‹ De la section des artères dans l'intervalle de deux ligatures comme méthodeChapitre 3 sur 8 · I. NOTIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

I. NOTIONS HISTORIQUES

La méthode dont nous nous occupons pourrait être appelée méthode ancienne ou méthode de Celsk, car elle parait avoir été employée à des époques fort reculées.

Gelse la mentionne d'une manière très-précise parmi les divers moyens d'arrêter les hémorrhagies. « Venae quae sanguinem fun- «duntapprehendendae,circàqueîdquod ictum est, duobus locis adeligandae, intercidendaequa sunt, ut et in se ipsae coèant, et anihilominus ora praclusa habeant 1 » (Celse, iri- 18, Paris 1823, p. 2 12).

1 M. le docteur Hbhbgott , de Belfort , dont les travaux de littérature médicale ont mérité de fixer l'attention , a bien voulu me communiquer la note suivante au sujet du passage de Celse que je Tiens de rapporter :

«Il n'est pas difficile de trouver dans Celse un grand nombre de passages où le mot vente est employé pour désignera la fois les veines et les artères , sans qu'on puisse induire de cette dénomination vague que Cblsb ne connût pas la différence entre ces deux genres dé vaisseaux. Je crois avoir établi dans mon petit mémoire sur ce sujet *, que Celse connaissait parfaitement cette différence. Le passage de cet auteur relatif à la saignée 2 , où la néces-

i Vojr. Gazette médicale de Paris , 1 849.

a IJb. 11 , c. X

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Galikn a également recommandé celte méthode, et àetius en a étendu l'application en conseillant de la pratiquer à distance des anévrismes traumatiques du pli du bras. Voici le passage de cet auteur, cité par M. Dézeimeris et réproduit par Lisfranc

site de bien préciser l'anal omie topographique do pli do bras a exigé une description et un langage rigoureux, ne Laisse aucun doute à cet égard.

« Le mot venœ (au pluriel) est le terme générique que Celse emploie pour désigner les vaisseaux en général , quand il n'y a pas pour lui nécessité de préciser; ainsi on trouve dans le livre consacré aux plaies les passages suivants 3 :

«Serrari non potes t.... cuive circa fauces grandes venœ , vel arteriœ prœ- « cisae sunt. » Ce passage est le seul où , pour désigner les vaisseaux en général, on trouve le mot arteria à côté de celui de vena. Un peu plus loiu * on lit : «Ii quoque praecipiti sunt in quibus usqoe ad grandes intosque conditas «venasin alis vel poplitibus macro defedit. Periculosa etiam vulnera sunt , aubicunque venœ majores sunt, quoniam exhaurire hominem profusione «sanguinis possunt; idque'evenit non in alis tantum, atque poplitibus ; sed «etiam in Us venis , quae ad anum testiculosque perveniunt. »

« Dans ces passages, il est clair, selon moi, que le mot venœ est le terme générique qui comprend tous les vaisseaux veineux et artériels ; car si Celse parle des artères du cou , on peut admettre et soutenir qu'il connaissait celles bien plus grandes de la région axillaire et poplitée. Peut-on croire que ce médecin, qui décrit si admirablement l'anatomie du pli du bras et l'opération de la saignée , n'ait pas connu assez l'anatomie des régions axillaire et poplitée pour connaître les importantes artères qui les traversent, qui y sont si superficielles et qui rendent dans ces régions les plaies si dangereuses? Peut-on admettre que ce médecin qui , en parlant de la gravité des plaies , dit 5 : «Si profusionem timemus (quod sede vulneris, et magnitudine ejus , «et ex impetu sanguinis intelligi potest) siccis linamentis vulnus implendum « est, etc., » qui déduit le danger de la blessure du siège , de l'étendue de la plaie et de la force d'impulsion du jet du sang , peut-on avancer que cet homme ne faisait pas de différence entre les veines et les artères, par Ja raison que pour désigner les vaisseaux il se sert du mot venœ ? Ce n'est pas possible , d'après ces textes , et surtout quand on sait que la connaissance de la différence entre les veines et les artères datait déjà de plusieurs siècles. D'ailleurs , si l'on n'admet pas cette interprétation , on trouvera une contradiction entre ce passage 6 : « Periculosa enim vulnera sunt ubicumque venœ «majores sunt.... sed etiam in Us venis quae ad anum testiculosque perve- «niunt » et le passage suivant 7 : «Ipsius quoque venœ (cette fois il s'agit de « la veine du pli du bras) si forte prœcisa est , capita comprimantur , neque « sanguinem emittunt. » Ainsi , d'un côté les plaies des grandes veines et celles de plus petites , celles du testicule , seraient suivies d'une hémorrbagie

3Ltt>. V, c. XXVI, §2.

4Ibid.§3.

5Lib. V,c.XXVI, §21.

6 Ibid. § 3.

7 Lib. II , c. X.

(Médecine opératoire, t. II, p. 692 ! ) : «Premièrement on marque «le trajet de l'artère à la partie interne du bras; ensuite, sur cette «même partie interne du bras et sur ce trajet, à trois ou quatre «doigts au-dessous de l'aisselle, on fait une simple incision à la «peau, à l'endroit de l'artère où elle se rencontre au toucher, et «l'ayant un peu découverte, on l'isole avec soin des parties en- « vironnantes; on la soulève avec un crochet mousse pour passer «au-dessous deux liens de fil et la lier solidement; on la coupe

très-grave, tandis que la section en travers de la veine médiane basilique, qui quelquefois est trés-développée , n'entraînerait pas d'hémorrhagie ; car dans ce cas La compression des deux bouts coupés suffirait.

«Il est donc clairement démontré pour moi que dans ce passage 8 : « Quod « si illa quoque profluvio vincuntur, venœ , quae sanguinem fundûnt , apprête hendendae, circa id , quod ictum est duobus locis deligandae intercidendaeque «sunt, ut et in se ipsae coèaut, et nihilominus ora perclusa habeant , » le mot venœ s'applique aux vaisseaux en général, artériels et veineux. Ce qui vient confirmer mon opinion est une note sur ce passage qui se trouve dans l'édition de Targa 9. Celte note renferme un passage d'ÀETius (Tetrab, 4 , serm. 2, cap. 51) qui , comme on sait , n'a fait que des extraits des anciens , auxquels il a ajouté parfois ses propres remarques pour l'intelligence du texte; et dans le passage suivant il a paru à Targa avoir expliqué le texte de G kl se de la manière suivante : « Si vero neque sic sanguis sistatur , si « quidem vena frierit , couandum est , ut extra vinculum sanguinem supprimât « per aliquod sanguinem sistens medicamentum , etc. Si vero arteria fuerit, «ex duobus alterum faciens, aut vinculum circumdans, aut totum vas prœ- •Acidens ac âissecans , sanguinem sistes. ...Sic enim utraque pars utrinque « retrahitur, et ab incumbentibus corporibus vulnus tegitur et occultatur. » A la suite de cette citation il y a : « Eadem habet Paulus Aegineta lib. 4 , « cap. 53. »

«D'après ces citations , auxquelles j'ai cru devoir me borner, car il serait facile de les multiplier , il demeure établi que le mol venœ (au pluriel) est un terme générique servant à désigner les vaisseaux sanguins en général, et ne s'applique pas nécessairement aux veines seulement, <jue quand Celse veut désigner ces vaisseaux il emploie ordinairement le mot vena au singulier , comme dans la description de la saignée.

« Belfort , 4 novembre 1849. Herrgott , D.-M. »

1 Quelques auteurs ont attribué à Aetius la méthode de Celse. Il suffit de se rappeler, pour éviter toute erreur à cet égard, qu' Aetius, premier médecin chrétien , vivait deux siècles environ après Celse , et qu'on trouve dans ses écrits des passages de Galien , postérieur, comme on le sait , à Celse , de plus d'un siècle. La question de priorité ne peut donc même pas être posée.

8Lib.V,c. XXVI, § ai.

y A. Coric. Celsi de Medicina libri octo ex recensione et e. notis Léon a RDI Targ*. Argcntor. 1806. a e vol., p. 37a.

«ensuite entre les deux ligatures et Ton panse. Gela fait, n'ayant «plus à redouter fhémorrhagie, on ouvre la tumeur, on ôte tout «le sang grumelé qu'elle contient; on recherche l'artère d'où est «venu le sang, on la lie comme la précédente, on remplit la plaie «de pâte d'encens et on la fait suppurer.»

Ce passage semble indiquer, seul point à remarquer ici , que la méthode des deux ligatures avec section intervallaire s'appliquait même aux artères intactes, et que ce n'était plus pour compléter la solution de continuité d'un vaisseau blessé, mais bien dans le but positif de diminuer les chances d'accidents qu'on la pratiquait. La méthode de ligature de Celse ne fut plus dès lors abandonnée; Guy de Chauluc 1 , Rhrazes, Gouey, Severin, Purmann, Paul d'ËGiNE (yoj.Méd. opér. de M. Velpeau, t. II , p. 72) en faisaient usage, et nous allons la retrouver très-vantée par les chirurgiens de la tin du dernier siècle.

John Bell, dans la première édition du Traité des plaies, publié en 1796 , attribuait les fâcheux résultats de la ligature d'après la méthode de Hunter à la manière vicieuse dont les vaisseaux étaient liés. «On est conduit, dit-il, à poser en principe que la meil- «leure méthode pour lier les vaisseaux est précisément la plus «ancienne, celle qui consiste à découvrir très-exactement l'ar- « 1ère, à y pratiquer deux ligatures, à la couper ensuite en trace vers, afin que de part et d'autre les bouts puissent se rétracter «facilement, et s'ensevelir pour ainsi dire au milieu des parties «molles qui les entourent» (John Bell, Traité des plaies, trad. de E. Estor, in-8°, Paris 1825, p. 1 19 et 120). La pensée de John Bell est ici parfaitement claire, et il est fort étrange de voir son traducteur consacrer une note à ce sujet (voy. loc. cit., p. 123) pour établir « que la méthode de Bell n'est applicable qu'à l'opé-

1 Guy de Chauliac se montre très-explicite au sujet de la méthode de Celsb, car il ne parle pas seulement des anévrismes trauma tiques , qu'on peut à la rigueur assimiler aux plaies artérielles , mais aussi des anévrismes spontanés, « per se à causa intrinsecâ. » Le traitement se fait de deux manières: «Uno modo cum compressione facta cum emplastro stypico et liga- « tura admodum rupturae; alio modo quod ab utraque parte arteria discoo- «periatur-et ligelur cum filo , etillud quod erit inter duos ligaturas incidatur « et post , ut communia vulnera curetur. »

« ration dé l'anévrisme star le lieu même de la maladie, là où Far* atère est déjà dépouillée de sa gbine oelluleuse dans une grande «étendue par suite du développement du kyste , et que c'est à «» tort que Maunoir et quelques autres ont voulu en étendre l'usage «à tous les cas»».

Il est de toute évidence que telle n'a pas été l'opinion de John Bell, qui proposait de remplacer la ligature unique par la méthode ancienne de double ligature avec section intervallaire du vaisseau. Les raisons développées par John Bbll ne laissent pas de doute sur cette question, et nous avons Cru devoir rétablir les faits dans leur véritable sens.

AnERinmrr adopta aussi cette méthode dont il ce ferait cru , diton, l'inventeur, assertion que nous n'avons pas eu l'occasion de vérifier.

M. J. P. Maunoir publia à Genève, en 1801 , un Mémoire physiologique et pratique sur l'anévrisme et ta ligature des artères f » / 1 dans lequel il préconisa la même méthode. Le principal avantage de la section du vaisseau entre deux ligatures était, selon l'esprit judicieux de ce savant chirurgien qui est aujourd'hui l'un des plus vénérables doyens de notre profession, de prévenir la tension des artères, tension dépendant de leur rétractilité, à laquelle il attribuait les ruptures et les ulcérations au-dessus du fil qui deviennent si fréquemment la source des hémorrhagies.

Le frère de M. *J. P. Maunoir soutint devant la faculté de Paris, en 1804, une thèse ayant pour titre: Dissertation sur la section de l'artère entre deux ligatures dans V opération de l'anèvrisme, par C T. Maunoir, de Genève. De nombreuses observations que nous avons en partie relatées se trouvent consignées dans cet intéressant travail.

À. Coopbr, Cline, Blacke, Dalrymphe, Post, GoïflME,.ont rapporté des faits multipliés en faveur de la double ligature. En France, Larrby et M. Roux, Taxil, etc., n'auraient pas été éloignés

* ! Nous devons la connaissance complète de cet important mémoire à l'extrême obligeance d'un jeune étudiant de Genève, M. Gâches dk Sénegats , qui a bien voulu se donner la peine d'en prendre et de nous en envoyer la copie. Nous lui en adressons ici nos plus vifs remercîments.

d'adopter cette méthode (voy. Velpbau, loc. cit., p. 72). Lisfranc, dans sa Médecine opératoire (t. II, p. 810), après avoir passé en revue quelques objections que nous examinerons avec soin, ajoute: «Je ne conseillerais pas ce procédé dans tous les cas, «mais comme il remplit une indication réelle, je crois* qu'on «pourrait l'employer dans quelques circonstances favorables, et «par exemple, un peu au-dessus de l'anneau du troisième ad- «ducteur de la cuisse.»

M. Chassaignac a vanté la double ligature avec section du vaisseau, pour la carotide seulement {Gazette des hôpitaux, du 30 novembre 1848). Voici les motifs de son opinion : Quand une ligature est appliquée sur la carotide, elle est à chaque pulsation soumise à un double choc; l'un (choc direct ou cardiaque) qui se produit dans la ligne de projection du cœur à l'artère; l'autre (choc indirect ou en retour) qui se produit par récurrence et qui se propage des divisions terminales de l'artère vers le tronc. M. Chassaignac considère cette double impulsion du choc direct et du choc en retour comme pouvant bâter la chute du fil et causer une hémorrhagie, et il veut opposer à un double effort une résistance double. C'était une idée développée avec beaucoup de détails par Hogdson, qui admettait le double choc pour la carotide, la radiale, la cubitale et la tibiale, et avait proposé d'y remédier par la double ligature (Hogdson, 1. 1, p. 307 et 308, trad. de Breschet). Nous ne soulèverons pas là question de savoir si le double choc, admis par Hogdson et M. Chassaignac, n'aurait pas pour résultat de mieux soutenir la ligature qui se trou-' verait comprise entre deux impulsions équilibrées. Nous n'acceptons pas ces idées, mais nous adoptons par d'autres molife la supériorité du procédé.

Ce simple coup d'œil sur l'histoire de la méthode de Gelse pour la ligature des artères, nous semble démontrer que cette méthode n'a jamais cessé de compter des partisans qui en ont étendu les applications au traitement des anévrismes, soit au siège même de la maladie, soit à une distance plus ou moins éloignés, selon les principes auxquels ils se ralliaient.

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