‹ De la scrofule, de ses formes, des affections diverses qui la caractérisentChapitre 4 sur 24 · FORME COMMUNE · texte numérisé non relu

FORME COMMUNE

Le plus communément la scrofule se manifeste déjà dans la première enfance par un certain nombre de petites affections que les auteurs ne décrivent pas comme symptômes primitifs de cette maladie, mais que quelques-uns rattachent au vice scrofu leux : telles sont d'abord ces éruptions de la face et du cuir chevelu si fréquentes chez les enfants. On les a désignées sous les noms variés de gourmes, galons , croûtes laiteuses , feux de dents, achores, fausses teignes, tineafaciei, impétigo larvalis , impétigo granulata, porrigo , dartre crustacèe. Nous en donnerons plus loin une description spéciale, comme de toutes les autres affections scrofuleuses; il suffit ici de les mentionner. Ces éruptions apparaissent souvent sans cause appréciable, mais assez fréquemment à l'occasion de la première dentition. On les observe plutôt chez les enfants des pauvres , qui ne sont pas dans de bonnes conditions hygiéniques. 11 est plus rare de les rencontrer chez les enfants bien soignés, qui ont eu une bonne nourrice et qui respirent un air pur. Mais ce ne sont pas là les seuls

symptômes de la scrofule commençante. Les enfants affectés de cette maladie ont presque toujours une dentition difficile, ils sont souvent malingres, chétifs, mal venant, ils marchent lard. et. comme on dit vulgairement, ils ne sont pas sains. Ils sont souvent affectés de petites ulcérations spontanées, de suintements derrière les oreilles, d'intertrigo rebelles aux soins ordinaires de propreté, de tournioles, d'engelures, qui reviennent tons les hivers, suppurent, s'ulcèrent et ne se cicatrisent que trèsdifficilement. Ces enfants s'enrhument facilement et onl souvent des maux de gorge et de fréquentes épistaxis. Ils «ont souvent pris de diarrhées, de vomissements. Les fonctions digestives se font d'une manière très-irrégulière: un peu de fièvre peut se manifester de temps à autre, ainsi que des douleurs vagues dans les membres. La plupart des auteurs reconnaissent pour cause très-fréquente des affections qui précèdent . particulièrement des éruptions à la peau, le vice scrofuleux. et le vulgaire v attache une idée de dépuration, ce qui prouve qu'on ne les considère généralement pas comme avant une existence indépendante et distincte . mais bien plutôt comme les signes d'un état morbide plus grave. Il est d 'observation commune que ces diverses affections coïncident souvent les unes avec les autres, qu'elles se succèdent, qu'elles disparaissent pour alterner avec d'autres symptômes de la scrofule, tels que des écoulements muqueux du nez, des •titilles, de la vulve, h qu'elles peuvent

céder la place à des affections plus graves et plus caractéristiques, ainsi que nous allons le voir; ce qui explique cette opinion si justement répandue dans le monde, qu'il faut respecter la plupart des petites affections que nous venons d'énumérer, et que leur suppression est dangereuse.

Tels sont les premiers symptômes de la scrofule; telle est ce qu'on pourrait appeler sa première période, période qui peut n'être signalée que par une seule des affections que nous y avons rapportées, période qui peut même manquer chez un certain nombre de sujets , mais qu'on observe presque toujours dans la forme commune. Bientôt, quand la maladie suit son cours régulier, on voit apparaître une série de symptômes plus caractéristiques. Le passage de la première à la seconde période est souvent insensible et sans interruption ; dans d'autres cas, elles sont séparées par un certain intervalle de temps pendant lequel le sujet paraît jouir d'un état de santé satisfaisant.

L'un des premiers symptômes de la seconde période , ou souvent un symptôme de transition entre la première et la seconde, c'est une tuméfaction particulière de certaines parties de la face. Le nez est épais, la lèvre supérieure gonflée. Les malades sont très-sujets à ce qu'on appelle les rhumes de cerveau, ou ils sont affectés d'un coryza chronique et d'un écoulement catarrhal quelquefois trèsabondant, qui peut s'accompagner d'éruptions pustuleuses et de plaques croûteuses sur la lèvre supé-

rieure : il en résulte à la longue une tuméfaction permanente et une sorte d'hypertrophie du nez el de la lèvre supérieure, dont le sillon médian est si prononcé qu'il offre l'apparence d'une fente. Lh rougeur de ces parties s'étend aux joues et tranche sur le reste du visage, qui présente une certaine pâleur. Quand les petits malades sont exposés à l'air, surtout à l'air froid, ils ont le visage très-rouge par places et comme enluminé. Tous les auteurs insistent beaucoup sur l'hypertrophie du nez et de la lèvre supérieure, qu'on donne généralement pour le signe le plus caractéristique de la prédisposition à la scrofule; mais, comme on le voit, c'est quelque chose de bien plus grave. C'est un symptôme de la scrofule confirmée. Stoll, en particulier, y attache une grande importance. Quand ce signe existe, il en conclut que ceux qui le présentent sont, ont été ou seront scrofuleux. Cependant la tuméfaction du nez et de la lèvre, quelque fréquente quelle soit, n'existe pas constamment; il est un certain nombre de scrofuleux chez lesquels on ne l'observe jamais.

Il est une autre affection qui marque aussi trèssouvent le passage de la première à la seconde période, c'est l'ophthalmie scrofuleuse, si bien caractérisée, ainsi que nous le verrons plus loin , par sa ténacité, ses récidives fréquentes, son siège de prédilection sur le bord des paupières et sur la cornée transparente, où elle détermine des ulcérations, des taies pinson moins marquées. L'ophthalmie est souvent précédée ou accompagnée de l'œdème des

paupières et d'un léger épipliora. Cet œdème n'est pas continuel dans les premiers temps, il n'est quelquefois appréciable que le matin.

Les affections scrofuleuses, à mesure que la maladie s'avance, deviennent de plus en plus graves au bout 4 un temps plus ou moins long, mais quelquefois en même temps que l'ophtiialmie et cette tuméfaction du visage, dont nous avons parlé plus haut, surviennent ces engorgements des ganglions lymphatiques du col , qu'on désigne sous le nom à'écrouelles. C'est là le caractère le plus constant, dans certains cas, le premier symptôme, et dans quelques circonstances plus rares encore, presque l'unique de la scrofule; c'est là une affection exclusivement propre à cette maladie. Son importance est telle qu'elle a presque toujours absorbé l'attention tout entière des médecins, et que les gens du monde reconnaissent un scrofuleux à ce seul caractère qu'il est affecté d'écrouelles. Le siège de prédilection de ces tumeurs est au cou; mais il s'en manifeste ailleurs, aux aisselles, aux aines et dans beaucoup d'autres points. Elles peuvent rester stationnaires pendant un certain temps, diminuer', puis augmenter de nouveau, s'enflammer, suppurer, s'ulcérer. Ces ulcérations se cicatrisent difficilement, et quand elles se ferment, elles laissent des traces irrégulières d'un aspect désagréable et caractéristique, qui reste pendant toute la vie comme un cachet indélébile, même chez les sujets qui sont radicalement guéris et depuis longues années.

Si cette affection est portée à Un très haut point, s'il existe au cou ou en quelque autre partie une rie ces tumeurs énormes, ulcérées, iisluleuses , qu'on observe chez quelques malades, il peut se faire qu'il ne survienne pas d'autre lésion , pendant un temps plus ou moins long.

Le plus souvent on voit apparaître comme des séries successives de tumeurs ganglionnaires; de sorte qu'on en trouve chez le même sujet à différents degrés d'évolution; les unes sont déjà ulcérées que les autres commencent à peine à paraître.

En même temps surviennent d'autres affections. Les scrofuleux sont très-sujets aux abcès. Les suppurations qu'ils présentent se rattachent à plusieurs variétés : tantôt ce sont de petits foyers purulents dans l'épaisseur du derme, qui laissent après leur ouverture des ulcérations rebelles; tantôt ce sont des abcès sous-cutanés qui présentent une marche assez aiguë et qui sont tellement abondants , dans certaines circonstances que nous étudierons plus lard, qu'on a cru y voir une dépuration critique et qu'on les a désignés sous le nom impropre de diathèse purulente (1).

Mais presque toujours les abcès symptomaliques de la maladie qui nous occupe se forment sans phénomènes franchement inflammatoires, mais d'une manière lente , insensible , de façon qu'on ne s'aper-

(1) Ce nom ne doit s'appliquer qu'à une maladie tout à fait distincte de la scrofule.

eoit de leur existence que lorsqu'ils sont déjà formés. On les désigne habituellement sous le nom d'abcès froids.

A cette période se rattachent encore : 1° ces caries relativement peu graves (1) qui siègent aux mains et aux pieds , et qu'on a désignées sous les noms de spina ventosa des enfants [faux spina ventosa ) , pédarthrocace ; 2° quelques nécroses peu étendues et qui se guérissent assez facilement; 3° le vrai spina ventosa, qui consiste, comme nous le verrons plus loin , dans une altération particulière de la substance médullaire des os.

Ces affections peuvent coexister. Souvent elles se succèdent, le développement de l'une arrêtant les progrès de l'autre. En même temps d'autres affections qui paraissaient guéries peuvent reparaître. Celles que nous avons indiquées comme appartenant à la première période se montrent de nouveau avec plus d'intensité. D'autres , qui ont avec elles beaucoup d'analogie, se manifestent. C'est alors qu'on observe des ophthalmies plus graves, des angines chroniques accompagnées d'un gonflement considérable, d'hypertrophie des amygdales, ou présentant un aspect granuleux remarquable , des éruptions cutanées plus rebelles , des eczémas chro niques, certains lichens, etc., ce qu'on appelait

(1) Si on les compare aux autres caries, surtouL aux caries tuberculeuses dont nous parierons à propos de la troisième période.

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autrefois dartre» et ce qu'on rapportait au vice lier pétique ; enfin le lupus, si fréquent et si caractéristique chez les malades dont nous parlons, et les hypertrophies du visage ou d'autres parties du corps désignées sous les noms de léontiasis, ftèléph an fia si s sera fit /eux. Quant à Y impétigo figura ta et quelques autres légères affections du même genre, elles appartiennent plutôt, ainsi que nous le verrons, à la forme bénigne. Avec les symptômes dont îous venons de parler , se montrent assez souvent des leucorrhées continuelles et abondantes chez les femmes, alternant quelquefois avec des maux d'estomac , et le catarrhe utérin qu'il faut bien distinguer de la simple leucorrhée. Nous devons mentionner encore ces grossesses maladives, ces avortements fréquents , ces accouchements laborieux , dont la cause, trop souvent méconnue, n'est autre que la scrofule.

On peut rattacher à une troisième période de cette maladie les lésions plus graves qui nous restent à indiquer : telles sont les caries, avec ou sans tubercules , des vertèbres du sternum, des côtes, du rocher, les tumeurs blanches du genou, de la hanche, du coude, de 1 articulation tibio-tarsienne, de l'épaule, etc., les abcès par congestion, les affections tuberculeuses du testicule, de la prostate; ces énormes écrouellcs transformées en de véritables masses tuberculeuses, la phthisie pulmonaire scrofuleuse, les tubercules du cerveau, du foie et des autres viscères, les hydropisies qui en sont la ron-

séquence, enfin un état cachectique particulier dont il importe de donner les caractères.

Arrivés à ce degré de la maladie, les scrofuieux ont le visage pâle, flétri, décoloré, a leur peau est d'une teinte sale et comme terreuse ; elle est en outre molle, flasque, pendante» (Alibert); cependant ils ne sont pas très-amaigris ; ils présentent plutôt un aspect particulier de bouffissure et d'oedématie; la face et les extrémités sont enflées, leur corps est couvert d'ulcères, de fistules, de cicatrices ; ils tombent dans une apathie profonde; ils ne sont pris de fièvre que très-tard , et ne présentent pas ordinairement de sueurs abondantes et profuses. Leur appétit se conserve quelquefois longtemps; ils perdent peu à peu leurs forces , des épanchements se forment dans les cavités séreuses , une diarrhée colliquative survient, l'œdème des extrémités inférieures augmente ; le même phénomène s'observe aux avant-bras et aux mains, des ecchymoses, des suffisions sanguines et des épanchements de la même nature surviennent assez fréquemment , enfin les scrofuîeux succombent trèssouvent à une inflammation ultime de la plèvre ou du poumon.

La description qui précède n'est sans doute qu'une ébauche imparfaite, mais elle suffit pour donner une idée de la scrofule commune , considérée dans son ensemble. Nous reviendrons en particulier sur chacune des affections que nous n'avons fait qu'énumérer.

Ces affections, comme on le voit, sont généralement de plus en plus graves. Ce sont dès le début des éruptions cutanées , des affections catarrhales et quelques symptômes passagers peu intenses.

Puis surviennent des lésions plus rebelles, plus profondes, les ophthalmies, le coryza chronique, les engorgements écrouelleux , les abcès, quelques affections des os.

Enfin se manifestent des produits morbides beaucoup plus dangereux , comme les caries profondes, les grandes désorganisations du tissu osseux, les affections tuberculeuses des viscères, etc.

Sans doute ces affections multiples ne suivent pas toujours un ordre aussi régulier; la première période peut manquer, et la scrofule peut débuter d'emblée par les symptômes de la seconde et de la troisième. 11 est des cas où il semble que l'ordre soit interverti; mais le plus communément, dans la forme que nous décrivons, on trouve une sorte de gradation dans les symptômes qui permet de diviser la maladie, comme nous l'avons fait, en diverses périodes successives.

Ces périodes, qui ne sont marquées pour l'ordinaire , chez le même sujet, que par quelques unes des nombreuses affections énumérées plus haut, sont souvent séparées par des intervalles de temps plus ou moins longs , quelquefois pendant des années entières, pendant lesquelles la maladie paraît guérie; mais, après un certain temps, elle se manifeste derechef, soit par une nouvelle série de

symptômes, soit par la réapparition des mêmes affections , qui deviennent alors plus graves et plus rebelles.

C'est ainsi que vers l'âge de la puberté , il n'est pas rare de voir se terminer heureusement les affections qui caractérisent la première et même la seconde période de la scrofule. On se flatte d'une guérison définitive; puis, quelque temps après, sous l'influence de l'âge ou de quelques changements dans les habitudes et les conditions hygiéniques , sous l'influence du mariage , de la grossesse et d'un accouchement chez les femmes , on voit apparaître des affections beaucoup plus graves, la phthisie(l) pulmonaire , par exemple.

Si les malades ne succombent pas alors, ils peuvent éprouver une amélioration marquée dans leur état. Un nouvel intervalle de santé apparente peut s'observer; mais vers l'âge critique, de quarante à cinquante ans, un dernier orage éclate : des lésions graves du poumon > du foie , des organes génitourinaires, des hydropisies, surviennent , et quelquefois aussi des affections mixtes caractérisées par la présence chez le même sujet de tumeurs cancéreuses et de collections tuberculeuses , et par la transformation de ces engorgements écrouelleux qui deviennent le siège de dégénérescences cancéreuses. Mais

(1) Nous n'entendons parler ici que de la phthisie scrofuleuse.

ces derniers produits se rencontrent plutôt dans la forme grave que dans la forme commune.

Cette influence des âges sur la scrofule, et le rapport qui existe entre ses diverses périodes et les périodes de la vie, est indiquée, mais trop vaguement, par un certain nombre d'auteurs (1).

Nous aurons l'occasion, dans un chapitre particulier, de parler delà marche de la scrofule; mais nous devons dire ici que dans la forme commune, la maladie parcourt ses diverses phases avec une lenteur remarquable, et qu'elle imprime à toutes ses lésions, même aux plus graves et sauf quelques exceptions, un cachet de chronicité. Pendant très-longtemps elle semble rester stationnaire et ne pas entraîner une altération bien profonde dans l'économie.

11 ne faut pas croire qu'elle se termine toujours par la mort. Si la puberté n'est souvent qu'un temps d'arrêt, il n'en est pas moins vrai que la maladie se guérit quelquefois définitivement à cette époque. Fréquemment alors elle n'arrive pas à sa dernière période, et l'on ne voit pas survenir les lésions graves qui la caractérisent.

i «Dans l'enfance, le vice scrofuleux se porte ordinairement sur les glandes lymphatiques extérieures et quelquefois sur le mésentère; dans l'adolescence, les poumons sont le plus souvent affectés; dans l'âge viril et la vieillesse, il produit des hydropisies ou des maladies cutanées trèsrebelles. » Landré-Beauvais , Séméiotique , p. 203.)

Voyez plus loin, h propos de la marche, l'influence de* saisons sur les affections scrofuleuses

Mais il est rare que les scrofuleux qui ont résisté à la maladie ne présentent pas, dans un âge plus avancé, quelques phénomènes consécutifs qui semblent remplacer ces lésions si dangereuses de la troisième période. Ils sont en général sujets à diverses incommodités, à des dartres invétérées, à des eczémas chroniques, à la fistule lacrymale, à ces ulcères qui siègent sur les jambes et qui sont rebelles à tout traitement.

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