OBSERVATION XVI
SCLÉROSE EN PLAQUES DISSÉMINÉES fFORME CÉRÉBRO-SPINALE)
Affaiblissement successif et progressif des quatre membres, surtout des membres inférieurs. — Raideur des jambes survenant très-tard. — Tremblement quand la malade veut exécuter des mouvements. — Embarras de la -parole. — Dmdcurs en ceinture. — Sclérose multiple des cordons de la moelle allongée et des parois ventriculaires (communiquée par M. Chakcot) (1).
Joséphine L..., sous-maîtresse, célibataire, 33 ans, née en Belgique, entre à la Salpêtrière le 24 septembre 186a. Le père de la malade, qui a toujours joui d'une bonne santé, est mort à 83 ans d'un catarrhe pulmonaire. La mère et les frères sont bien portants; un oncle est paralysé. Réglée à 15 ans, menstruation régulière et abondante. Jusqu'à l'âge de 26 ans, la malade a été bien portante, seulement sujette à des maux de tête et à des crampes dans les membres inférieurs se reproduisant fréquemment (plusieurs fois par semaine).
Les conditions hygiéniques dans lesquelles la malade se trouvait étaient satisfaisantes; elle prétend avoir été sujette à éprouver la sensation de la boule hystérique, mais elle n'a jamais eu d'attaques de nerfs. A l'âge de 26 ans, L..., a commencé à s'apercevoir que ses jambes, la gauche surtout, devenaient faibles; elle les trouvait
(<) Empruntée à la thèse de M. Ordenstein.
froides et engourdies, sans y avoir jamais senti de douleurs ni d'élancements. En même temps que l'affaiblissement se montrait, les crampes auxquelles la malade était sujette ont complètement cessé. L'affaiblissement s'est manifesté, à la même époque dans les membres supérieurs, mais moins prononcé, et ici, comme dans les membres inférieurs, plus marqué à gauche.
Deux ou trois ans après, la vue s'est un peu affaiblie ; J. L.. , commence à voir trouble, les objets vacillent et tournent devant les yeux. Des douleurs en ceinture s'irradient sur les fausses côtes. A cette époque, la malade cesse de pouvoir marcher.
Traitée, en 1863, dans le service de M. Piorry, à la Charité, par l'électricité et la strychnine, une amélioration passagère se montre, de sorte que, pendant un mois, elle peut se soutenir sur ses jambes et faire quelques pas.
Admise le 24 décembre 1864, à l'infirmerie de la Salpêtrière, on constate l'état suivant : les mouvements du membre inférieur sont complètement abolis; il ne reste que quelques petits mouvements des orteils à droite. Pas de mouvements réflexes, pas de contracture. Les membres supérieurs sont affaiblis, surtout le gauche. La malade écrit difficilement, ne peut coudre, mais dit que c'est à cause de sa vue. La sensibilité est bien conservée dans les membres supérieurs et inférieurs.
Du côté de la respiration et de la circulation, rien d'anormal. Son appétit est bien conservé, mais elle souffre d'une constipation opiniâtre, de sorte qu'on est obligé de lui donner constamment des purgatifs. La soif n'est pas augmentée ; elle est obligée d'uriner très-fréquemment.
Il reste encore à noter qu'un cancer du sein se développe depuis à peu près un an; elle s'affaiblit, depuis, de plus en plus; le tremblement diminue, les membres deviennent flasques ; à la fin, le tremblement n'est marqué qu'à la tête. — Une pneumonie l'emporte le 28 avril 1866.
Autopsie. — Des plaques de sclérose se trouvent sur la protubérance et le bulbe en grand nombre. — Les cordons latéraux sont sclérosés à la partie supérieure du renflement cervical; la sclérose
déborde en plusieurs points sur les cordons postérieurs et dans une étendue un peu plus considérable sur les antérieurs. La surface des couches optiques et des corps striés montrait un froncement spécial.
L'existence de douleurs fulgurantes dans la sclérose en plaques n'a rien du reste qui répugne à l'esprit, parce que les lésions scléreuses envahissent parfois les cordons postérieurs de la moelle. C'est là ce que l'on observait dans les faits auxquels tout à l'heure nous faisions allusion.