CHAPITRE XX
ProduotioiM du !¥»!•.
Les hommes du Walo, lorsque la paix leur aura procuré quelque sécurité ^ sauront profiter de la merveilleuse fertilité de leur sol.
Le fleuve qui borde tout leur territoire à Touest, le lac Pagniéfoul , cette belle nappe d'eau bordée d'arbres séculaires et de pâturages luxuriants , permettent aux habitants de se livrer à l'industrie de la pèche; elle fournit à leurs besoins , et alimente un assez grand commerce d'exportation.
Après l'avoir fait sécher au soleil, ils vendent le poisson aux gens de Saint-Louis , du Gator et du Dgioloff.
Le mil donne , dans le Walo , deux récoltes par an : le petit ^ souna , semé vers le mois de juillet ,
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au commencement des pluies , est recueilli à la fin septeiflbre.
Le gros mil , dgiarnat , est confié à la terre vers le mois de janvier, alors que le fleuve , rentré dans son lit , a laissé à découvert les surfaces qu'il avait inondées ; il est mûr et récolté en avril ou mai.
Le premier lance, au bout de la canne, une tige droite à laquelle les grains sont adhérents ; Textr émité de l'autre s'épanouit en un panache dont les filaments contiennent le grain.
On y récolte aussi des haricots, des jombos^ dés melons , des giraumons et des patates douces.
Le riz, petit, mais de bonne qualité, y. vient naturellement. Les habitants rechet*chent avec soin les graines du nénuphar, qui abonde dans leurs marigots ; cette plante porte à sa racine une espèce d'artichaut renfermant un grain appelé diakarr^ dont la farine sert à préparer un couscoiiss très-délicat.
Une herbe dont Tabondance est extrêïne et la venue spontanée donne une semence appelée bakatt , propre à l'alimentation.
Enfin ils ont, sur les bords du lac Pàgniéfoul , le hérarh , plante qui vient sans culture , dont la racine , ordinairement grosse comme une énorme betterave, et souvent plus, les préserve de la famine dans les années de disette. Coupée en petites parties^ séchée et pilée, elle donne une farine blanche,'
d'un goût excellent 9 légèrement sucrée, dont on fait du couscous s et des galettes.
Les gallinacés y abondent. De magnifiques pàturages nourrissent les bestiaux des TrarzrtSy surtout pendant la saison sèche, époque où , par suite de la stérilité du désert, ils sont obligés de rallier les rives du fleuve.
Cette abondance de pâturages n'est pas toutefois la seule cause qui ait excité les Maures à s'emparer du Walo.
Si les Maures s'étaient cantonnés sur la rive droite (et nous parviendrons à les y maintenir, c'est notre ferme espoir) ; si le Walo , maître- de ses destinées, nous aidait à leur interdire l'accès de la rive gauche , les Trarzus, privés de la ressource du pillage, ne tarderaient pas à se transformer en cultivateurs , ou à déchoir. Dans le premier cas , leurs mœurs s'adoucissant , ils deviendraient sensibles au bien-être d'un établissement fixe ; dans le second , ils disparaîtraient bientôt , décimés par nos armes et par la famine. Dès lors la race noire, qui aime le sol et y adhère fortement , se livrerait à des travaux fructueux pour elle et pour nous ; dans toute la Sénégiambie régneraient , sous notre suzeraineté, la paix j le commerce et le travail ; mais les Maures, qui veulent continuer à vivre de rapines, ont besoin du Walo et nous le disputeront. C'est en
effet leur route pour envahir les pays voisins^ et leur refuge après le pillage. Notre intérêt à les en chasser est si évident que nous ne devrons pas y ménager nos efforts : le triomphe d'ailleurs est certain, si on met un peu de persévérance et d'énergie, et M. Faidherbe ne manque d'aucune de ces qualités.