‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 26 sur 59 · DE LÀ SÉ^ÉGABIBI · texte numérisé non relu

DE LÀ SÉ^ÉGABIBI

les peuples musulmans , disent-ils , observent convenablement la loi de Mahomet.

Ils considèrent les noirs du Sénégal comme une sorte d'infidèles souillés par le contact des chrétiens^ et les désignent 9 ainsi que nous, sous le nom de jeffres (infidèles , juifs) , gagnon allnh (ennemis de Dieu) , et croient faire une œuvre méritoire en* nous dépouillant.

C'est sans doute à la hauteur des gens du Fouta que les marabouts sénégalais voudraient porter les noirs de Saint-Loiiis; ils n'y ménagent pas leurs efforts, dans tous les cas.

Les gens du Fouta disent hardiment que le fleuve leur appartient; le passage de Saldé est, selon eux, une porte qu'ils ont le droit de tenir fermée, tant que nous n'avons pas payé tribut. D'une exigence extrême sur ce point , ils attachent plus de prix à ridée de nous imposer leur suprématie qu'au profit matériel qu'ils en retirent. Ils retenaient jadis, pendant des semaines entières, à Saldé, nos navires de commerce ; pendant ce temps, le bâtiment envahi nourrissait tous les visiteurs, et les équipages, vexés, insultés, devaient supporter en silence ces avanies; car, sous le moindre prétexte, le premier venu ne manquait pas de prononcer le mot sacramentel : Lawoul allah (}e chemin de Dieu, la justice). C'était une assignation à comparaître de-

yaat un marabout voisio, aposté quelquefois, qui condamnait le Sénégalais à une fustigation; peine dont on se rachetait en fournissant des compensalions, toujours jugées insuffisantes.

Quoique ces pratiques aient perdu quelque chose de leur caractère vexatoire, elles subsistent encore, et elles feront sentir leur fâcheuse influence tant qu'une leçon un peu longue et très-sévère n'aura pas abattu Tinçolence de ces prétendus maîtres du fleuve.

La race Dimar seule paye tribut au roi des Trarzas. Dans le reste du pays, les Maures T/nrzas et BrcJcnas peuvent se livrer au commerce; mais, s'ils paraissent en armes, le pays se soulève, les poursuit et leur fait souvent payer très-cher cette violation du territoire. (1 y a plus; lorsqu'un parti de Maures, à la suite de quelque guerre intestine, se réfugie dans le Fouta, Val mami lui impose une redevance, ordinairement acquittée en chevaux.

Les gens du Fouta parlent Xe.puelh^ l'ancienne langue des Déliankés.

. La culture est en grand honneur dans ce pays : personne ne peut se dispenser du travail de la terre , Vid mami lui-même a son lougan. S'il ne le cultive {)ais de ses mains, au moins ne manque-t-il pas de surveiller assidûment ses serviteurs. Les femmes de la classe pauvre partagent les travaux de leurs^

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maris ; dans les loisira de la case, elles filent le coton indigène.

Le mil y donne deux récoltes conmie au Walo.

Outre le souna et le dgiarnat^W existe au Fou ta uhe troisième espèce de mil {tchiotane)j qui peut se manger sans préparation .

La terre, d'une extrême fertilité, produit des pâturages excellents où se nourrissent des bestiaux de .grande taille. On y récolte le bermff^ les pistaches, les haricots et une foule de légumes.

Il en sort des peaux en grande quantité. On y cultive le cotonnier et Tindigofère.

Ils élèvent des chevaux d^ race arabe, pure et mélangée.

Le fleuve et ses dérivés abondent en poissons.

Mais la somme de nos transactions avec le Fouta pourrait être, en peu de temps, centuplée, si on s'attachait à y favoriser Is^ production des denrées utiles à notre commerce.

En effet , la pistache, lorsque nous irons Tacheter sur place, donnera bientôt des produits inunenses.

En intéressant, au moyen de cadeaux d'une faible importance, les chefs de village et de province à cette industrie nouvelle, en perfectionnant surtout notre système de batelage, il est certain que le Fouta fournira à lui seul plus de matières commerciales que le Caïor et le Walo réunis.

Qu'il nous soit permis d'éniellre ici le vœu que le FouTAy pays Irop fermé pour dous jusqu'à ce jour, soit étudié de plus près par l'administration locale. Il faut^ selon nous, si nous voulons y faire prévaloir notre influence, noys introduire entre les différents chefs , rechercher leurs rivalités secrètes , er réveiller les débris de l'ancienne race Déliankt. Il ne serait pas difficile, ce nous semble, d'asseoir, au milieu des partis qui divisent et déchirent cette république, une prépondance qui tournerait à notre avantage politique et commercial.

Ce pays nous approvisionne de mil : il achète, de nos traitants, de la guinée, du sel , des armes et des munitions de guerre, des tissus imprimés, des verroteries , du sucre et de la mélasse ; le Tord et le Laô, du fer; les provinces supérieures le tirent du Damca et du Gaxam , où on traite le minerai.

Le commerce, qui se fait aujourd'hui par trois points, Matham, Ganel et Dgiellé, pourrait s'étendre sur tout le pays. Avec quelques efforts, nous établirions sur les bords du fleuve des comptoirs où l'arachide affluerait. Nos traitants , répandus ainsi de Gandiol au Galam, donneraient partout le spectacle des mœurs françaises, et les habitants, si excltisife jusqu'à ce jour, façonnés peu à peu à nos usages, prenant goût aux produits de notre industrie, perdraient cet esprit d'isolement que les Thier-

nos fomentent, là comme aiHeurs, au profit d'une infliience qui, pour rester dominante, entretient un fanatisme sauvage.

Au-dessous des dominateurs que la guerre et les révolutions leur ont imposés, les Déliankés ^vhfA^ tent encore. Quelques villages du Damga , Waly-

DGIANTANG, BaRKEIDGI, LoOBALT, BiTELL, YeRNA, BO-

RODGi, Gangueli, GouRiK, ne contiennent encore aujourd'hui que desDéliankés. Cette race, convenablement ranimée, nous servirait d'auxiliaire. Ses mœurs sont plus douces que celles de leurs vainqueurs; ils aiment la poésie, les chants et la musique. Ils seraient plus accessibles que les Torodos aux idées françaises, et par eux nous pourrions peser sur le reste du pays.

Voici un trait récent qui peut prouver combien les Déliankés savent se montrer les observateurs fidèles des lois de Thospitalité. L'année dernière^ lors de la prise de Dialmàth, nos traitants, établis dans les villages déliankés y voulaient se retirer sur Ba- KEL. Les Déliankés les rassurèrent , en leur disant : « Nous ne souffrirons jamais que; parmi nous, un Torodo vienne molester vos personnes ou léser vos intérêts; »et ils ont tenu parole.

 part les différences dans les mœurs signalées plus haut, certains préjugés sont communs aux hommes du Fouta et à ceux des pays inférieurs;

ainsi ils méprisent, eux aussi, les cordonniers y les forgerons, les tisserands et les griots. Un homme de ces races déshéritées ne peut se marier que dans sa caste; s'il est bon musulman, le préjugé s'afTaiblit un peu, mais ne s'éteint jamais.

Il est défendu aux griots de se servir du tamiam. Ali Heu de ces chants indécents que hurlent, les doigts dans leurs oreilles, leurs confrères du Cayor et du Walo, leurs griots ne peuvent faire entendre que des paroles religieuses, sorte de cantiques à la louange de Mahomet. Ils ne doivent jouer d'aucun inistroment. Il n'en est pas de même des Déliankés^ qui, eux, se servent, pour accompagner leurs chants, d^une guitare à trois ou quatre cordes, oud'iin violon à trois cordes.

Quoiqu'un musulman ait le droit, en vertu du Kdran, de prendre qiiàtre femmes légitimes, il est rare qu'un homme du Fouta ait plus d'une épouse; pratique excellente, qui a fait la force de cette race, et à amené, sans nul doute, une augmentation rapide de la population.

' Les cases, au Fouta, sont généralement construites en roseaux ; cependant on commence à en bâtir avec de la terre, les unes couvertes en paille, d'autres avec un toit de mprtier. Cette méthode, qui améliore singulièrement leurs conditions d'existence, leur vient du haut pays, où elle est répandue.

i38 DE LA SÉMÉGAMBIË FRANÇAISE.

Ceux qui connaissent le iiaut pays ont observé avec étonnement que les peuples de ces contrées, quoique moins souvent en contact avec nous, sont bien plus avancés que les noirs de la basse Séné^ gambie dans la voie de la civilisation.

Les bomn^es des régions supérieures considèrent les fVoloffs comme des barbares. « Ce sont des gens << de peu d'esprit, » disent-ils. Il est certain que, plus ou s'avance dans Test; plus on rencontre d'idées saines sur la police et l'organisation sociale.

Du haut pays, en effet , sont descendues les améliorations qui s'infiltrent peu à peu dans le Fouta*

Combien n'est^il pas à déplorer que, de notre côté, nous n.' ayons tenté, jusqu'à ce jour, rien de sérieux ?

Si , dans cet ordre d'idées, nous avions établi un courant qui aurait remonté le Sénégal, il aurait rencontré dépuis longtemps celui qui se dirige vers l'ouest, et leur combinaison aurait donné, sans nul doute, des résultats d'une utilité appréciable.

CHAPITRK XXV.

Du C^alam.

Le Galam contient deux grandes provinces, le GuiDiAGÀ et le Kassô.

Le G.U1DIA6A est divisé en deux parties, peuplées de la même race , mais gouvernées par des chefs aujourd'hui indépendants.

La première, qui touche au Fouta, dont elle est séparée, ainsi que nous ('avons dit, par le marigot de Dgiérer^ porte le nom de Goye, et s'étend jusqu'à la rivière Faléme , affluent du Sénégal ; de ce point , la seconde, appelée Kaméra, se prolonge jusqu' à Ké- GNOU. A Kégnou commence le Kassô, dont le territoire englobe la cataracte du Félou et s'étend jusqu'à

GOUÏNA.

Le GoYE et le Kaméra sont gouvernés par les prin-

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ces Bakms. Le fond de la population se compose de Saïbobé&^ branche de la race Suracolel.

Le GoYE, sur lequel a été bâti notre fort de Bakel, a pour capitale Tuabo, si on peut donner ce nom de capitale à des villages plus ou moins peuplés.

La capitale du Kaméra est Ma&rana, auprès duquel était jadis le fort de Saint-Joseph.

A côté de notre fort de Bakel, et sous la volée de ses canons, se trouve un gros village, peuplé en grande partie par les Dgiaïbésj émigrés duDgioloff, ainsi que nous l'avons dit. Ces Dgiaîbés, dévoués à la France, nous servaient d'auxiliaires quand il s'élevait quelque querelle entre nous et les Bakiris. Qu'on nous permette de raconter ici comment , dans certaine circonstance, leur dévouement fut récompensé.

En i 824, les gens deTuABO avaient volé les bœufs du poste. La coutume que nous leur payions fut naturellement supprimée ; mais le tounka (chef des Bakiris) gémissait tellement d'en être privé que son fils, homme ardent, résolut de tirer vengeance des prétendus griefs de son père. Il avait remarqué que le commandant du fort se promenait, tous les soirs, du côté du mont aux Singes; un jour, il se mit «n embuscade, et, au moment où plusieurs blancs passaient, il frappa d'un coup de lance celui qu'il ses insignes il jugea le plus élevé en grade. La per-

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sonné atteinte n'était pas le commandant , mais M. Nonat, officier^ qui ne tarda pas à mourir de ses blessures. Ce crime amena la guerre, et les DgiaUbés embrassèrent notre parti.

A la paix 9 ils ne furent pas compris dans notre traité, de sorte que la guerre continua entre eux et les Bakiris. A la fin ils entrèrent en arrangement; mais les Bakiris les appelèrent devant l'assemblée générale du pays, les accusant d'avoir secondé les blancs contre les descendants de ceux qui avaient donné un asile à leur race. Les Dgiaîbés furent tous condamnés à mort, sentence commuée en celle de la confiscation des biens. Depuis ce temps, quoiqu'à la suite de vexations intolérables qu'ils avaient à souffrir de la part des Bakiris ils aient été placés officiellement sous notre protection, dans les événements graves ils restent bésitants.

W y a quinze ans , le Gote et le Kaméra étaient gouvernés par un seul prince, qui prejnait le titre de tounka; il avait des lieutenants à Tuabo et à Mà- KRAicA. La dignité de tounka appartenait toujours au plus âgé des Bakiris, quel que fût son degré de parenté avec le souverain précédent.

Mais, en i 834, Diadgi étant tounka (il habitait le village de Kôtrai dans le Kaméra), Sambayacine j chef de Ma&rama, homme très-intelligent et ambitieux, voulut s'emparer de la souveraineté du Gui-

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DiAGA. Ayant appelé à son aide une armée de Bamharas du Kuarta , il envahit le Gote et \iut investir TuABO. Le chef du Gote, réduit à la dernière extrémité , résolut de ne pas subir la honte de tomber entre les miains d'un traître; il s'enferma donc dans sa case avec ses femmes , ses enfants , ses valeurs et toute sa provision de poudre: un tison le déroba à la vie et à la vue de ses vainqueurs. Les Bakiris du GoYE tombèrent presque tous entre les mains de SambajacinejCpï les fit oiassacrer, et leurs cadavres jonchèrent longtemps le cheniin^qui, deToAso, conduit à Bakbl.

<lependant quelques Bakiris avaient pu échapper à la fureur de l'^uiemi, entre autres Smmha eamsnba diama et son fils Silly. Au moment du înassacre, le premier se trouvait à Bakel, Vautre, chez les Guidimakras ^ sur la rive droite. Ils purent se réfugier au fort, d'où ils gagnèrent le Fouta. Le vainqueur fit prêter serment de fidélité aux habitants du Gote; mais^ l'année suivante, Samba coumba diama et son fils, ayant réuni leurs partisans et quelques aventuriers , rentrèrent dans leur pays, et allèrent s'établir à Goungubl, village situé entre Bakel et Makrana. Ils se maintinrent dans, ce poste , entretenant contré Sambayacine une guerre qui se prolongea, avec des succès balancés, jusqu'en 1840.

Ed ce moment, Samba coumba diaina^ se sentant en force, alla assiéger SambayçLcine dans Ma- KRANA ; il cerna le village , et, resserrant de jour en j[our les habitants, le^ réduisit à une telle extrémité qu'ils parlaient de se rendre , lorsque Sambayacine^ recourant à son ancienne tactique, appela à son secours les Bambaras , qui forcèrent Samba coumba diama à se retirer.

Quelques jours après, Sambayacine mourut, el le tounka Diadgi lui ayant survécu de peu , il ne fut pas pourvu au remplacement de ce dernier.

La paix n'a été rétablie entre les deux provinces qu'en 1844, en présence et par les bons offices de M. Paul Holl , alors commandant du fort de Bakel ; mais Samba coumba diama ^ plein de mépris, et il l'exprimait tout haut , pour les traîtres qui avaient

secondé Sambayacine et appelé l'étranger à leur aide, voulut que lesanciîens liens politiques fussent entièrement brisés. Depuis ce temps, le Goye et le Ka- MÉRA. s'administrent, chacun par un chef particulier. Les Bakiris e\ les Saîhobés, leurs sujets, se Ëvrent au commerce et à la culture des terres. Cette race intelligente aime notre nation et les produits de dç notre industrie. Il serait facile de la conduire activement dans la voie du progrès , et de créer à Bakel un centre d'affaires bien supérieur à celui d'aujourd'hui.

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Les gens du Guidiaga ne se permetteni aucun pillage; ils observent la justice. Quand un Sénégalais, échappé aux avanies du Fouta, met le pied sur les terres du Goye, il se considère comme en pays ami ; sa surveillance se relâche; il vit dès lors dans une entière sécurité.

La bonne harmonie qui règne entre les habitants du Gciuiaga et les noirs de Saint-Louis, Tabondance et le bas prix de la nourriture, le désir bien légitime de se créer des moyens nouveaux d'existence, ont attiré un grand nombre de Sénégalais à Bakel, depuis que le commerce y est devenu libre. Or, une masse d'hommes ne se déplace- pas sans emporter une certaine somme d'idées qu'elle répand en se fixant; aussi peut-on remarquer déjà que beaucoup de Bakiris parlent la langue wolowe et comprennent quelques mots de français. Les femmes, au lieu du sipaple pagne qui, noué autour des reins y laissait leur poitrine nue , se revêtent aujourd'hui du costume des femmes de Saint-Louis.

Musulmans de nom, faciles, sans fanatisme , ceux du Kaméra surtout n'hésitei)t pas à boire des liqueurs fermentées. Les hommes du Goye, influen* ces par le voisinage du Fouta, se montrent plus scrupuleux et plus réservés, sans être toutefois complètement sobres.

Ils habitent presque tous dans des maisons eh

lene assez commodément disposées. Chaque village est entouré d'un tnta (mur d'enceinte). Pour défendre les approches- dans toutes les directions, ce mur est construit en lignes brisées ; aux angles s'élèvent des abris, espèces de bastions dans lesquels on loge les meilleurs tireurs.

Les Maures Zéiiaga , dits Do\^ichs^ encore plus pillards que les Trarzas, et ce n'est pas peu dire , sont toujours à l'affût pour letir voler leurs femmes, leurs enfants et leurs bestiaux; la terreur qu'ils inspirent est telle que cinq ou six de ces brigands peuvent impunément pousser leurs excursions jusque dans le Bondou. Les Saîbobés tremblent à leur aspect, et ne leur résistent , en rase campagne, qu'autant qu'ils voient à leur tête les laptots de notre poste; mais, une fois réfugiés derrière Xçmvs^ iatas , ils leur opposent une résistance si opiniâtre, que les Maures viennent rarement les y affronter.

Nous avons dit plus haut que les Bakiris et leurs sujets étaient industrieux; en effet, ils nous servent volontiers de courtiers, et se répandent, avec nos marchandises, dans tous les pays environnants; quelques-uns poussent leurs excursions jusqu'au Ségou .

Leurs mœurs , leurs usages , pris dans leur ensemble, ne diffèrent pas de ceux des autres peuples de la Sénégambie.

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f46 DE LA SÉNÉGAMBIE

Le sel 9 dont le haut pays est absolument privée y forme, avec la ruinée, r aliment principal de notre commerce. Ils achètent encore des verroteries de toute espèce, du corail, de 4' ambre, des kaurisj coquillage qui sert de monnaie dans le K a art a et le Ségou , des armes, des tissus imprimés, et beaucoup de soufre, employé, dans le Kaarta surtout, à fabriquer une poudre à feu grossière.

Ils traitent le minerai de fer, très- abondant même aux environs de Bakel^ et produisent un métal d'un grain doux qu'ils préfèrent au nôtre.

L'indigo, d'une qualité bien supérieure à celui de la basse Sénégambie , leur permet de teindre de belles étoffes de coton que fabriquent leurs nombreux tisserands.

Le GuiDiAGA produit la pistache, le sésame, le riz, \e fognio, graine d'une plante fouragère propre à l'alimentation, du mil de deux espèces, du maïs , des ôiguQns, du coton , des patates douces , des giraumons excellents, des haricots, etc., etc.

Notre établissement de Bakel est le rendez-vous de caravanes parties de très-loin ; c'est là qti'elles échangent la gomme dite de Galant^ blanche, moins dure que celle de la basse Sénégambie, contre notre sel, notre guiiiée et les marchandises qui lui servent d'assortiment.

Les compagnies privilégiées qui ont exploité jus-

qu'à ces derniers temps le commerce de cette contrée ont habitué les populations à rencontrer dans notre comptoir des marchandises à leur convenance. A ce point de vue , elles ont accompli une œuvre utile; mais, par une loi inhérente à tout monopole, leur impuissance s'est révélée quand il a Tallu dépasser un certain niveau. Si , en effet , le privilège a la vertu d'établir fortement, il repousse le progrès, qui ne se réalise qu'à la suite d'essais et de sacrifices. Aussi avons-nous applaudi, avec le pays, à la suppiression des compagnies privilégiées.

Le Gàlam est évidemment destiné à devenir un centre important dont l'influence rayonnera sur les pays voisins. C'est de là, lorsque nous aurons consolidé notre prépondérance sur la rive gauche, que l'esprit d'entreprise se répandra sur la haute Sénéganàbîe. Serait-il donc si téméraire de croire que notre commerce , après avoir fait sentir ses bienfaits au BoNDOD , au Bambouk et au Kassôo , après avoir étendu son bras fécond au delà du Félou , pourra pénétrer dans le Kaarta et s'épancher jusque vers le Ségou ?

Sans doute, en ce moment, l'apparition de VâI- AffJty Oumarj ce charlatan qui déguise son ambition sous le voile d'une idolâtrie nouvelle, nous force à attendre que le torrent se soit écoulé; mais ce temps d'arrêt, qui nous permet d'ailleurs d'agir

sur la basse Sénégambie, sera de peu de durée. Quels que soient les cbangemeuts politiques que devront amener la présence et les prédications' de cet Al'Agujy il faudra bien que, dans un temps prochain, les populations reprennent avec nous leurs relations et leurs échanges ; c'est alors que l'avenir de notre commerce dans le haut pays devra être sérieusement étudié. De Barel au Felou, le cours du Sénégal ne devra-t-il pas rester libre, et la rive gauche toujours accessible à nos traitants ? Il faudra bien que Médine , protégée par un fort , devienne un nouveau centre d'affaires et un moyen d'influence sur le Kaarta.

De ce point l'esprit d'entreprise saura franchir la cataracte et s'élancer vers les régions fertiles et peuplées qui s'étendent jusqu'à GoumA.

La cataracte de Gouïwa elle-même ne sera qu'une station pour marcher vers des contrées nouvelles, jusqu'ici plutôt soupçonnées que connues.

La terre de ces pays est d'une fertilité incompa* rable. Les habitants, doux et laborieux, sont dis* posés à lui demander toutes les denrées utiles qu'elle peut produire. L'arachide y donne des récoltes d'une abondance merveilleuse et d'une qualité su-< périeure; le sésame y prospère; mais tout s'arrête^ travail des habitants, échange de la denrée, parce que nous n'avons pas su améliorer nos moyens de

transport. Peut-on attendre quelque développement dans la production , et par suite dans les échanges^ lorsque nous voyons le haut Sénégal accessible seulement à de petits navires qui emploient ^ avec des frais énormes, trente-cinq à quarante jours pour franchir la distance qui sépare Saint-Louis de Bakel (deux cent cinquante lieues environ) ?

Tout produit qui n'est rémunérateur pour personne est nécessairement négligé. La gomme, denrée précieuse, pouvant toujours donner quelque bénéfice, dans tous les cas couvrir les frais, ne sera jamais absolument négligée; mais l'arachide, matière encombrante , est forcément dédaignée , en présence des débours qu'entraîne son transport . Il faut donc que les vues des hommes pratiques se portent sur les améliorations à introduire dans notre système de batelage.

' Nous reviendrons sur cette idée dans le chapitre où nous traiterons de l'avenir de cette colonie.

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