FORME MALIGNE OU GRAVE
II est question de scrofules malignes , comme nous l'avons dit plus haut (1). dans la plupart des auteurs , mais cette dénomination ne s'applique qu'à une certaine variété d'écrouelles, et non pas à une forme de la maladie.
Il est nécessaire de donner plus d'extension à cette division. La scrofule revêt souvent une gravité toute particulière depuis son début jusqu'à sa terminaison. Tous les symptômes qu'elle présente alors sont d'une remarquable malignité. Sa marche est plus rapide, ses périodes sont moins distinctes, plus rapprochées, souvent confondues; plusieurs affections s'observent en même temps; les plus graves apparaissent dès le commencement de la maladie, ce qu'on n'observe pas dans la forme commune. C'est là la scrofule maligne (21
Toutes les affections qu'on observe dans la forme commune peuvent se rencontrer dans la forme maligne, mais avec un caractère de gravité bien autrement frappant. De plus, les affections tuberculeuses
(1) Voy. le chapitre des Formes de la scrofule.
(2) On en peut voir de fréquents exemples à l'hôpital des Enfants, où l'on ne reçoit généralement, faute de place, que les plus malades entre les petits scrofuleux.
— 4G y dominent : ce sont surtout les affections tuberculeuses des viscères, la phthisie pulmonaire, le carreau, les caries tuberculeuses des os, les tubercules dans la substance du cerveau.
Quelquefois la scrofule maligne présente une marche aiguë et comme foudroyante. C'est alors qu'on voit succomber les sujets qui en sont affectés, à la méningite, à la péritonite tuberculeuse, à la phthisie aiguë; c'est alors qu'on voit survenir ces ophthalmies violentes qui entraînent très-rapidement la perle de l'œil.
11 existe, et le fait a dû frapper un grand nombre d'observateurs, des sujets chez lesquels on trouve après leur mort deux lésions qu'on ne rencontre pas habituellement réunies chez le même sujet, le cancer et le tubercule. Si on examine avec soin les symptômes que les malades ont présentés pendant leur vie, et la marche des affections auxquelles ils ont succombé, on reste convaincu qu'on avait affaire à des scrofuleux, et à des scrofuleux affectés le plus souvent de la forme maligne.
C'est un fait qu'on semble avoir perdu de vue. ou du moins qu'on néglige de faire rentrer dans le domaine de la scrofule, depuis qu'on confond les maladies avec les lésions. Mais cette observation n'avait pas échappé aux médecins qui , dans le siècle dernier, se sont occupés de la scrofule et même pas à ceux de l'antiquité. Celse admet des scrofulœ cancroïdes ; Bicrchen reconnaît un carcinoma scrufulosum. En parlant des écrouelles malignes, Kortum
demande si on ne doit pas en rapprocher ces tumeurs cancéreuses qui à l'âge du retour affectent si souvent les femmes qui ont présenté des signes de scrofule dans leur jeunesse.
Il n'est pas très-rare d'observer, en particulier, des tumeurs du testicule qui sont formées d'un mélange de matière tuberculeuse et d'encéphaloïde.
Il était nécessaire d'insister un peu sur la réunion de ces deux produits morbides dans la scrofule maligne, car elle est assez fréquente, quoique trop souvent méconnue. Il est plus rare que des tumeurs cancéreuses sans tubercules se rencontrent chez des scrofuleux. Mais, quoi qu'il en soit, faut-il croire que dans ces cas il n'y a qu'une simple complication? ou plutôt le cancer n'est-il pas , comme le tubercule , une de ces lésions communes à quelques maladies différentes, et ne porte-t-il pas toujours l'empreinte de la maladie dont il est symptomatique? En effet, les tumeurs cancéreuses de la scrofule diffèrent de celles du cancer essentiel. Elles ont une évolution bien plus lente, et repullulent moins facilement quand on les a enlevées.
Cependant, il y aurait témérité à se prononcer définitivement sur ce point, qui a besoin d'être éclairci par de nouvelles recherches. On doit rapporter encore à la forme grave ces prétendues complications du scorbut, avec la scrofule, ces cas dans lesquels toute l'économie paraît profondément altérée, où il survient des hémorrhagies, des épanchements sanguins, de larges ecchymoses, où les malades sont dans un état d'affaiblissement profond.