‹ De la sédation immédiate ou rapide de l'élément douloureux de certaines manifestations de la syphilis dès la première injection arsenicale ou bismuthique: Valeur diagnostique de cette "injection d'épreuve"Chapitre 12 sur 18 · AGO ESS · texte numérisé non relu

AGO ESS

Et nous avons eu soin de choisir des cas où les douleurs se manifestaient diversement: algies simples, céphalées entraînant l’insomnie, arthralgies, douleurs ostéocopes, névralgies intercostales; nous aurions pu citer une observation de radiculite.

Notre observation I (intéressante parce qu’elle rapporte un cas d'accident primaire douloureux) est absolument démonstrative, car deux à trois heures après l'injection intra-veineuse de 0 gr. 15 de néosalvarsan la malade est soulagée et elle peut avaler des aliments sans souffrir.

Dans notre observation II, il s’agit de céphalées datant de deux moïs non soulagées par l’aspirine et le pyramidon. Ici, pas de doute, les signes cliniques sont affirmatifs, on est bien en présence de céphalées spécifiques qui font appliquer d'urgence le traitement. Celui-ci ne tarde pas à se montrer efficace puisque trois heures après l’injection de Novarsénobenzol les céphalées s’évanouissent pour ne plus reparaître.

Céphalées et insomnies aussi dans l'observation III. Mais ici l’agent thérapeutique est non pas l’arsenic, mais le bismuth et la malade déclare que les céphalées ont cessé le lendemain seulement de la première piqûre.

Même chose pour l'observation IV où l'injection de bismuth semble avoir agi plus rapidement que dans l’observation précédente.

Notre observation V a rapport à une syphilis endonasale avec douleurs locales, céphalées terribles et insomnies. Dès le soir de la première injection les phénomènes s’amendent et la malade peut dormir.

le

Le malade de l'observation VI souffrait de douleurs ostéocopes spécialement au niveau de la face antérieure du tibia. Le diagnostic de syphilis est établi et le traitement institué. La sédation est très rapide.

Dans l'observation VII ce sont des arthralgies qui sont en cause. 0 gr. 15 de novarsénobenzol en ont rapidement raison.

Notre observation VIII est la première qui relate un traitement .d’épreuve qui fut entrepris sur les indications d’un Vernes positif et la douleur disparaît dès le soir même.

L'observation IX se rapporte à un cas de névralgies intercostales symptomatiques d’un anévrysme de la portion descendante de la crosse de l’aorte. Le novarsénobenzol se montre d’une efficacité remarquablement rapide.

Notre observation X est, sans aucun doute, la plus intéressante. Nous l’aurions gardée pour la fin si, dans l’observation XI nous n’avions trouvé un élément confirmatif de la sédation de la douleur par le traitement d’épreuve, alors même que ce traitement ne comprend ni arsenic, ni bismuth, observation qui paraît dépasser le titre de notre ouvrage, mais qui n'en est pas moins intéressante par plus d’un côté.

Primitivement, nous avions l'intention de limiter les expériences de l'injection d’épreuve à l’emploi exclusif de l’arsenic et le titre de notre thèse devait s'en ressentir. Mais, devant les résultats analogues obtenus par le bismuth, avec toutefois un léger retard dans l’horaire de l'amélioration, nous avons cru pouvoir étendre jusqu'à lui le bénéfice de cette appellation

De

d'injection ‘d'épreuve. Sur onze observations, huit ont trait à l'emploi de l’arsenic: ce sont les observations I, Il, V, VI, VII, VIIL, IX et X, dans lesquelles les résultats ont été presque immédiats. Dans deux autres, III et IV, on a employé le bismuth: la sédation n'en a pas moins été remarquable, mais moins rapide.

Enfin, dans notre observation XI, c’est un traitement mixte — iodure de potassium et protoiodure de mercure par voie buccale — qui a été employé. Là encore les douleurs ont été le premier symptôme à disparaître, mais au troisième jour seulement. La sédation eût-elle été obtenue plus rapidement par une injection intraveineuse de cyanure de mercure, pour s’en tenir au mercure? Nous ne saurions le dire. Il n’en reste pas moins vrai que cette observation constitue une expérience intéressante. Elle rejoint d’ailleurs l’enseignement qui se dégage de notre observation IV, qui montre bien, celle-ci, la plus nette supériorité du bismuth en injection sur les traitements buccaux au mercure et à l’iodure de potassium, puisque chez la même malade (qui avait de l'intolérance pour les arsenicaux par voie intraveineuse) une seule injection de bismuth fit disparaître une céphalée en casque dont n'avaient pas eu raison les cachets de calomel, le sirop mixte, même le tréparsol.

Elle vient confirmer ce que nous avons établi à l’aide de plusieurs observations, à savoir que l'élément douloureux est le premier symptôme qui disparaît sous l'influence du traitement d’épreuve, elle montre aussi que mercure et iodure de potassium absorbés par voie buccale agissent moins vite que les arsenicaux.

Des observations IL et IV il semble bien résulter aussi ce fait que les injections de bismuth agissent sur la douleur moins rapidement que les injections arsenicales; l’une de ces injections ne manifeste son action que dans la soirée, l’autre le lendemain seulement. Il est vrai que de deux observations on ne peut tirer une conclusion bien arrêtée, mais elles coïncident surtout avec l’opinion de notre Maître, qui considère l’action du bismuth comme généralement moins rapide, donc moins immédiatement indiscutable que celle des arsenicaux. Où l’une nécessite des laps de temps allant d’une demi-journée à vingt-quatre heures, pour l’autre ce n’est qu’une question d’heures, deux ou trois très souvent.

« Ces constatations, écrivent nos auteurs, que tout médecin a eu, un jour ou l’autre, l’occasion de faire, ont un intérêt pratique qui est le suivant : observe-ton une affection douloureuse, une céphalée par exemple, ou une ulcération, dont la nature syphilitique ne puisse être affirmée mais soit rendue probable par l’inefficacité de toute thérapeutique banale, l’existence d’un chancre, ou celle de signes actuels d’imprégnation syphilitique (tels que réaction de Bordet-Wassermann positive, par exemple), il est souvent utile de pratiquer une injection de novarsénobenzol. Celle-ci amène-t-elle une sédation rapide ou immédiate de la douleur que n'avaient pas ou guère calmée les analgésiques habituels, on est en droit de considérer que ces faits ont une indiscutable valeur diagnostique en faveur de l’origine syphilitique de l’affection. Et pour

ep =

acquérir cette notion, il n’est pas nécessaire d’attendre le résultat complet du traitement d’épreuve. La disparition ou l’atténuation considérable de la douleur dès la première injection, et avant toute modification objective de la lésion (lorsque celle-ci est visible) est l'indice qui permet d'instituer et de continuer le traitement avec vigueur et tranquillité.

Cette remarquable efficacité de l’arsénothérapie, on peut d’ailleurs l'observer sur les autres signes fonctionnels qui témoignent d’un processus inflammatoire tréponémosique, mais ils sont plus rarement constatés que la douleur. Nous avons eu par exemple l'occasion d'observer un malade atteint de syphilis maligne fébrile, dont la température, qui se maintenait à 40° depuis plusieurs mois, revint à la normale dix heures après la première injection de salvarsan ; ce succès thérapeutique venant enlever immédiatement les quelques doutes qui auraient pu persister au sujet du diagnostic exact. »

Si l'amélioration ne se produit pas dans les heures qui suivent la première piqûre, doit-on rejeter à ce moment le diagnostic de syphilis? Cette objection a été prévue par nos auteurs qui ajoutent:

« L’injection d’épreuve ne provoque-t-elle aucune amélioration nette, ce n’est pas sans doute la certitude que la syphilis n’est pas en cause, car l’amélioration peut, parfois, sans compter les arsénorésistances, être plus tardive, survenir par exemple après la deuxième ou la troisième injection seulement, mais c’est au moins un engagement à être, au sujet de ce diagnostic, fort réservé à part soi et plus encore dans ce qu’on peut en dire au malade. »

A l’occasion de cette allusion aux arsénorésistances, nous nous permettons d'attirer l'attention sur ce moyen précoce, que peut fournir le test de la douleur, de décéler, ou tout au moins de soupçonner rapidement l’arsénorésistance chez un syphilitique avéré dont une première injection de néosalvarsan n'’influencerait pas les douleurs, ce renseignement précoce permettant de ne pas prolonger davantage l'expérience arsenicale au préjudice du malade et de mettre celui-ci rapidement au bismuth.

Devant l'efficacité certaine de ce dernier médicament, n’y aurait-il pas aussi avantage, en raison des cas d’arsénorésistance possibles, à commencer un traitement d’épreuve en associant le bismuth à l’arsenic?

En somme, si nous disons que la constatation de ce signe a une grande valeur diagnostique, nous ne voulons pas dire que le fait qu'il ne se soit pas produit lorsqu'on l'aura recherché soit une preuve absolue que la syphilis n’est pas en cause; nous prêter cette intention serait dénaturer notre pensée. Le test de la non-syphilis n’est pas encore trouvé, et si l’on nous rétorque que nous n'avons fait qu'introduire un signe de plus dans la symptomatologie déjà si riche et parfois si complexe de la syphilis, nous répondrons d’abord qu'on nous fait trop d'honneur en employant le terme « introduire », car l’idée n’est pas de nous et ensuite que le signe de la sédation rapide de la douleur sous l'influence d’une injection d’épreuve étant un symptôme excellent de syphilis, et cela dans toutes ses périodes, il n'y a aucune honte à avoir de contribuer à sa diffusion.

Observations

OBSERVATION I (Archives de la Clinique de M. le Professeur NicoLas)

Mlle J... Marcelle, 29 ans.

Malade du service de M. le Docteur Rebattu, envoyée à la consultation pour une amygdale suspecte, qui la fait énormément souffrir, surtout au moment des déglutitions.

A l’examen: amygdale grosse, dure, blanche, accident primitif. Ganglions sous-maxillaires et inguinaux.

Adénite cervicale probablement bacillaire. Une ponction retire un peu de liquide. Inoculation au cobaye.

B.-W. très positif.

Traitement commencé le 24 novembre 1931. Néosalvarsan, 0 gr. 15.

On change le traitement (on met la malade au bivatol) en raison d’adénopathie cervicale probablement bacillaire et de crainte qu'elle aït des lésions pulmonaires torpides.

Or, après la première injection (néosalvarsan), la malade constata un soulagement immédiat de sa douleur deux à trois heures après et elle put manger.

PT; es

(Le 31 mars 1932, l’autopsie du cobaye montra des granulations très nettes de la rate, des ganglions caséeux; tuberculose généralisée certaine.)

Page 1