INTRODUCTION. XXI
servation de la nature; notre école s'élève encore plus haut au xv^ siècle, et lorsqu'au xvi' ritalie nous envoie ses maîtres, ils se trouvent en face de rivaux. Après l'ère glorieuse des Jean Goujon et des Germain Pilon, survient une éclipse qu'expliquent nos discordes religieuses; mais la sculpture, qui fut toujours notre art national, brille d'un nouvel éclat sous Puget. Bientôt cependant, après Girardon et Coysevox, les Cou?tou l'entraînent vers une grâce maniérée qui lui ôte de sa grandeur.
Je me .suis efforcé de montrei quels ont été les principes de l'enseignement au xvnr siècle. Je ne me suis pas contenté d'examiner les statues, j'ai consulté les écrivains, et particulièrement Falconnet, ce statuaire lettré qui marcha de pair avec les érudits de son temps, et dont les écrits ne forment pas moins de six volumes. Toute la théorie du xvin° siècle, en matière d'art, s'y trouve présentée avec clarté par un
XXII INTRODUGïIOiN.
homme pratique, très-opposé aux principes que Winckelmann a fait prévaloir. Dans cette diversité de systèmes qui, dès le milieu du xvni' siècle, faisait déjà prévoir une transformation des méthodes d'enseignement, j'ai cherché à indiquer le rôle des principaux artistes et à dégager les efforts de chacun d'eux dans un sens ou dans l'autre. Mais j'ai dû m'arrêter au seuil de l'art contemporain, ne reconnaissant pas à la critique le droit qu'elle s'arroge chaque année de prendre parti dans les luttes du présent et de devancer les jugements de l'avenir. Son rôle est au contraire d'invoquer l'expérience des artistes pour éclairer l'histoire du passé.
La jeunesse française est naturellement portée à aimer les arts. Il ne faudrait que développer ce goût par le spectacle des chefs-d'œuvre de tous les pays et de tous les temps, et le diriger par une saine critique. Combien serait instructive pour elle une galerie de moulages
INTHODUCTION. XXlll
OÙ elle pourrait comparer les caractères de* toutes les écoles! En voyageant pour étudier les monuments des arts, j'ai éprouvé, je dois le dire, un certain sentiment de jalousie nationale à voir que l'Angleterre nous avait devancés dans cette voie. Mais est-ce une raison pour ne pas la suivre? Même en l'imitant nous resterions nous-mêmes : dans cet étonnant palais de Sydenham où l'on part des colosses égyptiens pour traverser l'art grec et la Renaissance, et arriver ainsi jusqu'à l'art de nos jburs, il faut admirer tous ces cliefs-d'œUvre entre un ours empaillé et une marchande de bretelles au rabais. C'est conforme aux habitudes pratiques de l'Angleterre. Ayons aussi nos galeries historiques, mais traitons-y les monuments de l'art avec plus de respect; ce sera conforme au bon goût de la France.