‹ De la sclérose en plaques disséminéesChapitre 15 sur 39 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Fatigues nombreuses. — Engourdissements dans la jambe gauche, puis dans la droite. — Amélioration par l'hydrothérapie. — Phlegmata alba dolens. — Impossibilité de la marche. — Envahissement du bras gauche, puis du droit. — Rétention d'urine. — Intégrité de l'intelligence. — Grippe. ~ Phthisie pulmonaire et intestinale. —Mort. — Tubercules des poumons et de l'intestin. — Lésions du rachis. — Calculs biliaires. — Sclérose en plaques de la moelle. (Observalion du D' Pennock, rédigée par le D' J.-C. Morris, traduite de the American journal ofthemed. science, par Bourneville.)

Le docteur Pennock éfait un homme doué, au physique, d'une large ossature et d'un excellent système musculaire, au moral, d'un caractère enjoué et bienveillant, d'une intelligence prompte et facile, et, dans le sens le plus complet du mot, un philanthrope. Né d'une famille vigoureuse, saine, jouissant d'une longévité particulière, élevé à la campagne, il fut d'abord destiné à l'agriculture et placé dans une ferme où il s'adonna au labeur ordinaire, au point de donner de grandes inquiétudes relativement à sa santé, dont on craignait la ruine.

Non content de cela, il ouvrit une école, pour la population de couleur, au bien-être de laquelle il s'intéressait profondément, et.

dans les soirées, il l'instruisait lui-même après les fatigues du jour. M. Morris nous donne ces détails comme un indice du caractère de l'homme et comme une preuve de l'opiniâtreté avec laquelle il se lança dans tout ce qu'il entreprit. Trouvant la sphère ainsi ouverte devaut lui insuffisante pour satisfaire son ambition d'être utile, il se mit à l'étude de la médecine, qu'il poursuivit avec un zèle extrême à l'Université de Pensylvanie, et après avoir été gradué en 1829, il visita Paris où il resta jusqu'en 1833. Alors, il revint à Philadelphie et se livra à la pratique. L'assiduité avec laquelle il remplissait ses devoirs au Dispensaire et à la Maison de secours sera rappelée avec plaisir par ses collègues; ses attentions pour le malade pauvre .étaient inépuisables et incessantes. Mais c'était à la poursuite du côté scientifique de sa profession qu'il s'adonna avec l'ardeur la plus grande, étudiant avec soin l'auscultation et la percussion, nouveaux moyens de diagnostic qui fixaienl à ce moment l'attenlion du public médical. Pennock répéta les expériences et les vivisections du docteur Hope, et publia une édition des œuvres de ce médecin, accompagnée de notes nombreuses. C'est au milieu de ces travaux qu'il commença, en 1843, à se plaindre d'un sentiment de pesanteur et d'engourdissement dans les membres inférieurs, symptômes qui l'obligèrent à renoncer à ses devoirs actifs et à ses efforts pour adoucir le sort des pauvres abandonnés. Tout ce qui, rationnellement, promettait un adoucissement en thérapeutique, fut mis en usage jusqu'en 18Zi9, alors qu'il se détermina enfin à s'éloigner de la vie active. Sur sa situation, à cette époque et consécutivement, le docteur Worthington (do West-Ghester), qui le soigna, fournit les détails suivants :

En 1849, le docteur C. W. Pennock vint résider à Hawellville (comté de Delaware), quittant la ville pour jouir des bienfaits d'une résidence à la campagne. A ce moment, son indisposition remontait déjà à six ans. Durant l'année 1843, il avait eu des engourdissements entre le genou et le pied. La sensation qu'il ressentait était comparable à celle d'une bande serrée autour de la jambe dans une étendue de irois ou quatre pouces. Il avait été fortement occupé, pendant l'été, par ses obligations professionnelles, au point d'in-

fluencer, à un degré inaccoutumé, ses facultés physiques et nien- (ales. Il souffrit aussi, à cette date, durant cette saison, d'une légère diarrhée. Les sensations d'engourdissement et de pesanteur dans le membre augmentèrent graduellement sous l'influence du traitement adopté, lequel consistait principalement en contre-irritants (moutarde et ventouses sèches). On eut encore recours à l'électricité. Aucun de ces moyens ne parut arrêter la maladie qui s'accrut progressivement et s'étendit à tout le membre. Il fut amené à se servir du traitement de Veau froide qui, plus que tous les antres remèdes, sembla relarder la marche envahissante de la maladie. Celle-ci, néanmoins, continua son évolution, et, dans le cours de quelques années, gagna le membre inférieur droit, avec les mêmes symptômes qui avaient été observés dans le gauche. Simultanément à l'usage de l'hydrothérapie, le docteur Pennock prenait beaucoup d'exercice, surtout à pied, ce qui probablement était plus nuisible qu'avantageux.

En 1833, il fut pris de douleurs avec gonflement des extrémités inférieures, symptômes fébriles, en un mot, tous les caractères de la phlegmatia alba dolens. Elle dura environ trois semaines, et disparut sous l'influence du traitement habituel, le laissant d'ailleurs incapable de marcher. A partir de là, il fut entièrement confiné au lit ou obligé de rester assis. Pendant plusieurs années, les temps chauds paraissaient diminuer ses forces et augmenter la paralysie, si bien que, l'hiver, il ne recouvrait pas la perte occasionnée par la chaleur de l'été. Quand la maladie atteignit les extrémités supérieures, elle débuta par le bras gauche, c'est-à-dire celui qui correspondait au côté primitivement frappé. Du bras gauche elle s'étendit graduellement au droit, jusqu'à ce que, en définitive, les deux bras devinrent tout h fait impuissants, à un degré tel que Pennock ne pouvait manger seul dans les dix dernières années de son existence. Bien qu'un peu diminuée, la sensibilité ne fut jamais abolie dans les membres paralysés.

Pendant tout le laps de temps qu'il le soigna, le docteur 'Worthington employa peu de traitements contre la paralysie. Les habitudes régulières, le soin de maintenir convenablement le canal alimen-

taire, une bonne ventilation de la chambre, et, lorsque le temps était convenable, la translation à l'air libre, des frictions sèches sur les meilibres, qui furent régulièrement faites, constituèrent les moyens principaux employés dans le traitement médical.

Cinq ans approximativement avant sa mort, le docteur Pennock eut une rétention d'urine, qui fut regardée comme une paralysie partielle et temporaire de la vessie. On eut recours au cathélérisme pendant quelques jours. Grâce à l'usage des diurétiques (infusion de , buchu et ôi'uva ursi, esprits doux de nitre), cet accident se calma pour ne jamais revenir.

Un trait remarquable de ce cas, malgré une paralysie chronique et progressive^ fut la conservation non-interrompue de l'intelligence. L'esprit était actif, le docteur Pennock prenant toujours un vif intérêt à tout ce qui avait rapport à une profession qu'il aimait tant, montrant la sympathie la plus profonde pour les affligés, une amitié très-chaude pour ses nombreux amis, la sollicitude la plus ardente et la plus patriotique pour son pays durant les épreuves de la guerre de sécession. Cette heureuse disposition de l'intelligence persista jusqu'à la fin de la vie. Trois semaines à peu près avant sa mort, Pennock, pris de nouveaux symptômes, fut soigné par le docteur Jacob Price, auquel sont dus les derniers détails.

M. Price, mandé le 20 mars 1867 près le docteur Pennock, trouva celui-ci tourmenté par la grippe; la sécrétion rénale était insuflSsante; il y avait une sensibilité anormale à gauche et au-dessous de l'ombilic ; enfin une tendance à la diarrhée. Léger mouvement fébrile. Les phénomènes bronchiques se calmèrent un peu au bout de quelques jours; eu revanche, l'entérite s'accrut notablement. Il existait une tympanite marquée, symptôme que le malade présentait, il est vrai, ordinairement, mais considérablement exagéré pour l'instant. Les selles, primitivement, étaient un peu fécaloïdes, parfois muqueuses, transparentes, incolores; plus tard, elles devinrent brunes et aqueuses (quatre à six par jour). Les souffrances intestinales n'étaient pas intenses, à moins que l'abdomen ne fût comprimé. La sensibilité, dans la région déjà indiquée, était alors ex^ quise. Tout d'abord, il s'inquiéta, pensant avoir une fièvre typhoïde.

La sensibilité intestinale, la diarrhée, le tympanisme, la bronchite et des sudamina, qui commençaient à se montrer à la fin de la seconde semaine, le poussaient vers cette idée, bien que le siège de la douleur, l'absence de taches sur l'abdomen, l'aspect de la langue n'autorisassent pas cette opinion. Il était évident d'ailleurs qu'il était travaillé par une maladie de consomption. Le pouls variait de 80 à 110. L'intelligence était intacte. L'estomac était faible et à peine capable de supporter la nourriture la plus simple.

On usa peu des purgatifs, pour lesquels Pennock avait de l'éloignement. On eut recours aux diurétiques alcalins, puis à la strychnine (1 /8 de grain quatre fois par jour et continué pendant quelque temps), au sirop do lactucarium, avec extrait de quinquina, et enfin, la diarrhée augmentant, au bismuth. La strychnine parut modérer la tympanite et les troubles bronchiques, et le bismuth, sans conteste, diminua le flux diarrhéique. Il était difficile d'amener Pennock à user des stimulants, aussi ne les administra-t-on que dans une limite bien faible. Une semaine environ avant sa mort, l'urine n'offrait aucun dépôt soit par la chaleur, soit par l'acide azotique. La liqueur de Barreswill occasionnait un dépôt verdâtre, légèrement floconneux, mais aucun précipité brun. L'examen microscopique faisait voir des cristaux de triphosphate et quelques granules adhérents, probablement d'urate d'ammoniaque, et quelques dépôts amorphes de même nature. Mort le 16 avril 1867; jusqu'à la fin, intelligence parfaite.

Autopsie le 18 avril 1867. — Corps bien constitué, très-légèrement émacié. OEdème du membre inférieur gauche et des deux pieds. La peau tirait sur le noir depuis la nuque jusqu'au sacrum. Incurvation spinale latérale gauche, à convexité antérieure depuis la septième vertèbre cervicale jusqu'à la deuxième ou troisième dorsale.

Examen de l'axe cérébro-spinal. — Congestion marquée de l'occipital; — môme chose de la portion lambdoïdale et postérieure des sutures sagitales. Tache ecchymotique sur le pariétal droit, entre les sutures sagittale et coronaire. Issue d'une grande quantité de sérosité, au moins six onces, rendue rougeâtre par le

le/ 5

FiG. 3. Moitié gauche delà moelle : a, cordon antérieur; p, cordon postérieur. - FiG. 4. Moitié droite : a, cordon antérieur, etc. — Les figures suiyantes représentent des coupes de la moelle cervicale au niveau des racines nerveuses - de la 3' et i- paires (fig. 5), - de la S- (fig. 6), - de la 6» (fig 7) - de la 7- (FIG. 8), - de la 8» (fig. 9). - Fig. 10, coupe de la moelle entre la 7 et la 8 paire dorsale. - a, racines antérieures, -p, racines postérieures.

mélange du sang. Légère injection de l'arachnoïde pariétale et de la pie-mère, — Le cervelet était mou, légèrement congestionné; l'arbre de vie distinct. — Le cerveau était plus mou et plus hypérémié que de coutume. Le corps calleux, la voûte à trois piliers, les pédoncules du cerveau étaient légèrement mous; ceux-ci se déchirèrent par l'ablation du cerveau. Bulbes olfactifs très-ramollis. Un peu de liquide dans les ventricules latéraux ; pas de troisième ventricule. Les plexus choroïdes, congestionnés, présentaient de nombreux kystes gorgés de sérum. La surface des ventricules latéraux paraissait aussi ramollie, par imbibition de la sérosité. La cavité rachidienne était diminuée et on notait de la mobilité entre les 3", 4% 5* et 6^ vertèbres cervicales. La moelle épinière était environnée d'une quantité considérable de sérosité claire et les vaisseaux de la surface étaient congestionnés. La moelle fut mise de côté, avec des portions de l'encéphale, pour l'examen microscopique.

Abdomen. — L'abdomen ouvert, on voit l'S iliaque du côlon excessivement distendu par des gaz d'une odeur très-prononcée ; il s'élevait presque jusqu'à l'épigastre, était fortement congestionné et enflammé, grisâtre en certains endroits, et contenait, outre les gaz, un liquide noirâtre, sanguinolent, granuleux et une couche de sang coagulé sur la paroi. Le gros intestin et le grêle, le mésentère, étaient parsemés de tubercules sous-péritouéaux nombreux, jaunes, caséiformes. La vésicule biliaire était remplie de calculs et de pus provenant, par un trajet flstuleux, d'un ancien abcès, probablement tuberculeux, à parois dures et à contours quelque peu caséeux, situé dans le foie. La surface de ce dernier présentait, à droite du bile, une dépression en forme de fosse ; la glande elle-même était ramollie et friable ; les divisions de la capsule de Glisson très-apparentes. Reins congestionnés, ramollis. Capsules surrénales saines. Athérome à Ja bifurcation de l'aorte. Grande quantité de sérum dans le péri- Carde. Cœur très-ramolli, en voie de dégénérescence; valvules saines.

Thorax. — Poumon droit adhérent à la base, en arrière et en haut. Tubercules en voie de ramollissement très-abondants dans les deux sommets.

Squelette. — Toule la colonne vertébrale est très-ramollie ; le scalpel coupe facilement les vertèbres. Même état des trochanters, des rotules, de la tète du tibia et des os du tarse. A l'extrémité inférieure du sacrum, apophyse épineuse, probablement celle de la dernière vertèbre sacrée, se projetant en arrière, jusqu'à un quart de pouce de la peau.

Examen microscopique par le docteur S. Mitchell. — Les parties soumises à l'examen étaient des portions des deux hémisphères cérébVaux, la moitié antérieure du cervelet, les pédoncules cérébraux, le corps strié, les tubercules quadrijumaux et le pont de Varole, la moelle allongée, toute la moelle épinière et un morceau du nerf brachial gauche. Toutes étaient en bon état, ayant été enlevées deux jours après la mort, le corps étant conservé dans la glace. A l'exception de la moelle épinière et allongée, les organes ci-dessus n'offraient d'autre altération notable qu'une dégénérescence graisseuse légère mais uniforme de leurs vaisseaux sanguins. Pas de ramollissement évident. En haut de la face postérieure de la moelle allongée, à l'ouverture du quatrième ventricule, petite concrétion rugueuse de deux lignes de diamètre, irrcguhèrement arrondie, située entre les deux corps restiformes et les pyramides postérieures à l'endroit où elles se divisent pour pénétrer dans les parois du ventricule. Ce corps étranger était incrusté dans ies membranes et, par la pression, avait altéré lafurme des cordons, surtout à gauche. Le plancher du ventricule n'offrait pas de traces de compression ni d'inflammation.

Aucune lésion dans la moelle allongée, mais les régions dorsale et cervicale de la moelle épinière étaient très-altèrées. A l'état frais, cette altération représentait une série de taches grises, translucides, ou même parfaitement transparentes, irrégulières; c'était une dégénérescence gélatineuse, de nature atrophique, puisque les taches en question étaient quelque peu déprimées, et que leur surface était assez au-dessous de celle de la moelle pour indiquer une perte de substance.

L'examen microscopique de ces parties, fait surtout sur les parties blanches de la moelle, montre : 1» une absence totale de tubes

nerveux normaux et de cellules nerveuses ; 2» des molécules, une matière finement granuleuse et de petits globules graisseux trèsabondants ; 3' pas de corpuscules granuleux ; h° de nombreuses fibres qui étaient peut-être des tubes nerveux dégénérés (atrophie) ou des fibres de tissu connectif, comma celles qu'on trouve dans le tissu de la moelle épinière. Les vaisseaux de la moelle offraient çà et là des dépôts graisseux spécialement apparents au voisinage des parties atrophiées. Ailleurs, les vaisseaux étaient pour la plupart enveloppés d'une masse de molécules graisseuses, qu'ils traversaient, la graisse n'étant pas seulement déposée dans leurs parois, mais aussi amassée en dehors, sur leur trajet.

L'état exact de la gélatinisation grise de la moelle a été l'objet d'une étude très-attentive. A part une petite tache occupant la corne droite postérieure de la substance grise à l'origine de la première paire, et une tache analogue à gauche dans la même situation, l'altération avait respecté les cornes et les cordons postérieurs de la moelle. Les deux taches ci-dessus offraient les modifications microscopiques déjà décrites.

Les cordons latéraux étaient extrêmement altérés., les taches étaient situées, d'une façon générale, entre les racines antérieures et la ligne centrale des cordons latéraux, affectant surtout, par suite, les parties les plus voisines des racines nerveuses antérieures. Entrois endroits Y s[[.hvd\:iO\\&'é.Hiiïù.?i:\\. au delà des cordons antérieurs. De la septième paire dorsale à la huitième, une large taclie s'étendait à travers les cordons antérieurs. A l'origine de la dixième paire dorsale et de la seconde lombaire, deux taches traversaient les cordons antérieurs droit et gauche, et en occupaient toute la largeur. Plus bas, la moelle était saine. Les lésions les plus considérables siégeaient dans les cordons antérieurs de la moelle cervicale. A la région dorsale, les taches, encore abondantes, étaient moins communes que plus haut, et intéressaient la moitié de la surface. En de nombreux points des régions dorsale et cervicale l'atrophie occupait le point d'entrée des racines antérieures et la substance grise des cornes postérieures. Le canal central de la moelle était distinct tout du long, condition qui disparaît ordinairement à la fin de l'enfance.

— La partie examinée du nerf brachial ne présentait que quelques

Gbres atrophiées.

Les symptômes suivants peuvent s'expliquer par l'état du système nerveux : 1° l'intégrilé des phénomènes intellectuels et moraux; 2» la perte absolue du mouvement volontaire au-dessous du cou ; 3° l'intégrité presque complète de la sensibilité du tact; W la régularité de la respiration, les mouvements réflexes étant conservés et prenant la forme spasmodique à la suite de l'irritation de quelques régions de la peau. On aurait cru très-invraisemblable la conservation de l'intelligence, avec une altération si générale des vaisseaux du cerveau. Cependant, il en était ainsi, et il est intéressant de noter qu'il n'v avait certainement pas de ramollissement morbide. La perte des mouvements volontaires s'explique facilement par la grandeur de l'altération des cornes et des cordons antérieurs et par l'altération si générale de la partie antérieure des cordons latéraux, immédiatement sur le trajet des racines nerveuses antérieures. Le toucher était intact, parce que les cornes et les cordons postérieurs n'étaient lésés qu'en un seul point et même en cet endroit la lésion n'avait que trois lignes d'étendue à gauche, et que l'atrophie n'était pas complète à droite, de sorte que ces altérations étaient insuffisantes pour modifier notablement la sensibilité générale,

« Les phénomènes rapportés précédemment, dit le docteur J.-C. Morris, peuvent être classés sous trois chefs : 1° les altérations des centres nerveux; 2° les alléraiions dans la nutrition des divers autres organes; 3" la cause immédiate de la mort.

« 1. L'encéphale, d'une manière générale, était à peu près normal. Rappelons cependant la présence d'une quantité excessive de sérosité, l'accumulation de granulations graisseuses autour des petits vaisseaux sanguins, la concrétion du quatrième ventricule, l'absence du ventricule moyen et la légère diminution de consistance due probablement à l'abaissement de toutes les fonctions nutritives. En raison de l'intégrité de l'intelligence persistant pendant toute la durée d'une maladie de 2i ans et jusqu'aux derniers moments de la vie, malgré l'existence probable d'une grande quantiié de liquide dans les ventricules et dans la cavité de l'arachnoïde, on est autorisé à

songer aux cas décrits par M. Hilton, dans son travail intitulé • On Disease and Meckanical Rest et inséré dans The Lancet. Le manque probable d'une communication quelconque entre les ventricules latéraux et le quatrième ventricule serait une raison capable d'expliquer pourquoi on ne remarquait aucune différence dans l'en, semble des phénomènes paralytiques sous l'influence lait de la station verticale, soit du décubiius horizontal. La constatation, par le docteur Price, du défaut de sucre dans les urines est intéressante à cause du lieu occupé, dans le quatrième ventricule, par la masse calcaire.

« En ce qui concerne la moelle épinière, rien de plus frappant que la confirmation, apportée par ce fait, des opinions de Brown-Sequard, relatives au mode de transmission du pouvoir moteur volontaire à travers les cordons antérieurs et anléro-latéraux, Si nous supposons que l'effort longtemps prolongé de ses pouvoirs physiques {his physical powers) a détruit ou atrophié une partie des cellules motrices de la corne antérieure, lésion suivie d'une dégénéralion atrophique, régressive, gélaliniforrae des tubes nerveux parlant de ces cellules, et que ce processus était entretenu parce que les cellules restantes étaient forcées d'exagérer leur action pour maintenir les fonctions de la vie, nous sommes obligé de reconnaître que nulle hypothèse n'aboutirait à un résultat ressemblant plus étroitement à ce que nous avons vu dans ce cas, que les notions physiologiques rappelées tout à l'heure. L'une des particularités les plus remarquables, ici encore, c'est l'absence de ramollissement blanc ou rouge.

« L9 nutrition dans les os, les muscles, les viscères était évidemment affaiblie; toutefois, il n'y avait pas de dépérissement. Mais le ramollissement des os, leur aspect congestionné, la dégénérescence graisseuse du cœur, du foie et des reins (en apparence récente, ou au moins, peu avancée), et les tubercules disf^éminés à la face souspéritonéale des intestins et dans les poumons, tout tend à démontrer une perversion considérable de la nutrition, — une diminution de la force vitale. A ce point de vue, remarquons que le docteur Pennock s'était réduit, pendant plusieurs années, à une nourriture

presque exclusivement végétale, sous prétexte que, ne faisant pas d'exercice, il devait écarter toute alimentation animale. Nulle prédisposition aux tubercules dans sa famille dont plusieurs des membres ont souffert de la goutte ; une tante, plusieurs années consécutives, aurait eu une maladie simulant une affection paralytique, et un autre parent avait un arrêt de développement d'une jambe, — sans doute d'origine nerveuse.

« 3. On ne peut hésiter un instant à admettre que la mort n'ait été occasionnéepar l'état inflammatoire, intense, semi-gangréneux de la portion inférieure de l'intestin. L'organisme, par suite de l'affaiblissement ancien, étant incapable de supporter le processus inflammatoire, succomba prompiementà une cause habituellement légère, telle que l'épidémie régnant alors, la grippe. »

2° Forme cérébro-spinale.

Nous suivrons le même ordre que pour l'étude de la forme spinale.

Début. Il est brusque ou lent ; de plus : o) la sclérose peut débuter par une faiblesse subite ou progressive de l'un des membres inférieurs ou des deux ; b) par cette même faiblesse s'accompagnant en même temps de phénomènes cérébraux ou oculaires; c) par des phénomènes cérébraux ou oculaires suivis bientôt de symptômes de faiblesse dans les membres inférieurs.

Les symptômes propres à la forme spinale peuvent ouvrir les premiers la scène morbide; dans d'autres cas, ils sont soit suivis, soit précédés de phénomènes cérébraux, tels que céphalalgie, vertiges.

Première période. 1" phase : Du côté des membres, nous trouvons les mêmes symptômes que ceux signalés

plus haut dans la forme spinale; aussi ne ferons-nous que les résumer. Le malade ressent une faiblesse d'abord puis une parésie de l'un des membres inférieurs ou des deux, s'étendant tôt ou tard aux membres supérieurs, et suivant une marche tantôt progressive, tantôt, au contraire, présentant des rémissions ou des exacerbations; mais à ces troubles qui constituent le plus souvent, à eux seuls, les symptômes de l'affection pendant an temps plus ou moins long, se joignent des phénomènes céphaliques qui sont, ou permanents, ou bien surviennent par intermittences. Ces phénomènes cérébraux sont l'affaiblissement de la vue, la diplopie, un état vertigineux habituel, de la céphalalgie, de l'embarras de la parole, des attaques apoplectiformes passagères sans perte de connaissance.

Une femme, dont l'observation est due à M. Charcot, présenta des vertiges rares d'abord, puis de plus en plus rapprochés, sans perte de connaissance, ni mouvements convulsifs. Peu après, durant la nuit, elle eut, à la suite de vomissements abondants, un engourdissement de tout le côté droit : le matin, elle avait une hémiplégie. Une nouvelle attaque ayant éclaté trois ans plus tard, la parole fut abolie pendant deux semaines.

Ludwig Léo, nous raconte que son malade, Nolle, fut pris, au début, d'accès de céphalalgie et de vertiges qui, augmentant pendant la marche, diminuaient par le repos : il lui fallait alors s'appuyer aux meubles pour ne pas tomber. Dans l'espace d'une nuit, affaiblissement, puis paralysie du côté gauche, s'étendant à droite; diplopie ; plus tard, embarras de la parole, et la

paralysie, qui avait diminué au point de permettre au malade d'écrire, devient complète.

Chez une femme qui s'aperçut de faiblesse dans les membres inférieurs, quinze jours après sa grossesse, on avait noté au cinquième mois de la conception des étourdissements, de la céphalalgie, de la diplopie.

Chez la femme Carpentier, on avait trouvé au début de la difficulté dans l'articulation des sons, des troubles de la vue.

2" Phase. Après une durée variable, paraît le tremblement qui envahit les membres inférieurs, puis les supérieurs, s'étend ensuite à la tète, au globe oculaire (nystagmus), àlalangue.

Le tremblement, pour être facilement apprécié, exige certaines précautions indispensables : c'est ainsi que, si le malade est couché et calme, on ne remarque aucun mouvement anormal; mais vient-on à lui commander de lever le bras, les jambes, aussitôt on voit les membres agités d'oscillations rhythmiques ; le fait-on asseoir sur son lit, la tête est prise immédiatement des mêmes secousses convulsives. On voit de même le globe oculaire agité de mouvements oscillatoires quand le malade veut fixer un objet; à ce moment aussi, il y a de l'embarras de la parole, l'articulation des mots est lente, embarrassée, traînante. Le tremblement n'apparaît pas seulement quand le malade exécute des mouvements d'une certaine étendue, on le remarque encore quand le malade est en proie à une vive émotion.

Deuxième période. La paralysie devient de plus en plus complète dans les membres affectés les premiers de

faiblesse : le malade, dont la marche était difficile d'abord, est sujet à des chutes fréquentes; il ne peut plus se soutenir sans aide; en un mot, tous les symptômes observés dans la première période s'aggravent progressivement. Mais alors apparaissent des phénomènes nouveaux : une rigidité ou contracture permanente s'empare des membres paralysés; en outre, des convulsions spontanées ou provoquées, revenant par accès, se surajoutent à la contracture, quelquefois apparaissent avant elle pendant un temps plus ou moins long.

Ces troubles sont ordinairement tardifs; on les a observés cependant deux ans après le début, mais, en général, ils apparaissent après un temps beaucoup plus éloigné cinq ou six ans en moyenne, de sorte que, si, dans l'intervalle, le malade succombe à une affection intercurrente, ils peuvent manquer; mais si le malade survit, ces symptômes, la rigidité permanente en particulier, se manifestent.

Les accès convulsifs se montrent habituellement dans les membres inférieurs, plus rarement dans les supérieurs. Ces spasmes tétaniques {épilepsie spinale) sont spontanés ou provoqués et se présentent sous deux formes : ce sont tantôt des convulsions toniques, et c'est de beaucoup le cas le plus fréquent, tantôt ce sont des convulsions cloniques.

De plus, les troubles de la vue s'accentuent davantage ; à l'ophthalmoscope, dans le cas de Vinchon, les veines étaient légèrement dilatées et la papille offrait un commencement d'atrophie. L'embarras de la parole est de plus en plus prononcé; le malade scande les mots,

faisant une pause à chaque syllabe qu'il prononce d'une façon lente, comme s'il avait de la peine à produire les mouvements nécessaires à l'émission des mois, et non parce que le travail cérébral est laborieux, car les malades s'impatientent souvent de cet embarras de la parole (1).

La sensibilité au toucher, à la douleur, à la chaleur, reste ordinairement intacte.

A cette période de l'affection, la physionomie des malades n'a rien de spécial. La mémoire, le raisonnement, les facultés affectives qui, en général, ne sont pas modifiées au début de cette période, subissent bientôt des changements appréciables. Les malades qui fournissaient des renseignements précis sur l'évolution des phénomènes qu'ils présentent ont maintenant de la peine à indiquer nettement les phases successives de leur affection. L'intelligence perd de sa vivacité habituelle : dans le premier cas de Yalenliner (Obs. VI, page 58), nous trouvons noté un état mental excitable, une exaltation religieuse et des accès de mélancolie; dans la seconde observation du même auteur, il y avait aussi une diminution notable des forces psychiques (Obs. IX, page 93). D'autres malades offraient un état voisin de la stupeur, une sorte d'hébétude.

La respiration, la circulation sont presque toujours

(1) Dans la paralysie agitante il y a aussi une modification de la parole. Les malades hésitent en parlant d'une façon différente ; ce n'est pas après chaque mot, après chaque syllabe qu'il y a un arrêt, mais après des fragments de phrase, des phrases prononcées d'un ton bref, saccadé. Avant de commencer les discours, il y a une sorte de travail, un effort de la volonté, puis quelques mots jetés à la hâle.

normales, ainsi que les fonctions digestives ; toutefois, la plupart des malades ont, une constipation habituelle nécessitant l'emploi répété des purgatifs.

Les sécrétions (sueurs, urines ) n'ont pas paru altérées ; chez une malade, la sécrétion urinaire était normale, mais il y avait de fréquentes envies d'uriner. La salivation chez une autre (Baudoin) était exagérée.

Quant à la menstruation, les renseignements sont insuffisants : quelquefois régulière, d'autres fois moins abondante, elle avait aussi une durée moins longue. Dans le cas suivant, elle paraît avoir eu quelque influence sur la marche de la maladie.

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