OBSERVATION IX
SCLÉROSE EN PLAQUES DISSÉMINÉES. (FORME CÉRÉBRO-SPINALE
Refroidissement. Faiblesse du membre inférieur droit, -puis du gauche. — Tremblement des mains pendant les mouvements, — Influence des règles. — Troubles légers de la sensibilité. — Difficulté de la pro?ionciation. — Troubles psychiques. — Nystagmus. — Strychnine, seigle ergoté. — Paralysie des sphincters. — Scoliose. — Mort, — Noyaux indurés dans le cerveau et la moelle. (Deuxième cas de Valentiner, loc. cit.)
Rosine Spitala, 20 ans, en 1850. — A 17 ans, elle est prise tout à coup, à la suite d'un refroidissement au passage d'un ruisseau, de faiblesse d'abord dans le membre inférieur droit, puis dans le membre inférieur gauche. Quelque temps après, les mains se mireiii à trembler quand elle s'en servait.
A 18 ans, l'apparition des règles amène un amendement, et la malade, aidée, pouvait un peu marcher ; bientôt la menstruation cesse et en même temps il y a réapparition des accidents.
Les phénomènes de demi-paralysie se sont développés sans convulsions et sans perte de connaissance. Ils se sont étendus aux yeux et à la langue. - Troubles de la sensibilité modérés. Il n'y a que de l'engourdissement dans les membres inférieurs, et un sentunent de gonflement de la langue. - Difficulté de la prononciation, et diminution des forces psychiques.
A l'entrée, 1853, la malade est encore grasse. Traitement : Un demi-grain de strychnine par jour donne un amendement de 10 ou 12 jours.
L'électrisation produit plus de mouvements dans les membres inférieurs et, au contraire, du tremblement dans les supérieurs.
Dans le courant du mois, la parésie des membres inférieurs est presque complète; le tremblement des yeux, avec dilatation de la pupille, très-prononcée ; l'état psychique se transforme en une vraie stupidité.
1854. Janvier. Les mains tremblent moins; selles et urines involontaires. Alors, usage du seigle ergoté, jusqu'à la dose de 2 drachmes par jour pendant plusieurs semaines ; il agit heureusement sur l'état des sphincters et des membres, et, pendant quelque temps, quelques mouvements sont possibles.
Au printemps l85Zi. Eschare au sacrum.
Septembre. CoUapsus, l'eschare fait des progrès rapides ; douleurs de tête; pouls, 136.
Octobre. Frissons répétés; sensibilité des extrémités inférieures; affaiblissement des muscles extenseurs du dos, à droite, d'où scoliose vers la droite. — Le tremblement des extrémités persiste.
1" novembre. Mort. Après avoir offert une parésie des muscles du pharynx; gonflement œdémateux.
Autopsie. — La substance cérébrale est dure ; la substance qui avoisineles ventricules latéraux, et celle de la protubérance étaient dures. On trouvait là des noyaux gris superficiels et profonds.
En outre, il y avait des parties très-fermes, d'un blanc pur, rayonnées, que la différence de dureté, plus que l'apparence, permettait de dis,tinguer de la substance environnante.
Au iTiicroscope, les noyaux indurés, blancs, consistaient aussi en
une masse fibreuse analogue au tissu connectif; les éléments de la moelle nerveuse sont tous ou presque tous disparus; les noyaux blancs n étaient pas comme les gris, déprimés au-dessous de la surlace de la coupe,
La moelle épmière était çà et là indurée. Rien aux grosses artères. — Rien aux viscères. Dans ce cas, la mort est survenue sans complication.
Troisième période ou période terminale. - Le malade, confiné à la chambre, ne quitte plus lit. Les spasmes, les accès de roideur sont quelquefois plus rapprochés, d'autres fois, ils cessent complètement. Il peut arriver que ces accès de roideur soient précédés d'élancements, lesquels, se montrant d'abord dans un segment du membre, font place à la roideur, gagnent plus haut, sont également remplacés par de la roideur, etc. Une malade qui présente ces particularités déclare ne plus souffrir quand la roideur s'est substituée aux élancements (1). La roideur, qui primitivement étend le membre, est, dans certains cas, remplacée par de la contracture des muscles fléchisseurs. Quoi qu'il en soit, la contracture devient permanente.
L'embarras de la parole augmente : elle devient inintelligible. La soif est plus intense ; la déglutition s'exécute péniblement, les malades accumulent le liquide dans leur bouche, puis, après hésitation, ils cherchent à l'avaler, mais alors il s'en écoule une partie au dehors. Il y a un amoindrissement graduel dans l'énergie de
(1) Ce cas est exceptionnel. Le plus souvent, el cela se conçoit sans reine, la roideur est douloureuse. C'est à elle que maintes fois nous avons vu les malades attribuer leurs insomnies.
toutes les fonctions ; l'appétit diminue, l'assimilation est défectueuse, l'amaigrissement fait des progrès rapides: il survient de la diarrhée. L'intelligence s'affaiblit de plus en plus, la mémoire est presque nulle; on note des hallucinations (Obs. XIV, page 129).
La nutrition souffre ; il y a une atrophie générale, et bientôt on voit apparaître des eschares au sacrum, entretenues, aggravées parla paralysie des sphincters.
Enfin le malade succombe. La mort peut reconnaître deux causes : elle peut être due à l'affaiblissement progressif de tout l'organisme donnant lieu à de l'amaigrissement, à des eschares, à des troubles de la déglutition, de la respiration ; cinq malades sur les vingt qui font la base de ce travail ont succombé à des eschares. Mais, en général, et le plus souvent, ce sont des complications qui terminent la scène; ces complications sont, ou des maladies aiguës : bronchite avec expectoration puriforme (un cas), pleurésie (un cas), pneumonie (deux cas), pneumonie caséeuse (deux cas), érysipèle (un cas), dysenterie (un cas), attaques apoplectiformes (deux cas); ou bien des maladies chroniques, et surtout la phthisie ordinaire (quatre cas).