‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 27 sur 59 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Bu Kaflfld.

Le KA88Ô9 ^^^si qu^ ^ôus l'avons dit, commence à Kégnou. C'était jadis un vaste pays qui epabrassait les deux rives du fleuve et s'étendait jusqu'au Diara, habité par la race Diawara; mais, après la révolte des captifs du Kaarta, qui allèrent s'établir dans le Ségou , les anciens maîtres du Kaarta, poussés par les révoltés, réagirent sur le Dura et une partie du Kassô. Us absorbèrent le premier de ces pays, et réduisirent le second à un territoire qui , sur la rive gauche, s -arrête à la cataracte de Gouïna, tandis que, sur la rive droite, il s'étend bien au delà.

C'est dans le Kassô que se trouve la cataracte du Félou, en vue du village deMÉDiNE, dont nous parlerons plus bas.

Les Kassongais tirent leur origine de la race

Puelh : leur habitude extérieure et le développement de leur intelligence le prouvent suffisamment. Ils parlent cependant une langue particulière^ composée de bambara et de malinké (mandingue).

Musulmans de nom, ils ne dédaignent pas les liqueurs fermentées.

Ils aiment la guerre, et combattent bravement, aussi bien à pied qu'à cheval. Ils se servent, mais rarement , de fusils ; leurs armes de prédilection sont les flèches, dont ils empoisonnent la pointe avec des sucs végétaux. Ils font surtout, avec une rare patience et des ruses infinies, la guerre d'embuscade. Lorsqu'ils veulent surprendre et piller un village, ils l'incendient en attachant à leurs flèches des linges enflammés. Jamais ils n'hésitent, si on les récompense convenablement, à vendre leurs services aux chefs voisins; aussi servent-ils d'auxiliaires aux princes du Bomdou ou du Bahbouk dans leurs querelles intestines.

Leur gouvernement est une espèce de république fédérative. Chaque canton, c'est-à-dire une agglomération de cinq ou six villages, a un chef dans la famille duquel se transmet le pouvoir. Mais on ne rencontre au Kassô aucune autorité générale et centrale; aussi le pays est-il tombé dans l'anarchie; elle envahit toujours les sociétés, grandes ou petites, privées d'une volonté directrice.

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Le village et le canton de Médine^ celui que nous fréquentons le plus , a poun chef actuel Sambàla , fils ^ Awademba. Ce fut Awademba qui reçut le Français Duranthon^ dont les aventures méritent d'être racontées.

Duranthon avait été chargé, par le gouvernement français, d'explorer la haute Sénégambie. Il visita en détail le Kassô, et acquit des notions assez précises sur les mines d'or du Bâmbouk. Au moment où il se trouvait dans IcKassô, les Hambanis du Kaarta dévastaient le pays ai Àwademba et y commettaient des exactions qui avaient exaspéré ce prince.

Pour se concilier sa faveur, Duranthon lui promit^ en quittant le Kassô, de revenir bientôt avec des valeurs considérables et de construire à Médine QQ fort qui le mettrait à l'abri des vexations et des avanies de ses ennemis. De son côté, AwacUmba s'engagea à lui donner en mariage sa fille Sadioba.

Duranthon revint, en effet, avec des munitions de guerre et une grande quantité de marchandises. Il était accompagné d'un ingénieur. Son union avec Sadioba s'accomplit: il en a eu trois enfants, dont deux^ un fils et une fille, ont survécu. La fille réside à Saint-Louis ; le fils, après avoir été élevé en France aux frais de la colonie, est entré à l'école de Saint- Cyr; il est, en ce moment, élève distingué de l'École impériale d'état-major.

Les noirs de Siaint-Louis. qui connaissent les succès du jeune Duranthon, disent : « Gela n'e^t pas « étonnant; le fils d'un blanc et d'une Puelh aura « toujours plus d'esprit que ceux de notre race. »

Duranthon s'occupait, quoique avec des moyens trop restreints et évidemment insuffisants, de la construction , à Médine, du fort promis à Awajdemba; mais les Bambaras et les Malinkéw^ el^i^aiit qu'à Tabri de ce réduit celui-ci n'échappât oraq^iéMnent à leur domination, le pressèrent trè«Ktiv€iM»t* Dans ces conflits, Duranthon perdit une grattite partie de ses marchandises. Sa nature énergique ne se laissa pas abattre par ce revers, et il acheva, tant bien que mal, l'œuvre qu'il avait entreprise. Mais la guerre remplissant le Kassô et les pays voisins de partis ennemis, il dut attendre des temps plus favorables pour explorer le Bambouk.

Cependant ringénieur qui devait le seconder dans ses travaux d'exploration fut bientôt fatigué d'une vie d'exil et de privations; une séparation eut lieu. Des bruits défavorables se répandirent à Bakel et à Saint*Louis sur le compte de Duranthon. On l'ac^ cusa de vouloir se rendre indépendant dans le haal pays, de se mettre en rapport avec les Anglais de la Gambie, et de chercher à nous créer des difficultés avec Soda aUmami du Bondou.

Ces récriminations, dont rien, dans la suite, ne

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prouva le fondement, firent pourtant que Duranthon ne reçut plus aucun subside du gouvernement loeal ; dès lors il perdit son prestige.

Toutefois il se maintenait à Medink, lorsque , sous le poids d'accusations téméraires, il fut arrêté, en 1837, par ordre du gouvernement du Sénégal, et amené à Saint-Louis. Mais il se justifia, à ce qu'il parait, devant ce haut fonctionnaire ; car il obtint rautorisatkm de retourner dans le Kassô.

Il moanit à Médine vers la fin de Tannée 1839.

Cet homme intelligent et énergique a, sans nul doute, été mal apprécié. Ses vues étaient larges; il voulait que les Français, prépondérants et fortement établis dans la haute Sénégambie, allassent se placer sur le parcours des caravanes qui traversent le pays de l'ouest à l'est; il voulait nous frayer une route vers les mines d'or du Bambouk, si abondantieis et si peu connues. Mais, crime irrémissible à cette épo< que, il parlait de liberté de commerce! ! ! Il eut^ dès lors, à lutter contre une compjagnie privilégiée , en possession depuis longtemps d'un monopole dont elle ne voulait se dessaisir à aucun prix... Dans cette lutte il succomba... Il devait périr en effet, car il était venu avant le temps... Son fils, très-intelligent, instruit aux meilleures sources, est peutêtre destiné à opérer une révolution dans la haute Sénégambie.

Médine, résidence de Sambala^ oncle du jeune Duranthon, et où habite aussi Sadioba^ sa mère, est située au-dessous de la cataracte du Félon. C'est un lieu de passage et de station pour les caravanes qui viennent du Ségou, du Kaarta, du Diafouna et du Wasselou. Les unes s'y arrêtent et y échangent leurs marchandises ; d'autres poussent jusqu' à Bakel, et même jusqu'à la Gambie.

Du temps des compagnies, nous n'avions en ce lieu qu'un comptoir flottant; depuis que le commerce est devenu libre dans le haut pays, nos traitants ont fait, à terre, quelques essais d'établissement; mais le défaut de protection rend leur position précaire. Ils craignent d'être à chaque instant victimes de quelque pillage, et ce qu'ils ont perdu dernièrement par les dévastations de Al-Aguyi Oumar^ le

massacre qu'il a fait à Makrana, ses vols, ne sont

pas de nature à les rassurer. Il devient donc urgent de construire un fort à Médine : tout nous en fait unB loi. La position est excellente pour les échanges ; c^r les caravanes préfèrent Médine à Bakel , où on n'arrive qu'en s' enfonçant dans un pays infesté de bandits. Les Bambaras , qui s'étaient opposés- jusqu'à ce jour à l'érection d'un fort, pensant bien qu'une fois rangés sous notre protection les Kassongais s'affranchiraient du tribut qu'ils leur ont imposé, sont aujourd'hui impuissants à mettre obstacle à nos

desseins : leurs guerres civiles les occupent assez, Sambala demande avec instances que nous formions à Médine un établissement armé et permanent. Quand quelque chef subalterne vient lui dire : « Si ^ les Français construisent ici un fort, bientôt vous « serez leur captif, » il répond sans hésiter : « Voyez <c à quelle extrémité les Bambaras çX les Malinkés « ont réduit mon pays ; j*aime mieux que les blancs « me mettent une corde au cou que rester le tribu- « taire des noirs, mes semblables, »

Établis à Médine , nous pourrions franchir la cataracte. Un chemin de mille mètres , facile à tracer, introduirait notre commerce dans un pays nouveau , resté inconnu jusqu'au jour où M. Rey jeune Ta en quelque sorte révélé. Pourquoi ne placerait-on pas sur.ce point une voie ferrée? Cinquante lieues d'un pays fertile, arrosé par le Sénégal, s'ouvriraient à notre activité. Des navires construits au delà du Félou, où les bois de construction sont abondants, iraient jusqu'à Gouïna recueillir des produits semblables à ceux qui sortent du Galam, et rencontrer des caravanes qui ne descendent ni à Médine ni à Bakel. Nous aurions ainsi conquis un débouché nouveau et des relations dont ces peuples ne seraient pas les seuls à ressentir les bienfaits.

Au moment de livrer ce travail à l'impression, nous annonçons, avec une satisfaction dont oncom-

prendra l^ vivacité, que les vœux reproduits ici, après avoir été émis ailleurs , soiit réalisés.

Parti, le 29 août de cette année, au milieu des périls et des intolérables chaleurs de l'hivernage, avec une colonne et la flottille à vapeur, M. FaidJierbe^ notre gouverneur, a surmonté tous les obstacles, et, par son incomparable énergie , est venu à bout , en six semaines^ d'une entreprise hérissée de difficultés et de périls. Le fort de Médine est construit; il est commandé par M. PaulHoll. Honneur à M. Faidr herbe et aux braves qui l'ont secondé !

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