‹ De la section des nerfs ciliaires et du nerf optiqueChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

RECHERCHES EXPERIMENTALES. — INFLUENCE DE LA SECTION DU TRIJUMEAU ET DE SES BRANCHES (nBRF OPHTHALMIQUB, NERFS CILIAIRES ET DE LA CORNÉB ) SUR LA NUTRITION DE

l'obil.

Dans ce chapitre, nous désirons démontrer que les lésions de la cinquième paire et de ses branches ne présentent pas, au point de vue de la nutrition de l'œil, l'extrême gravité qu'on leur a attribuée.

Examinant successivement les désordres produits par la destruction du trijumeau à son noyau d'orig-ine, dans son trajet intra crânien, puis le résultat de la section incomplète de ce nerf, de la section de la branche ophthalmique, des nerfs de la cornée et ciliaires avec ou sans section du nerf optique, nous ferons voir qu'à mesure que l'on s'éloig-ne de ses orig-ines, les sections produisent des tro bles de moins en moins g'raves.

Si la section complète du trijumeau amène des désordres g-raves du côté de la nutrition de l'œil, la section incomplète, la section de la branche ophthalmique produisent des troubles moins sérieux, la lésion des nerfs ciliaires {avec ou sans section du nerf optique), la lésion des nerfs de la cornée, n'entrai nent que des lésions oculaires trèslég'ères.

Nous chercherons, en résumé, à établir que le nerf trijumeau ne donne pas de fibres trophiques à l'appareil ocii-

— salaire, que l œil peut continuer à vivre même lorsqu'il est privé de ses principales branches nerveuses f nerf optique, nerfs ciliaires). Nous indiquerons enfin, aussi nettement que possible, quelles sont les causes qui, d'après nous, amènent les altérations de l'œil, sig-nalées par les auteurs.

^ i"". Lésions du noyau d'origine de la racine sensitive du trijumeau. Troubles oculaires.

MM. Mathias Duval et Labordo ont dans ces derniers temps détruit chez le chien et !e lapin, le noyau d'orig-ine de la racine sensitive du t»'ijunieau, et ils ont observé du côté de l'œil des altérations trophiques, congestion intense, opacités, synéchies, fonte de l'œil. L'œil du côté de la lésion bulbaire devient iriimédiatemeiit insensible, et si FaniiTial survit, ce même œil devient le siég'e de troubles trophiques progressifs, selon l'intensité de la lésion ou sa tendance plus ou moins marquée à la réparation. Chez le lapin ces troubles se produisent et s'ag'gravent très-vite; au bout de à douze heures, ils sont très-accentués et s'expriment par une violente injection conjonctivale, en nième temps que par une opacité plus ou moins complète de la cornée, après vingt-quatre heures, l'œil peut être complètement perdu, la fonte purulente s'en est emparée.

Chez le chien, ces troubles trophiques sont aus::! nets que chez le lapin, mais ils progressent avec moins de rapidité. L'insensibilité est certainement immédiate; les altérations commencent par la rougeur, le boursoufflement de la conjonctive, recouverte par un chémosis envahissant,

(1) Mathicts Duval et Laborde. Expériences sur le noyau d'origine du trijumeau. Bulletin de la Société de biologie, 1878.

Redard. 5

puis la cornée se prend son tou,r et, d,u troisième au quatrième jour, elle présente des points d'opacité complète et des ulcérations en coup d'ong-le.

M, Vulpian avait déjà, en 1861, indiqué ropalescenoe de la cornée et la cong-eslion de la conjonctive, comme des suites possibles des lésions faites sur le plancher du quatrième ventricule cérébral chez les chiens ; depuis lors, il a vu très-souvent des lésions des mêmes régions de l'encéphale déterminer tous lea phénomènes morbides qui se manifestent dans le g-lobe oculaire chez les animaux sur lesquels on a pratiqué Ja section intra-crânienne du nerf trijumeau.

Cette expérience, de même que la section intra-crânienne du trijumeau, ne démontre pas, d'après nous, rinflueoce Irophique de l'a cinquième paire. En effet, suip \>œil, les désordres produits chez les animaux par les Msions des noyaux d'orig-ine de la racine sensitive sont très-graves, toutes les branches du trijumeau sont atteintes; il existe en outre une lésion des centres nerveux sérieuse; à cela, il faut ajouter que l'animal ne peut nullement protéger son œil. Il serait intéressant, dans ces cas, de savoir si la suture des paupières atténuerait la g-ravité des troubles oculaires signalés ; chez le lapin, il suffit, d'une lésion légère du trijumeau, accompagnée d'un traumatisme insignifiant, pour voir se produire en quelques jours la fonte de la cornée.

§ 2. Section inira^crdnien7ie du nerf trijumeau. Troubles

oculaires.

C'est à Magendie(l) et à Claude Bernard qu'est due la dé-

(1) .Magen<iie. Journal de physiologie expérimentale, 1824, t. IV, p. 176 et p. 303.

(2) Claude Bernard. Leçons sur le sysUme nerveux, 1838, t. II.

couverte de l'iuiluence Irès-reinarquabîe du. nerl trijumeau sur l'œil.

Si, à l'exemple de ces auteurs, on sectionne complètement le nerf trijumeau, on voit des troubles oculaires qui surviennent au bout de quelques heures chez le chien, plus lentement chez la grenouille. Au bout de douze à ving-t-quatre heures, chez le chien, la cornée se troid^le et s'opacifie, elle devient le siég-e d'une véritable kératite, qui peut aboutir à une ulcération et à une perforation de la cornée; la conjonctive roug-it et s'enflamme, et il en est de même de l'iris. Ces altérations s'accompag'nent en même temps d'une diminution de tension du g^lobe oculaire.

De ces expériences, tant de fois répétées, on en avait conclu que toutes les lésions du trijumeau pouvaient retentir d'une façon extrêmement fâcheuse et que, par conséquent, le chirurg-ien ne devait opérer qu'avec une extrême prudence dans le domaine de la cinquième paire.

Nous appuyant sur de nouvelles expériences, nous allons tâcher de démontrer que les troubles trophiques de l'œil ne se montrent pas toujours avec le degré de g-ravilé sig-nalé par les premiers auteurs, qu'ils sont passag-ers, et qu'ils reconnaissent pour cause, certains ag-ents que nous pouvons facilement éloigner.

La section complète du trijumeau produit des altérations de l'œil, et ces altérations sont g-énéralement très-graves. Il n'en est pas de même des sections incomplètes, et nous avons sous les yeux un certain nombre d'observations (Meissner, Schiff, Cl. Bernard), qui nous prouvent que dans ces cas les troubles trophiques sont passagers et trèspeu graves.

M. le professeur Ranvier a eu l'extrême oblig'eance de nous montrer un lapin sur lequel il a pratiqué, il y a cinq

mois, une section incomplète du nerf trijumeau. Chez cet animal, le nerf masticateur n'a pas été atteint; de même la branche frontale a été respectée et, par conséquent, la sensibilité de la paupière supérieure a été conservée.

Chez cet animal, les troubles trophiques ont été très -peu marqués. Aujourd'hui, 25 juillet, cinq mois après l'opération, la cornée est complètement transparente, il n'y a pas d'opacité, il n'y a, en un mot, aucune trace des troubles survenus quelques jours après la section de la cinquième paire.

Pourquoi donc, dans certains cas, les lésions du trijumeau s'accompag-nenl-elles d'altérations graves? Pourquoi, donc au contraire, ces accidents sont-ils insignifiants?

Pour Snellen (1), les troubles trophiques reconnaissent une cause mécanique, ils sont dus aux chocs des corps étrang-ers dont l'animal ne peut se g-arantir, n'en ayant pas conscience, à cause de l'insensibilité de la cornée, ^in effet cet auteur réussit à pré\^enir les lésions consécutives de la cornée en prenant la précaution de g-arantir l'œil, soit par l'occlusion des paupières, soit en suturant au devant de l'œil roreille de l'animal. Ce sont là des expériences très-importantes et qui sont g-énéralement admises aujourd'hui.

Schiff (2) et bien d'aulres physiolog'istes (3) ont répétéet confirmé les expériences de Snellen. Nous-même, dans un g-rand nombre d'essais pratiquées sur des chiens et des lapins, nous avons pu nous assurer de l'influence manifeste qu'avait après la section du nerf optique et des nerfs

(1) SneUen. Archiv. f. d. Holl. Beitrage zur natur Heilkunde, von Donders und Berlin. Bd I, Heft 3, 1837, p. 206, 229. (ij Schiff. In CanstaU's Jahresberichl, etc., 1857, i. I, p. 121. (3) Longel. Traité de physiologie, t. III, p. 490, 1869.

ciliaire? ou des nerfs ciliairrs seuls, l'occlusion des pau pières.

Da(is rexpérience citée plus haul, VI. le professeur Riinviei' avait on g-rand soin de :-ntiirpr l'oredle de son lapin au devant de S'œil. Cette oreille se détacha à ur; mument où les accidents du côté de !a cornée étaient peu considérables, mais, dès que l'œil ne fut plus protég-é, ils réapparurent et M. Ranvier se vit oblig'é de suturer de nouveau l'oreille.

Dans un mémoire Irès-interessant, encore inédit, sur les troubles trophiques de l'œil, de M. le D' Boucheron et que cet auteur a bien voulu nous communiquer, nous trouvons des renseig'nements précieux sur le sujet qui nous occupe.

Pour M. Boucheron, les troubles de nutrition de l'œil après la section du nerf trijumeau tiennent à la non oc clusion des paupières.

Dans ces conditions, dit cet auteur, il se produit une dessiccation d'une partie de la cornée et une mortification des points desséchés.

« Après la section du nerf ophlhalmique, les paupières restent entr'ouvertes, ne clig-aciit plus^ la cornée, constamment exposée à l'air, se dessèche, l'épilhélium meurt, Teschare épithéliale provoque autour d'elle utje inflammation éliminatrice. Une ulcération se forme, qui s'ag-randit par le même mécanisme de dessiccation et de mortification des éléments anatomiques desséchés.

Souvent une nouvelle ag'g'ravation surg-it, les éléments n;orlifiés entrent en décomposition putride, la cornée s'infdtre de produits septiques (kératite septique) et sa destruction s'accélère, grâce à l'amoindrissement de vitalité de l'organe et à l'affaiblissement de l'animal g-ravement blessé. »

M. Boucheron pratiquant l'occlusion des paupières chez les animaux après la section du nerf ophthalmique chez les cobayes, a observé les troubles trophiques suivants :

(M. Boucheron recommande de fermer les paupières en imprég-nant de coUodion les poils du sourcil et de la joue de l'animal. Cet auteur préfère ce mode d'occlusion à la suture de l'oreille et des paupières, ce procédé ^permet d'ouvrir tous les jours les paupières pour examiner l'état de la cornée.)

Immédiatement après la section apparaît la toile muqueuse répandue sur la cornée (voile de la mort, selon les poètes). Le lendemain, teinte g-risâtre occupant toute la profondeur delà cornée. L'opacité cornéenne uniforme est toujours plus accusée au centre cornéen et n'arrive pas toujours jusqu'à la périphérie.

Le troisième jour, l'opacité est plus épaisse, plus blanche.

Le quatrième jour elle diminue, le cinquième elle est très-faible, et du sixième au huitième jour elle disparaît. De telle sorte, dit M, Boucheron, que si l'animal avait eu l'œil obturé pendant huit jours l'existence du trouble cornéen eût passé inaperçue et l'on eût pu conclure à l'absence de troubles trophiques.

Pour M. Boucheron, ces troubles trophiques existent toujours, trèp-souvent passag-ers et pouvant échapper à l'observateur, quant à l'exemple de Snellen on suture l'oreille au devant de la paupière.

Si par l'occlusion des paupières on peut éviter les troubles trophiques, il en sera de même si la paupière supérieure a conservé sa sensibilité.

M. le professeur Ranvier attribue le peu d'accidents de la cornée du lapin dont nous avons parié plus haut, à l'occlusion des paupières d'abord, à la conservation de la

branche qui anime la paupière supérieure ensuite, de telle sorte que l'animal a pu jusqu'à aujourd'hui protéger son œil contre les ag"entfe extérieurs.

Cette expérience nous donne en partie la raison du peu de gravité au point de vue desaccidents oculaires des sections incomplètes du trijumeau.

Lorsque la section du trijumeau est complète, d'autres éléments interviennent.

Dans son mémoire, M. Boucheron établit que chaque fois que le nerf trijumeau avec sa branche masticatrice est l Oupé, les animaux ne peuvent plus rapprocher la mâchoire inférieure de la supérieure, ne peuvent plus se nourrir et les effets de l'inanition s'ajoutent aux effets de la section des nerfs.

Quand le hasard de l'expérience m'avait fait blesser l'articulation du maxillaire inférieur, dit M. Boucheron, les animaux ne pouvaient plus mâcher, ils ne se nourrissaient pas, succombaient à l'inanition et la cornée se sphacélait.

Le traumatisme opératoire, l'état dans lequel se trouve l'animal au moment de l'expérience, la race à laquelle il appartient jouent aussi un rôle importani.

De l'exposé de ces faits nous tirerons les conclusions suivantes :

La section intra-crânienne du trijumeau ne produit des altérations oculaires que dans certaines conditions.

La section complète avec paralysie des branches qui animent les paupières et de la branche masticatrice (Boucheron)s'accompag'nent toujours de troubles oculaires.

L'inanition, le traumatisme opératoire jouent un grand rôle dans la production de ces altérations.

La cause principale des altérations de la cornée est une cause mécanique, elle est due aux chocs des corps étrang^ers

dont l'animal nepeut se garantir, n'en a pas conscience à cause de l'insensibilité de la cornée (Snellen). La suture des paupières, ou de l'oreille correspo!\dante au devant de l'œil, met à l'abri de ces altérations.

Fxpériences sur la section des nerfs ciliaires en arrière du

globe oculaire.

D'après les conseils de M. le D' Abadie, j'ai recherché quels désordres pouvait produire du côté de l'œil la section des nerfs ciliaires pratiquée chez les animaux.

C'était là une expérience difficile, car certains animaux présentent Je même que l'homme une cavité orbitaire constituée par des parois osseuses résistantes ; l'œil et le nerf sont situés profondément et l'on ne peut nulle ment examiner dans ces conditions le nerf optique et les nerfs ciliaires qui l'entourent.

Chez !e chien, il n'existe pour ainsi dire pas de cavité orbilaire, l'œil au lieu d'être protég*é en dehors et en haut par une paroi osseuse, est en contact avec les parties molles soutenues cependant par un cartilag-e arciformede 3 millimètres de larg-e. Ce cartilag-e est peu résistant et peut faciieriient être sectionné avec de forts ciseaux droits.

Cette disposition m'a permis d'arriver, sans faire subir un grand traumatisme à l'animal, et par conséquent, sans changer les résultats de l'expérience, à sectionner presque tous les nerfs ciliaires avant qu'ils ne s'eng-ag-ent dans la sclérotique.

Dans mes premières expériences, je me suis servi du procédé suivant :

Après avoir administré au chien en expérience de la morphine, puis du chloroforme, afin d'obtenir une insensibilité et une immobilité complète , je pratique sur la

paroi supérieure de l'orbite une incision longitudinale de 35 millimètres environ, j'arrive ainsi sans hémorrhag'ie notable sur le cartilag-e que je seetionne d'un seul coup de ciseaux. Faisant alors écarter les deux lèvres de la plaie, je pénètre sans peine, divisant lentement tissus qui se présentent dans la log-e rétro- oculaire. Je découvre alors le nerf optique et je sectionne, au moyen d'un petit ténotomo recourbé, les parties vasculaires et nerveuses (1).

J'ai abandonné ce procédé qui ne doimait pas un jour suflisant pour arriver jusque sur le nerf. On ne peut, avec la seclion longitudinale supérieure, couper que très-dif-

(I) Chez les animaux la disposition des nerfs ciliaires et du i;anglion ophthalmique diffère peu de celle que nous avons décrite chez l'homme. La recherche du ganglion ophlhalmique chez lo chien et le lapin est facile, car il est constamment appliqué contre le nerf oculo-moteur et soudé, pour ainsi dire, avec lui vers le point où prend naissance la branche du muscle oblique inféi'ieur. Il dépasse rarement le volume d'un grain de millet, et il est quelquefois si petit qu'il peut échapper aux investigations les plus minutieuses.

Sa racine motrice est généralement formée de deux ramuscules fort courts, venant de la troisième paire.

Sa racine sensitive, beaucoup plus longue, procède du nerf palpébro-nasal ; c'est ordinairement par l'intermédiaire de celle racine que le ganglion ophthalmique communique avec le ganglion cervical supérieur, au moyen d'un mince filet qu'elle reçoit du plexus caverneux.

Les filets émergents, nerfs ciliaires indirects, partent de la partie antérieure du ganglion et se placent autour du nerf optique pour gagner la sclérotiiiue en décrivant des flexuosités. Quelques-uns émanent directement du nerf palpébro-nasal, surtout quand le ganglion est rudimentaire. Leur nombre est indéterminé -jOn en compte ordinairement de 5 à 8.

Ces nerfs ciliaires sont inihnenient appliqués sur la gaine du nerf optique et peuvent difficilement en être séparés.

Le faisceau externe des nerfsciliaires est assez développé. Outre les nerfs ciliaires directs, on rencontre aussi chez le chien des nerfs ciliaires indirects. (C. Bernard), "1 à G, qui perforent la sclérotique en un point assez éloigné du nerf optique, quelques-uns au-des'=ous du muscle droit externe. Ces filets viennent principalement donner la sensibilité à la conjonctive. Rtdard. 6

ficilement les faisceaux internes el inférieurs des nerfs ciliaires (voir expérience I).

Voici le procédé que je propose :

Avec de forts ciseaux on fend la commissure externe de la paupière et le cartilag-e jusqu'au bord antérieur du muscle temporal, qu'il faut éviter de diviser, afin de ne pas avoir une hémorrhag'ie g-ênante.

On fait écarter le tissu, puis prenant au moyen d'une pince àg-riffela conjonctive, on la divise, on sectionne le muscle externe et on pénètre, sectionnant au moyen de petits ciseaux le tissu cellulaire rétro -oculaire. Un aide saisit avec des pinces à g-riffes le globe oculaire et l'attire assez fortement en dedans et en avant. On aperçoit alors un paquet graisseux qu'il faut diviser avec soin, car cette g-raisse entoure le nerf optique. Le nerf optique apparaît alors et on peut l'examiner facilement.

Prenant alors un ténotome recourbé, à pointe mousse et tranchante, on l'introduit immédiatement en avant de la partie antérieure du nerf optique, se rapprochant de la g'aîne du nerf optique, le plus près possible de l'œil, et on divise dans une assez g-rande étendue les parties molles, les filets nerveux et vasculaires que l'on aperçoit en assez grand nombre. La même manœuvre est employée à la partie externe du nerf, en bas et en dedans; le ténotome est attiré en dehors, en bas et en dedans, on l'introduit plusieurs fois afin d'être parfaitement sûr que I on a sectionné tous les nerfs ciliaires.

L'hémorrhagie est presque nulle et si, dans certains cas, une petite artériole donne du sang", une légère compression arrête facilement Thémorrhag-ie.

Si l'on aperçoit encore quelques filets nerveux rampant sur la g'aîne du nerf optique, on peut aller le sectionner avec un ténotome à pointe aig-uë. On soulève le nerf en

introduisant sous lui la pointe du ténotome et on le coupe facilement.

On replace alors l'œil en place, on suture exactement, principalement la commissure ; on comprend dans un fil de suture les deux lèvres de section de la commissure, et on pratique au moyen da 3 fils la suture des paupières.

Grâce à ce procédé, on peut facilement arriver à sectionner un grand nombre de filets ciliaires, il est toujours difficile cependant de sectionner les faisceaux internes. Le traumatisnie opératoire n'est pas consiTiérable et chez certains animaux la réunion se fait par première intention.

J'ai pratiqué mes expériences dans le laboratoire de pbysiolog'ie g-énérale au Muséum d'histoire naturelle et dans le laboratoire de M. PaulBert a laSorbonne.

Je remercie mon excellent ami 0. de Pezzer de l'aide qu'il a bien voulu me prêter dans ces expériences.

Voici les principales de ces expériences :

ExpÉuiENCE I (Laboratoire de M. Paui Bertà la Sorbonne). — Section incomplète des nerfs ciliaires en arrière du globe oculaire. — Hémianesthésie de la cornée. — Dilatation de la pupille. — Légers troubles cornéens. — Conservation de la vision.

Sur un bull-tenier de luoyenne taille, jeune et très-vigoureux, je pratique, le 15 iioai, sans diviser les paupières une incision oblique de dehors en dedans sur la partie supérieure de l'orbite, je divise le cartilage (V.Procédé opératoire, page 40) et j'arrive sur le nerfoptique, je divise un assez grand nombre de lilets ciliaires.

La pupille est dilatée.

Pas de suture des paupières. Suture de la plaie.

Le soir l'animal a enlevé ses sutures. Léger suititement sanguinolent de la plaie. Rougeur et boursouflement de la conjonctive. Le lendemain la partie supérieure delà cornée seule e-t insensible. Dès que

l'on se rapproche du centre de la cornée l'animal accuse une sensibilité assez vive. Dilatation de la pupille plus marquée en haut.

La cornée est sèche, légèremeni. blanchâtre en haut.

Le l*'"juin. Anesthésie de la partie supérieure de la cornée, dilatation de la pupille. La cornée présente une opacité diffuse, superficielle.

La plaie est en suppuration. Je pratique une tentative de réunion de la plaie, mais sans résultat.

Le iD. L'œil est dans un excellent état, l'opacité tend à disparaître.

Aujourd'hui 1°'' août 1879, anesthésie de toute la partie supérieure de la cornée.

Sous l'influence de la lumière, la pupille se contracta excepté en haut.

Dilatation de la pupille. TrèJ-léger trouble de la cornée. La vision paraît conservée du côté opéré. La plaie est presque entièrement guérie.

Cette expérience nous démontre que l'on peut focilement, par des sections partielles des nerfs ciliaires pratiqués en arrière du g-lobe oculaire, amener la dilatation partielle de l'iris et l'anesthésie partielle de la cornée.

Elle confirme ce fait sig^nalé par JV]. Ranvier^ que les fibrilles nerveuses qui entrent dans la constitution de la cornée, n'y parcourent qu'un trajet très-limité pour se rendre à leur terminaison ultime, et elles conservent jusqu'au bout leur individualité physiolog'ique et anatomique.

Elle démontre en outre que la section des nerfs ciliaires amène des troubles de nutrition extrêmement lég-ers de la. cornée. Nous considérons ces troubles de nutrition comme une conséquence du traumatisme opératoire.

Exp. II (Laboratoire tle physiologie générale au Muséum d'hisloire nalurelle). — Section des nerfs ciliaires en arrière du globe oculaire sur un chien très-vieux atteint de double cataracte. — Perforation centrale de la cornée. — Anesthésie de la cornée.

Le ISjuiii, je pratique la section des nerfs ciliaires en arrière ou j;lobe oculaire sui' un ciiien très-vieux, paiaissant malade et atteint de double cataracte. .Je sectionne la commissure externe de l'œil et j'arrive sur le neri' optique par le procédé décrit plus haut. (Voir pa^e 41.) Je sectionne un grand nombre de tilets ciliaires.

Suture des paupières et de la plaie.

Après l'opération, dilatation énorifie delà pupille, anesthésie de la cornée.

Le soir, l'.-.nimal avej sa paile a gratté sa plaie el: enlevé quelques sutures.

Le 17, Gonflement énorme de l'œil, suppuration de la plaie Nous enlevons les sutures des paupières. La cornée présente un cercle péri-kératique rouge, la conjonctive est tuméfiée et boursouflée, la cornée présente une teinte blaiichàtre uniforme, menace d'ulcération centrale, i^avage à l'eau pliéaique do la plaie, suture des paupières.

Le 20. Perforation centrale de la cornée.

La commissure externe s'est reformée. La plaie est cicatrisée.

Lel"aojjit. Perforation centrale de la cornée dans une étendue d'une circonférence de 3 millimètres de rayon. Le cristallin cataracté se présente au niveau de la perforation.

Opacité et anesthésie de la cornée. Rougeur de la conjonctive.

La plaie est très-bien réunie.

Nous considérons la perforation centrale de la cornée, dans ce cas, comme le résultat de l'âg-e extrêmement avancé du chien, de l^étalpatholog-ique de ses deux yeux, et de l'état maladif dans lequel se trouvait l'animal au moment de l'opération. Dans aucune de nos autres expériences, nous n'avons noté de semblables accidents.

Exp. III (Laboratoire de physiologie générale au Muséum d'histoire naturelle. — Section des nerfs ciliaires en arrière du globe oculaire.— -Anesthésie de la cornée. — Dilatation de la pupille. — Légers troubles cornéens. — Ulcération. — Conservation de la vision. — Gêne circulatoire du fond de l'œil.

Sur an chien de taille moyenne, vieux, je sectionne, le 2 juin, la commissure externe par le procédé ordinaire. J'arrive sur le nerf optique et je sectionne les nerfs ciliaires.

Légère hémorrhagie venant d'une ciliaire postérieure.

Suture de la plaie et de la conjonctive.

Après l'opération dilatation considérable de la pupille, anesthésie de la cornée.

Le chien gratte énergiquement avec sa patte sa plaie et enlève les sutures qui sont replacées.

Le 5 juin. Les sutures de la plaie et de la conjonctive bien que très-solidement placées sont enlevées par le chien; la plaie est béante, en pleine suppuration.

La conjonctive est très-rouge, principalement à la partie externe, tuméflée et boursouflée.

Opacité ditiuse de la cornée, principalement marquée à la partie externe.

Cercle rouge péri koratique très-marqué.

Dilatation considérable de la pupille. Anesthésie de la cornée.'

Le 10. La plaie bourgeonne et se rétrécit. Conjonctivite très-intense, principalement à la partie externe. Opacité très-marquée, mais superficielle à la partie externe.

Ulcération en coup d'ongle de la cornée.

Anesthésie de la cornée, légère sensibilité en dedans.

Le 20. La plaie s'est réunie, les deux lèvres de la commissure sont presque réunies. Opacité moindre de la cornée, persistant cependant à la partie externe. Ulcération assez profonde en ce point.

Conjonctivite intense.

Le chien paraît y voir avec son œil opéré.

Aujourd'hui août) le chien se trouve dans l'état suivant ;

Anesthésie presque complète de la cornée.

Dilatation énorme de la pupille, ne réagissant que très-difficilement sous l'influence de la lumière.

Conjonctivite et ulcération de la cornée, avec opacité superficielle.

Le chien a conservé la vision de l'œil opéré. La plaie est presque entièrement guérie.

M. le D' Abadie examine ce chien à Tophthalmoscope et constate les lésions suivantes :

Opaciié superficielle de la cornée avec ulcération.

Pas de troubles du cristallin.

Pas d'hémorrhagie du fond de l'œil, ni du corps vitré.

État trouble de la rétine. La papille est très-blanche ; le tapelum ne présente pas son l'eflet verdâtre ordinaire; les vaisseaux de la papille sont, en très-petit nombi'e, représentés surtout par des veines congestionnées.

Du côté opposé, sain, la papille est blanche, presque aussi blanche que celle du côté opposé; M. Abadie considère cette blauclieur des deux papilles comme normales chez cet animal, les vaisseaux sont en plus grand nombre, la circulation paraît se faire réguhèrement.

En résumé, l'oplithalmoscope nous indique une gêne circulatoire du fond de Tœil avec état trouble de la rétine.

Exp. IV (Laboratoire de physiologie générale au Muséum d'histoire naturelle).— Section des nerfs ciliaires en arrière du globe oculaire. — Anesthésie de la cornée. Dilatation de la pupille, — Troubles cornéens très-légers. — Conservation de la vision.

5 jain. Je fais la section de la commissure externe, par le procédé ordinaire, sur une levrette jeune, assez petite.

Section des nerfs ciliaires. Pas d'hémorrhagie. Suture de la plaie et des paupières.

Anestlnisie de la cornée et dilatation de la pupille.

Le B. Nous enlevons les sutures, la plaie est réunie par première intention. L'animal, très-docile, n'a pas touché à son pansement.

Trouble très-léger de îa cornée. Légère conjonctivite. Anesthésie de la cornée.

Dilatation de la pupille.

Le 15. Réunion parfaite de la plaie.

Aujourtl'hui, i"'^ août, l'opéré est dans l'état suivant : Réunion parfaite de la plaie.

Légère conjonctivite, les paupières de l'animal sont collées le matin

La cornée a repris sou état normal, elle est insensible dans presque toute son étendue, excepté à la partie interne. Dilatation considérable de la pupille.

La vision est conservée de ce côté.

M. le Abadie ne constate pas de lésions appréciables à l'ophthalmoscope, léger trouble diffus du fond de l'œil. Pas d'héraorrhagie du fond de l'œil, ni du corps vitré. Le tapetum présente un reflet vert très-marqué,

Exp. "V (Laboratoire de physiologie générale du Muséum d'histoire naturelle). — Section des nerfs ciliaires en arrière de la cornée. — Anesthésie de la cornée. — Opacité très-marquée de la cornée.— Dilatation de la pupille.

Je pratique, le 10 juin, sur un vieux petit roquet noir, très-méchant et très-indocile, la section de la commissure, puis la section des nerfs ciliaires en arrière de l'œil, autour du nerf optique. Légère hémorrhagie provenant des ciliaires postérieures.

Suture de la conjonctive et de la plaie. Immédiatement après l'opération, anesthésie complète de la cornée et dilatation de la pupille.

A peine réveillé de son sommeil anesthésique l'animal se gratte très-énergiquement, avec fureur, jusqu'à ce qu'il ait enlevé ses sutures.

Je place de nouveau les sutures qui ont été enlevées.

Suppuration de la plaie. Gonflement très-douloureux. Tuméfaction considérable, et suppuration de la conjonctive, principalement à la partie externe, au point ont été pratiquée la section.

Trouble diffus très-marqué à la cornée, principalement à la partie externe.

Pas d'ulcération.

Anesthésie très-marquée de la cornée. On aperçoit difficilement la pupille qui paraît dilatée.

Aujourd'hui, 2 août, la plaie est presque entièrement réunie. Anesthésie de la cornée. La conjonctive a conservé sa sensibilité. Dilatation de la pupille.

L'opacité de la cornée a considérablement diminué, mais elle no permet pas l'examen à l'ohthalmoscope. On ne peut savoir, de même, si la vision est cotiservée de ce côté.

Exp. VI (Laboratoire do physiologie générale du Muséum d'iiisloire naturelle). — Section des nerfs ciliaires en arrière du globe oculaire. — Anesthésie de la cornée et 'dilatation de la pupille. — Réunion par première intention de la plaie. — Pas de troubles cornéens. — Pas de lésion du fond de l'œil. — Conservation de la vue.

5 juin. Je pratique sur un jeune chien de chasse, de 5 mois, la section des nerfs ciliaires en arrière du globe oculaire, par le procédé décrit.

Pas d'hémorrhagie.

Suture de la plaie et des paupière>.

Après l'opération, aneslliésie de la cornée.

Dilatation de la pu[)ille.

La conjonctive conserve sa sensibilité.

La plaie se réunit par première intention.

Au bout de cinq jours nous constatons que la cornée a perdu sa sensibilité, mais elle ne présente en aucun point des troubles de nutrition.

Cet état se continue et aujourd'hui l'animal, vigoureux et bien portant, se trouve dans l'état suivant :

■ Anesthésie presque complète de la cornée. Légère sensibilité en dedans et en bas.

Dilatation énorme et régulière de la pupille. La pupille ne réagit pas sous l'influence de la lumière.

La conjonctive et la membrane clignotante n'ont pas perdu leur sensibilité.

Il n'existe aucun trouble de la cornée. La vision est conservée de ce côté.

M. le D"" Abadie ne constate à l'éclairage oblique aucune opacité du cristallin, ni de la cornée.

L'ophthalmoscope permet d'affirmer qu'il n'y a aucun trouble du fond de l'œil, légère gêne de la circulation de la papille, veines trèslégèrement tuméfiées, pas d'hémorrhagie du fond de l'œil ni du corps vitré.

riedard.

EiP. VII (Laboratoire de physiologie générale du Muséum d'histoire naturelle). — Section des nerfs ciliaires en arrière de l'œil. — Anestliésie et dilatation de la pupille. — Troubles de nutrition do la cornée.

8 juin. Je sectionne les nerfs cihaires sur un chien épagneul de taille moyenne et jeune.

Section de la cornée et des paupières.

L'animal gratte sa plaie, défait le pansement et enlève ses sutures. La plaie suppure.

Conjonctive très-intense.

Opacité diffuse de la cornée plus marquée à la partie externe, mais sans ulcération.

Anestliésie de la cornée.

Dilatation de la pupille.

Aujourd'hui, 2 août, la plaie suppure encore et n'est pas entièrement réunie. Conjonctivite. I

Opacité diffuse de la cornée, en voie de résolution, qui ne permet pas de voir le fond de l'œil, ni de constater si l'animal a conservé la vision de ce côté.

Ariesthésie de la cornée, dilatation de la pupille, hyperesthésie de la conjonctive.

Exp. VIII. (Laboratoire de la Sorbonne.) —^Section partielle des nerf3 ciliaires.

16 juin. Section, sur un très-jeune chien, des nerfs ciliaires en arrière du globe oculaire.

Après l'opération, anesthésie de la cornée en bas et en dedans.

Si l'on dirige le petit brin de paille dont on se sert pour explorer la sensibilité de dehors en dedans, dès qu'on atteint le centre de la cornée, la sensibilité devient Irès-vive. Cette expérience répétée plusieurs fois donne toujours très-nettement les mêmes résultats.

La pupille est irrégulièrement dilatée ; la dilatation est très-marquée en dehors.

La pupille réagit sous l'influence de la lumière en dedans.

La conjonctive a conservé sa sensibilité.

Les jours suivants, même état.

Réunion de la plaie par première intention.

Très-légère conjonctivite.

Pas de troubles cornéens.

La vision est conservée de ce côté.

Anesthésie de la cornée en dedans et en bas. Le centre de la cornée est sensible, ce qui nous démontre bien, ainsi que nous l'avons vu dans l'expérience I, que les nerfs de la cornée ont un trajet limité, et viennent se terminer exactement au centre de cette membrane.

A l'ophthalmoscope, on constate un trouble diffus au fond de l'œil. La circulation de la papille paraît gênée.

Exp. IX. (Laboratoire de M. Paul Bart à la Sorbonne). — Section partielle des nerfs ciliaires en arrière de l'œil. — Anesthésie partielle. — Dilatation partielle de la pupille. — Pas de troubles cornéens.

Le 5, juillet, sertiondes nerfs ciliaires. Suture de la peau et de la conjonctive. Le chien se gratte et détache ses sutures.

Anesthésie complète de la cornée. Dilatation de la pupille éaorme.

Les jours suivants, suppuration de la plaie. Conjonctivite trèsintense. Liséré l'ouge périkératique. Trouble diffus de la cornée. Anesthésie de la cornée. Dilation de la pupille. Hyperesthésie de la cornée.

Aujourd'hui (1°'^ août) la plaie bougeonne et suppure abondamment; conjonctivite très-intense.

Liséré rouge périkératique. Dilatation de la pupille. Anesthésie de la cornée qui paraît complète.

L'opacité de la cornée nepermet pas de savoir si le chien a conservé la vision de ce côté.

Nous croyons utile de rapporter ici l'expérience suivante de Claude Bernard. Dans cetle expérience extrêmement intéressante, Claude Bernard (1) sectionne les nerfs ciliaires et constate des troubles de la sensibilité et de la cornée. — Il sig-nale la fonte de l'œil.

Exp.X. — Section des nerfs ciliaires en arrière de l'œil. — Fonte purulente de la cornée et de i'œil. (Claude Bernard, 28 mars 1848.)

Sur un chien adulte j'ai mis les nerfs de l'œil à découvert. Le procédé consista à fendre en dehors de la peau de l'orbite, et à diviser le

(l) Claude Bernard. Leçons sur le système nerveux, t. II, 1838, p. 87.

muscle crotaphyte jusqu'au devant de l'oreille, à enlever par deux traits de scie l'arcade zygomatique ; à réséquer l'apophyse coronoïde de la mâchoire, puis disséquer les nerfs en étanchant le sang qui s'écoulait en abondance.

Après avoir isolé le nerf optique, je constatai que les nerfs ciliaires qui rampent dans le tissu cellulaire environnant le nerf optique sont sensibles.

Car après avoir dépouillé le nerf optique des nerfs ciliaires il était complètement insensible.

En coupant les nerfs ciliaires, j'ai constaté les phénomènes suivants du côté de l'iris : ayant d'abord coupé seulement les filets ciliaires situés sur le côté externe du nerf optique, j'ai vu la pupille se contractant après sous l'influence de la lumière, elle se resserrait partout excepté en dehors; ce qui lui donnait alors une forme allongée transversalement. Chez les animaux qui ont la pupille disposée en long ou en traveis cela tiendrait-il à ce que les nerfs ne se distribuent pas aux points de l'iris qui servent de commissure à la pupille ?

Après avoir coupé les nerfs ciliaires, je vis la cornée devenir subi» tement insensible et il me sembla aussi qu'elle devint aussitôt terne et sèche, comme cela a lieu après la section do la cinquième paire. D'où il résulterait que ces nerfs ciliaires ont une influence directe sur l'état de la cornée transparente.

L'animal guérit de cette opération , mais son œil fondit complètement, ce qui tient san.s doute à la fois à la destruction des vaissceaux et à celle des nerfs.

Pour nous, cette belle expérience démontre l'influence du traumatisme opératoire sur l'état de la nutrition de l'œil. Nous ne considérons nullement la fonte de l'œil et de la cornée comme une conséquence de la lésion des nerfs ciliaires et des vaisseaux, puisque nos expériences nous démontrent que cette section pratiquée dans de certaines conditions s'accompag-ne de troubles insig-nifîants de la cornée. Si l'illustre physiolog-iste a observé, dans le cas précédent, des lésions aussi g-raves de l'œil, c'est que le traumatisme nécessaire pour arriver usqu'aux nerfs ciliaires a été considérable (section du

musole crotaphyte, résection de l'arcade zyg-oinatique et de l'apophyse coronoïde, dissection des nerfs avec écoulement de sang* considérable). Une plaie suppurant pendant long-lemps a dû succéder à ce traumatisme, retentissant d'une façon extrêmement fâcheuse sur l'œil et ainsi se trouve expliquée, d'après nous, la fonte de l'œil et de la cornée.

De ces expériences, il résulte nettement :

Que la section des nerfs ciliaires en arrière du g-lobe oculaire amène une insensibilité complète de la cornée, lorsque ces filets sont sectionnés en g-rand nombre, pariielle lorsque ces filets sont sectionnés partiellement.

L'insensibilité partielle s'étend jusqu'au centre de la cornée, ce qui indique que les filets ciliaires de la cornée ne parcourent qu'un trajet très-limité, conservant jusqu'au bout leur individualité anatomique et physiolog-ique.

La pupille, après la secLion, se dilate et conserve son immobilité pendant très-long-temps.

Si la section des nerfs ciliaires est partielle, cette section s'accompagne d'une dilation partielle de la pupille qui, lorsqu'elle se contracte, prend une forme irrégulière.

La conjonctive conserve, dans la plupart des cas, sa sensibilité, ce qui indique que la plupart des filets ciliaires directs sont conservés. Ces filets sont, dans quelques cas, assez éloignés du nerf optique et l'instrument tranchant peut difficilement les atteindre.

La nutrition de la cornée et de l'œil continue à se faire régulièrement après la section de presque tous les nerfs ciliaires.

Les troubles cornéens sont pour nous une conséquence du traumatisme opératoire nécessaire pour aller à la recherche de ces nerfs. Dans l'expérience de Claude Bernard, ces troubles de la nutrition sont portés à leur suni-

mum^parce que les désordres opératoires ont été considérables. Dans toutes nos expériences, les lésions cornéennes étaient accompagnées de suppuration, de non-réunion de la plaie, avec conjonctivite très-intense ; en un mot, les désordres cornéens sont en raison directe de la plaie faite pour aller à la recherche des nerfs et du mode de réunion de cette plaie. Dans nos expériences oii la réunion s'est faite par première intention, les troubles cornéens ont été presque nuls; dans une de nos expériences même (expérience III) ces troubles ont été absolument nuls, et on ne pourra pas nous objecter que les nerfs ciliaires n'ont pas été coupés dans ce cas, puisque la cornée est absolument insensible, la pupille dilatée.

Comme conclusion nous dirons donc : la section des nerf s ciliaires en arrière de la cornée au point où le nerf optique vient perforer la sclérotique ne trouble pas la nutrition de l'œic et de la cornée. Les nerfs ciliaires ne sont pas des nerfs trophiques de ï œil et de la cornée,

La section des vaisseaux qui entourent le nerf optique au point oii ce nerf perfore la sclérotique, conséquence nécessaire de la section des nerfs ciliaires, ne paraît pas retentir sur la nutrition de l'œil. Le lég-er trouble de la circulation de la papille constaté à l'ophthalmolcospe paraît tenir à la lésion de ces vaisseaux. Il est certain que si l'on s'éloig-nait du g"lobe oculaire et si on pratiquait la section des vaisseaux et des nerfs plus en arrière, à 1 centimètre au point où pénètre l'artère centrale de la rétine, il en résulterait des troubles graves du côté de la nutrition du nerf optique.

L'absence de lésions constatées à l'oplithalnioscope, la conservation de la vue chez nos animaux, démontre ce fait important qui pourra peut-être être utilisé chez l'homme, c'est qu'on peut priver le nerf optique, à son

entrée dans l'œil, de ses nerfs ciliaîres, de ses vaisseaux, sans qu'il en résulte des troubles bien sérieux du côté de la vision. La papille peut continuer ses fonctions, la g-êne de la circulation est lrès-lég*ère et l'atrophie n'a été notée dans aucune de nos observations, bien que dans certaines de nos expériences notre instrument tranchant ait lésé la g-aîne du nerf optique et que quelques-unes des fibres, les plus superficielles, aient été détruites.

Nous publierons plus tard le résultat complet de nos expériences, et nous attendrons un certain temps afin de savoir s'il se produit dans cinq, six mois des troubles du côté de la papille, si les nerfs ciliaires se rég'énèrent et si la sensibilité cornéenne revient.

§4. — Section du nerf o'ptique et des nerfs ciliaires en arrière

de l'œil.

M. le D^' Boucheron qui a pratiqué cette section chez les animaux un très-g^and nombre de fois, nous a communiqué les très-intéressantes expériences suivantes :

Expérience I (Boucheron). — Section des nerfs optique et ciliaires en arrière de 1 œil (chien). — Pas de troubles trophiques de la cornée. — Anesthésie complète de la cornée restée transparente. — Conservation du globe oculaire. — Durée de l'expérience, trois mois. — ■ Autopsie. — ;Examen histologique par M. Poncet (de Gluny). — Observation complète .

Opération, — Entre le muscle droit supérieur et le muscle droit externe, en arrière du plexus veineux de Schlemm, je coupe avec des ciseaux courbes la conjonctive et la capsule de Tenon. Je péiiètre entre l'œil et la capsule en arrière de l'œil, à travers le muscle conoïde.Je dégage l'iiémisphère postérieur de l'œil, par refoulement des parties molles. Le nerf optique est senti comme une corde un peu dure, il est saisi entre les mors des ciseaux et sectionné. Les ciseaux

promenés sur l'hémisphère postérieur déchirent ce qui aurait pu rester du paquet vasculo-nerveux. Puis l'hémisphère postérieur de l'œil est attiré eu avant pour pouvoir vérifier que la section des nerfs ciliaires est complète. Une hémorrhagie assez considérable se produit en arrière de l'œil et détermine une saillie du globe en avant.

Anesthésie complète de la cornée. — Dilatation pupillaire.

A l'ophthalmoscope, on voit après quelques minutes que les veines se vident au niveau de la pupille, tandis qu'elles restent pleines de sang dans la partie rétinienne de leur parcours.

i" juin. La cornée est transparente, insensible, chambre antérieure profonde, pupille-très contractée, punctiforme, sécrétion muco-purulente de la conjonctive; le chien très-bien portant.

Le 2. Toute la région périkératique est rouge, gonflée, en état de chémosis.

Le 3. Cornée toujours transparente quoique insensible, chémosis moins volumineux, état local et général excellent.

Les jours suivants, même état de l'œil; la plaie se cicatrise peu à peu, la sécrétion muco-purulente se tarit. Pas le moindre trouble tropkique cornéen.

Le 15. Guérison complète de la plaie. Cornée toujours insensible et transparente. Quelques vaisseaux radiés se montrent vers la partie externe de la cornée. Pupille resserrée : 3 ou 4 millimètres de diamètre.

L'animal reste en observation. Rien de remarquable ne se produit.

17 août. L'œil est parfaitement conservé. La cornée insensible est irritée par un cil dévié, et malgré cette irritation permanente elle reste transparente. Cependant, de temps en temps, on voit se creuser dans l'épithéliun cornéen de petites cavités transparentes qui se comblent en quelques jours. II est vrai que l'alimentation est très défectueuse. Le tapis bleuâtre et doré du fond de l'œil est apparent à distance. A l'ophthalmoscopoj il n'y a plus de papille, elle est remplacée par un petit disque blanc grisâtre. Plus de vaisseaux rétiniens. Aucun changement apparent dans la choroïde, le corps vitré et le cristallin. La tension intra-oculaire est normale, plutôt plus forte que la normale. L'iris immobile, pupille moyennement dilatée, 6 millimètres de diamètre. Cette pupille ne se resserre pas par l'ésérine.

Le 20. L'œil est toujours parfait. La pupille très-dilatée, 10 millimètre de diamètre. L'iris est immobile, il n'est influencé ni par la lumière, ui par l'émotion, ni par les mouvements de l'iris du côté

oppo-é. L'é^érine contracte la pupille au maximum, l'atropine instillée ensuite la dilate complélement, mais pas plus qu'elle n'e«t dilatée en son état habituel.

Le 30. Après une dernière constatation de l'insensibilité de la cornée, et au contr;iire de la sensibilité exquise des cils, de la peau, de la paupière, de la conjonctive, ce qui a permis le clignement pendant tout le cours de l'expérience, le chien est tué par section du bulbe.

Les différents nerfs qui se rendent à l'œil, et l'œil lui-même, :^ont soumis à l'action d'un courant induit assez fort ('>obine à cliarriot).

L'œil sain étant compris entre les deux électrodes, la pupille se dilate.

Dans l'œil opéré, la pupille tjui venait d'être contractée par l'ésérine s'était dilatée au mo nent de la mort. Sou> l'influence du courant elle se dilate encore faiblement. Les tiijres radiées de l'iris placées sou» les électrodes sont excitées plus activement et la pujtille devient ovalaire.

Les nerfs sympathiques et pneumog^astriques (réunis chez le chien) sont mis à découvert et excités pir le courant induit. Du côté sain, l'iris se dilate* du côté opéré, rien.

Aucune communication n'existe donc plus entre le symp?thique cervical et l'œil opéré.

L'anesthésie de !a cornée, tant de fois con-tatée avant la mort, indique bien l'interruption dans les nerfs s^nsitifs.

Le nerf moteur oculaire commun, constricteur pupillaire, n'a pas été excité.

Autopsie. — Du côté de l'œil sain, le nerf optique, sous forme d'un cordon assez rigide, sert de soutien aux nerfs et aux artères ciliaires; il est le tuteur du paquet vasculo-nerveux de l'œil.

Du côté de l'œil 0|»éré le paquet vasculo-nerveux est coupé au ras de la sclérofique ; la cicatrice encore colorée par les restes du pigment san?,'uin épanché lors de la section, englobe les nerfs optiques et ciliaire dans un tissu cellulaire dense, fibreux. Dans ce magma confus de tissu cicatriciel il est impossible que les filets nerveuxiliaires se rejoignent bout à bout : de sorte que s'il se proiiuisait une régénération des nerfs sur un sujet jeune, cette régénération resterai inutile par l'isolement et la séparation des petite nerfs ciliaires dans lamassede la ''icatrice.

Les '^"'ix veux plongés dans le liquide de MuUer ont été confiés aux mains habiles de M. Poncet (de Gluny), dont la haute compé- Redard. 8

tence en histologie oculaire s'est manifestée par de si remarquables

^'v^d la note qu'il a bien voulu nous donner sur l'œil de notre

^"rExaraen de l'œil sur lequel avait !été pratiquée la [section du nerf optique et des nerfs et artères ciliaires, par M. Poncet (de Cluny).

^erfs «7mim. - Complètement atrophiés, les cellules plates du tissu interstitiel sont très-bien conservées. Les noyaux de la gaioe de Schwann forment, avec ce qui reste de la fibre nerveuse, c est-à-dire la partie conjonctive, et peut-être le cylindre axe, de longues hbres a

renflement. ,ie Ce renflement, qui est le noyau de la game, est sur plusieurs posais

à nucléoles multiples. « , . ^:i;^„

C'est là l'aspect général d'un filet nerveux. Cependant, au mil.eu de ces fibres atrophiées et entièrement privée.^ de myéline, soit uniformément disposée, soit irrégulière, j'ai constaté dans plusieurs parties rexisience .ie fibres nerveuses parfaitement constituées, avec cylindre axe et myéline, absolument comme dans une fibre saine. Il y a donc sur ce point régénération absolue et parfaite. Je n'ai pu examiner l'état du plexus ciliaire.

Rétine. — Cette rétine qui avait paru saine à l'ophthalmoscope est complètement atrophiée et criblée de pigment. L'atrophie est caractérisée par la disparition complète des fibres du nerf optique, des cellules et des bâtonnets ou cônes. La rétine e?t réduite à 1/4 de son épaisseur et essentiellement constituée par du tissu de névroghe à beaux noyaux, disposé en un lacis des plus irréguliers.

Sur des préparations plates, ce réseau de névroglie est entremêlé de cellules pigmentées, disposées en très-grande quantité, soit le long des vaisseaux, soit en groupes irréguliers. Le pigment choioidien a -donc imprégné le protoplasma des éléments cellulaires de la retme

atrophiée, .

Sur les coupes perpendiculaires, nous retrouvons la même disposition, mais il est aisé alors de reconnaître que le pigment a traversé la rétine et a pénétré dans le corps vitré. Celui-ci, au contact de la limitante interne, offre de nombreuses cellules à double noyau. Il y a donc ici inflammation proliférative et état fibreux du corps vitre.

Les vaisseaux de la rétine contenaient des globules sanguins.

Papille et nerf optique. — La papille est atrophiée. Elle est essentiellement composée de tissu fibreux et n'offre plus trace de filets nerveux, pas même de myéline à l'état granuleux. Ce tissu fibreux est crible de pigment venu de la choroïde; il n'y a plus de reliquat héraorrhagique, c'est du pigment des cellules polygonales. Beaucoup de petits vaisseaux nouveaux dans cette cicatrice.

Le bout supérieur du nerf optique est séparé du bout central par un tissu coiijonclif, disposé transversalement et perpendiculaire aux travées conjonctives du nerf.

L'extrémité centrale présente sur une minime étendue une hypertrophie du tissu interstitiel, une vascularisation anormale, puis elle recouvre son aspect normal sans atrophie à noter.

lri% et choroïde. •— Du côté de l'iris et de la choroïde il n'y a rien à noter. La trame connective est normale en arrière, pas de prolifération ni d'atrophie.

L'iris est moins riche en vaisseaux, mais il n'y a pas de desquamation du pigment. Pas d'atrophie ni de dégénérescence des fibres musculaires.

En résumé, cette section a produit surtout une atrophie de la rétine, avec pig-mentation par les éléments clioroïdiens épithéliaux, et un commencement d'inflammation du corps vitré, attribuable (selon moi) à la mig-ration du pig-ment choroïdien à travers cette membrane nerveuse atrophiée.

Exp. II (Boucheron). Lapin blanc, œi' noir. — Section des nerfs optiques etciliaires en arriére de l'œil. — Anesthésie complète de la cornée. — Troubles trophiques cornéens, - Guérison des troubles trophiques. — Restauration de la transparence de la cornée. — Cataracte. — Conservation de l'œil. — Durée de l'expérience, quatre mois.

l^r juin. L'opération se fait à peu près comme chez le chien. Pénétration des ciseaux courbes sous la conjonctive et !a capsule jusque derrière

l'œil (en passant entre le muscle droit supérieur et postérieur.) Dégagement de l'hémisphère postérieur.

Section du paquet vasculo-nerveux et dégau'ement complet de riiémisphère postérieur, pour ne laisser intact aucun nerf ciliaire. (Sur le lapin, les nerfs et artères ciliaires sont placés sur une ligne à peu près iiorizontale s'étendant de 1 12 centimètre de chaque côté del'insertion du nerf optique à l'œil.). Héraorrhagie légère. Insensibilité complète de la cornée. Sensiblilité exquise des cils. Clignement à chaque attouchement des cils.

Le 3. Cornée insensible, troubles trophiques caractérisés par une opacification blanc bleuâtre diffuse de toute la cornée. La réaction opératoire est peu intense. L'état de la plaie est excellent, l^état général très-bon.

Les jours suivants, l'opacité diffuse de la cornée s'accentue davantage, elle est plus épaisse et paraît occuper toute l'épaisseur et toute la surface de la cornée. La région périkératique devient d'un rouge vermillon par le développement des vaisseaux. Ceux-ci ne tardent pas à s'avancer sur la cornée qu'ils envahissent bientôt tout entière.

Le 6. L'opacité diminue et la rougeur périkératique et kératique moiiiS vive. L'opacité décroît rapidement et le 15 juin la cornée est tout à fait transparente. Mais elle est encore couverte d'une foule de petits vaisseaux radiés qui s'avancent à peu de distance de la cornée. On aperçoit distinctement que le cristallin est devenu complètement opaque.

Plus tard les vaisseaux cornéens ont disparu, la cornée est restée très-transparente, mais la cataracte a persisté. L'anesthésie cornéenne est restée complète. L'œil parfaitement conservé.

L'animal fut gardé jusqu'à sa mort qui arriva quatre mois après le début de l'expérience par suite de phthisie.

Cette expérience est le type de celles qu'on observe chez les lapins vig-oureux. Toujours, chez les lapins, nous avons observé les troubles trophiques cornéens, le développement des vaisseaux cornéens et l'apparition d'une cataracte.

Chez le chien et le chat, au contraire, la section des nerfs ciliaires ne produit pas de troubles trophiques ni de ca taracte.

Exp. III (Boiichpron).— Chat sris. — Section des nerfs optique et ciliaires. — Insensibilité cornéenne. — Disparition des vaisseaux réiiniens. Pas de troubles tropliiques de la cornée. — Pas de cataracte. — Conser vation parfaite de l'œil.

L'opération a lieu pendant la chloroformisation. Intro luction des ciseaux entre le muscle droit supérieur et droit externe, souslap.onjonctive et la capsule. Le nerf opti(|ue est senti comme une corde. Section d'un coup de ciseaux. L'iris se dilate au maximum : les ciseaux pro • menés derrière l'œil ne rencontrent plus d'obstacle. A peine quelques {îouttes de sang. Légère sallie de l'œil. Les vaisseaux rétiniens presque vides de snng.

La pupille reste dilatée, tandis que l'autre se resserre 'ous l'influence de la lumière. La cornée est complètement insensible.

28 août. Pas de troubles trophiques, l'œil est magnifique, la cornée insensible, la pupille dilatée, mais un peu moins qu'après l'opération .

La ^ïuérison de la plaie s'effectue en quelques jours. L'opération est très-bien réussie.

15 septembre. Même insensibilité cornéenne, dilatation pupi'laire. Globe oculaire intact. A rophthalmoscopf^ on ne trouve plus trace de vaisseaux réîiniens. La pupille est transformée en un disque blanchâtre et terne.

L'animal meurt de consomption olus detrois mois après '/opération avec son œil intact.

Nous avons très-souvent répété ces expériences et, dans presque tons les cas, la cornée et l'œil n'ont subi aucun trouble sérieux de la nutrition. Il nous suffira de citer une d'elles.

Expérience IV.

Laboratoire de M, Paul Berl, à la Sorbonne.

Le 5 juin, je sedionne sur un chien, jeune est vigoureux, le nerf optique et les nerfs ciliaires en arrière de l'œil.

J'examine, après avoir retourné l'œil, le pôle postérieur et je sec-

lionne dans uue assezgrande étendue les vaisseaux et les filets iierveux qui se présentent.

Je replace !'œil dans I3 cavité orbitairs, ariesthésie complète de la cornée. Dilatation énorme de la pupille.

Pas d'hémorrhagie. Pas de propulsion de l'oeil ea avant.

Sutures des paupières.

Au truisiè;ae jour, j'examine la coraée , qui est transparente, on constate cependant en un point une légère teinte blanchâtre ; je replace

dessu'ures.

Au dixième jour,, pas de troubles de la cornée. Aaesthéfie complète de la cornée. Toute rougeur, conjon'îtivale a disparu.

Aujourd'hui (2 août) ; la cornée est très-transparente et iî)sensible ; la pupille est dilatée, le globe oculaire paraît très-îégèrement atrophié.

Dans deux cas où notre instrument tranchant a perforé la sclérotique, nous avons en ;des accidents assez sérieux. Dans l'un de ces cas (laboratoire de M. Paul Bert à laSorbonne), la cornée s'est ulcérée, il y a eu issue du cristallin, il en est résulté un moig"non assez rég-ulier absolument indolore; dans l'autre (laboratoire de physiologie g*énérale au Muséum d'histoire naturelle), nous avons eu une fonte coniplèle de l'œil. Aujourd'hui l'animal est presque entièrenient g-uéri.

Nous n'avons jamais eu à noter chez le chien d'hémorrhag"ie sérieuse à la suite de cette opération.

î,es troubles de la cornée avec perforation, que l'on observe quelquefois à la suite de la section du nerf optique et des nerfs ciliaires, surviennent quand l'animal est indocile, se g-ratle et défait ses sutures. La suture des paupières permet d'éviter presque complètement les troubles cornéens.

Lorsque du sang" s'accumule en arrière de l'œil et ne peut s'écouler à l'extérieur, il peut en résulter une compression fâcheuse avec spacèle consécutif et fonte

purulente de l'œil (Boucheron), Nous croyons que l'on peut, chez l'animal de même que chez l'hcnme, se mettre à. l'abri de cet accident, en faisant à la conjonctive une larg-e ouveiture avec section musculaire, qui permet au sang", dans le cas d'hcmorrha^-ie, de s'écoiil* r facilement.

De ces expériences nous p'Mivons conclure : La section du nerf optique, des nerfs et vaisseaux ciliaires en arrière du globe oculaire chez les animaux est facile.

Elle ne s'accompag-ne pas de troubles trophiques sérieux.

Les troubles observés sont une lég-ère atrophie, une opacité de la cornée et, dans quelques cas, ulcération de cette membrane.

Les accidents de cette opération (hémorrhag-ie, fonte de l'œil) sont rares. ■

Ils sont dus en grande partie à des conditions étrang-ères à l'opération et peuvent être facilement évités.

La suture des paupières permet d'éviter presque tous les troubles de la cornée.

§ 5. — Expériences sur la section des nerfc de la cornée chez les animaux.

Voici le résultat des belles expériences que M. le professeur Ranvier (1) vient de pratiquer chez le lapin.

« Chez le lapin, dit M. Ranvier, les nerfs pénètrent dans la cornée au niveau de sou bord, en avant de la moitié de son épaisseur. Les plus gros sont les plus profonds ; les plus petits, les plus superficiels. Tous se divisent et se subiiiviseijt dichotomiquernent; ils se dirigent vers le centre de la membrane, en se rapprochant de sa surface, où ils

(1) Ranvier. — Académie des sciences, séance uu 25 mai l;;7i).

concourent à la formation d'un grand plexus nerveux, plexus terminal des auteurs

Je ferai remarquer d'abord que l'on peut utiliser la situation des nerfs à leur entrée dans la cornée ou dans leur trajet uHérieur pour en faire la section, sans diviser complètement la membrane qui les contient, sans ouvrir, par conséquent, la chambre antériewre de l'œil. Pour atteindre ce résultat, j'ai fait usage d'un bistouri à lame cachée dont je pouvais faire saillir la pointe d'une quantité déterminée. Cet instruriient étant réglé de manière que son extrémité tranchante fût dégagée dans une longueur correspondant à la moitié de l'épaisseur de la cornée sur laquelle je voulais agir ; je suis arrivé facilement, en le manœuvrant comme un scarificateur, à sectionner les nerfs de n'importe quelle région de cette cornée, tout en ménageant ses couches profondes.

A. J'ai fait d'abord, chez un lapin, une incision circulaire complète de la cornée, au niveau même de sa circonférence. Tous les nerfs ont été coupés; la membrane est devenne absolument insensible. Aujourd'hui, après neuf semaines, elle est toujours insensible, elle est partaitement transparente et elle ne présente pas la moindre ulcération.

B. Chez d'autres lapins, j'ai pratiqué des sections circulaires portant sur une portion seulement de la circonférence delà cornée, le tiers de celle-ci, par exemple. La conséquence de l'opération a toujours été une paralysie du secteur de la cornée correspondant à l'arc formé I ar l'incision. L'insensibilité s'est constamment étendue jusqu'au centre de la membrane. Au niveau des rayons limitant le secteur paralysé, la ligne de démarcation de la sensibilité a été parfois un peu sinueuse, ce qui s'explique par de légères déviations que montrent souvent les nerfs à leur entrée dans la cornée. Aujourd'hui, neuf semaines après l'opération, chez un de ces lapins qui a été conservé dans le but d'étudier le retour de la sensibilité, les limites de la zone paralysée n'ont pas encore changé.

C. Daus une troisième série d'expériences, j'ai fait des incisions rectili^;nes de la cornée, passant à des distances variables de son centre. Toujours la sensibilité est demeurée intacte dan-i le plus petit segment, tandis que dans l'autre il s'est produit une paralysie limitée à une zone comprise entre le centre de la cornée et l'incision. Dans une de ces expériences, l'incision rectiligne, oblique de haut en bas, et d'arrière en avant, passait à 1 millimètre seulement du centre

de la membrane; il se manifesta encore une paralysie, mais dans une région extrêmement limitée, comprise entre ce centre et l'incision. De ces expériences on petit tirer les conclusions suivantes :

1" La nutrition de la cornée contribue à se faire régulièrement ai)rùs que l'on a supprimé tous les nerfs qui s'y rendent (exp. A). Il n'y a donc pas de nerfs tro[)liiques dans la cornée. Cette première conclusion est celle à laquelle Siiellen était arrivé par son ingénieuse expérience : oreille lixée au-devaut de l'œil après la section intra-crânieiuie de la cinquiènje paire.

2° Les iibrilles nerveuses qui entrent dans la constitution du plexus terminal de la cornée n'y parcourent qu'un trajet très-limité pour se rendre à leur terminaison ultime, et elles conservent jus.ju'au bout leur individualité pliysiologique et anatomique. Elles forment donc bien un plexus, et non pas un réseau (exp. B et C).

3° La disposition plexiforme îles nerfs de la cornée ne paraît pas avoir une signification fonctionnelle comme celle de certains plexus nerveux qui sont placés sur le trajet des nerfs moteurs. Cette disposition parait être uniquement relative à la transparence de la cornée. En effet, l'appareil d'innervation de cette membrane se trouve ainsi réparti d'une façon tellement égale dans ses parties, que, malgré sa richesse, il n'en trouble pas sensiblement l'homogénéité.

4° Les nerfs de la cornée sont des nerfs de la sensibilité générale. Leur fonction qui consiste à avertir l'animal et à l'amener à protéger efficacement son œil contre toute action vulnérante n'est cependant pas indispensable. C'est une fonction de luxe, pour ainsi dire, puisque, la cornée étant insensible, l'animal la protège encore en profitant des avertissements qui lui sont donnés par la conjonctive et les paupières resti'es sensibles (exp. A). »

De ces expériences nous retiendrons surtout le fait suivant, en accord jparfait [avec le résultat de nos recherches sur la section des nerfs ciliaires en arrière de l'œil, c'est « que la section des nerfs "de la cornée ne trouble nullement la nutrition de celte membrane. »

Redard. 9

M. le professeur Ranvier a eu l'extrême oblig-eance de me laisser examiner les lapins ; sur la plupart l'anesthésie persiste avec intégrité parfaite de la cornée, bien que la section nerveuse ait été pratiquée, il y a cinq à six mois. Sur un de ces lapins la sensibilité semble cependant revenir.

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