TERMINAISONS
La scrofule peut se terminer par la guérison ou par la mort. Elle se prolonge indéfiniment chez certains sujets qui sont toute leur vie dans un état valétudinaire. Le plus souvent alors, cependant, les malades finissent par succomber, dans un âge
(1) T. 2, p. 606, trad. de Bosquillon.
avancé, à une affection scrofuleuse; mais la mort peut aussi survenir par le fait d'une maladie accidentelle.
La scrofule bénigne, ainsi que nous l'avons vu, se termine ordinairement par la guérison (1), soit par • la disparition insensible et définitive de tous les symptômes, soit par une sorte de crise qu'on observe chez un certain nombre de sujets au moment de la puberté.
«Ils sont pris à cet âge, dit Lalouette (2), de lassitude,' de faiblesse, d'engourdissement. La face, déjà pâle, pâlit davantage; l'appétit se perd; bientôt les nuits sont agitées; les yeux, qui étaient languissants, deviennent plus clairs et plus brillants; la peau plus chaude ; le pouls, jusque-là petit, devient plus vif et plus fort; l'urine, dans d'autres circonstances, trouble et épaisse , devient plus claire et plus transparente; le ventre se gonfle, la respiration s'accélère, il survient enfin de la fièvre. A ce moment , les jeunes gens se plaignent de temps à autre de douleurs viv^s dans les articulations. Si l'on examine alors les glandes, on les trouve beaucoup plus molles et plus arrondies; le gonflement des articulations diminue; enfin , sous l'influence
(1) A moins qu'elle ne persiste à se manifester de temps à autre ou de continu, par des affections peu graves.
(2) Traité des scrofules, t. 1. N'avant pu nous procurer l'ouvrage de Lalouette, nous avons traduit la citation qu'en fait Kortum, t. 2, ch. de Prognosi.
de la crise, les tubercules, jusque-là indolents, se réveillent, deviennent sensibles, mûrissent, suppurent bientôt, et se guérissent radicalement. »
Cette terminaison critique ne s'observe pas seulement dans la forme bénigne, elle peut également survenir dans la forme commune; mais le plus ordinairement cette dernière, surtout quand la maladie est abandonnée à elle-même, se termine d'une manière fâcheuse , après une durée toujours assez longue. Enfin, la forme grave conduit constamment à la mort, à moins qu'un traitement trèsénergique, un changement complet de régime, ne déterminent, dans quelques cas très rares, une heureuse modification.
Du reste, quelle que soit la forme que revêt la maladie, quand elle marche vers une terminaison funeste, les sujets qui en sont atteints tombent insensiblement dans cet état cachectique particulier dont nous avons déjà parlé : ils ont la peau terne, sale, sèche; ils sont couverts, la plupart du temps, de fistules, d'ulcères. I! est l'are .qu'ils soient trèsamaigris. Généralement l'amaigrissement, qui s'observe cependant chez un certain nombre de malades, ne va pas jusqu'au marasme. 11 est souvent masqué par une bouffissure œdémateuse de la face , des extrémités et quelquefois aussi de tout le corps. Certains scrofuleux conservent une apparence d'embonpoint jusqu'au dernier moment; quelquefois le tissu cellulaire sous-cutané est induré, il en résulte unr sorte d'hypertrophie qui durcit et grossit les
traits. La cachexie s'accompagne d'une fièvre lente, peu marquée, avec des redoublements le soir. En général, la fièvre survient tard, et l'on est souvent étonné de rencontrer des malades qui présentent des lésions très-avancées et très-graves, même des viscères les plus importants à la vie, et qui n'ont cependant pas encore de fièvre. L'appétit se perd , une diarrhée colliquative s'établit; mais on n'observe pas de sueurs très-abondantes. 11 se manifeste des épanchements dans les différentes cavités, dans la plèvre, dans le péritoine; l'œdème des extrémités augmente. Enfin , le plus ordinairement , quelques accidents inflammatoires, soit une pleurésie, soit une pneumonie, précèdent de Irès-prçès la mort.
Rappelons enfin qu'un très-grand nombre de scrofuleux succombent à une pleurésie qui se manifeste comme phénomène ultime (1).
(1) Note sur l'autopsie d'un malade mort de cachexie scrofuleuse ascite}( œdème,, pleurésie ultime).
Le nommé L..., âgé de trente-trois ans, entre à l'Hôtel- Dieu dans le courant du mois de mai 1845. Cet homme est atteint d'une tumeur blanche du coude gauche. Cette affection a commencé il y a près de deux ans ; tous les moyens thérapeutiques mis en usage ont été inefficaces. Les téguments se sont ulcérés; deux collections purulentes se manifestent, l'une à la partie supérieure et antérieure de l'avant-bras, l'autre en arrière au-dessus de l'olécrâne. Les progrès de ces abcès forcent à pratiquer plusieurs ouver-
Du reste, tous les malades ne passent pas par l'état cachectique ; la mort peut survenir sans ca-
tures. Il s'écoule beaucoup de pus ; ces ouvertures permettent de constater l'état des os. Il y a une carie des trois extrémités articulaires. Les cartilages sont en partie détruits ainsi que les ligaments. La suppuration continue trèsabondante, elle est fétide et de mauvais caractère. La fièvre bectique s'empare du malade. On se décide à pratiquer la résection des trois tètes articulaires. Avant que d'opérer, on interroge les organes du malade. Les poumons sont parfaitement sains; le malade n'a jamais eu de toux ni de crachements de sang. Il n'a pas eu d'écrouelles; il porte seulement des traces d'oplilbalmies et il a eu de fréquents rhumes de cerveau.
L'opération est pratiquée et semble promettre les plus heureux résultats. La fièvre hectique avaitconsidérablement diminué. La plaie allait aussi bien que pouvait le permettre le délabrement des parties produit par la résection. L'opération avait été pratiquée vers la fin du mois d'avril. Je perdis le malade de vue le 15 mai, pour ne le retrouver que le 20 juillet.
Les résultats de l'opération n'avaient pas été aussi heureux qu'on se l'était proposé. Les plaies ne s'étaient pas fermées; la suppuration était toujours abondante; les tissus qui environnent l'articulation avaient pris un aspect fongueux , lardacé ; la carie avait continué d'envahir les os, malgré les résections. La fièvre hectique avait reparu, elle se manifestait par un paroxysme fébrile qui revenait chaque soir, rarement il était précédé de frissons, toujours il était suivi de sueur qui durait jusqu'au matin, dévoiemenl abondant. L'état du malade se prolongea de la sorte jusqu'au milieu d'août. A cette époque, la cachexie se manifesta par
chexie, sous l'influence d'une affection aiguë, d'une complication survenue tout à coup , par exemple ,
de nouveaux symptômes. Pendant quelques jours, le dévoieraient se supprima et fut remplacé par une constipation opiniâtre, de la tyrnpaniteet des coliques; la fièvre continuait avec les mêmes caractères. Après quatre ou cinq jours, en palpant l'abdomen, on sentit de la Fluctuation; elle devint chaque jour plus évidente, en même temps de l'œdème paraissait aux pieds et aux jambes. La constipation était tenace, le malade ne pouvait aller à la selle qu'à l'aide de purgatifs et de lavements. L'ascile continua sa marche progressive ainsi que l'œdème: cela dura six semaines. Vers les derniers temps, l'oppression était extrême; il y avait parfois des vomissements, la langue était sèche. La fièvre continua jusqu'aux derniers moments avec les mêmes circonstances, il y eut un peu de délire pendant les trois dernières nuits.
autopsie quarante-huit heures après la mort. — Nous trouvons les trois extrémités des os cariées, ramollies, fongueuses, noirâtres; ils se brisent par parcelles au moindre contact.
Les tissus environnants sont mous, fongueux, hypertrophiés, remplis de clapiers purulents.
L'abdomen, énormément distendu , laisse échapper un flot de liquide jaune transparent. Le péritoine est parfaitement sain. Les reins et la rate n'offrent aucune altération. Le foie est augmenté de volume, il est gros comme celui d'un phlhisique. La veine porte est saine. Les ganglions lymphatiques abdominaux sont exempts d'altération ; les veines caves et iliaques de même.
Le poumon droit présente au sommet les traces d'une petite caverne guérie, autour de cette cicatrice quatre ou cinq tubercules gros comme des pois et assez durs.
d'une péritonite suite de perforation . d'une méningo-encéphalite suite de carie du rocher, d'une
Du côté droit, nous voyous les altérations d'une pleurésie récente. Le poumon est atrophié, réduit à l'épaisseur de la main, appliqué contre le médiaslin qui est refoulé à droite. Les deux plèvres costales et viscérales sont recouvertes de fausses membranes villeuses très-minces ; on peut les enlever très-facilement. Le poumon ne présente pas de tubercules. La cavité pleurale est remplie d'un liquide rougeàtre, sanguinolent, trouble, dans lequel surnagent des flocons albumineux et des débris de fausses membranes. Le cœur est sain.
Cachexie scrofuleuse sans fièvre presque jusqu'au dernier moment.
Garçon âgé de huit ans, né à Lyon, entré le 10 octobre 1843 à l'hôpital des Enfants, salle Saint-Ferdinand, 19.
11 n'y a ni scrofuleux, ni phlhisiques dans la famille de cet enfant. Dans ses deux ou trois premières aunées, il a été affecté d'une teigne qui a détruit les cheveux dans plusieurs points. A cinq ans et demi, il fut atteint d'une petite vérole très-bénigne. Un an après, il fit une chute assez grave dont il se rétablit parfaitement, et six mois ensuite, c'est-à-dire à sept ans, il éprouva des alleinles plus graves de la maladie scrofuleuse. Des tumeurs écrouelleuses se formèrent au cou, elles se terminèrent par suppuration , puis apparurent successivement des affections des os du pied, de la main et du coude; elles commencèrent par un gonflement douloureux, et furent suivies de suppuration et d'ulcères. Pendant les cinq premiers mois, l'affection du pied diminua, et même les ulcères s'étaient complètement cicatrisées ; mais, le petit malade étant venu à Paris, les ulcères
asphyxie causée par des tumeurs comprimant la trachée, d'une hémorrhagie , etc. etc. Dans quelques
du pied s'ouvrirent de nouveau, et les affections du coude et du poignet se manifestèrent pour la première fois ainsi que la tuméfaction des ganglions sous-maxillaires.
Ce jeune enfant est doué de beaucoup d'intelligence et d'une vive sensibilité; maigre et chétif ; ses yeux et ses cheveux sont bruns, son nez gros; sa peau est brune, pâle et terreuse.
Pendant le mois de janvier, il eut de la toux efun dévoiement continuel; mais l'appétit et le sommeil se conservèrent dans un bon état. Vers la fin du mois, les ulcères du pied devinrent blafards, et on craignit un instant la terminaison par gangrène; mais avant la fin du mois, ce mauvais aspect disparut.
Dans la première quinzaine du mois de février, il perdit encore des forces, et l'appétit disparut. Pendant ce temps, la toux et le dévoiement continuaient avec des sueurs pendant le sommeil, le tout sans fièvre, ni le matin ni le soir.
Le 22. Il y avait beaucoup de douleur dans le pied, et son sommeil en était troublé. Le dévoiement, la toux, la perte d'appétit continuaient. Le malade n'avait pas de fièvre, mais sa faiblesse augmentait de plus en plus et il pouvait à peine parler.
Le 25. Les douleurs du pied ont un peu diminué, mais dans les derniers jours du mois son état devint bien plus grave. La toux et le dévoiement persistaient ; la face était bouffie et livide ; le pied était le siège de douleurs atroces, et les ulcères prenaient un mauvais aspect.
Je constatai un peu plus de fréquence dans le pouls , mais ce phénomène était très- irrégulier.
Enfin la gangrène envahit les ulcères du pied , et fit de si
circonstances, c'est une maladie intercurrente qui détermine la mort.
rapides progrès que bienlôt toute la partie dorsale du pied fui dénudée. Les articulations furent mises à nu, puis la gangrène s'empara des ulcères du coude et de la main. Le dévoiement et la toux continuèrent; la faiblesse était à son comble; il n'y avait pas du tout de fièvre. Le 4 au soir, l'enfant avait encore toute sa connaissance; la peau était fraîche, son pouls très-petit , sans fréquence. 11 mourut dans la nuit.
Maigreu» sans marasme.
Autopsie. — Le cerveau était très- volumineux, sans altération aucune. Les ventricules latéraux contenaient chacun une cuillerée de sérosité limpide.
Le cœur était d'uu volume normal; ses deux ventricules étaient vides et fortement revenus sur eux-mêmes.
Le poumon droit présentait dans son lobe inférieur un grand nombre de granulations grises, demi-transparentes; il y avait quelques granulations semblables dans le lobe supérieur; le tissu environnant élait sain.
Le lobe inférieur du poumon gauche était le siège d'un engouement passant déjà en quelques points nou circonscrits à lhépatisation. Les ganglions bronchiques ne contenaient point de tubercules. Le gros intestin présentait sur la partie inférieure plusieurs plaques irrégulières d'un piqueté rouge ecchymolique. Daus leurs intervalles , la muqueuse était parfaitement saine. Il n'y avait point d'ulcération dans tout le tube digestif, dont la muqueuse pâle, décolorée, ne présentait aucune lésion. Le foie et la raie étaient sains; le rein droit présentait une forte congestion de ses deux substances, taudis que le rein gauche au contraire était très-décoloré.
Les ^an^lions du mésenlcrc étaient sains.