qui y ont vécu aux diverses époques géologiques; et afin de pouvoir bien suivre les diverses phases par lesquelles ces êtres ont passé, soit dans le temps, soit même comme organisation et structure, on disposerait les êtres de chaque période géologique, dans un cercle concentrique qui permettrait, en le suivant comme couloir, de passer en revue les êtres d’une seule et même période ayant vécu simultanément sur tout le globe. Ainsi, en construisant, à partir de la plateforme du centre, des cercles concentriques en aussi grand nombre qu’il y a de grandes périodes géologiques, on aurait successivement en allant du centre vers la circonférence de l’édifice les cercles du taconique inférieur ou des êtres ante-primordiaux, du taconique supérieur, ou des êtres primordiaux, du silurien inférieur ou des êtres des faunes et flores secondes , du silurien supérieur ou faunes et flores troi-

sièmes ; du dévonien, du carbonifère inférieur, de la houille, du dyas, du trias, du lias, et ainsi de suite jusqu’à la période quaternaire et moderne inclusivement.

En remontant une des allées ou rayons, qui vont du centre à la circonférence, on remonterait la série des temps géo logiques d’une même région ou province du globe, et Ton passerait en revue tous les êtres qui s’y sont succédé depuis le moment de l’apparition de la vie jusqu’à nos jours; puis en tournant le long d’un de ces cercles concentriques, on verrait tous les êtres qui ont vécu sur la terre à une même époque. Lorsqu’il y aurait des lacunes, il faudrait les laisser vides, en attendant que des recherches ultérieures viennent les remplir en tout ou en partie. Depuis l’apparition des êtres il n’y a jamais eu mort et désolation complètes sur aucun point du globe terrestre. Les êtres vivants sont plus ou moins nombreux suivant le voisinage ou l’éloignement des bords de la mer et surtout suivant la différence de niveau rapporté à celui des mers. C’est toujours à la limite du niveau des mers qu’on trouve les maximums du nombre des êtres tant sous le rapport de la quantité que sous celui de la variété ; puis en s’élevant vers les sommets des montagnes les plus hautes, ou en s’enfonçant dans les abîmes les plus profonds de l’Océan, les êtres vont en diminuant comme familles, genres, espèces et nombre d’individus, mais il y en a toujours. L’absence d’êtres vivants ou le désert n’existe nulle part dans un sens absolu.

Avec une salle-galerie comme celle que je propose, on embrasserait d’un seul coup d’œil le bilan complet en tout temps de l’histoire naturelle ; on saurait toujours où il y a des lacunes, on connaîtrait leur degré d’importance, et on verrait où il faut aller et ce qu’il faut faire pour les combler,

ou du moins les diminuer. Contre les murs, aux extrémités de chaque région ou grande province, on placerait les cartes géologiques des pays compris dans chacune d’elles ; et enfin dans les allées, sur des piédestaux, on mettrait de vraies statues représentant les grands animaux ou les grandes plantes complètement restaurées d’après les données positives de la science, comme l’a essayé Mr. Waterhouse Hawkins, avec tant de succès, dans les îles géologiques du Crystal Palace de Sydenham près de Londres.

Quel monument qu’une pareille salle ! L’histoire de notre planète s’y déroulerait, comme dans un panorama; ce serait le catalogue vivant, qu’on me pardonne cette expression, des travaux, dès découvertes de tous les naturalistes ; ce serait le dictionnaire universel de la science, le couronnement de l’édifice du plus grand Muséum d’histoire naturelle qu’il y aurait au monde. Ce plan devrait, naturellement, être soumis à un architecte, et pourrait subir des modifications et des perfectionnements pour le rendre tout à fait pratique, l’améliorer, et l’adapter à certaines positions locales avantageuses.

En voyant ce plan de la salle des provinces zoologiques et botaniques aux diverses époques géologiques, on sera frappé de sa ressemblance et de son analogie avec le plan de la partie centrale de l’Exposition universelle de 1867 ; et il est possible que l’on pense que j’ai pris l’idée première au palais du Champ de Mars. Si c’était vrai, je le dirais immédiatement. J’ai, en ma possession, le plan primitif que j’ai fait à Cambridge en 1861, et sur lequel se trouve un croquis fait par M. Agassiz lui-même, pour chercher à utiliser une des salles de son musée dans le sens de mon plan. Or je n’ai pas revu M. Agassiz depuis 1864, et ce plan n’est jamais sorti de mes cartons. D’ailleurs la réussite complète et à la

satisfaction générale du principal bâtiment de l’Exposition est une garantie suffisante de la valeur et du succès d’une pareille idée appliquée aux collections d’histoire naturelle du globe entier, sans qu’il soit besoin d’appuyer sur son origine.

Une autre salle moins grande que celle-là, mais bâtie sur le même plan , pourrait être destinée uniquement aux roches et à la minéralogie.

Si le Muséum d’histoire naturelle entrait dans la voie que je propose, et que l’on disposâtes collections suivant les indications précédentes, on sortirait de l’état de chaos dans lequel se trouve cet établissement ; chaos qui est tel, que personne, pas même le conseil des professeurs-administrateurs pris collectivement, ne connaît ce qu’il y a dans l’enceinte du Jardin. On sait le nombre de caisses qui existent, et encore est-ce douteux. Mais ce que l’on ne connaît pas, c’est ce qu’elles contiennent ; et il se trouve dans les laboratoires, greniers ou chambres de dépôt, des caisses et des barils qui sont là depuis les premières années de ce siècle, et qui n’ont jamais encore été ouvertes. Pourtant ce n’est ni le personnel, ni même la place qui manquent, mais bien l’ordre et l’intelligence dans le maniement des grandes collections.

Du reste, rappeler que pas un seul professeur-administrateur n’a jamais perdu de vue entièrement les tours de Notre-Dame, et le dôme du Panthéon, c’est prononcer un jugement sans appel, sur l’état dans lequel doivent être les collections de l’histoire naturelle du monde entier, placées sous leurs soins. Pour manier de grandes collections, il faut les avoir recueillies soi-même, avoir dormi sur la terre nue, ou dans les cabines d’un vaisseau ; avoir bravé les intempéries des tropiques et les frimas des régions glacées ; avoir tremblé et passé par toutes les anxiétés poignantes d’un collée-

donneur, en voyant les échantillons ramassés au prix des plus grandes fatigues et souvent au péril de sa vie, précipités dans les ravins, s’engouffrer dans une rivière ou jetés à la mer avec les caisses ou les barils dans lesquels on les a emballés avec des soins infinis, ou ce qui est pis encore, dispersés à tous les vents par les mains d’indiens ou de sauvages, ignorant le mal qu’ils vous font. C’est ainsi qu’ont fait de Humboldt, Bonpland, Agassiz, Hooker, Darwin, Jukes, Martius, Hocbstetter, d’Orbigny ; aussi ce qu’ils ont produit est-il marqué au coin de la pratique ; les collections qui ont passé par leurs mains ont toute la valeur que leur donne seulement l’observateur qui a vu luimême, et qui seul est véritablement capable et apte à comprendre l’œuvre du Créateur.

Lors des travaux de la commission de 1858, présidée par le général Allard, on fit de grands plans de transformation du Muséum englobant la Halle aux vins, les terrains de la rue Cuvier, ceux de la rue de Buffon, et qui s’étendaient jusqu’à la Bièvre. Ces projets étaient des plus défectueux ; d’abord, ils paralysaient l’édilité parisienne en créant, au milieu d’une grande ville comme Paris, une espèce d’île énorme qu’il aurait fallu toujours contourner comme un véritable cap Horn, obstructeur de la circulation et de la population. Les collections, tout en acquérant beaucoup d’espace, étaient disséminées, çà et là, sans espèce de liens, comme dans un parc froid et désert à la Louis XIV. On avait projeté des labyrinthes, des jardins anglais, des allées à perte de vue, des pièces d’eau, enfin on aurait eu là, en fait de Jardin des plantes, une création comme on vient d’en couvrir Paris, et dont le modèle le plus parfait est le nouveau théâtre du grand Opéra avec ses abords. C’est-à-dire

que Ton aurait produit un grand monument consacré à l’histoire naturelle, dans ce style de la décadence, si cher à nos édiles parisiens; ce qui n’aurait, il est vrai, que trop bien répondu à la situation actuelle de la science en France.

Les sommes exigées par de pareils travaux s’élevaient à des chiffres très-considérables. Cinquante à soixante millions n’auraient probablement pas couvert les dépenses.

Avec le projet que je recommande et qui paraît d'une exécution facile et pratique, l’enceinte actuelle du Jardin des plantes est parfaitement suffisante. La Halle aux vins deviendrait l’École de médecine et l’École de pharmacie, avec de beaux et grands laboratoires, si réclamés et si désirables dans de pareilles écoles. Les terrains s’étendant entre la rue de Buffon et la Bièvre, et qui appartiennent au Jardin, feraient retour à l’État ou à la ville de Paris, pour y construire des écoles primaires communales laïques, un college municipal et une école normale primaire ; le reste serait vendu aux citoyens pour des constructions ordinaires. Par suite le quartier du Jardin des plantes deviendrait un quartier d’écoles d’une grande importance pour l’éducation primaire, secondaire et supérieure, et pour les études concernant les sciences naturelles. En utilisant quelques-unes des galeries et des serres actuelles, supprimant tous les logements d’employés, on pourrait créer une belle école de botanique, construire des galeries, laboratoires , et avoir au Jardin des plantes l’un des plus beaux, si ce n’était le plus beau et le plus riche Muséum d’histoire naturelle de l’Ancien et du Nouveau Monde. Des dépenses, que l’on peut évaluer au premier aperçu à 15 ou 20 millions de francs, suffiraient amplement pour tous ces changements.

11 y aurait un directeur, aux appointements de 15,000 fr. ;

quatre conservateurs, aux appointements de 12,000 francs chacun ; l’un aurait sous sa direction les plantes vivantes et l'herbier, le second la géologie et la minéralogie, le troisième la paléontologie, et le quatrième la zoologie. Leurs attributions seraient, comme l’indiquent d'ailleurs leurs titres, la conservation, l’augmentation et la classification des collections ; de plus ils devraient être tous les jours, de onze heures à quatre heures, dans leurs cabinets, aux ordres de tout savant venant réclamer, de vive voix, le droit de voir et d’examiner des échantillons ; le conservateur l’accompagnerait lui-même, ou le ferait accompagner par un de ses subordonnés qui ne le quitterait pas pendant tout le temps que ce savant aurait des échantillons entre les mains. Chaque conservateur aurait sous ses ordres des aides-naturalistes, au nombre de trois ou quatre, avec des appointements de 9,000 fr. chacun; et enfin il aurait aussi des préparateurs ou chefs de laboratoires et de culture, en aussi grand nombre qu’il y aurait de divisions distinctes dans l’établissement, c’est-à-dire environ 24, et dont les appointements varieraient entre 5,000 et 7,000 fr. De plus l’établissement posséderait un bibliothécaire, un sous-bibliothécaire et un aide, assimilés aux conservateurs, aides-naturalistes et préparateurs, pour les grades. Le directeur garderait la haute main sur tout l’établissement; les conservateurs dirigeraient tout le personnel compris dans la section du Muséum à laquelle ils seraient attachés ; le bibliothécaire serait, comme chef de service, assimilé aux conservateurs, et ne dépendrait que du directeur, tout en n’ayant que les appointements d’aide -naturaliste.

L’institution si importante des naturalistes -voyageurs serait non-seulement maintenue — ou plutôt rétablie, car elle

n’existe plus guère que de nom aujourd’hui — mais encore encouragée et augmentée. Ainsi il devrait y avoir quatre naturalistes-voyageurs aux appointements de 20,000 fr. par an ; il y en aurait un pour chacune des branches composant les grandes divisions du Muséum, botanique, géologie, paléontologie et zoologie. Ces voyageurs seraient choisis par le Conseil d’administration du Muséum, dont on parlera plus loin, sur une présentation faite par le directeur et les conservateurs qui chercheraient des sujets parmi les préparateurs ou employés temporaires n’ayant pas dépassé l’âge de 32 ans et qui auraient été attachés au Muséum depuis deux années au moins, et dont la capacité serait prouvée par des mémoires publiés et reconnus bons.

Ces voyageurs seraient toujours envoyés hors de l’Europe; et seraient nommés pour deux années seulement ; sur leur demande appuyée de l’avis du directeur et des conservateurs, le Conseil d’administration pourrait prolonger leur temps de voyages de une à deux années, mais jamais un voyageur ne pourrait rester plus de quatre années au maximum. Seulement, après un retour à Paris, et un séjour de un an à dix-huit mois pour l’arrangement de ses récoltes et les publications de son voyage, on pourrait le nommer une seconde fois, dans les mêmes conditions que la première. Dans aucun cas, on ne pourrait nommer trois fois le même naturaliste-voyageur. Pendant dix-huit mois, après son retour, le naturaliste-voyageur reçoit moitié de sa paie comme voyageur, c’est-à-dire 15,000 fr. ; à condition qu’il travaillera tout ce temps-là, au Muséum, à classer et à décrire ses récoltes, sauf un congé temporaire de deux mois à son arrivée, ou le cas de maladie. Sur les quatorze aides-naturalistes, dix des places seraient réservées aux naturalistes -voya-

geurs; et dans aucun cas, on ne pourrait enfreindre cette règle; de même trois des conservateurs, sur les quatre, devraient être pris parmi des anciens naturalistes-voyageurs. Quant au directeur, son choix serait tout à fait à l’arbitraire du pouvoir exécutif, et il n'y aurait pas même obligation qu’il fût un naturaliste d'une grande réputation ; l'indispensable c’est qu'il soit un bon administrateur.

D’après cette organisation, le personnel du Muséum ne serait que de quarante-six naturalistes y compris le directeur, avec une dépense au budget de 436,000 fr. Maintenant pour les mêmes services on a 85 personnes, avec une dépense de 280,000 fr. Gomme on le voit, le personnel serait très-diminué ; tandis que les traitements seraient fortement augmentés, surtout pour les préparateurs, aides-naturalistes et naturalistes-voyageurs. En histoire naturelle aussi bien qu’en toute autre espèce de travail, il faut bien payer, si l'on veut obtenir de bons résultats; un employé mal payé est en général un rouage inutile et embarrassant ; il exige un autre employé pour le soutenir, et ainsi de suite ; c'est ainsi que les sinécures et les abus se greffent les uns sur les autres, et que l’on arrive à n’avoir plus qu’une nation d'employés médiocres et de gens qui aspirent à le devenir.

Mais, dira-t-on, vous supprimez tous les cours? ces chaires où tant d’hommes célèbres ont professé! Eb bien, oui, la conservation des Archives de l’ histoire naturelle du monde entier n'est pas compatible avec des cours publics dans le même établissement; par la raison bien simple que si vous y faites des cours, les collections en souffrent ; et les professeurs, leurs leçons faites, ne s’occupent pas de ce qui est le point capital, j’ajouterai même unique d'un grand musée, sa prospérité.

Quand il y avait des professeurs célèbres, qui faisaient un

enseignement remarquable an Jardin des plantes, il n’y avait aussi que de petites collections dans cet établissement. Depuis, les collections se sont agrandies, en même temps les célébrités ont disparu ; et aujourd’hui on n’a plus qu’une réunion d’objets entassés, avec des apparences d’ordre ; je dis apparences pour les yeux des visiteurs non naturalistes ; des cours qui ne sont fréquentés que par une douzaine de vieillards des deux sexes et du voisinage, qui vont là pour se chauffer en hiver et tuer le temps en été; c’est à ces deux apparences de classifications et de cours que l’on sacrifie les intérêts et presque la vitalité de l’histoire naturelle en France.

Dans les laboratoires attachés à chaque service, le directeur pourrait autoriser les conservateurs, aides-naturalistes, et préparateurs, à faire de temps à autre des démonstrations spéciales sur des sujets déterminés et devant un auditoire choisi ad hoc. Enfin les naturalistes-voyageurs, à leur retour, devraient donner la première narration de leurs explorations dans un des laboratoires, devant tout le personnel du Muséum, ayant à sa tête le Conseil d’administration.

En ajoutant aux quarante-six naturalistes et voyageursnaturalistes cinquante-quatre employés, chef d’ateliers, gens de service, jardiniers et concierges, avec une dépense de 100,000 fr. ; puis donnant 150,000 fr. pour le matériel; on aurait un budget s’élevant à 676,000 fr. , c’est-à-dire un budget un peu moins fort que celui de 1868, et cependant bien suffisant pour donner à l’établissement une organisation et • une efficacité qui répondrait alors amplement aux besoins de la science, et dont l’effet se ferait très-rapidement sentir sur les progrès de l’histoire naturelle en France et même dans tout le monde savant.

Maintenant, comment administrerait-on le Muséum d’his-

toire naturelle , ainsi réorganisé? On pensera peut-être qu’ayant un directeur, avec le ministre de l'Instruction publique comme « directeur suprême», ainsi que le nomment M. Ghevreul et ses collègues les professeurs-administrateurs actuels, on aurait largement pourvu à une bqnne administration ? Telle n’est pas notre opinion. Rien 11e peut être bien administré sans le concours des citoyens ; et ainsi que je le répète souvent dans ce volume, c’est par là que pèche complètement l’administration française; là est son vice radical et le ver rongeur qui une fois ou l’autre la tuera ; à moins que l’administration elle-même ne parvienne auparavant à étouffer la nation ; ce qui malheureusement serait beaucoup plus facile que ne le pensent les hommes politiques de notre pays. Voici comment le Conseil administratif du Muséum devrait être composé:

Le Ministre de l’Instruction publique, président de droit. Le Préfet de la Seine i. * * 4, vice-président.

Trois membres du Corps Législatif, élus chaque année dans ce but par l’assemblée elle-même, avec la condition que l’un des trois sera toujours un des députés de la ville de Paris.

Trois membres de l’Académie des sciences de l’Institut de France, élus annuellement par l’Académie, avec la condition qu’aucun d’eux ne soit employé à aucun titre au Muséum, ni président de chacune des sociétés savantes ci-après nommées, et qui seraient membres de droit du Conseil, savoir : Le président de la société botanique de France.

— — géologique.

i. Dans l’état actuel, le préfet de la Seine, comme tous les préfets d’ailleurs,

est nommé directement par l’administration, au lieu d’être nommé par le

suffrage universel avec un mandat annuel ou bisannuel seulement, comme

cela a lieu dans tous les pays démocratiques.

Le président de la société entomologique.

— — anthropologique.

— — philomatique.

— — de géographie.

Le directeur du jardin, secrétaire du Conseil.

Les quatre conservateurs et le bibliothécaire en font aussi partie, mais seulement avec voix consultative, sans le droit de vote.

Ce conseil se réunirait le troisième mardi de janvier de chaque année. Ses délibérations ne seraient valables qu’à la condition qu’il y ait les deux tiers des membres présents. Il nommerait un comité exécutif, composé de quatre membres, auquel s’adjoindrait le directeur. Ce comité serait chargé d’ordonnancer et d’approuver tous les achats et dépenses, dépassant trois ou quatre cents francs ; les conservateurs et le bibliothécaire pourraient, de leur propre volonté, permettre des dépenses, prises sur leurs fonds spéciaux, qui ne dépasseraient pas la somme indiquée ci-dessus. Il y aurait une séance du comité exécutif tous les quinze jours ; mais il ne pourrait délibérer que s’il y avait au moins trois membres présents ; en outre il pourrait être convoqué par le directeur, toutes les fois que ce fonctionnaire le jugerait nécessaire pour le bien du service. A la première séance du conseil, le directeur présenterait son rapport annuel, dans lequel il rendrait compte de tout ce qui se serait passé au Muséum. Ce rapport serait imprimé, ainsi que le journal des délibérations du conseil, à 10,000 exemplaires; et le directeur le distribuerait, en ayant soin d’envoyer un certain nombre d’exemplaires à chacune des Académies et sociétés savantes de Paris et de la province, et à tous les membres du Corps législatif et des Conseils généraux. Le

directeur serait seul responsable devant le Conseil; et il pourrait employer temporairement des aides ou ouvriers dans les laboratoires, sous sa propre responsabilité, sans en référer ni au Conseil, ni au Comité exécutif. Tous les employés, à partir des préparateurs jusqu’aux conservateurs, seraient nommés par le Ministre, sur une liste présentée par le Conseil.

Les doubles et les échantillons de second choix seraient mis de côté, et chaque année on en ferait des distributions pour les musées de province, les collections de facultés, d’écoles supérieures, secondaires et primaires, d’écoles normales, de laboratoires d’expériences, etc. Un compte exact en serait tenu, et figurerait au rapport du directeur. Rien ne serait reçu au Muséum, soit pour les collections, soit pour la bibliothèque, sans qu’une lettre de remerciement, signée d’un des conservateurs ou du bibliothécaire, ne fût adressée au donateur. Enfin, les objets d’une grande valeur intrinsèque et d’un petit volume, comme diamants, pépites, etc., devraient être exposés avec des précautions particulières dans une vitrine spéciale ; des moulages ou fac-similés occuperaient leur place dans les collections. Pendant la session du Conseil, il y aurait un jeton de présence quotidien, pour les membres, et ce jeton serait délivré aussi aux membres du Comité exécutif, à chaque réunion.

Pour les serres et le jardin, on se limiterait au strict nécessaire d’une bonne école de botanique, telle que l’exigent les besoins d’élèves en médecine, en pharmacie et en histoire naturelle. La grande difficulté de la botanique est l’espace considérable qu’exige la culture des plantes ; mais il faut ne pas perdre de vue qu’aux portes de Paris, il y a de magnifiques herborisations à faire ; et que cet avantage doit être mis

largement à profit, pour ne pas avoir à surcharger outre mesure la culture des plantes nécessaires aux démonstrations.

Tel est en substance, le plan des réformes qui paraissent, je dirai plus que désirables, mais absolument indispensables, pour arriver à donner au Jardin des plantes une impulsion et une direction répondant aux intérêts bien compris de l’histoire naturelle en France. S’il était suivi même partiellement, il modifierait rapidement le statu quo dans lequel est plongée la science; il infuserait à celle-ci une nouvelle vie, il lui donnerait de vigoureux élans et lui ouvrirait des voies aussi libérales que fructueuses.

GRANDS ÉTABLISSEMENTS D’EXPÉRIMENTATIONS POUR LA BOTANIQUE ET LA ZOOLOGIE.

Il existe à Vincennes un embryon de Champ d’expériences et au bois de Boulogne le Jardin d’acclimatation ; en réunissant ces deux établissements soit à Vincennes, soit à Boulogne , et en leur donnant surtout beaucoup plus de développement, on créerait un grand centre d’expérimentation pour la botanique et une partie de la zoologie.

Ce qui manque surtout au Jardin des plantes pour la botanique et ce qui y manquera toujours, à cause de l’espace, ce sont de grandes serres, et de grandes surfaces composées de bois, de prairies et de cultures, toutes choses de première nécessité pour pouvoir faire des expériences en grand sur les plantes et sur les animaux. De toutes les conquêtes de l’homme sur la nature animée, les plus considérables et les plus importantes sont, sans contredit, celles qui se rapportent aux plantes; depuis deux siècles surtout, la botani-

que a été le pivot sur lequel se sont appuyées la plupart des transformations commerciales et industrielles des sociétés modernes, non-seulement au point de vue utilitaire, mais même au point de vue de l' agrément, de rornementation et du luxe. La simple citation de quelques noms suffira pour montrer la vérité de ce que je viens de dire ; ainsi : le coton, la canne à sucre, le café, le thé, l’indigo, le tabac, la pomme de terre, la patate, le cacao, le quinquina, les camélias, les Euca . lyptus, etc., etc., ont vraiment joué un rôle des plus important depuis leur découverte. Tandis que pour les animaux l’homme moderne a bien peu ajouté à ce que nous ont légué les civilisations de l’antiquité ; aucun grand animal surtout n’a été domestiqué et, depuis l’invention des armes à feu et la navigation au long cours, on n’a guère fait que détruire les grands animaux au lieu de chercher à les utiliser par la domestication.

Les jardins botaniques doivent olïrir non-seulement toutes les plantes, avec leurs variétés, mais encore, autant que possible, leurs groupements, et il faut chercher même à reproduire l’aspect général des paysages des diverses contrées où ces plantes croissent naturellement. Ainsi, quoi déplus instructif que de pouvoir rencontrer sur un espace de quarante à cinquante hectares des productions de la végétation du nord du Mexique avec ses Cactus , ses Agaves, ses Algarobia ; de la Californie avec ses prairies éblouissantes de fleurs et ses Séquoia géants; des bords du Mississipi avec ses cotonniers, ses magnolias, ses tulipiers, ses sassafras ; de la vallée de l’Amazone avec ses palmiers, ses Mimosa , et ses euphorbiacées ; du Chili avec les Araucaria , derniers représentants d’une immense famille des temps géologiques ; de l’Australie, avec ses fougères arborescentes, ses cycadées et ses gommiers ; de l’Himalaya avec ses rhododendrons ; du Cap, des îles de la Sonde,

de la Chine, etc. Ce sont autant de pays que des jardins botaniques doivent rappeler et montrer aux yeux étonnés et charmés des visiteurs. Il faut qu'en entrant dans ces sanctuaires de la science, on se sente transporté sous d’autres latitudes, dans un autre hémisphère ; il faut enfin que toutes les végétations exotiques nous parlent non-seulement d'autres climats, d’autres pays, mais encore d’autres civilisations, d’autres sociétés, d’autres besoins, d’autres désirs. Et pour cela, il faut non-seulement de grands espaces, mais il faut surtout de grandes, nombreuses et magnifiques serres.

AKew, dans cet immense établissement, unique en son genre, créé par le génie pratique de la vieille Angleterre, il y a des serres qui ont jusqu'à 20 et 24 mètres de hauteur, 180 mètres de largeur, et qui couvrent des surfaces de 67 ares. Dans un très-court espace de temps, moins de trente années, les Anglais ont su organiser et réunir des collections, auprès desquelles ont pâli tous les jardins botaniques, non-seulement de la France, mais du monde entier. Sous l’habile direction de Hooker père et fils, on a vu s’élever comme par enchantement, serres, orangeries, jardins d’hiver^ des herbiers, des collections de bois et de fruits se sont rapidement développées ; le tout est complété par des publications de luxe qui font connaître au monde savant et propagent toutes les découvertes agricoles et horticoles, d’arboriculture et de botanique proprement dites. Une bibliothèque spéciale, d’une grande valeur déjà, existe aussi à Kew, village modeste qui est devenu, en quelques années, la métropole de la botanique sur notre globe.

Tous ces magnifiques résultats ont été obtenus avec une somme annuelle, qui n'a jamais dépassé 500,000 fr.

Cette création de Kew n'est pas la seule dont les Anglais

paissent s’enorgueillir; elle avait été précédée d’une autre bien importante aussi, dans laquelle on a fait, à plusieurs reprises, des essais de culture pour toute la presqu’île indoustane; il s’agit du jardin botanique de Calcutta. Là sur les bords du Gange, comme sur les bords de la Tamise, existe un magnifique jardin d’expérience pour toutes les plantes et toutes les cultures tropicales. Les quinquinas, les thés, les cafés, les épices y sont l’objet d’études constantes et de recherches des plus approfondies.

Voilà de nobles exemples à suivre pour notre pays. A Vincennes, ou à Boulogne, ou à Meudon, enfin autour de Paris, il faut à la France un jardin botanique qui rivalise avec celui de Kew, ce qui ne serait pas difficile avec le climat du bassin de Paris, bien plus beau que celui du bassin de Londres; puis à Alger il faudrait donner une nouvelle impulsion au jardin d’expérimentation du Hamma, pour les plantes tropicales et les grandes cultures africaines. L’acclimatation des animaux ferait partie de ces deux établissements. On enlèverait du Muséum d’histoire naturelle, tous ces pauvres animaux emprisonnés dans des cages, des fosses, et des enclos larges comme la main, où ils étouffent littéralement comme des esclaves à bord d’un vaisseau négrier. On ne conserverait de toute cette ménagerie, qui infecte le quartier, que Martin et sa progéniture, pour amuser les enfants et les curieux de poses grotesques ; tout le reste serait distribué entre le Jardin botanique de Paris et celui d’Alger.

Quelques années suffiraient pour que dans des sciences qui ont compté chez nous des hommes comme Tournefort, Buffon, Desfontaines, Michaux, de Jussieu, Richard, Parmentier, nous soyons replacés, sinon à la tête, du moins de parité avec les nations les plus avancées. Les éléments de

succès ne nous font pas défaut : savants, emplacements, argent, tout y est; il n’y a qu’à vouloir. Voyez ce que le préfet de la Seine a fait à l’intention du public des squares et des boulevards, avec son établissement municipal étriqué et mal disposé à la Muette de Passy. Qu’attendons-nous? Chaque année de retard est autant de pas rétrogrades ; en science, mieux qu’en politique, qu’en industrie, qu’en commerce, la stagnation et l’immobilité, c’est la décadence et la décrépitude, l’engourdissement et enfin la fossilisation. De grâce, marchons de l’avant, go ahead l transformons nos embryons de Vincennes et du Hamma en de grandes créations dignes de la science d’abord, puis aussi dignes de notre belle patrie, et que les étrangers en venant nous voir, aient autre chose à visiter que les jardins étranglés et difformes, avec serres microscopiques et à moitié en ruines du Muséum, ou que les quinconces municipaux.

Les animaux aquatiques marins ou d’eaux douces devraient aussi être l’objet de plus d’attention et de plus de soins de la part des savants français. De grands aquariums, de vastes réservoirs pour la pisciculture , l’élevage des mollusques et des crustacés, sont nécessaires sur plusieurs points de l’empire. A cet égard, il faut rendre justice au gouvernement actuel qui a fait déjà de nombreux efforts dans cette direction. Ainsi à Concarneau (Finistère), à Arcachon, à l’île de Ré, au Havre, des essais ont été tentés en grand et avec succès sur les animaux marins. Le docteur Coste s’y est acquis une juste célébrité, et on dit que le chef de l’État lui-même n’a pas dédaigné de s’en occuper, et d’écrire à un savant naturaliste qui habite de l’autre côté de l’Atlantique pour lui demander des conseils, des avis et sa collaboration. Un officier de marine, capitaine du port du Havre,

le lieutenant Broca, fut envoyé en mission par l’Empereur, auprès de M. Agassiz, pendant tout l’été de 1862. Des rapports ont été faits, et celui du célèbre naturaliste américain a tout spécialement attiré l’attention de Sa Majesté, qui a donné des ordres pour le transport d’animaux marins d’un côté à l’autre des bords de l’Atlantique. Un premier envoi, adressé par M. Agassiz, confié aux soins de son ami feu Burkart et du capitaine sir James Anderson, fut remis à l’Empereur dans les premiers jours du mois de janvier 1863, et depuis lors les échanges et les études se sont poursuivis avec persistance, et dit-on aussi avec un certain succès.

écoles d’agronomie ou d’agriculture

En terminant, disons quelques mots sur les écoles agronomiques ou d’agriculture.

Dans un pays qui doit la plus grande et la plus solide partie de ses richesses à l’agriculture, on ne comprend pas que l’éducation n’ait jamais été dirigée de ce côté. C’est à peine si quelques essais ont eu lieu, comme l’école de Grignon et celle de Versailles ; puis, comme si l’agriculture portait en elle un certain levain d’indépendance trop factieuse, on a préféré l’abandonner à la routine; et ces écoles qui auraient dû fournir des professeurs et des initiateurs ont été l’une licenciée, à cause, dit- on, de son origine républicaine; et l’autre tellement négligée et même menacée, que la plupart des citoyens ignorent maintenant si elle existe encore.

Quelle différence avec l’Allemagne, l’Angleterre et surtout

les États-Unis ! Gomme nous sommes distancés ; et que de progrès n’avons-nous pas à accomplir si nous voulons, on ne peut oser dire, rivaliser avec les autres nations, mais seulement les suivre de loin. Aux États-Unis, chaque État a un collège agricole, une société d’agriculture, une exposition agricole annuelle. On ne se figure pas le degré d’intérêt que les Américains mettent à l’agriculture ; aussi quels progrès, quelle puissance; et qu’on le sache bien, la hase, la fondation, de toute cette prodigieuse richesse du Nouveau-Monde, est l’agriculture unie à la liberté.

L’essai tenté par M. Duruy, de transformer le Muséum d’histoire naturelle en École d’agronomie, montre que le besoin des études agricoles se fait généralement sentir. L’essai fait par M. Drouin de Lhuys, en 1869, de création d’une grande Société centrale d’agriculture, correspondant avec des sociétés départementales, régionales, dans toutes les provinces ; puis aussi l’enquête agricole faite par ordre du gouvernement, sont des symptômes analogues.

■ Ah! si le pouvoir politique en France était entre les mains des travailleurs agricoles, comme cela devrait être, dans un pays du suffrage universel, et comme cela est aux États-Unis, on verrait vite un enseignement agronomique s’élever et prendre des proportions dignes de son importance et des besoins innombrables à satisfaire.

Mais le paysan français a un bien autre et bien plus rude chemin à parcourir que le fermier américain. D’abord il lui a fallu briser l’aristocratie territoriale, maintenant il lui faut acheter le sol, en le couvrant littéralement d’or. Il arrivera lentement et petit à petit à tout posséder, car c’est un procédé long que celui qu’il suit, mais il y parviendra; ce n’est plus qu’une question de temps. Alors et seulement

LE MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE alors, il sera de pair avec le fermier des États-Unis, qui n’a eu, lui, qu’à émigrer pour se débarrasser de l’aristocratie, et à défricher et travailler le sol pour le posséder. Ce n’est pas à dire que ce soit une petite affaire que l’émigration, l’abandon du champ des ancêtres, le brisement des relations de plusieurs générations, l’adieu éternel au clocher du village, à la montagne ; tout cela est bien grave. Le défrichement d’un sol vierge n’est pas non plus chose facile : en outre des labeurs, de la fièvre, du log house , il y a eu souvent pour le colon américain, australien et néo-zélandais, les attaques sanglantes des Indiens et des indigènes.

On peut dire hardiment, que la vie d’un émigrant représente la vie de plusieurs générations de paysans attachés au sol maternel ; dans vingt-cinq ans le pionnier parcourt toutes les péripéties, toutes les phases d’évolutions de deux siècles d’existence des paysans de nos pays; les événements auxquels il participe l’arrachent violemment de son milieu de routine et d’habitude, pour le transplanter dans le tourbillon du progrès et d’un avenir promptement réalisé. Le pionnier, c’est le Romain de notre époque ; à lui la force, la richesse, la puissance ; à lui le monde.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de pionniers français? pourquoi les deux Amériques, l’Australie, l’Afrique, ne voientelles que si rarement de nos émigrants? Instruisons le peuple, voilà le remède ! Faisons que nos paysans deviennent promptement les propriétaires du sol qu’ils cultivent ; que leurs enfants émigrent ; et la France occupera alors le rang que sa position géographique, presque unique au monde, lui assigne parmi les nations. Qu’outre les écoles primaires, il s’élève dans chaque département une bonne école d’agriculture ; et qu’enfin une grande école centrale d’agronomie

placée, non au Muséum d’histoire naturelle, qui n’est pas le lieu d’une pareille création, mais dans les environs de Paris, réunisse en un faisceau toutes les améliorations, toutes les méthodes, toutes les inventions, et qu’un enseignement élevé, pratique en même temps, répande sur nos agriculteurs ces lumières qui leur font défaut aujourd’hui, et qui sont l’unique cause de leur infériorité et du manque de considération dont ils jouissent.

NOTES SUR L’ADMINISTRATION DES MUSÉES DE ZOOLOGIE COMPA- RÉE ET D’ANTHROPOLOGIE DE L’UNIVERSITÉ DE CAMBRIDGE

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