Nil pra'fcr nulics et cœli numen adorant
chaque page de la Bible contre l'idolâtrie, les destructions de statues et d'images par les empereurs chrétiens, par les iconoclastes, les musulmans, les protestants, et on comprendra l'acharnement avec lequel l'armée des Perses se rua sur les temples de la Grèce. Ils voulaient surtout piller le grand sanctuaire de Delphes, oii la piété des Grecs avait accumulé tant de statues et de trésors. Mais le Dieu défendit son temple; la foudre tomba sur les barbares, et d'immenses quartiers de rochers détachés du Parnasse roulèrent avec un bruit horrible et en écrasèrent im grand nombre. Ces rochers furent laissés à la place oîi ils s'étaient arrêtés, en témoignage de la vengeance des Dieux.
On avait même décidé qu'on ne relèverait pas les temples de l'Attique détruits par Xerxès; ces ruines devaient rester comme un monument de la fureur sacrilège des barbares; mais cette résolution fut bien vite abandonnée. Dans l'enivrement de la reconnaissance pour ces Dieux qui l'avaient préservée de la servitude, la Grèce éleva partout leurs images ; elle se couvrit de temples et de statues. La destruction tant déplorée de tous les vieux simulacres fut un immense bienfait pour la sculpture. Il fallait tout
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renouveler à la fois, et cela, juste au moment où l'art, mûri par l'étude de la nature, entrait en pleine possession de lui-même. C'est à cette époque qu'on rapporte les marbres éginétiques, le plus beau monument qui nous reste de la sculpture dorienne. Deux légendes parallèles, figurées dans les deux frontons, traduisent une même pensée, la lutte des héros d'Égine, Télamon d'un côté, ses fils Aïas et Teukros de l'autre, contre les Troyens, et rappellent ainsi, sous une forme mythique, la part glorieuse que prirent les Éginètes à la guerre contre les barbares, rapprochement qu'indique en particulier le costume d'archer perse donné à une des figures, celle qu'on désigne sous le nom de Paris.
Athènes avait plus souffert de l'invasion que tout le reste de la Grèce, mais comme elle s'était délivrée depuis peu des Pisistratides, elle trouva dans sa liberté reconquise une énergie surhumaine qui lui donna la part principale dans la victoire sur les Mèdes, et bientôt après une suprématie encore plus éclatante dans la sphère de l'art et de l'intelligence. « Une preuve entre bien d'autres des avantages de l'égalité, dit Hérodote, c'est que les Athéniens, tant qu'ils furent soumis à la tyrannie, ne l'emportèrent
sur aucun de leurs voisins, tandis que, aussitôt délivrés, ils devinrent de beaucoup les premiers. »
Aucun peuple en effet, même parmi les Grecs, ne sut mieux appliquer les deux principes fondamentaux de la morale sociale de l'hellénisme, la liberté et l'égalité. Ces principes, inscrits à chaque page de la constitution de Solon, développés parles réformes de Kleisthènes et d'Aristide, arrivèrent sous la démagogie de Périclès à des limites que n'atteindront jamais les espérances des plus hardis novateurs. Il faut que tous les patriotismes modernes en prennent leur parti; il n'est pas donné à des institutions humaines d'approcher davantage de la perfection. Athènes a su conquérir la démocratie, et, ce qui est plus difficile encore, elle a su la conserver. Elle l'a défendue contre les agressions du dehors, contre les usurpations et les trahisons à l'intérieur : elle a compris et pratiqué les devoirs austères qui en sont la condition et la sauvegarde ; elle restera le type des peuples libres, parce qu'aucun peuple n'a été plus digne de la liberté.
Non contente de travailler pour la défense de ses droits, Athènes combattit pour l'indépendance de tous. Elle porta seule tout le poids de la première
guerre médique, et plus qu'aucune autre ville elle contribua au succès de la seconde ; c'est là ce qui lui assura l'hégémonie de la Grèce. Les contributions des Grecs confédérés furent employées d'abord à la continuation de la lutte qui assurait leur liberté^ puis aux fortifications d'Athènes et à la reconstruction des anciens sanctuaires détruits parles barbares. Kimon ayant rapporté de Skyros les cendres de Thésée, on éleva au centre de la ville un temple au héros à qui la tradition populaire attribuait l'établissement de la démocratie. Sur l'emplacement de l'ancien sanctuaire d'Erechtheus on bâtit un monument consacré à Athènè Polias, à Poséidon et à Pandrose. A la place d'un autre temple détruit par les Perses, Iktinos et Kallikrate construisirent le grand temple de la Vierge, le Parthénon, au sommet de ce rocher sacré de l'Acropole, à l'entrée duquel Mnésiklès éleva les Propylées, comme un magnifique vestibule.
La guerre contre les Mèdes ayant été à la fois nationale et religieuse, ce double caractère dut se reproduire dans le grand mouvement artistique qui suivit la victoire. Les autres arts s'unissent à l'architecture pour exprimer la pensée religieuse
et politique du peuple. Toute une armée d'ouvriers et d'artistes prépare le marbre, l'ivoire, les métaux, l'ébène, le cyprès, exécute les sculptures, les peintures^ les bas-reliefs, les tapisseries destinés à orner le Parthénon, sous la direction dé Phidias, qui, comme la plupart des artistes de cette époque, était à la fois peintre, fondeur^ toreuticien et sculpteur. Ces grands travaux d'art n'étaient pas exécutés, comme en Egypte, par une population servile, ils étaient au contraire réservés aux citoyens.
C'est ainsi que Périclès avait résolu au profit de l'art des problèmes économiques qui, sous le nom de paupérisme et d'organisation du travail, ont si souvent effrayé les sociétés modernes : «La ville, disait-il au peuple, abondamment pourvue de tous les moyens de défense que la guerre exige, doit employer ses richesses à des ouvrages qui, une fois achevés, lui assureront une gloire immortelle. Des ateliers en tous genres mis en activité, l'emploi et la fabrication d'une immense quantité de matières alimentant l'industrie et les arts, un mouvement général utilisant tous les bras, telles sont les ressources incalculables que ces constructions procurent déjà aux citoyens, qui, presque tous, reçoivent de cette sorte
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des salaires du trésor public ; et c'est ainsi que la ville tire d'elle-même sa subsistance et son embellissement. ))
« Ces édifices, dit Plutarque, étaient d'une grandeur étonnante, d'une beauté et d'une élégance inimitables. Tous les artistes s'étaient efforcés à l'envi de surpasser la magnificence du dessin par la perfection du travail. Mais ce qui surprenait davantage, c'était la promptitude avec laquelle ils avaient été exécutés. Il n'y en avait pas un qui ne semblât avoir exigé plusieurs âges et plusieurs successions d'hommes pour être conduit à sa fin ; et cependant ils furent tous achevés pendant le court espace de l'administration florissante d'un seul homme Ordinairement, la promptitude et la facilité d'exécution ne donnent ni beauté parfaite ni solidité durable... Ce qui étonne dans les édifices de Périclès, c'est qu'achevés en si peu de temps ils aient eu une si longue durée. Chacun de ces ouvrages était à peine fini qu'il avait déjà, par sa beauté, le caractère de l'antique; cependant, aujourd'hui ils ont toute la fraîcheur, tout l'éclat de la jeunesse, tant y brille cette fleur de nouveauté qui les garantit des impressions du temps! Il semble qu'ils aient eux-mêmes un es-
prit et une âme qui les rajeunissent sans cesse et les empêchent de vieillir*. »
Phidias était déjà célèbre quand l'amitié de Périclès lui fit donner l'intendance générale des travaux d'art. On se demande comment il put, dans un si petit peuple, réunir assez d'élèves pour exécuter en si peu de temps l'immense œuvre collective qui porte son nom, et comment tous à la fois et sans préparation arrivaient à interpréter avec tant deprécision la pensée multiple de son génie. Cependant un œil exercé découvre, dans les fragments qui nous restent, des différences d'exécution qui attesteraient l'existence de plusieurs écoles, quand même on ne saurait pas que parmi les artistes qui travaillaient sous les ordres de Phidias, quelques-uns, comme Alcamène, étaient ses émules plutôt que ses élèves. Ils dirigeaient probablement les travaux extérieurs pendant que Phidias achevait lui-même l'œuvre la plus, importante, la grande statue d'or et d'ivoire de la Déesse.
Il était impossible qu'il ne se produisît pas des rivalités, et les ennemis de Phidias ne pouvaient manquer de trouver un appui dans la faction aristocratique hos-