‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 34 sur 59 · DE L4 SÉNÉGAMBIE · texte numérisé non relu

DE L4 SÉNÉGAMBIE

SOUS le masque du prosélytisme religieux , il voulait se créer ud grand empire en Sénégambie.

On lui fit quelques promesses vagues... Àl agu/, traversant le Bondou, gagna le Dgialon, où il redou-^ bla d'activité dans ses préparatifs.

Lorsqu'il eut arrêté ses plans, qu'il crut que le moment d'agir était arrivé , il débuta par un coup qui le porta au centre même des pays sur lesquels il avait jeté ses vues.

Dans un Ueu escarpé, point d'intersection en quelque sorte entre le Dgiàlon, IcBambouk et le BoNDOiiy se trouvait le village de Tamba , forteresse naturelle d'où on peut s'élancer sur les trois pays. Il était habité par une population nombreuse , indépendante , s'administrant elle-même, dictant souvent des lois, dans un rayon étendu, à des voisins qui redoutaient son intrépidité.

Àl aguj députa vers les hommes de Tamba, leur enjoignant de se convertir au mahométisme^ de se faire marabouts , suivant l'expression usitée en Sénégambie; mais' ceux-ci renvoyèrent avec mépris Tambassadeur du prophète.

Jl aguy résolut alors d'obtenir par la force un point nécessaire à ses projets. Il entraîna ses partie sans à Tattaque de Tamba. C'était en l'année 1852.

Malgré une défense désespérée, la bande du prophète, fanatisée, escalada le tata et se rendit mal-

tresse du village, dont les habitants furent en grande partie massacrés. Le reste dut subir la loi du vainqueur, et embrasser Tislamisme.

Maître de Tamba, al aguj s'y établit. Le prétexte dont il avait coloré son entreprise donnait un grand poids à ses paroles quand il disait « qu'on avait ce eu tort de le croire animé d'une ambition politise que ; que ses efforts avaient pour unique mobile a la gloire de Dieu et la conversion des infidèles. »

A la suite de ce fait d'armes, si désintéressé d'après ses dires, sa réputation s'étendit , et les chefs du DeiALOir , du Fouta et du Bondou accouraient en foule recevoir ses enseignements et lui offrir leur concours.

Alaguy^ dès ce moment, adopta un système dont il ne s'est plus écarté : il ne refuse aucun dévouement, mais il s'en assure le maintien en retenant les chefs qui viennent à lui.

Il augmente ainsi ses forces, et groupe autour de sa personne des influences qui , libres ou non , rayonnent sur les peuples qu'il veut subjuguer.

En 1853, il quitta Tamba et pénétra dans le Bah-

BOUK.

Ce pays, livré, ainsi que nous l'avons dit, aux superstitions les plus grossières, sauvage, et jusqu'à ce jour indompté, plein de mines d'or, offrait un vaste champ au prosélytisme et à l'avidité &^alagujr.

i98 DE LA. SÉNÉGAMBIE

Il le parcourut, de village en village, mettant à profit les divisions intestines pour écraser chaque canton et y asseoir sou éphémère domination.

Pendant que ses armes triomphaient dans des luttes faciles, que sa réputation grandissante exaltait rimagination mobile et pleine d'exagération des noirs, il ne négligeait, pour l'étendre encore, ni la prédication, ni les moyens politiques.

Le^ GoiDiAGA , le Kassô , le Bondou , les Gmdimak' ras voyaient ses émissaires appelant à la guerre sainte les vrais croyants, les fidèles musulmans. Le nom ôUcUaguy^ à l'égal de celui du prophète, circulait de bouche en bouche , et remuait les esprits au point d'entraîner vers lui même des marabouts du Càtor.

De Médinb à Sain t-Lodis , les noirs , dans ces conversations du soir, devant la case, qu'ils aiment tant, s'entretenaient avec un sentiment d'orgueil et d'espérance des promesses d'à/ aguy.

« Un noir allait dominer en SénégamUe. Dieu lui a avait donné la sagesse et la force pour faire de lui « le vengeur de leur race. Quand sa. doctrine aura tf triomphé, ses frères échapperont à la tyrannie des 'c chefs, |i l'oppression des Maures. Il fallait donc « accourir vers cet homme de Dieu , le seconder et c( l'aider à accomplir sa mission. »

Pendant que ce grand mouvement d'opinion s'ac-.

FRANÇAISE. i99

compUssaity sans que Faltention de l'autorité locale eût été un moment éveillée, al aguy s'avançait à travers le Bambouk et se rapprochait du fleuve. S'il ne parvenait pas toujours à convaincre ceux qu'il foulait , au moins les dominait-il assez pour les comprimer et se donner les apparences d'un succès complet.

Marchant ainsi à pas lents, mais sûrs, il arriva , en 1854, auprès de Farabana, cet asile de captife, inexpugnable jusqu'à ce jour, ainsi que nous l'avons dit.

Sa réputation l'y avait précédé ; le prestige seul de aon nom lui avait créé en ce lieu un parti puissant.

M aguy fit dire aux chefs, qui obéirent, de se rendre auprès de lui.

A leur arrivée , al aguy leur parla de la guerre sainte, échauffa leur zèle, fomenta leur ambition. Sdon sa tactique habituelle , il les retint, et envoya un marabout administrer le pays pendant leur absence.

Quand ce marabout eut acquis un degré suflisant d'influence , al aguy commanda de détruire le iaia devant lequel avaient échoué les forces du Bambouk, du BoMDOu et du Kassô

Sur cet ordre, les gens de Farabàna se divisèrent : les uns, fanatisés , voulaient obéir au prophète sans

Page 1