CHAPITRE IV
mariages.
L'homme, pour contracter mariage, n'a pas besoin (la consentement de ses parents; il doit les consulter, mais, sur leur refus, il peut passer outre. Il n'en est pas de même pour la femme.
Quand un homme a rencontré la femme dont il veut faire sa compagne , il convoque ses parents les plus proches et les envoie en députation auprès de ceux de sa future. Le chef dç l'ambassade transmet, dans un discours louangeur, les vœux de celui qu'il représente; si la réponse est favorable, on discute de suite le montant de la dot. Comme dans tout pays musulman, le mari doit la fournir; elle appartient à la femme, mais à charge de la restituer si le divorce est prononcé contre elle. Cependant le
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mari n'est pas tenu de la payer en entier avant la célébration du mariage.
Lorsque tout est réglé, on convient d'un vendredi ^ c'est le jour heureux des musulmans, pour procéder à la cérémonie du ta/c. En langue wolowe, tak veut dire /t'en; faire le takj c'est, symboliquement, passer au cou de la femme le lien qui la met sous la dépendance du mari : pas de mariage légitime sans tak. .
Pour accomplir le Jak^ le futur, accompagné de ses amis, de ses parents, et surtout de sa sœur^ se dirige en cérémonie vers l'habitation de la jeune fille. Un i^riot (chanteur à gages), très-ému d'ordinaire à la suite d'abondantes libations, fait retentir l'air de ses chants peu harmonieux et des coups redoublés du tamtam (^sorte de tambour). Les deux familles échangent d'interminables compliments, puis se rendent au Penchj place publique où se tiennent les assemblées; elles s'y établissent en face l'une de l'autre, laissant entre elles un espace vide réservé au marabout qui doit présider à la cérémonie. Après quelques prières, celui-ci interroge la jeune fille : « Voulez-vous prendre cet homme pour votre mari? » Il (lejmande au père et à la mère si ce mariage a leur agrément. Au moment où le futur est appelé à répondre, sa sœur^ ou la femme qu'il a choisie pour en remplir le rôle, se lève, et s' adressant
au iuaraliout lui dit : « Voici le tak qui doit lier cette femme à mon frère. » Le tak est représenté ait Cayor par une paire de pagnes que la femme lie* vra conserver et porter dans les circonstances importantes de sa vie conjugale. Le marabout reçoit ces pagnes des mains de la sœur^ appelle les époux par leur nom , prie sur eux en récitant un verset du Koran, et leur dit : « Allez, vous êtes unis. » Le mariage est contracté.
Telle est la cérémonie au complet; mais le tak peut être fait en l'absence des futurs, pourvu que les parents soient présents. Après la cérémonie, la femme revient ordinairement chez ses parents, et y reste jusqu'à ce que le mari ait fait préparer sur son terrain une case convenable.
Lorsque la case est construite, le mari arrête avec sa femme et ses parents le jour où elle viendra en prendre possession. A l'heure fixée, la mariée se met en route; ses compagnes l'entourent et la suivent , battant des mains et chantant sur un rhythme triste et monotone ; elles semblent exprimer, par leurs gestes, leur attitude et leurs accents, la douleur de voir leur amie se séparer d'elles pour commencer une vie de retraite et de devoirs sérieux. A la porte de la nouvelle demeure, la sœur du. mari offre à la femme, contenues dans une calebasse, des semences de mil , de tabac et de pistaches. Celle-
ci , après avoir accepté ce cadeau symbolique , entre dans la maison en se tratnant sur les genoux. Arrivée auprès du lit, elle se relève vivement, écarte ceux qui l'entourent et y monte: elle prend ainsi possession de la maison , et chacun vient la complimenter. Bientôt un festin, dont l'abondance se mesure aux richesses du mari, est servi dans la cour; les danses vont commencer, la joie éclate: c'est le cheil. La fête dure un , trois et même huit jours, selon le rang et la générosité des époux.