CHAPITRE XVIL
lléiiemy induvirle.
'La première et principale occupation des badolosj qui forment la masse du peuple , consiste à cultiver la terre. Nous n'indiquerons pas ici leur méthode : leurs procédés sont ce qu'on peut imaginer de plus primitif ; mais nous ^ons faire <x)nnaitre les produits divers du pays.
Avant tout, et comme base principale de leur alimentation , les noirs cultivent le millet ou mil. On récolte, au Gayoh, du mil de quatre sortes : le premier, appelé souna^ donne un grain petit et dur; il est mûr vers la fin de septembre ; le deuxième , sagnoy est tendre, légèrement sucré, et peut se manger sans préparation : on le recueille vers la fin d'octobre ; le troisième, appelé iigne^ donne un grain de couleur rougeàtre , plus gros que celui des espèces
précédentes; le quatrième, yê//ri, est moins dur et plus blanc que le troisième. La récolte de ces deux dernières espèces a lieu également à la fin octobre.
Us s'occupent peu du maïs.
 cette production principale viennent s'ajouter, comme plantes alimentaires, les melons ^ dont la graine, berraff, est utilisée; les haricots (niébés)j les giraumons, les yonibos, etc., et, comme plantes industrielles, le cotonnier^ Vindigofère et V arachide ou pistache de terre; ils mangent cependant cette dernière graine, mais rôtie ou bouillie, pour la débarrasser de Thuile qu'elle contient en grande quantité.
Ils possèdent un nombre prodigieux de boéufe, vaches, moutons, chèvres et chevaux. Leurs* chevaux sont petits, mais pleins de feu; ceux d'une taille élevée, réservés aux chefs, leur viennent des Maures.
Un bœuf vaut une ou deux pièces de guinée (toile de coton bleue fabriquée dans l'Inde); le prix d'une pièce varie, selon la qualité, entre 12 et 14 francs; un mouton, de 3 à 5 francs; un cheval, deux pièces; mais ils payent jusqu'à cent bœufs un
cheval de race arabe.
Les poules y pullulent; dans l'intérieur du pays, on en a une et quelquefois deux pour une tête do tabac, dont la valeur est de 25 centimes environ.
Ils font du beurre et du savon, et récoltent un peu de miel.
Passionnés pour le vin, Teau-de-vie, la bière, les liqueurs et Tabsinthe, ils sont, pour ce motif, considérés comme un peuple d'infidèles par. les musulmans rigides.
Ces liquides, que nous leur fournissons d'assez mauvaise qualité, leur coûtent cependant assez cher pour que les pauvres ne puissent s'en procurer; ceux-ci, dès-lors, s'abreuvent de la boisson nationale, qui est une sorte de bière. Ils en font de deux espèces : la première, forte, mousseuse, enivrante, se nommt pourr. Pour la préparer on prend les graines du mil , sauna ou sagno; on les soumet à une macération qui se prolonge jusqu'à ce que le germe se soit légèrement développé; on fait sécher au soleil. Quand l'eau s'est complètement évaporée, le grain , réduit en farine , est plongé dans une quantité convenable d'eau bouillante; le mélange, dans lequel on a introduit quelques sidomms et des fruits du: dgiandam^ renfermé dans un vase bien bouché, est abandonné à la fermentation. Trois ou quatre jours après, la bière est faite; on peut, sans qu'elle s'altère, la conserver plus de huit jours.
La seconde espèce, seubeun\, douce, moins mousseuse que la précédente, se fait avec du miel au-
quel on a mélangé un peu de farine de mil; le tout, plongé dans l'eau bouillante, est traité conime ci-dessus.
Ils font de la mélasse avec deux espèces de fruits. Le nom de la mélasse est n'dimv , qui veut ^dire quelque chose de bien cuit.
L'arbre appelé 6eurr produit un fruit gros comme une prune de mirabelle, qui renferme , entre l'enveloppe extérieure et le noyau, une liqueur trèsdouce. Après avoir retiré le noyau, on plonge le reste dans un vase ; réduit par une cuisson prolongée , il forme une gelée assez compacte, qui noircit en se refroidissant ; son goût est aigrelet:
Le fruit du f/giandam^ traité comme celui du beurr^ sert aussi à faire de la mélasse. L^écorce du même arbre, quand elle a éf é macérée, communique à l'eau une saveur sucrée ; on se sert de cette eau pour pétrir des galettes.
Les noirs confectionnent leur savon de la manière suivante : on incinère la canne du mil , des feuilles de maïs et les enveloppes du fruit du bcu}^ bab ; les cendres provenant de cette combustion sont placées dans un vase plein d'eau. Le mélange, ayant été fortement agité, est abandonné à lui-même ; après un certain temps, il se forme au fond un dépôt que l'on néglige. Dans l'eau, retirée ensuite avec précaution , on introduit une certaine quantité
de graisse de bœuf; le tout est soumis ensuite à une ébullition qui est entretenue jusqu'à ce que toute la partie liquide se soit évaporée : le résidu est un savon qui sert aux usages domestiques.