‹ De la sculpture antique et moderne (volume 2)Chapitre 12 sur 122 · Que ce mot nous vienne du latin caritas ou du grec Peu · texte numérisé non relu

Que ce mot nous vienne du latin caritas ou du grec Peu

importe, puisqu’il répond à la pensée antique.

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fleurs et des épis, ce qui les rapproche des Heures, ou un pavot, par allusion aux bienfaits du Sommeil, dont la plus jeune était aimée, selon Homère. L’une d’elles porte quelquefois le bonnet rond d’IIèphaistos, à qui le même poëte la donne pour épouse, à cause de la joie intime qui accompagne le travail. Hésiode leur donne pour mère Eurynomè, c’est-àdire la large loi; il les distingue par les noms de Thaleia, Aglaia, Euphrosynè, qui expriment leurs fonctions multiples : elles sont à la fois la joie de la nature, la beauté du monde et la santé du cœur. Le groupe si connu et souvent reproduit, que Raphaël a tant étudié dans sa jeunesse, traduit par une image très-juste cet échange mutuel d’affection et de reconnaissance qui est le lien des sociétés et le charme de la vie : ce que l’une reçoit de l’autre elle le rend à la troisième, et leurs beaux bras enlacés unissent tous les êtres dans les liens bénis de l’universel amour.

Quelques autres Divinités d’un caractère abstrait ont été représentées par la sculpture, soit isolées, lorsqu’elles étaient l’objet d’un culte local, comme Néniésis et Ilèbè, soit associées à des Dieux plus personnels, et comme expression de leurs énergies.

Ainsi, dans la main du Zeus d’Olympie et dans celle de l’Athènè du Parthénon, Phidias avait placé la Victoire sous la figure d’une vierge ailée. La Santé, Ilygieia, représentée par une femme qui donne à boire à un serpent, est souvent associée à Asclépios (Esculape), ainsi que le démon Télesphore, symbole de la convalescence et de la guérison. Hèbè, la jeunesse personnifiée, qui, selon Homère, verse aux Dieux l’ambroisie, c’est-à-dire l’immortalité, a été généralement remplacée dans l’art par sa forme masculine, Ganymède, dont le nom signifiait la joie de l’esprit. Il existe une copie de la statue de Léocharès, représentant Ganymède enlevé par l’aigle de Zeus pour servir d’écbanson aux Dieux. La Némésis du Louvre est d’une authenticité douteuse, mais elle a été restaurée avec le caractère que l’antiquité donnait à cette Déesse, personnification de l’ordre et de la mesure ; ce caractère consiste dans l’attitude du bras droit représentant la coudée, la mesure exacte qui doit être observée en toutes choses. Il y a eu aussi des représentations grecques de la Fortune et de la Providence, divinités analogues à Némésis ; en général cependant, le goût des abstractions personnifiées répond à la période romaine; la mythologie

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grecque fournissait à l’art des expressions bien plus vivantes pour toutes les idées.

Les Divinités étrangères sont plus ou moins bien représentées dans les monuments de l’art grec, selon le temps où leur culte s’introduisit en Grèce. Les sculptures mithriaques, qui sont très-nombreuses, mais généralement postérieures au siècle des Antonins, sont plus intéressantes pour les archéologues que pour les artistes. Les statues d’Isis, avec le costume (|es prêtresses romaines de cette Déesse, sont le plus souventd’une exécution correcte, mais assez froide. Il existe une belle tête de Sarapis, avec le modius à sept rayons, assez semblable aux têtes de Zeus et d’Asclèpios, mais avec le caractère funèbre qui convient au Dieu des morts. La Kvbèle de Phrygie fut confondue d’assez bonne heure avec la Déesse grecque Rhéiè, la mère des Dieux, comme personnification de la substance première des choses. Phidias en avait fait une statue pour le Mètrôon d’Athènes, mais on ignore si c’est, à lui qu’il faut rapporter le type des représentations qui nous sont parvenues de cette Déesse : une femme couronnée de tours, traînée par des lions et assise sur un trône. La couronne de tours est devenue

l’attribut commun des villes, dont les images se multiplièrent surtout à l’époque impériale; les anciennes cités grecques n’avaient pas eu besoin d’employer des emblèmes de ce genre, puisqu’elles avaient toujours pour expression naturelle dans l’art soit une Divinité protectrice, soit un Héros national.

Les traditions héroïques avaient fourni à l’art d’innombrables sujets de composition, et nous savons par quelques passages d’auteurs anciens, comme Plutarque et Philostrate, que les Héros, aussi bien que les Dieux, étaient caractérisés non-seulement par leurs attributs, mais par leur physionomie et leurs formes. Malheureusement, un bien petit nombre de statues héroïques a survécu à la destruction systématique des œuvres qui consacraient les souvenirs du polythéisme. Faute de termes de comparaison, on ne peut déterminer que par des induclions assez vagues quels sont les personnages représentés dans les frontons du temple d’Égine. Il n’est pas bien certain que l’admirable figure du Parthénon qu’on nomme le Thésée soit réellement une représentation de ce Héros. 11 y a cependant quelques statues héroïques qui ont été reconnues avec certitude, par exemple le Méléagre et les Dioscures de

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Monte-Cavallo. Le Méléagre, facile à reconnaître à la hure de sanglier sur laquelle il s’appuie, est le type du chasseur : un corps élancé, une large poitrine, les membres inférieurs robustes et taillés pour la course.

Les deux dompteurs de chevaux du Monte-Cavallo sont de magnifiques statues d’une dimension colossale, qu’une inscription latine sans aucune autorité attribue à Phidias et à Praxitèle. Il existe d’autres représentations de çes deux demi-Dieux qu’on regardait comme les protecteurs des cavaliers. Castor, inventeur de l’équitation, se distingue quelquefois, par le costume, de son frère Polydeukès (Pollux), inventeur du pugilat, et gardant en cette qualité la nudité athlétique. Une statue du Louvre représente Polydeukès comme pancratiaste. Ordinairement les deux frères sont caractérisés par leur coiffure ovale. On désigne souvent sous le nom de Castor et Pollux le beau groupe de deux jeunes gens nus et couronnés qui offrent un sacrifice. Les deux flambeaux, l’un éteint, l’autre allumé, rendent cette attribution vraisemblable. Les Dioscures, qui répondent aux cavaliers açwins des hymnes védiques, étaient originairement l’étoile du matin et l’étoile du soir. Leur

immortalité alternée les a fait représenter sur des monuments funéraires, comme un symbole de résurrection.

Le culte des Héros, n’étant qu’une forme idéale du sentiment de la patrie, se confondait avec l’histoire primitive des cités. Les monuments qui consacraient ces souvenirs devaient disparaître avec la religion nationale. 11 ne nous reste que des bas-reliefs sculptés sur les sarcophages et des vases déposés dans les tombeaux. Les statues divines sont plus nombreuses, p$rce qu’elles répondaient à des idées plus générales ; mais les plus fameuses ont disparu dans la destruction des temples. Nous ne pouvons que recueillir pieusement les épaves de ce grand naufrage où l’art antique, expression d’une religion proscrite, a été englouti avec elle. Quelques fragments de marbre, échappés au marteau des siècles destructeurs, nous font sentir toute l’étendue de nos pertes. Tout l’art de la Renaissance, tout le développement du monde moderne est dû à ces débris mutilés retrouvés sous quelques buissons de la Grèce et de l’Italie. Pour pénétrer dans la pensée d’une société morte, il a fallu violer les tombes. Cette pensée civilisatrice, qui a tiré le monde d’une léthar-

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gie de mille ans, se révèle chaque jour plus clairement aux études attentives. On comprend de mieux en mieux les rapports intimes qui unissaient en Grèce toutes les formes de l’art à la vie morale du peuple et à sa religion.

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