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IL EXPOSÉ THÉORIQUE DES AVANTAGES DE NOTRE MÉTHODE

Les avantages de la double ligature avec section intervallaire des artères se rattachent aux trois conditions principales suivantes :

À. Supériorité d'un procédé dans le mode d'exécution met plus sûrement à l'abri des fautes et des erreurs opératoires.

B. Fréquence moindre des hémorrhagies

G. Facilité plus grande de suspendre les pertes de sang, lorsque celles-ci n'ont pu être évitées.

A. SUPÉRIORITÉ D'UN PROCÉDÉ DONT LE MODE D'EXÉCUTION MET PLUS SURE- MENT A L'ABRI DES FAUTES ET DES ERREURS OPÉRATOIRES.

«Aucun détail n'est sans importance, a dit J. L. Petit, lors- « qu'il s'agit de la vie humaine.»

Cette pensée nous parait résoudre une question fort agitée de nos jours. Des médecins, plus habiles écrivains que praticiens exercés, s'imaginent que le plus ou le moins de facilité des procédés opératoires en fait la valeur, et ils jugent avantageux de rendre l'art de plus en plus accessible à l'inexpérience.

Nous croyons qu'une telle opinion conduit directement au mépris de la profession par l'abaissement du niveau des éludes et de la science.

Le problème n'est pas de produire dans le plus court espace de temps possible de prétendus docteurs ayant le droit officiel de disposer de la santé et de la vie de leurs concitoyens; le seul et véritable but doit être de mettre des hommes d'élite en état de concourir au saiut de leurs semblables par tous les moyens dépendant de l'art médical , quels que soient les travaux et le temps nécessaires à un si glorieux apprentissage. À ce point de vue, le seul incontestable vrai , la facilité d'un procédé n'est plus qu'une considération très accessoire, et la sûreté et l'efficacité de l'opération en deviennent les éléments prédominants.

Avec renseignement actuel , manquant de garanties pratiques suffisantes, et cependant dispensateur- d'un diplôme qui pertael tout, on ne saurait se dissimuler que peu d'hommes ne se croient parfaitement aptes à entreprendre les opérations les plus délicates. La simple précaution de proclamer d'avance l'extrême gravité de tentatives déclarées indispensables, dégage de toute responsabilité, et on court ainsi la profitable chance de guérir plus ou moins fortuitement quelques-uns de ses malades. C'est dans cette voie, sans aucun doute, que la facilité d'exécution des procédés sera toujours préférée à la sécurité des opérés; mais c'est pour arrêter les effets d'un si désastreux système qtte nous proclamons la nécessité de se rallier au principe contraire. Si tout est embarras et obstacle pour l'ignorance, tout est simplicité pour l'expérience et la science, et la supériorité des méthodes se juge uniquement d'après la supériorité des résultats. .

La méthode de Celsç présente sous ce rapport de grands avantages sur tout autre mode de ligature; et pour en rendre l'appréciation plus complète, nous étudierons les deux conditions dans lesquelles on y a recours, soit en qas d'urgence, éoit comme opération prévue et réglée* •

En cas d'urgence, on ne saurait espérer toujours un praticien familiarisé avec les minutieux détails des opérations, ayant con- 3£rvé des souvenirs anatomiques d'une exactitude parfaite, habitué aux mille modifications pathologiques dépendant de la compression des tissus, de l'infiltration du sang, des changements de forme, de consistance, de coloration et de rapports des parties; il est donc d'une extrême importance pour le chirurgien et le malade que le procédé mis en usage puisse être exécuté darts les conditions les plus assurées de succès.

L'expérience prouve que les procédés habituels de ligature ne présentent' pas une sécurité complète.

Tantôt, au lieu de l'artère, on a lié une portion de muscle, une bride aponévrotique, un nerf, une veine ou tout autre organe; les exemples de ce genre ne sont pas rares, et l'on en trouve de nombreux dans tous les recueils scientifiques.

Tantôt on a pria une artère pour une autre, ooranfç je l'ai constaté anatomiquenaent sur un blessé auquel on avait cru lier la sôus-clavière, tandis que la ligature avait été placée en realité sur la cervicale transverse.

Quelquefois on a saisi avec l'artère des nerfs et des veines; À, Coopbr a cité de pareils faits. Dupuytrbn reconnaissait avoir lié le nerf médian avec l'artère brachiale. M. Cbassaigiuc a étreint le nerf pneumogastrique avec la carotide primitive, etc.

Dans certains cas , on a transpercé lés vaisseaux avec l'aiguille à ligature. Un chirurgien de Bordeaux avait traversé ainsi l'artère carotide et la veine jugulaire interne. J'ai eu entre les mains une ligature dans laquelle était compris le nerf pneumo-gastrique, la carotide et une portion de la veine jugulaire liés ensemble par un chirurgien fort renommé de l'Hôtel-Dieu de Paris.

On a vu enfin l'homme de l'art fort incertain de savoir s'il avait réellement saisi l'artère en raison de la persistance des battements du vaisseau au delà du nœud de la ligature.

J'ai rapporté (voy. Gazette médicale de Paris, année 1831) un exemple de ce genre. Appelé à lier l'artère radiale pour un anévrisme faux, consécutif et circonscrit, j'avais déjà serré le vaisseau dans la ligature, lorsque les confrères qui me prêtaient assistance, mirent en doute le succès de l'opération en voyant persister les battements de la tumeur. Je levais leurs objections en recourant à la méthode que je préconise aujourd'hui. Je pas* sai une seconde ligature sous la première, et je la fis remonter de deux centimètres environ autour du cordon que j'avais dit être le vaisseau. Je nouai lâchement le fil et coupai transversalement l'artère entre les deux ligatures; un jet de sang artériel, immédiatement arrêté par la construction du nœud, montra qu'il n'y avait pas eu d'erreur. Le blessé guérît bien.

Ces exemples démontrent combien les procédés de ligature généralement employés offrent de chances périlleuses pour le malade et l'homme de l'art.

Notre méthode n'expose à aucun de ces dangers.

La nécessité de découvrir l'artère dans une étendue de trois

centimètres pour y appliquer deux ligatures, force le chirurgien à mieux isoler le vaisseau des parties voisines. Il n'est plus alors possible de comprendre des nerfs et des veines dans le nœud du fil, le diamètre du tube artériel est aisément reconnu; et dans le cas où on aurait étreint, au lieu du vaisseau, un nerf, un faisceau de muscle ou d'aponévrose, on en acquérerait la preuve en les divisant, et l'opération serait dans ce cas poursuivie et complétée.

Nous avons admis en deuxième supposition que l'opération était prévue et réglée. Dans ce cas, l'homme de l'art peut être choisi parmi les plus exercés, et il est beureux que les procédé* mis en usage inspirent une circonspection salutaire à ceux qui seraient tentés de les pratiquer malgré leur inexpérience.

Les difficultés d'application de notre méthode ne sont pas seulement des barrières élevées contre l'inattention, la témérité ou l'erreur, ce sont de véritables assurances de succès, comme nous allons continuer à le démontrer.

B. FRÉQUENCE MOINDRE DBS HEMORRHAGIES.

La gangrène des membres, les fusées purulentes, lespyoèmies 1 dépendent de l'interception du cours du sang, de la disposition des plaies et des modes de pansement mis en usage; ce sont là des accidents généraux ou communs, et nous avons ailleurs signalé les moyens de les éviter. Nous ne nous en occuperons donc pas. Mais le principal danger de la ligature des artères est l'hémorrhagie, et le procédé qui y exposerait le moins devrait incontestablement être réputé le meilleur. Étudions sous ce rapport les avantages de notre méthode. %

1° Rareté des hèmorrhagies chez les amputés. — Tous les auteurs qui se sont occupés de la ligature des artères ont remarqué la rareté des hèmorrhagies des amputés , comparali-

i Voy. notre Traité de l'infection purulente ou pyoèmie, 1 vol. in-8<>, avec planches. Paris 1849.

vement à la fréquence du même accident chez les opérés de l'anévrisme.

«Si on ne voit que bien rarement ou même jamais, dit Scarpa «(trad. de Delpech, p. 305 et 306), l'hémorrhagie secondaire à «la suite de l'amputation de la cuisse, où l'artère fémorale est «liée à nu, et après l'avoir tirée à soi, on sera sans doute porté «à croire que l'hémorrhagie secondaire à la suite de l'opération «de l'anévrisme peut être rapportée à l'une ou à l'autre des «deux causes suivantes : l'omission du soin de dépouiller exactec ment l'artère du tissu cellulaire qui l'entoure dans le lieu où la «ligature doit être placée, ou l'emploi d'une trop grande force «dans l'action deserrer l'artère circulairement avec la ligature 1 . »

Nous nous bornons à constater le fait hautement reconnu de la moindre fréquence des hémorrhagies après les amputations; mais il nous serait impossible d'admettre toutes les conséquences qu'en lirait Scarpa. Si le soin d'isoler l'artère est à nos yeux d'une grande importance, nous ne saurions concevoir comment la striction des ligatures serait moins forte sur les amputés. Il est évident que c'est là un motif inventé pour appuyer le procédé du simple accollement des parois artérielles, et on regrette de voir Scarpa recourir à de si pauvres arguments.

«La fréquence de l'hémorrhagie secondaire, ditHoGDSON (voy. « 1. 1, p. 303, trad. de Breschet) , après l'opération de l'anévrisme , «comparée à sa rareté après. l'amputation , a suggéré l'idée d'ap- «pliquer deux ligatures et de diviser le vaisseau dans l'intervalle. «On a imaginé que la rétraction qui surviendrait dans ces cir- « constances, placerait chaque extrémité du vaisseau dans les «mêmes conditions qu'une artère liée à la surface d'un moignon. «Cette pratique, remise en honneur par Abernethy, avait été re- « commandée par Aetius, Tenon et plusieurs autres chirurgiens. «L'expérience des derniers temps a démontré les succès qui «suivent son emploi , et dans le grand nombre de cas où l'on en a «fait usage dans ce pays, il n'en est venu aucun à ma connais-

1 La principale raison de cette différence dépend de l'état d'intégrité ou d'altération des tuniques artérielles. (Note de l'auteur.)

.«sance pu une artère liée de celte manière ait donné lieu à une «bémorrhagie secondaire.» M. Maunoir avait aussi attribué la moindre fréquence des hémorrhagies «chez les amputés à la section complète des artères.

Les adversaires de notre méthode n'ont pas contesté ce fait capital, mais ils l'ont autrement expliqué.

«Dans une amputation, disent Èérird et Duionyilmers (voy. le *Cornpendium de chirurgie pratique), on lie l'artère principale «et toutes les branches qui aboutissent à la surface du moigndn, «de telle sorte que la circulation est interceptée à la fois et dans «le tronc de l'artère et dans les branches qui en naissent; il n'y «a pas ainsi de circulation collatérale, tandis qu'à la suite des «ligatures faites dans la continuité d'un membre ou du tronc, la «circulation collatérale est conservée; elle contribue à entretenir «le cours du sang dans l'artère principale, avec d'autant plus de «force et d'autant plus longtemps, que des brandies vasculaires «plus grosses naissent plus près de la ligature; l'oblitération du «vaisseau lié doit donc nécessairement devenir plus tardive et «plus difficile.»

Cette opinion, déjà développée par d'autres auteurs, nous parait une pure hypothèse fondée sur une fausse appréciation des faits.

Il n*est pas exact de dire que la circulation ne se continue pas dans l'artère principale d'un membre amputé. J'ai injecté phisieurs fois des moignons dont les artères étaient restées perméables jusqu'auprès de la cicatrice, et l'oblitération du plus gros tronc artériel ne commençait qu'au-dessous de la première col* latérale, exactement de la même manière qu'à la suite des opé» rations d'anévrismes. C'est là une observation facile à vérifier et qui a été plusieurs fois répétée.

Sans doute il existe une différence dans le volume des artères qui augmentent de diamètre chez les anévrismatiques et diminuent sur les amputés, mais il faut un laps de temps considérable avant d'arriver à ce résultat, et les hémorrhagies consécutives surviennent ordinairement du dixième au vingtième jour,

et, par conséquent, avant ces modifications du système vasculaire.

Nous croyons même que Ton pourrait soutenir avec plus de raison l'hypothèse opposée à celle de MM. Bérard et Denonvilliers. Lorsqu'une ligature a été placée sur une artère affectée de tumeur anévrismale, le sang traverse en plus grande quantité les branches secondaires et la circulation n'est nullement interrompue. Dès lors l'impulsion du sang contre la ligature diminue graduellement, comme le prouve le rétrécissement du vaisseau entre le fil et l'origine de la première branche collatérale. Ne pourrait-on pas supposer qu'en cas d'amputation l'effort du sang est plus considérable, parce que la circulation est complètement interceptée et que la force d'impulsion du sang se brise entière contre la ligature du moignon? Le fait ne serait pas douteux pour des canaux ou des tubes en bois ou en métal; le liquide qui y serait projeté et qui ne trouverait que de très-étroites issues, heurterait avec plus de violence un diaphragme obturateur que dans le cas où de larges ouvertures latérales permettaient au liquide contenu d'obéir à une force de pression déterminée. Je ne veux pas insister sur la valeur de ces faits , je les ai seulement exposés pour montrer le peu de fondement de l'objection de MM. Bérard et Denonvilliers, qui ne devra plus être sérieusement reproduite.

On lie souvent cinq ou six artères à la surface d'un moignon, et malgré ces causes multipliées d'accidents, on n'observe pas d'hémorrhagies aussi fréquentes qu'à la suite de l'unique ligature d'une artère anévrisma tique; n'est-ce pas là une véritable démonstration?

Nous terminerons cette discussion en rappelant que les hémorrhagies consécutives sont très-rares après les plaies artérielles, lorsqu'on a eu la précaution d'appliquer une ligature sur les deux bouts du vaisseau. Ici cependant la circulation collatérale persiste comme chez les anévrismatiques.

La réunion de ces diverses preuves nous permet de conclure que la fréquence moindre des hémorrhagies après les amputa-

tions dépend véritablement et de l'intégrité plus grande en ^général du tissu artériel et des conditions spéciales de l'application des ligatures; tel est le sujet dont nous ayons à poursuivre et à compléter l'étude.

2° Examen des conditions de la moindre fréquence des hémorrhagies après la double ligature avec section intervallaire des artères. — ■ Les causes du succès de notre méthode sont: a. la rétractibilité; b. la moindre tension; c. l'augmentation d'épaisseur; d. la diminution de la cavité des artères transversalement divisées; e+ la longueur de la portion du vaisseau comprise entre la ligature et l'origine de la première branche collatérale; /. la présence des tissus sains qui enveloppent, compriment et soutiennent l'artère; g. la moindre fréquence des inflammations purulentes et ulcéra tives, en raison des conditions favorables que nous venons de signaler. Reprenons chacune de ces considérations. «

a. De la rétractilitè des artères. — Un phénomène aussi facile à vérifier que la rétractilitè des artères semblait devoir échapper à toute objection. Il n'en a pas été cependant ainsi : «La «rétractilitè, dit M. Velpeau {Médecine opératoire, t. II, p. 73. « Paris 1 839) , imaginée par Morand et M. Maunoir , et sur laquelle «ont tant insisté depuis Bonfils, Taxil, et plus récemment encore «M. Guthrie, existe à peine, ainsi que l'ont prouvé les expériences «de Béclard, et que j'ai pu m'en convaincre moi-même un grand «nombre de fois. Si après l'amputation des membres, les artères «se retirent quelquefois très-loin, c'est qu'elles sont entraînées «par les muscles et non pas par l'effet d'une contraction qui leur «soit propre.»

Nous avons été profondément surpris à la lecture de ce passage, car voici les propres termes du mémoire de Béclard: «Une «artère coupée en travers se rétracte beaucoup , mais dans une «proportion difficile à établir. En général, dans l'artère fémorale «d'un chien, l'écartement est de six à neuf lignes, et toutes «choses égales d'ailleurs, supporté par les deux bouts de l'ar- «tère. Cet écartement est inhérent à chaque partie de l'artère,

« car si, après une première section , on coupe de nouveau en tra- «Ter», l'un ou l'autre bout de l'artère, à quelque distance de la «première coupure, les deux cotés de la nouvelle section s'é* «carient encore» (Becherches et expériences sur les blessures des artères, par Béclard. Mémoire de la Société médicale d'ému* laiion, année 1816, p. 596). Comment M. Velpeau a-t-il pu foire nier pat Béclard la rétractilité des artères après une affirmation toute contraire?

Il est fort curieux, au reste, de voir M. Velpeau se contredire au sujet de cette même rétractilité artérielle, étudiée dans un autre ordre d'idées.

Voici ce qu'en disait le savant professeur à quelques pages de distance. «La section de tout le calibre d'une artère en «augmente les chances d'oblitération, sort par suite de l'obli- «tération de ses deux axes, soit à cause de l'espèce decom- « pression que les autres parties molles exercent sur lui. Ce fait, «bien connu des anciens, puisque Celse, Galien, qui ne put ar- «rèter une hémorrhagie à la cheville du pied qu'en divisant com- «plétement l'artère, Avicenne, Guy de Chauliac le mentionnent «déjà, a été de nouveau constaté par une infinité de modernes, «si bien que, pour arrêter certaines hémorrhagies rebelles, il en «est plusieurs qui, à l'instar du baron Larrey, ont conseillé de «couper en travers toute la ligne où doit se trouver l'artère «blessée. Quant à savoir si, ainsi divisée, l'artère se ferme par «Suite de la rétractilité de" ses tuniques, comme Morand, Briot, «Taxil, Bon fils, Larrey, Guthrie l'ont soutenu, ou bien, comme « le veut Pouteau , par l'effet de fa compression des concrétions «Sanguines qui s'établissent tout autour, ou par la formation «d'un caillot à l'intérieur, ou bien par l'allongement et l'épais- «sisseinent de la gaine celluleuse , comme l'ont cru d'autres mo- «dernes, c'est là une question que je ne puis discuter ici» {Médecine opératoire, t. II, p. 13, 2 e édit.).

Sr les paroles de M. Velpeau ne jouissaient pas d'une aussi grande autorité, nous n'aurions pas relevé ces assertions disparates au sujet d'un même fait; mais voulant dissiper à jamais

toute incertitude sur la question de la rétractilité des artères, il était indispensable de montrer l'hésitation des meilleurs esprits sur ce sujet. Nous allons maintenant signaler quelques expériences des plus faciles à vérifier et qui paraîtront, je crois, décisives.

Nous fîmes découvrir l'artère crurale d'un cadavre d'adulte, depuis le ligament de Poupart jusqu'au creux poplité. Le vaisseau, séparé par la dissection des parties voisines , avait quarantecinq centimètres d'étendue; divisé en travers vers le milieu de la cuisse, les deux bouts s'en écartèrent immédiatement l'un de l'autre, en laissant entre eux un intervalle de douze centimètres et demi, près du tiers de la longueur totale de l'artère.

Voiià donc un exemple de rétractilité très-énergique, complètement indépendante de l'action musculaire, puisque les muscles étaient restés intacts. Si l'on concluait de cette expérience que la rétractilité des artères est approximativement égale au tiers de leur longueur , on serait au-dessous de la vérité pour les vaisseaux dénudés dans peu d'étendue. L'autre artère crurale ayant été découverte dans un intervalle de soixante-seize millimètres, et divisée transversalement, présenta entre ses deux bouts un écartement de quarante millimètres, ou de plus de moitié de la portion du vaisseau mise à nu. Nous avons constaté la même rétractilité sur toutes les artères du corps, et nous affirmons, pour l'avoir maintes fois constaté , que des effets semblables s'observent sur l'homme vivant dont les artères sont saines , comme on eût pu le soutenir à priori

Que l'on jette les yeux dans un cabinet d'anatomie pathologique sur une artère coupée par une seule ligature, depuis un temps plus ou moins éloigné, on verra que les deux bouts de l'artère se sont rétractés, et que leur intervalle est rempli par un cordon fibreux de nouvelle formation.

La rétractilité des artères transversalement divisées est donc un phénomène incontestable, et d'autant plus marqué, proportionnellement à la partie dénudée des vaisseaux , que cette partie a moins de longueur. Ce n'est pas un effort de contraction, comme

on l'a dit, sans doute par distraction, mais une simple conséquence de l'élasticité des artères.

b. De la tension artérielle. — La rétractilité artérielle a pour effet nécessaire un état permanent de tension dont on ne saurait contester la fâcheuse influence après l'application d'une seule ligature. Tous les chirurgiens savent la rapidité avec laquelle les tissus, soumis à une forte tension, sont frappés d'inflammation ulcérative. On en a la preuve dans l'opération du bec-de-lièvre et dans tous les cas où l'on rapproche, en les tiraillant, des lambeaux anaplasliques. Les points de suture (fils ou aiguilles) coupent les chairs dès le deuxième ou le troisième jour, et quelquefois plutôt, en raison du travail d'ulcération qui en détruit la résistance, et un des plus sûrs moyens de maintenir le contact régulier des lambeaux, pendant un temps suffisant à la réunion, est précisément de remédier à cet état de tension,' soit en taillant les lambeaux plus vastes, soit en facilitant leur relâchement par des incisions latérales , courbes ou droites , déjà indiquées par Gelsb. L'inflammation ulcérative produite par la trop grande tension des tissus, offre en général un caractère érysipélateux et diffus fort inquiétant. Comment donc, le même danger n'existerait-il pas pour les artères? On s'abuserait étrangement en croyant avec Hogdson et M. Velpeau qu'il suffit de ployer les membres pour détruire cet état de tension. Nos expériences sur l'étendue si considérable de la rétraction des artères prouvent que la section transversale est le seul moyen d'en détruire la tension et de prévenir ainsi les hémorrhagies.

c. augmentation de l'épaisseur, et d. Diminution de la cavité des artères divisées. — Une artère ne saurait se rétracter sans augmenter d'épaisseur et diminuer de capacité. Ces deux phénomènes, intimement liés l'un à l'autre, concourent d'une manière heureuse au succès de la ligature. Les petites artères ont des parois comparativement plus épaisses que celles d'un plus grand diamètre; or, une grosse artère divisée présente immédiatement, par suite de sa rétraction, les conditions d'une artère plus petite, puisque la capacité en devient moindre et que les parois en sont

plus épaisses. Ainsi le danger décroît, puisqu'il est en raison in* ▼erse du diamètre des vaisseaux.

D'autre part, les membranes internes et moyennes de l'artère, coupées par la striction du fil, forment dans l'intérieur du vaisseau un bourrelet plus épais, restent plus largement en contact, font mieux obstacle à la présence du sang, déposent dans un espace donné une plus grande quantité de plasma et contractent avec les gaines celluleuses des adhérences d'autant plus solides que l'inflammation ulcérative de cette dernière est plus lente à survenir, et que la circulation des vasa vasorum est restée plus libre.

e. Plus grande longueur de la portion du vaisseau comprise entre la ligature et V origine de la première branche collatérale. — L'expérience a démontré le danger de placer une ligature à peu de distance de l'origine d'une branche collatérale* J'ai vu Bécxàrd perdre par bémorrhagie, à la clinique de la faculté de Paris, une jeune femme dont il avait lié l'artère crurale à quelques millimètres de la musculaire profonde.

On remarque de fréquentes variétés dans la hauteur à laquelle les branches d'un Vaisseau se séparent du tronc principal, et on ne saurait éviter le danger que nous signalons, en se Conformant aux règles ordinaires de la ligature unique.

Dès l'instant que l'on se borne à découvrir complètement l'artère sur le seul point où on l'entoure du fil, on ne peut savoir à quelle distance se trouvent les branches collatérales, et l'on se guide, pour le lieu d'élection de la ligature, sur les dispositions anatomiques les plus habituelles, ce qui ne peut préserver de tout danger en raison, comme nous l'avons établi) de la fréquence des anomalies.

Notre méthode n'expose pas à ce grave inconvénient. L'artère est dénudée dans l'étendue de deux à trois centimètres, séparée de la graine celluleuse au-dessus du point étreint par le fil, et nous recommandons aux chirurgiens de la tirer légèrement à eux après l'avoir incisée, afin de s'assurer qu'elle est libre à une certaine hauteur et que rien n'en entrave la rétractilité. Si l'on

reconnaît la présence d'une branche collatérale à peu de distance de la ligature, nous conseillons de la diviser et d'en lier les deux extrémités, dans le cas où elle serait volumineuse; autrement l'on peut se borner à l'application d'un seul fil du coté du tronc, ou à quelques tours de torsion.

En suivant ces préceptes, on pourra toujours laisser un intervalle d'au moins quinze millimètres entre la ligature et la première branche collatérale, et c'est assez pour éviter lés hémorrhagies,

/. Intégrité des tissus d'enveloppe de l'artère. — Jones, Béclard, M. Miwc, etc., ont mis hors de doute, par des expériences nombreuses et maintes fois répétées par tous les chirurgiens, que le mode le plus habituel et le plus heureux d'oblitération des artères était l'adhésion des extrémités vasculaires.

Les adhérences se produisent par le double mécanisme de ta cicatrisation des plaies avec et sans suppuration. Les membranes internes se réunissent immédiatement entre elles ott phis ou moins avec l'extrémité du caillot sanguin; la membrane externe ou celluleuse ne se cicatrise qu'après avoir suppuré sous l'influence du contact de la ligature qui joue te rôle de corps ulcérant.

L'indication curative est donc d'annihiler autant que (aire se peut toutes les causes inflammatoires, pour ne pas accroître la suppuration et ne pas étendre le travail ulcératif aux adhérences déjà produites. N'est - il pas évident dès lors que la rétraction de l'artère entraînant le vaisseau dans l'intérieur de sa gaine, le met en contact avec des tissus sains qui, n'ayant subi aucune violence, sont mieux disposés pour la réunion immédiate, et enveloppent, compriment et soutiennent, d'une manière très- favorable, l'extrémité divisée du vaisseau ? Ces conditions avantageuses pourraient-elles élre comparées à celles du procédé ordinaire, où l'artère liée se trouve le point le plus déclive d'une plaie irrégulière, mâchée, contuse et presque infailliblement condamnée à suppurer? Qui n'a vu les hommes de l'art les plus habiles déchirer, avec le doigt, une algalie ou des

stylets mousses, le tissu cellulaire qui réunit l'artère aux parties voisines, et comment espérer, après de pareilles manœuvres, éviter toute formation de pus autour du point occupé par la ligature? Sous ce rapport, la supériorité de notre méthode nous parait incontestable, avec la précaution toutefois de ne pas fermer la plaie et de prévenir par l'interposition d'un corps étranger le séjour et l'accumulation du pus.

g*. Moindre fréquence de l'inflammation purulente et ulcérative. — Les conséquences des conditions dont nous venons d'indiquer les avantages , se résument en une moindre fréquence de l'inflammation purulente et ulcérative. Nous ne reviendrons pas sur cette démonstration, contre laquelle on a élevé quelques objections que nous examinerons plus loin (voy. Objections).

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