‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 33 sur 59 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

De al ayuy Ouaiar.

Ournar^ torodo de race séélobé^ est connu en Sénégambie sous le nom à'alaguy. Ce mot vient, par corruption, de l'expression arabe el hddge (pèlerin).

Il naquit, vers la fin du siècle dernier, dans le FouTA ToRO, au village d'ALWAR, près de Podor. Son père était chef d'AtwAR , et sa famille y conserve encore T autorité.

Il se distingua dès sa jeunesse par une dévotion exaltée ; avant d'entreprendre le voyage qu'il a fait à la Mecque, il avait déjà des élèves qui lui attribuaient le pouvoir des miracles; quelques marabouts de Saint-Louis tiennent à grand honneur d'avoir été ses disciples.

Cest un homme d'une figure remarquable, sur laquelle se peignent une vive intelligence, un senti-

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ment de méditation et de calcul, reflets de sa profonde ambition.

Vers 1825 il pensait déjà à se rendre à la Mecque.

A cette époque il vint à Saint-Louis , anaonçant son projet, et sollicitant des habitants les moyens de le mettre à exécution.

Les musulmans du Sénégal, loin de se montrer indifférents à ses vues, lui firent des présents considérables.

A son retour il proclamait que son voyage avait réussi, grâce à la générosité des habitants de Saint- Louis.

En 1826 il partit, et gagna la Mecque en traversant l'Afrique centrale. Son séjour dans la ville sainte fut long; mais on en ignore les particularités, et les incidents qui ont dû marquer son voyage ne sont pas connus.

On sait qu'en 1842 il se trouvait, alors de retour, dans le Ségou, prêchant l'islamisme de village en village, et distribuant à ceux qui pouvaient largement le payer des grigris très-recherchés. Il conduisait une sorte de caravane chargée de livres dont le prix, joint à celui de ses amulettes, lui procura des sommes considérables. Sa réputation d'homme saint s'augmentait naturellement en raison de ses succès^ et personne ne lui contestait le don des miracles.

Il acquit ainsi, par une habileté soutenue, de l'or,

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des pagnes, des boubous, et une multitude de captifs auxquels il imposait de suite , sous peine de mort, lès pratiques de l'islamisme.

On pensait y dans le haut pays, qu'il allait se rendre au FouTA ToRO pour y briguer la dignité é!al mami; mais il dérouta tous les calculs en se dirigeapt vers le Fouta Dgialon, où il s'établit.

Les chefs de ce grand pays, pressentant ses desseins, voulurent s'opposer à son séjour parmi eux... Sans le repousser ouvertement, ils lui suscitaient des

difficultés.

II ne tint aucun compte de leurs dispositions , et se bâtit un village dans un lieu appelé Dimbera ou Domboura^ d'un accès facile, et inhabité jusqu'alors. Un fort tata protégeait ce village et les richesses qu'il y avait déposées.

Bientôt il commença à prêcher sa doctrine, qui parait être un retour à l'observation rigoureuse des

préceptes de \ islamisme ,

Les marabouts du Fouta Dgialon ne manquaient pas d'entreprendre auprès de lui une sorte de pèlerinage; car c'était un saint qui avait vu la Mecque...

Il excitait leur esprit, échauffait leur ardeur, disant que le gouvernement du monde appartenait aux plus convaincus; qu'il était temps de convertir les infidèles et de secouer le joug de ces familles

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féodales dont la lourde autorité s'appesantit sur toute la Sénégambie.

En Afrique, personne n'oserait se présenter devant un chef important 9 surtout si ce chef est marabout , sans lui offrir un cadeau. /// agujTj qui ne refusait rien , convertissait tout en armes et en munitions de guerre.

Vers cette époque , son frère et les autres parents qu'il avait laissés à Alwar allèrent le visiter à

DlMBERA.

Malgré leurs pressantes sollicitations de venir au Fouta, il refusa en disant : Dans notre pays, on croit avoir accompli tout le devoir religieux quand on a fait le salam ; mais bientôt je me mettrai en route pour convertir le monde , et le Fouta verra un vrai musulman.

Cependant, au commencement de l'année 494*? ^ voulant sans doute étudier et préparer le teiMt^^-ii/ aguy se transporta à Alwar. . , '^.i..

Après avoir visité tous les chefs du payâ^ fftnt à l'escale du Coq^ où les traitants le comblèltotsi de présents et obtinrent qu'un bateau à vapeur Iflft»menât à son village.

Là Oumar reprochait leur tiédeur aux hommes du Fouta. « Vous êtes, leur disait'-il , comme des iûc( fidèles, buvant et mangeant l'injustice , et vOs chefs a violent la loi de Dieu en opprimant les faibles* »

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Ces paroles lé rendaient cher aux opprimés ; mais les principaux des Torodas s*en irritaient à ce point que le fils de Boubacar Alj Doundéj un des princes des Bossyabés^ voulut le faire assassiner pendant qu'il retournait au Dgialon.

Mais al agujr averti évita cette embûche et envoya dire aux chefs ; « Vous avez refusé de me sui- « vre pour travailler avec moi à la conversion des « infidèles; mais, dans un temps qui n'est pas « éloigné 9 vous accourrez tous sans, que je vous « appelle. » Ce qui a eu lieu, comme nous le verrons.

n se trouvait, au mois d'août de l'année 1847, à Bakbl, au moment où MM. de Gr amont y gouverneur, et Caille^ directeur des affaires extérieures, y vinrent en tournée.

'■ Al offJLy eut avec eux , en présence de M. Paul fftdiej une entrevue dans laquelle il fit au gouverfloor les plus belles promesses. « Je suis l'ami des «.blancs, disait-il; je veux la paix; je déteste l'inc jlire. Quand un chrétien a payé la coutume , il doit « pouvoir commercer avec sécurité. Lorsque je serai < al mumi du Fouta , vous devriez me construire «un fort; je disciplinerais le pays, et des relations il complètement amicales s'établiraient entre vous ce et moi; etc;, etc. »

On voyait déjà clairement, à cette époque, que,

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