‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 36 sur 59 · DE I.A SÉNÉGAMBIE · texte numérisé non relu

DE I.A SÉNÉGAMBIE

ensuite, chargée de butin , le chemin de Farabaiia.

M agujr se mit bientôt en marche, à travers le Kàssô , pour convertir ou exterminer le Kâarta , disait-il...

En passant à Médine^ au commencement de cette année, il enleva les marchandises des comptoirs français. Quelques noirs de Saint-Louis commirent le crime de le suivre , après lui avoir livré les valeurs appartenant à leurs commettants, yél aguy^ en ce moment , crut devoir se mettre en communication avec les traitants de Barel, et, rompant .avec ses habitudes d'hypocrisie, démasqua ses vues dans la lettre incendiaire dont voici la copie :

« Au nom de Dieu , gloire à Dieu ; notre confiance « est en Dieu; il n'y a de justice qu'en Dieu; prière et « salut sur le prophète de Dieu,. sur sa famille, sur « ses compagnons, et sur tous ceux d'entre nous « qui marchent dans sa voie.

« De notre part aux enfants de n'Dar (Sénégal), « salut.

<c Nous n'avons pas trompé la confiance que vous « avez mise en nous ; nous n'avons fait que la forti- « fier et que l'augmenter, car nous ne vous avons a jamais pris même un/^/j^ et jamais nous ne vous <c prendrons rien ; ce que nous avons pris appartient <c aux chrétiens. Quant aux enfants de n'Dar, nouB

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ic leur avQDS rendu immédiatement tout ce qui leur ce appartenait. Si vous me demandez pourquoi j'ai « pris le bien des chrétiens , c'est parce que les chrême tiens ont eu plusieurs torts envers moi.

« D'abord ils ont déclaré qu'ils ne me vendraient (c ni armes ni munitions; et ils l'ont fait, parce « qu'ils ignorent que je n'ai pas besoin d'eux. J'ai « dit à l'envoyé de votre tyran (le gouverneur pro- « bablement), lorsqu'il est venu me trouver à Siri- « MANA, que 9 si la défense de vendre de la proudre « était faite à cause du Fouta , nous ne sommes pas « aujounthm des gens du Fouta , mais des gens « tout à fait étrangers aux gens du Fouta. Nous ce faisons la guerre sainte aux ennemis de Dieu ; il « ne faut pas nous confondre avec les gens du Fouta, « «t agir avec nous comme on a agi envers eux ; sans (I cela, ce sera pour nous une raison de nous mettre tf avec eux.

« En attendant le retour de cet envoyé. Dieu a et permis que le tyran se trouvât à Barel avec Ab- « daUah (John Bambara ) ; il a causé avec lui , et « Abdallah lui a dit : Ne savez-vous pas que le a scheik peut interdire complètement le commerce « -à vos gens , vous fermer les chemins , rendre im- « possibles tout achat et toute vente, et par suite « vous ruiner? Votre tyran a répondu : Qu'il le « fasse! Je rends grâce à Dieu, a répondu AbdaU

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« lahy d'entendre cela.de votre bouche, et non de « celle d'un autre.

ff Plus tard, nous avons demandé au commana dant de Bakel qu'il nous livrât des gens qui s'é- «( taient sauvés chez lui : il a refusé. Nous lui avons c( fait dire alors que, s'il ne nous les livrait pas, « nous nous vengerions. Cette parole est arrivée « jusqu'à lui, et il n'a pas fait ce que nous deman- <c dions, en disant que ce serait une honte pour lui.

« Enfin, lorsque nous sommes arrivé à Daguila, « nous y avons trouvé un jeune homme de N'Diui, a qui nous a attaqué le premier.

a Maintenant je me venge par la force , et je ne ce cesserai que lorsque la paix me sera demandée « par votre tyran, qui devra se soumettre à moi, K suivant ces paroles de notre maître : Fais la guerre « aux gens qui ne croient ni à Dieu , ni au juge-- « ment dernier; qui ne se conforment pas aux or^ « dres de Dieu et de son prophète^ au sujet des il choses défendues; qui y ayant reçu une réifélav< tionj ne suivent pas la vraie religion ^jusqiC à ce « qiCils payent la djézia par force et qu'ils soient « hundliés.

a Quant à vous , enfants de n'Dar , Dieu vous « défend de vous réunir à eux ; il vous a déclaré (c que celui qui se réunira à eux est un infidèle « comme eux, en disant : Vous ne vivrez péle-^méle

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« ni avec lesjuifs^ ni avec les chrétiens; celui qui le « fera est lui-même un juif ou un chrétien.

« Salut »

Alaguy est en ce moment dans le Kaàrta; mais, pour résister à renvahisseur, les Bambaras ont fait trêve aux dissensions dont nous avons parlé; ils ont appelé à leur aide leurs frères du Ségou. La famine et les maladies épidémiques déciment les bandes du prophète. Déjà les enthousiasmes se re* froidissent, les populations perdent confiance ; au . moindre revers , les chefs que cet imposteur traîne à sa suite l'abandonneront, et il disparaîtra, comme tant d'autres fanatiques qui ont déjà cherché à révolutionner les pays musulmans de la Sénégambie.

Si cet homme, au contraire, accomplissait ses projets, il deviendrait pour nous un danger très-sérieux.

Alnguy^ sans nul doute, entend créer à son profit un vaste empire dont les provinces seront gouvernées par des alpkas; il veut surtout percevoir, en les augmentant, les divers tributs que nous payons aux chefs de la rive gauche. D'après lui, sa lettre le révèle, l'infidèle, s'il veut être toléré, doit acheter par de larges redevances là bienveillance du vrai croyant. Une fois le maître depuis le Cayor jusqu'au Kaarta, d'un mot il nous fermerait le fleuve; c'est donc un ennemi à détruire. Sans doute la guerre

avec les Trarzas est une œuvre importante, mais l'ambition &'alagiiy est bien autrement redoutable pour l'avenir de cette colonie, si on apprécie ses conséquences possibles et qu'on les compare à celles que peuvent produire les prétentions de Mohamei el Abid.

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