‹ De la sculpture antique et moderne (volume 2)Chapitre 8 sur 122 · COUP D'ŒIL SUR L’HISTOIRE DE LA SCULPTURE GRECQUE · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL SUR L’HISTOIRE DE LA SCULPTURE GRECQUE

mer la vie, il fit un pas de plus dans la recherche de l’idéal en donnant un caractère divin à ses statues. Selon Quintilien, son Zeus Olympien ranima la piété des peuples. L’expression en semblait tellement surhumaine qu’on se demandait où l’artiste en avait trouvé le modèle. 11 répondit en citant ce passage d’Homère : « Il dit, et de ses noirs sourcils le fils de Kronosfit un signe; et les cheveux ambrosiens s’agitèrent sur la tète du prince immortel, et il ébranla le grand Olympe. » Après avoir achevé son travail, il demanda au Dieu s’il en était content, La réponse ne se fit pas attendre : un éclair illumina le temple et la foudre vint frapper l’autel; on en voyait encore la trace du temps de Pausanias; elle lui fut montrée par les descendants de Phidias, investis d’un sacerdoce héréditaire par la reconnaissance des Éléens, qui les chargeaient de veiller sur le chef-d'œuvre de leur ancêtre.

LA SCULPTURE APRÈS PHIDIAS

LA SCULPTURE APRÈS PHIDIAS

L’art, comme la science, comme la religion ellemême, comme tout ce qui est vivant, passe par une série de transformations incessantes ; mais la loi de ce développement n’est pas la même pour toutes les

formes de l’activité humaine. Dans la science, chaque

pas est nécessairement un progrès , parce que les • découvertes nouvelles s’ajoutent aux connaissances acquises; mais le champ de l’art n’est pas indéfini, et de même que la taille de l’homme ne dépasse pas une certaine hauteur, il y a dans les œuvres humaines un degré de perfection au delà duquel on ne conçoit guère de progrès possible. Phidias et Polyclète représentent dans la statuaire, comme Sophocle d’ans le drame, ce point culminant de l’art. On ne peut pas dire cependant qu’aussitôt après eux il commence à décroître : Scopas, Praxitèle et Lysippe lui ouvrent des voies nouvelles, et de même qu’Euripide, à qui

40 COUP D'ŒIL SUR L'HISTOIRE DE LA SCULPTURE GRECQUE, on peut les comparer, ils cherchent surtout à rendre les sentiments de l’âme.

C’est là sans doute un très-louable effort; mais le résultat obtenu, si précieux qu’il soit, n’égale pas l’immense progrès accompli dans la période précédente. L’expression des passions a pour condition nécessaire le sacrifice partiel de qualités d’un ordre plus élevé. Le groupe des Niobides, qu’on attribue tantôt à Scopas, tantôt à Praxitèle, est un exemple de cette tendance à fixer dans le marbre des sensations fugitives, comme l’effroi et la douleur. L’art descend ainsi des hauteurs calmes de l’Olympe dans la sphère agitée de la vie. Dans les représentations d’Aphroditè (Vénus), d’Éros (Cupidon), de Dionysos (Bacchus), sujets favoris de cette nouvelle école, la gravité du sentiment religieux fait place à un caractère de beauté moins sévère. Un mouvement analogue se pioduit dans l’école de Polyclète. Lysippe cherche à donner plus d’élégance aux formes en augmentant la longueur des membres et en diminuant les proportions de la tête, en même temps que, par une étude plus raffinée des détails, il fend à substituer les représentations individuelles aux types généraux de la beauté athlétique. Le moulage en plâtre, inventé

LA SCULPTURE APRÈS PHIDIAS. Al

par Lysistrate de Sikyone, frère de Lysippe, contribue à pousser de plus en plus la sculpture dans la voie du portrait.

11 s’est, écoulé à peine un siècle entre Phidias et Praxitèle, et ce court espace de temps a vu naître les plus beaux chefs-d’œuvre de la sculpture. La Renaissance italienne n’a guère duré plus longtemps, et Michel-Ange, qui a vécu près d’un siècle, a pu connaître, dans leur vieillesse ou dans leur enfance, la plupart des grands maîtres. Dans chacune de ces deux glorieuses périodes il y a des divisions à établir, et on peut avoir'ses préférences, mais on ne voudrait rien retrancher. La sévérité de l’école florentine, la pureté idéale de Raphaël, ne nous empêchent pas d’admirer la vie et la couleur des tableaux vénitiens, quoique ces qualités soient peut-être d’un ordre moins élevé que les premières. De même il ne faut pas que notre enthousiasme pour les monuments de l’époque de Phidias nous rende injustes pour les artistes qui, venus plus tard, e^t se sentant trop forts pour n’être que des imitateurs, ont cherché des routes inexplorées.

Les Grecs, qui savaient comprendre la beauté sous toutes ses formes, ne croyaient pas faire in-

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