‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 10 sur 59 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la Justice*

Ledamelesi le juge souverain du royaume. Chaque chef de cercle exerce une juridiction que nous allons faire connaître. Enfin , les chefs de village rendent la justice dans les affaires de peu d'importance.

Si le chef est illettré, il doit choisir un homme instruit qui l'assiste : c'est ordinairement un marabout; mais la sentence que dicte ce marabout est toujours prononcée par le chef.

Si y dans une affaire civile ou de police, l'une des parties a lieu de n'être pas satisfaite du jugement rendu par le chef du village, elle peut faire appel au chef du canton. Lorsque ce dernier a rendu une sentence, elle est définitive pour les gens de la basse classe; mais un gremà d/ambour peut en appeler au

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dameL Le chef de canton, saisi d'une affaire qnî lui parait délicate ou compliquée, a la faculté de la renvoyer au dameL

Quand il s'agit d'un délit léger, le chef du village condamne à une amende dont le montant lui appartient. Pour les crimes, ce chef en réfère à celui du canton , qui peut lui-même en déférer la connaissance au dameL

Le chef du village exerce la police sur son lerritoire. Voici quelques cas où son autorité intervient. Quand une femme qui n'a pas le lak devient enceinte, elle encourt la confiscation de tous ses biens ; à défaut de biens, elle est condamnée a une amende qu'elle doit payer au moyen d'un travail' forcé , après quoi elle est expulsée. Une esclave met au monde des jumeaux : la mère et les eufants deviennent la propriété du dameL Le soupçon de sorcellerie, conçu contre que famille ou un de sea luembres, amène la confiscation de toute la jfa* mille; Un captif, des animaux étrangers sont rencontrés sur le territoire du Cayor : ils appartiennent au damjel par droit d'aubaine. Les débris, les marchandises provenant d'un navire naufragé sont la propriété du roi, etc., etc.

Le voleur qui pénètre la nuit dans une habitation peut être impunément mis à mort, Le mari a le droit de tuer l'homme surpris en adultère avec sa

femme; mais il ne peut que chasser celle-ci , dont les biens , déduction faite de la dot , qui retourne au mari , sont confisqués au profit du chimeL

Le meurtrier d'un diambour est mis à mort par ordre du dameL

Si un diambour a commis un meurtre sur une personne de la classe inférieure, le damel le condamne à une réparation pécuniaire.

Si le meurtrier, quel qu'il soit , prend la fuite , le damel confisque ses biens et ceux de sa famille; il réduit celle-ci en esclavage.

Le voleur est, selon les circonstances , condamné à mort, à la perte de la main , d'une oreille, ou à être fouetté. Le damel seul a le droit de prononcer les sentences qui entraînent mort ou effusion de sang.

Si les principes que nous venons d'exposer recevaient une application exacte, nous devrions reconnaître que cette société ne manquerait ni de sécurité ni de garanties; mais ce système de chefs héréditaires, ayant tous une influence propre et des droits à peu près indépendants du souverain, a amené ici, comme en Europe quand il y florissait, des désordres affreux, que le damel est, la plupart du temps, impuissant à réprimer. Les chefs, unis entre eux par les liens solidaires de la confédération, exerçait les exactions les plus odieuses, et le damel lui-même ne trouve guère que dans le pillage

des ressources et des moyens d'influence. Cependant il soulèverait une sédition s'il s'avisait de piller les propriétés des anciens diambours. Sa rapacité ne peut s'exercer, et elle n'y manque pas, que sur les villages de nouvelle formation, peuplés d'émigrés. Malgré ses imperfections, la police a cependant, à un point de vue relatif, une telle supériorité au Gayor sur celle des pays voisins que le royaume sert de refuge aux malheureux des contrées environnantes, forcés parla cruauté des Maures Trarzas ou les dissensions intestines à abandonner leur patrie.

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