CHAPITRE XXIV
Du Foute.
Da^gait A , grand village où flotte le pavillon français , est sur la limite du Walo et du Fouta.
De ce points le Fouta s'étend jusqu'au Galam, pays dont il est séparé par le marigot de Dgiérer , au village de Dembakané.
Le Fouta est peuplé par plusieurs races : le nom de chacune d'elles sert à indiquer la province où elle est prédominante.
En sortant du Walo on entre dans la province ToRO j qui se divise en Dim ar et Toro proprement dit, et s^tend de Dagana à âléïbé. La race Dimar occupe le pays, de Dagana à Doui, situé à l'entrée de rile à morphil ; les Séélobés ^ de Doué à âléïbé.
Le chef de cette province a le titre de lam toro ; son autorité, bien reconnue dans le Toro, n'est que
nominale sur le Dimar. Ce dernier canton a pour chef un eliman.
C'est dans le Dibiar que se trouvent les villages de Fanaïe et de Dialm ath ^ où la bravoure française a laissé d'honorables souvenirs.
La race Ldve habite le Laô, de âleïbé à Saldé. On remarque dans' le Laô le village de Cascas, où M. le comte Bouèt-^fVillaumez , alors gouverneur, déploya cette intrépidité qui a gravé son nom en caractères éclatants et ineffaçables dans l'esprit des habitants de la Sénégambie.
De Saldé à Matham habitent quatre races mélangées, dont les chefs sont les véritables maîtres du pays : ce sont les Bossyabés, les I relatés^ les Hébiyabés et les Vorgos.
Le prince des Bossyahés porte le titre dieliman rindiaw; celui des Irelabés^ &'eUman alfa; celui des Hébijrahés^ A'eliman omar; enfin celui des Vorgps , dieliman bolo.
De Matham au Galam on trouve le Damga^ habité par la race Guénar^ dont le chef est désigné sous le nom &'alfeki.
Le Fouta était peuplé jadis par les Déliankés^ d'origine puelh , grande race (^i , pure ou mélangée, occupe de vastes contrées à l'orient du Sénégal.
Le Puelhy dans sa constitution morale et physi-
que, présente des caractères qui s'éloignent complètement de ceux de la race noire : il a le teint cuivré, le nez droit, le front proéminent, une taille bien prise et une stature élégante. Intelligent, fidèle, dévoué , industrieux , susceptible d'un rapide développement intellectuel , il est, beaucoup plus que le nègre, accessible à la civilisation.
Cette race, maîtresse du Fouta, fut dépossédée par une guerre de religion.
Les rapports entre les Maures et les femmes delianJcés, ceux des hommes de cette dernière race avec les négresses, avaient créé une espèce intermédiaire dont on désignait les membres sous le nom de Torodos.
Devenus très-nombreux, loin d'imiter les Déliankés, dont la foi était molle, les Torodos observaient, avec une ardeur feinte ou vraie, les pratiques du mabométisme. Race déshéritée, animée par conséquent d'une haine profonde contre ses maîtres, elle voilait de formes religieuses son désir de domination.
Mais lorsqu'elle se crut assez forte pour entrer en lutte, elle leva l'étendard delà révolte, et, après de longues luttes , finit , sous la conduite du thierno (nom des prêtres mahométans au Fouta) Amadoubal, par écraser les anciens dominateurs du pays.
Cela fait, les Torodos se partagèrent les dé-
pouilles des Déliankès. C'est ainsi que finissent toutes les révolutions. Aux chefs ils prirent l'autorité, à tous les terres et les captifs ; ils n'épargnèrent que le lam toro, qui, dès' le début de la guerre, avait abandonné sa race pour se ranger du côté des révoltés. Ce chef habitait Guédé, village où ses successeurs résident toujours , encore peuplé, en grande partie, aujourd'hui par des hommes de la race vaincue.
Les Bossyabés et les Irelabés composent les deux castes prépondérantes du Fouta; nous allons faire connaître les causes de cette suprématie.
Les Bossyabés et les Irelabés viennent de l'union d'un Maure avec une Délianké: tant il est vrai que, dans ce coin perdu du monde comme ailleurs, la race caucasique, en jetant des rejetons, même croisés^ leur communique une puissance intellectuelle et morale qui leur assure la suprématie.
Aussi les Bossyabés et les Irelabés npmment-ils seuls le chef politique ç^ religieux, qui porte le titre iXal mami.
La charge de ce souverain, loin d'être viagère, n'a qu'une existence dont la durée se mesure à la bonne volonté de ses patrons.
Mais ces électeurs, par une singularité qui prend évidemment sa source dans une transaction entre les éléments divers qui ont concouru au déplace-
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ment du pouvoir, doivent choisir Val mami parmi les Toixxios issus d'un Délianké et d'une négresse.
Le gouvernement du Fouta est une république tbéocratico-aristocratique. Les chefs de province, de canton et de village, sont héréditaires; le souverain , qui est toujours un prêtre musulman , est seul électif.
Le Koran y forme la loi unique dans l'ordre politique et civil; toute la vie sociale s'y règle par les principes^ plus ou moins bien compris, de leur livre sacré.
La religion musulmane est seule tolérée au Fouta.
Tout individu qui réside sur le territoire du Fouta doit faire publiquement le salant et observer minutieusement les pratiques extérieures de Tido- Latrie musulmane; s'il se refuse à ces marques d'adhésion , ^il encourt la confiscation des biens et l'exil.
. Nous avons dit plus haut que les races bossjaba et i/^/aééf avaient seules le droit, par l'organe de leurs chefs, dont elles ratifient toujours le choix, de nommer ï al mami. Quand les princes se sont entendus sur le candidat, ils le consultent, afin que, s'il accepte, il désigne le lieu où il entend fixer sa résidence. Son choix ne peut porter que sur un des quatre villages suivants : Oréfondé, Tchi-
LOGitEy Gaudibole et Dgiaba, tous situés vers le centre du pays.
Lorsque Val mami a fait connaître sa déterpination , il est proclamé , et ses électeurs fixent le jour du couronnement.
La cérémonie se fait sans grande pompe : le diadème est un simple turban d'étoffe blanche.
Pour inaugurer son intronisation , \al mami donne une sorte d'investiture nouvelle à tous les chefs du pays : formalité indicative d'un droit an^ cien , et tout à fait vaine , car il ne peut révoquer personne $ans le consentement de ses patrons.
Quand Val mami a perdu les bonnes grâces de ses électeurs, ce qui arrive fréquemment, ils lui ordonnent d'abdiquer. Gomme ce fantôme de souverain est toujours incapable de résister, après lui avoir signifié leurs volontés, accompagnées que(^ quefois de la confiscation des biens , ils procèdent à son remplacement.
Les chefs de village administrent leur canton . et rendent la justice dans les affaires de peu d'importance.
Le jugement des causes graves, civiles ou criminelles, appartient au chef de la province. S*il prononce la mort, la sentence ne doit être exécutée qu'après ratification par l'a/ mami; de plus , la peine ne peut être subie qu'au lieu où réside celui-ci.
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A un degré inférieur, les peines sont : la perte de la main, d'une oreille; les coups de fouet, et Temprisonnement.
Le meurtre entraine la mort dans tous les cas; mais, s'il a été involontaire, le meurtrier peut racheter la peine.
Les simples blessures faites volontairement sont punies du fouet; la décision du procès !est suspendue jusqu'à la guérison ou la mort de la victime. Le coupable, quel qu'il soit, condamné à la fustigation, doit subir ce châtiment, à moins de maladie constatée; dans ce cas, il peut offrir une compensation pécuniaire.
Quand les blessures résultent d'un accident, leur auteur, condamné encore à des coups dç fouet, a la faculté de satisfaire à la sentence en offrant une somme d'argent.
Si un captif tue ou blesse un homme libre, la justice n'intervient que pour livrer le coupable au blessé ou à la famille du mort; ceux-ci en disposent dès lors à leur gré : ils peuvent le tuer sans forme de procès.
Le vol entraîne, la première fois, la perte de la main, et pour la récidive celle de l'oreille droite. Un troisième délit de cette nature est payé, par un libre, de son oreille gauche; mais un captif encourt la mort.
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L'homme qui a des relations prouvées avefc une fille ou. une veuve mérite la mort; mais, s'il est de bonne famille, il pourra, en rachetant la peine, rester dans le pays. Dans le cas contraire, ses biens sont confisqués, et il encourt Texil, après avoir été, au préalable, vigoureusement fouetté. La femme ne subit aucun châtiment.
La peine est la même pour l'homme, si la femme est mariée; mais la femme, dans ce cas, outre le divorce et la perte de sa dot, est condamnée à être fustigée, et la sentence s'exécute, à moins qu'en raison de sa santé la coupable n'obtienne de cotâpenser sa peine.
Si, plus tard, elle parvient à se remarier, ce qui est très-rare, il lui sera toujours défendu de se placer dans une réunion publique, et surtout pendant les exercices religieux, auprès des femmes qui jouii^sent d'une bonne réputation.
Les sommes. payées pour se racheter d'une peine corporelle appartiennent à celui qui a souffert du délit ou à sa famille; nous avons vu qu'au Cayor
elles étaient la propriété du juge.
Les femmes mariées ne peuvent sortir, pendant le jour, que dans le cas de nécessité absolue ; celle3 qui ont quelque aisance se tiennent soigneusement enfermées.
Un homme ne peut, pendant l'absence du mari,
pénétrer chez une femme mariée. Personoe, d'ailleurs, ne doit entrer dans une maison sans en avoir demandé la permission : l'agrément du maître se formule par le bissimilaxl
Les habitants du Fouta possèdent des captifs, car la loi de Mahomet autorise l'esclavage. Les captifs sont traités plus durement qu'au Cayor et au Walo.
Le FouTA n'a point de milice permanente ; lorsque le pays est en guerre , chaque chef réunit les hommes de son village ou de sa province. Mais ces armées, dont les différents corps sont indépendants, Bel>rillent ni par le courage ni par la discipline; il suffit de gagner quelque chef, dont la retraite ne manque jamais de désorganiser l'armée. S'il n'ose prendre un parti aussi net et. aussi décisif, il demande une assemblée; là, dans d'interminables dis- Cours, chers aux républicains, les questions deyiennent si confuses que la désunioa s'introduit parmi .les principaux et que l'armée se disperse. Dans tous les cas, leur esprit d'insubordination, qu'ils appellent amour de la liberté , est tel qu'il leur rest impossible de tenir longtemps la campagne.
Cependant^ les gens du Fouta se croient, dans leur insolente fierté , le premier peuple du monde , les enfants chéris de Dieu; car eux seuls, parmi tous