CHAPITRE XIX
Hu W»lo«
En traitant du Cayor, pays où les coutumes de la race wolowe se sont le mieux maintenues^ nous sommes entrés dans des détails que nous ne devons plus reproduire; nous nous attacherons, en avançant , à indiquer les dissemblances qui se remarquent entre le peuple du Cator et les hommes de la même race habitant d^autres parties de la Sénégambie.
Nous allons, en suivant cet ordre d'idées, nous; occuper du Walo .
Lorsqu'on interroge les vieux habitants de nos contrées sur l'ancienne importance politique du Walo, on est pris d'un douloureux étonnement en comparant leurs récils à Tétat de choses actuel.
Naguère le Walo était riche , industrieux , trèspeuplé. Maître d'un grand territoire sur la rive gau-
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che, il possédait aussi une partie de la rive droite. Les Trarzas alors reconnaissaient sa supériorité. Le pays, cultivé avec soin, donnait des produits variés et abondants ; la population, fière de sa prospérité, exerçait une influence prépondérante sur les pays voisins.
Jetons aujourd'hui les yeux sur cette malheureuse contrée; nous y verrons un désert peuplé de rares habitants, dominés par cette apathie du désespoir qu'engendrent la terreur et l'incertitude du lendemain. Les hautes herbes envahissent les champs jadis fertiles. Un pays qui pourrait nourrir un million d^hommes, réduit à viagt mille habitants! malheureuse race, le jouet des Maures Trarzaé et des chefs qu'ils lui ont imposés! Comme c'est surtout par suite de la guerre de 1 834 et de notre abandon en 1835 que le joug le plus intolérable s'est appesanti sur elle, on ne peut s'empêcher de gémir et de ses maux et de l'indifférence qui nous a fait, jusqu'à ce jour, négliger nos plus évidents intérêts politiques et commerciaux.
Le régime de la famille est soumis, dans le Walo, aux règles que nous avons exposées en traitant du Càyor; seulement, conséquence nécessaire de l'anarchie, dont la triste influence s'étend à tout^ les liens domestiques s'y sont relâchés : la femme y a moins de respect pour son mari, et les jeunes
tilles ne se font pas scrupule de se livrer à un libertinage très-prononcé.
Les cérémonies pour le mariage ,. les causes du divorce, les pratiques du deuil sont les mêmes qu'au Cayor.
Le droit d'aubaine y existe, mais les successions sont soumises à des principes spéciaux.
Dans le Çayor, nous l'avons dit, l'héritage va dans la ligne descendante; la collatérale est exclue. Au Walo, au contraire, c^'est la ligne collatérale, restreinte encore au côté seul des femmes, qui prime toute la descendance directe. — L'application d'un pareil principe suffit à elle seule pour détruire la famille et anéantir la société.
Ainsi, au Walo, l'enfant de la sœur succède à son oncle ou à sa tante, à l'exclusion des propres enfants de ceux-ci; ils prétendent que c'est, à cause de l'incertitude qui plane toujours sur le père , le raoyen unique de conserver le bien dans la parenté du sang.
Les parents directs , les collatéraux par les hommes, ne viennent qu'eivcas de non-existence des enfants de la sœur.
Cette règle singulière domine l'ordre ^e successibilité au trône.
A la mort du père de famille, .le fils doit sortir de la maison ; il ne peut emporter que son sac de
ifrigrisy ses armes el ses instruments de travail. L'atné des enfants de la sœur, quel que soit son sexe f s'empare de l'héritage et rompt ainsi Tunité de la famille.
La religion musulmane est observée au WalcT pour la forme; car ce peuple est adonné , de la manière la plus déplorable, au vice de Tivrognerie.
Le régime féodal est la base, ici comme au CAtOR, de Torganisation sociale. Les chefs se transmettent les terres et le pouvoir politique par hérédité, avec privilège pour Taîné de la ligne féminine, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Il est rare de rencontrer au Walo un hooime ayant plusieurs femmes. Cette retenue ne vient pas , tant s^en faut, de la rigidité des mœurs; la misère et les terribles avanies des Maures en sont la causeunique.
Le Walo compte des nobles , des hommes libreset des esclaves. Le nom des nobles est kangamm; chefs du pays, ils administraient, avant son abaissement devant les Trarzas, ses divers cantons.-
Parmi ces kangamm^ quelques-uns, élevés en di-* gnité, tenant par des liens étroits de parenté à lafamille royale, portent le titre dé diourourbel. Seuls ils peuvent obtenir la dignité de brak (roi) ; c^est parmi eux que sont choisis le brio , héritier présomptif, et le cadgy^ général en chef.
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Le titre de (Uourourhel leur vient du; nom de l'ancienne capitale du Walo, aujourd'hui détruite; elle était située sur la rive droite. Quoique te pays où elle existait soit devenu la propriété ^ des Maures Trarzas, c'est encore dans la plaine voisine de DiouRouRBEL cjuc \% brak doit être couronné.
Par métaphore, (Uourourbel désigne la couronne, la dignité royale; ainsi dgiam r/iourourbel sïgùiûe captif de la couronne.
Les hommes libres appelés sébébaorsy aujourd'hui réduits à un petit nombre, formaient jadis la masse du peuple : classe puissante autrefois, soigneusement ménagée et caressée par les kangamm diourourbel^ car elle avait le privilège de nommer le souverain du pays.
La famille royate du Walo est divisée en deux branches :
La branche Gdioss, aujourd'hui, dépossédée, tombée dans une profonde misère ;
La branche Tedgiégue, maîtresse de l'autorité, sous le bon plaisir du roi des Trarzas.
Dans. ces derniers temps, cette branche n'a été représentée que par des femmes: Guimbotte et Déthé Jalla.
On croit généralement, même à Saint-Louis , que Guimbotte a été reine du Walo et que Déthé Jalla lui a succédé ; c'est une erreur qu'il importe de redresser.
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Les femmes ne peuvent jamais avoir la dignité de brak,
La vérité est que , représentant au degré le plus proche la branche régnante, en possession des captifs et des propriétés de la famille royale, Guimbaiie et Uéihé Jalla se sont emparées de la souveraineté de fait ; mais , pour sauvegarder les formes traditionnelles, elles n'ont jamais manqué de faire nommer un hrak^ fantôme de roi, soumis à leur influence absolue, instrument aveugle de leurs volontés, qu'elles ont toujours fait agir sous l'impulsion de Mohamed^eUAbid ^ roi des Trarzas^ au ; gré de leurs caprices, de leurs passions ou de leurs terreurs. c [
Ainsi , du temps de Gidmbotte , dont le mariage avec le roi des Trarzas a complété la ruine du Walo, le brak était Faraperula^ oncle de la princesse.
 la mort de celui-ci , GvdmboUe^ voulant tenir à l'écart la race Gdiossy fit nommer brak Sambfi Alf^ membre très-él oigne de sa propre branche.
Cet homme, retiré depuis longtemps dans le Cayor, y vivait de son travail, lorsque la dignité royale vint l'enlever à son champ ; il est aujourd'hui érM, sous les conditions que nous avons exposées ci-dessus .
Le Walo se plaça, le 8 mai 1819, sous la suze-
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raineté et la protection de la France ; les Trarzas , par les articles 3 et 6 du traité du 7 juin 1 821 , confirmé par la convention du 30 août \ 835 y reconnurent notre droit. Ce dernier acte enleva à É/jj fils qvL^ Mohamed' el'Jbid a eu de Gùinibotie^ tout droit à la souveraineté du Walo^
Si nous avions veillé à l'exécution de ces diverses conventions , . si, comme c'était notre droit et notre devoir, nous avions empêché les Maures de devenir, en violant leurs promesses, les dévastateurs du Walo, ce malheureux pays ne serait pas tombé dans l'état d'abaissement et de dégradation où nous le voyons aujourd'hui.
Nous devons nou3 reprocher amèrement cette indifférence, car nous en ressentons nous-mêmes lés tristes effets. Le roi des Trarzas^ politique intelligent, a suivi avec une rare persévérance le système qu'il s'était triacé. Maître du Walo , il a cherché à nous enlacer d'un réseau de peuples hostiles. S'il avait réussi à établir sa prépondérance dans le CaVor , comme il y tendait de tous ses efforts , nous aurions été, au moins pour notre commerce, à sa plus entière discrétion.
La cause de cette situation si fâcheuse pour nous réside principalement dans la mobilité de notre autorité locale.
Quand on songe que, depuis 1840, la colonie a