‹ De la sclérose en plaques disséminéesChapitre 5 sur 39 · SCLÉROSE DIFFUSE · texte numérisé non relu

SCLÉROSE DIFFUSE

Émotion morale. — Tremblement généralisé et passager, —Fatblesse des jambes. Douleurs dorsales. - Akincsie progrès^ sive (membres inférieurs et supérieurs). Troubles légers de la sensibilité. ~ Incontinence de l'urine et des fèces. (JACCOUD Clinique, p. Z»20.)

Lehongre, 56 ans, d'une constitution robuste, n'a jamais fait de

M ^rl^^ Tlf^ actuellement à la Salpôtrière, dans le service de M Charcot. Nous l'avons vue Tannée derniùre, et nous avons pu vérifier 1 exactitude des détails principaux donnés par M. Jaccoud' ^

maladie sérieuse avant celle qui l'a forcée à entrer à l'hôpital, il y a quelques mois... Il y a aujourd'hui (juillet 1866) deux ans et neuf mois, qu'à la suite d'une impression morale très-pénible, elle fut subitement saisie d'un tremblement général, auquel s'adjoignit le même jour une impossibilité complète de la marche et de la station debout. M. Jaccoud résume ainsi la première phase de la maladie : « Après une émotion morale, apparition subite d'un tremblement généralisé et d'une impuissance motrice des membres inférieurs, au bout de six semaines, guérison apparente avec affaiblissement persistant de la force musculaire. Vingt-un mois plus tard, sous l'influence prolongée du froid et de l'humidilé, douleurs dorsales qui bientôt s'étendent aux membres, et, à la fin de la deuxième année, troubles de la raotiliié dans les jambes et dans les bras. »

Depuis l'entrée de la malade à l'hôpital, les accidents d'akinésie ont présenté une aggravation lente mais continuelle ; en revanche, les phénomènes douloureux, qui ont offert des caractères particuliers, se sont amendés. Au dire de la malade, dans les trois mois qui ont précédé son admission à l'hôpital, les douleurs étaient continues. A partir de là, jusqu'en juillet 1866 (huit mois), elles ont toujours présenté un double élément : l'un continu, l'autre paroxystique.

« Dans la région cervico-dorsale, il y a deux points qui sont constamment douloureux, soit spontanément, soit surtout à la pression; l'un de ces points est au niveau de la septième vertèbre cervicale, l'autre, plus étendu, occupe la hauteur de la dernière dorsale et [de toutes les vertèbres lombaires. Ces douleurs fixes qu'augmente la pression, soit sur les apophyses épineuses, soit sur les parties latérales de la colonne, sont très-modérées ; lorsqu'elles existent seules, elles ne privent pas la malade de sommeil ; c'est à vrai dire une gêne, un malaise continu plutôt qu'une douleur vive. Mais, tout à coup, sans cause appréciable, ces phénomènes s'exaspèrent, une douleur intense éclate dans les points indiqués qui deviennent de véritables foyers d'irradiation, d'où partent des élancements propagés aux quatre membres. Ces symptômes paroxystiques oMt uûc horrible violence ; aussi longtemps qu'ils durent la patiente

n'a pas une minute de sommeil ; elle évite tout mouvement, afin de ne pas augmenter ses souffrances... » Les accès douloureux qui ne s'accompagnent jamais de fièvre durent de quarante-huit heures à quatre jours, éclatent subitement, s'atténuent graduellement (12 à 15 heures), et il ne reste plus queles deux^points douloureux delà région cervico-lombaire. Ces paroxysmes qui, il y a huit mois, revenaient en moyenne toutes les semaines, se sont éloignés en perdant un peu de leur intensité, et enfin n'ont pas reparu depuis plus d'un mois. « Après les plus violents paroxysmes, les désordres de la motilité ont toujours été plus marqués qu'ils ne l'étaient avant l'accès. »

Les phénomènes paralytiques intéressent tous les membres et sont plus marqués à droite qu'à gauche. Le membre inférieur droit est tout à fait immobile. — « A gauche, les adducteurs cruraux, les extenseurs de la jambe sur la cuisse, ceux du pied sur la jambe, sont inertes, mais les muscles postérieurs de la cuisse et les fléchisseurs du pied sur la jambe, conservent une légère motiliié... » — Les mouvements des avant-bras et des mains sont abolis; les fléchisseurs, frappés les premiers, sont absolument inertes. Certains muscles des bras et les pectoraux ont conservé un reste d'action. — « A gauche, le triceps et le deltoïde, les muscles postérieurs de l'omoplate, ont encore quelque activité ; à droite, ils sont tout à fait inertes, ainsi que les muscles épineux. Ces akinésies ne se sont pas développées en bloc et tout d'une pièce... Il y a neuf mois que la paralysie a débuté, il y en a trois qu'elle est arrivée à la généralisation actuelle. » Des deux côtés, les muscles du crâne, du cou et de la tête, sont intacts.

Les troubles de la sensibilité sont légers et peu étendus. En mai dernier (1866), analgésie et perversion de la sensibilité à la température, rigoureusement limitées;;au dos delà main et de l'avant-bras gauche. En juillet, « l'analgésie et l'anesthésie thermique, toujours bornées au membre gauche, "remontent jusqu'à l'insertion supérieure du deltoïde. De plus, la sensibilité tactile est abolie sur la surface dorsale du médius et de l'annulaire du même côté, et à la main droite elle a disparu sur le dos des trois doigts médians. » —

La sensibilité est normale aux membres inférieurs. — Incontinence de l'urine et des matières fécales (mai 1866) avec abolition de la sensibilité vésicale et rectale, — « Les mouvements réflexes sont conservés, un peu lents et difficiles à provoquer; ail n'y a jamais eu dans les membres, ni contractures, ni crampes, ni contractions Cbrillaires.

A la fin de l'année 1867, M. Ordenstein, à l'instigation de M. Charcot dont il suivait les cliniques, prit pour sujet de thèse : la 'paralysie agitante et la sclérose en plaques généralisées. Dans ce travail, il posa, d'après les enseignements de M. Charcot, la distinction entre la paralysie agitante et la sclérose en plaques généralisés, et à l'appui de celte distinction importante, il rapporta plusieurs faits recueillis dans le service de M. Gharcotàla Salpétrière(l).

A propos de la thèse de M. Ordenstein, l'un de nous entreprit une revue analytique et critique des travaux publiés en France sur la sclérose en plaques (2) . De plus, le 13 mars 1868, il présenta à la Société anatomique des pièces relatives à la sclérose en plaques recueillies sur sur une malade du service de M. Charcot (3).

Peu après, M. H. Liouville communiqua à la Société anatomique (avril 1868), puis à la Société de Biologie (mai 1868), les observations de deux malades mortes de sclé- '■ose en plaques dans le service de M. Vulpian.

(1) Sur la 'paralysie agitante et la sclérose en plaques généralisées.

(2) Sclérose en plaques généralisées, Revue analytique, par Bourneville. (Mouvement médical, ises, 497, 235, 259 et 327.)

(3) M. Charcot a également montré ces pièces à la Société de bio- 'ogie. Il s'agit ici de la malade Carpenlier.

Dans son cours à l'École de médecine, M. Vulpian fit voir les pièces prises sur ces mêmes femmes et traça l'anatomie pathologique de la sclérose en plaques (1).

Viennent maintenant les leçons cliniques de M. Charcot à l'hospice de la Salpélrière (mai). Dans ses leçons, M. Charcot a décrit minutieusement tout ce qui a rapport à celte maladie. Complétant les indications bibliographiques mentionnées d'après lui par ses élèves et par M. Vulpian, il a tracé un historique aussi com.plet que possible de la question, puis abordant le côté anatomopathologique, il a décrit avec le plus grand soin les lésions que l'on voit à l'œil nu et celles que fait découvrir le microscope. Enfin, il a exposé dogmatiquement les symptômes des différentes formes de la sclérose en plaques disséminées. Nous puiserons largement dans ces leçons qui, nous le répétons, serviront, pour ainsi dire, de base à notre travail.

Pour compléter ce qui concerne l'histoire de la sclérose en plaques, nous devons citer l'une observation publiée par M. Léo (2) au commencement de 1868 ; 2° le cas du docteur Pennock, traduit de The american iournal of the médical sciences (juillet 1868) et annoté par 'un de nous (3) ; 3° la communication de M. Joffroy à la Société de Biologie (janvier 1869).

) De la sclérose des centres nerveux d'après les leçons de M. Vulpian, par Clément {Journ. de méd. de Lyon, U IX, p. 401).

(2) Deutsche archiv., F. Elin. medic, 18S8, p. 4 51.

(3) Le cas du docteur W. Pennock, ou contribution à Vhistoire de la sclérose en plaques disséminées. 1868.

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