CHAPITRE XXXV
De« Ti
Le pays des Trarzas commence au marigot de MoRGHEif et touche à Saint-Louis ; il s'enfonce, au nord-ouest^ dans Tintérieur du Sahara , jusqu'à la hauteur du banc d'ÂRGuiir. La baie de Porteitdik est sur son territoire.
Le Sénégal lui sert de limite à l'est.
Il est nécessaire de rappeler ici que la partie de la rive droite aujourd'hui occupée par les Trarzas appartenait jadis au Walo.
La domination du Walo s'étendait alors sur l'une et l'autre rive, de Guédé à Gitiaroi. , englobant ainsi une partie du Fouta toro , le Dimar et la moitié du €ator actuels.
A cette époque de leur puissance, les braks résidaient à Dgiourourbel, sur la rive droite.
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C'est le temps où le Walo possédait Tescale dite de Lawar ou du désert, exploitée aujourd'hui par les Trarzas. Uescale des Darmankours, voisine de la précédente, dépendait aussi du Walo, et avait été donnée à la tribu Darmankour par un brak pieux qui, au moyen de ces marabouts, voulait se rendre favorables Dieu et Mahomet, son prétendu prophète.
Les gens du Walo,. nous l'avons dit. Cultivent avec passion le vice de Tivrognerie. Leur système de succession tend à disperser incessamment les éléments constitutifs de la famille. Hommes d'imagination et de plaisirs^ ils n'ont pas la moindre prévision des choses du lendemain. Les Trarzasj au contraire, sobres, durs à la fatigue, impitoyables, sollicités d'ailleurs par la stérilité de leur sol à se rapprocher des terres plus fertiles, souinis à des chefs entreprenants, trouvaient dans leur race et leurs mœurs des germes de supériorité qui ne tardèrent pas, en se développant, à leur donner Ta»cendant sur la race noire.
Sous le règne A'xm.brak appelé Natago Àram, il y a environ cent ans, le roi des Trarzas acheta du Walo Tescale de Lawar, et perçut dès lors les redevances payées par les navires français qui fréquentaient cette escale.
Comme prix de cette cession , il s'engagea à of^
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frir aDDuellemeni un beau cheval de pure race arabe; le brak avait en outre le » droit de lever sur nos traitants une légère coutume.
Par celte convention; letrisle chef du Walo s'affranchissait, à sa grande joie, des détails fastidieux, et des difficultés incessantes que créait Tescale : il pouvait s'enivrer à son aise. Il va sans dire que le roi des T/^arzo^Vést débarrassé depuis longtemps du payement de son tribut; mais jusqu'à Tannée dernière nous lui avons fidèlement payé le nôtre, deveau très-onéreux par lés accroissements successifs que l'arbitraire des Trarzas a imposés à l'incurie des traitants et à ta faiblesse de l'autorité locale.
L'escale, objet de la convoitise des Maures, leur appartenant enfin, ils vinrent annuellement, de janvier à juillet^ c'est-à-dire pendant la saison sèches sur les bords du fleuve, où ils trouvaient pour leurs nombreux troupeaux une nourriture bien autrement abondante que celle fournie par les rares oasis du désert. Eux-mêmes, obéissant à cet instinct de pillards qui iie les abap,donne jamais, dépouillaient les noirs et s'appropriaient, de gré ou de force, tout ce qui leur tombait sous la main. Les plaintes les plus vives recevaient d'autant moins d'accueil que les victimes devenaient tous les jours plus faibles.
Ces bandits agissaient avec une audace telle que les gens du Walo reconnurent bientôt la vérité de
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ce vieil adage africain : « Un Maure et un noir ne « peuvent jamais vivre en paix côte à côte. » Aussi, sous le brak riDiak Aram^ se décidèrent-ils à abandonner la rive droite, espérant, vaine illusion ! que le fleuve serait entre eux et leurs persécuteurs une barrière infranchissable.
WDiak Arain quitta Dgiourourbel et s'établit à DciAirGuié ; peu à peii son peuple le suivit, et la rive droite fut entièrement évacuée.
Tout homme, tout peuple qui recule est poussé par son adversaire; nous verrons bientôt là rive gauche envahie par les Maures, et le Walo s'anéantir, sous l'influence des causes que nous allons énumérer, devant la puissance et F audace des Trarzas.
En effet , fomentée ou non , la guerre ne tarda pas à éclater entre les deux branches de la famille royale, les. Dgioss et les Tedgiègue.
En ce temps, les Dgioss étaient très- puissants ; les Tedgiègue^ qui penchaient pour lestrarzas, aux« quels un brak de cette race avait déjà vendu l'escale, leur demandèrent assistance, promettant, pour le cas où l'autorité leur resterait, de mettre leur pays- sous la suzeraineté de leur roi. Ils devaient reconnaître cet état de va^selage en payant, savoir : le brakj,k la tribu des Al Hamar Ould El/, d'où sortent les rois, un moule (petite mesure) d'or tous les ans; et le reste du peuple, aux el Cherki Quld
Eddy et aux el Touansi^ tribus de princes^ une redevance en mil et en guinées.
Lest Maures se hâtèrent d'accepter ces conditions. La guerre prit dès ce moment un caractère d'extermination qui força les Dgioss et leur parti à fuir le. Wàlo ; ils se répandirent dans les pays voisins, et le canton du CAifOR qu'on appelle le Diambour reçut une grande partie des émigrés du Walo. Cette race a; aujourd'hui encore, les Maures en horreur. Quand nous . voudrons sérieusement repeupler le Walo, il n'est pas douteux qne les proscrits n'accourent à notre voix, surtout si, protégés par nous, ils voient^ en retrouvant une patrie objet de leurs regrets, l'occasion d'assurer leur indépendance et de faire expier à leurs oppresseurs leurs cruautés et leurs brigandages.
Nous avons dit que l'imagination de ces peuples africains se livrait à de singulières exagérations ; en voici, entre mille, un exemple qui nous semble assez curieux ; nous le citons parce qu'il nait de notre sujet.
Non loin du poste français de Lampsar se rencontre une colline de sable rouge, point culminant d'une série de dunes; elle s'appelle Toumou Marrana (montagne du bonnet). Si on en croit les noirs, dans une des guerres entre les Dgioss et les Tedgfègae,,une des deux armées perdit un chef impor-
tant qui fut enterré en ce lieu. Chaque soldai s'empressa de remplir de sable son bonnet, dont il jeta son contenu sur le corps. Le nombre des combattants était si considérable que le sable ainsi répandu forma la colline actuelle
La branche ledgiègue resta donc maîtresse du pays ; mais les Maures, loin de se contenter du tribut convenu^ la tinrent sous une domination qui devint bientôt absolue; ils écrasèrent le pays, lui imposant de nouvelles charges et le ruinant par des pillages toujours impunis. Ils appliquaient ainsi une maxime barbare de leur code politique : « Qu'il faut fouler « le peuple et le rendre pauvre pour qu'il soit sou^ « mis et respectueux. »
Sous l'influence de ces causes de dissolution, le Walo déclina rapidement; le reste de la popula* tion; réduit à l'état que nous avons déjà décrit, périt ou se dispersa.
Cependant^ en 1819, le Walo se mit sous la protection de la France; il commençait à renaître, à reprendre une nouvelle vie, lorsqu'il fut replongé dans le désespoir et la confusion par les événements dont nous parlerons bientôt.
Les Trarzas ont à leur tète, comme les Braknasj un roi choisi par les princes dans la tribu el Hamar ould Elj-^ laquelle est la descendance directe de Ely Skandoro. Celui-ci, si on en croit la tradition^
aurait présidé à rémigration des Trarzas^ comme Hakreureige à celle des Braknas. Cette tribu, jointe à celles des el Sherki ould Edy, dont la voix est prépondérante pour l'élection,, et des el Touansij compose la grande tribu des Ouladmeun l)a matin , qui absorbe l'autorité et l'influence politiques.
l^e roi n'est puissant qu'en raison de son intelligence et de ses richesses; il ne peut, ainsi que nous l'avons vu, entreprendre rien de sérieux sans avoir consulté les princes et lés chefs de tribus. Au moindre mécontentement ceux-ci» abandonnent le pays avec leur famille, leurs vassaux , leurs adhérents et leurs captifs, et vont établir, dans un pays voisin , ua foyer d'intrigues qui entravent toujours le roi, quand elles ne parviennent pas à le renverser. C'est ainsi qu'il y a à peine dix ans Hamet ould Eleîgatt , frère de Mohamei el Abid^ irrité de ce que celui-ci s'appropriait toutes les redevances des tributaires, sortit du pays et se retira chez les Brak*nas^ avec lesquels il avait des relations amicales depuis son mariage avec la sœur iV Uamédou.
Lorsque le parti de nH Diak Moclar fut dispersé, OuldEleîgàtt se rendit dans I'Adrar, ou tous les mécontents allaient le rejoindre.
Mohamed el Abid^ voyant que ces désertions étaient d'autant plus dangereuses qu'elles venaient des tribus royales, fit solliciter son frère de revenir
dans le Trarza , et , sur ses refus réitérés , prit la résolution de le faire assassiner.
La tribu des Rhallà habite le haut Trarza , non loin de TAdrar; les princes émigrés , la sachant dévouée à Mohamet el Abid^ n'hésitaient pas à la piller. Ces hommes irrités s'entendirent avec le roi pour lé débarrasser de son frère; il leur promit, pour prix du sang, trente pièces de guinée ; mais ils voulaient des assurances publiques contre les vengeances ultérieures du roi lui-même et de sa famille. Mohamet el Abid dut convoquer une assemblée; quand elle fut réunie, les Khalla dirent au roi que leur patience était à bout, qu'ils voulaient ti-^ rer vengeance des avanies des princes émigrés, tf Mais pendant le combat, ajoutèrent- ils, nous « pouvons tuer quelque prince ; dans ce cas , que « feras-tu ? j»
Le roi leur répondit : « Si vous rencontrez dans « TAdrar mon fils aîné Sidjy que voici, tuez-le..., « votre action me paraîtra juste...
Ainsi rassurés , les /î7m//fl résolurent d'employer la ruse, et, s'étant rendus en petit nombre dans un bois situé près du lieu habité par Ould Èleïgatt, ils appelèrent celui-ci à une conférence; mais il refusa . d'abord en disant : « Je n'irai pas au rendez-vous, à moins qu'un tel... (un de ses amis qu'il indiqua) ne m'invite à venir. » Or, celui que le prince désignait
était présent y mais il ignorait le but secret des conjurés; il se montra, et le prince vint...
Après une longue conférence, au moment où Outd- Eleîgatt se retirait, un des conspirateurs le tua . . .
L'ami dont la victime avait suivi la foi^ furieux de ce que son nom venait d'être déshpnoré, voulait tuer le meurtrier; mais les autres l'entourèrent et l'entraînèrent loin du théâtre du crime.
Quand Mohamet el Abid -apprit ce forfait, il donna des signes publics d'un affreux chagrin ; il fit, selon rus<\ge dans les grandes douleurs, abattre sa tente et resta dessous, accroupi, la tête enveloppée dans son coussabe; il gémissait tout haut....
Les Trarzas, sans croire à de pareilles démonstrations, n'osaient troubler ses lamentations hypocrites; mais Hamet Toula y vieux prince à cheveux blancs, indigné de tant d'audace, souleva la tente, tira le roi par le bras en lui disant : u Pourquoi « pleurez- vous ? Est-ce la joie qui vous étouffe? € N'est- ce pas vous qui l'avez fait tuer ? Levez- vous, « et n'ajoutez pas l'odieux de vos pleurs à l'horreur #t de votre crime ! ! . . .
Après la grande tribu des Oulad meurt Daman n se placent de^ tribus de princes moins élevés en dignité, mais jouissant d'une influence notable ; comme indice et constatation de leur position hiérarchique, elles ne sont soumises à aucun impôt.
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En première ligne nous, trouvons les Oulad Da^ mariy qui se divisent, nous Tavons dit, en trois branches : les Àltamm^ les Sassis et les Abolé; viennent ensuite les OuUid Bôlïa , les Heuleapp , qui ne s'approchent jamais des bords du fleuve > les Jzounas , pillards du roi dans le Walo et les pays voisins, et les Dakshar,
Dans un rang inférieur, on rencontre les tribus de guerriers payant un impôt ; ce sont les Khalia^ les MeuradinCy les Rouei Jatty les Idérïkj les Lemck, les Roumbatiney les S'heubeyrattj les Loumagujr, les Dabagara y les Beuss'ba, les Takarradiente, les Dàlbajo et les Oulad Bouli,
Ces honimes combattent à pied et à cheval ; cependant, quand la bataille devient sérieuse, quand la victoire est disputée, tout le monde met pied à terre.
Dans les combats (ju'ils se livrent entre eux, les Maures déploient une assez grande bravoure; mais s'ils ont à affronter une force [européenne ils deviennent hésitants, et reconnaissent si bien la supé* riorité de notre courage et de nos armes qu'ils se dérobent le plus ordinairement à nos coups, éternisant ainsi une lutte qui finirait bien vite si nous pouvions les joindre corps à corps.
Les Maures n'osent jamais attaquer un point fortifié ; leur tentative contre la tour élevée derniè-
rement pour défendre notre pont de Lrtbar sort tellement de leurs habitudes, et, dans ce combat, quelques soldats français ont déployé une intrépidité si héroïque, que nous devons consigner ici ce beau fait d'armes.
Vers le 20 avril de cette année (1855), pendant que le gouverneur parcourait à la tête d'une colonne la rive droite , le roi des Trarzas, abandonnant son pays, franchit le fleuve, travers^ le Walo et vint à Lexbar, dans l'espoir d'envahir File de SoR et d'enlever, sous nos yeux, les bestiaux capturés sur ses sujets.
En arrivant au Gué, il vit, avec un profond étonnement, un blokhaus en maçonnerie qui, six jours avant, n'existait pas. Il fallait enlever cette tête de pont
Excitant l'ardeur des quinze cents hommes qu'il commandait, il les lança contre l'ouvrage..... mais là, reçu avec un sang froid admirable par la petite garnison que commandait le sergent Brunier^ il vit sa troupe décimée par des coups qui choisissaient teur but. Furieux de leurs pertes, les Maures se ruèrent jusqu'au pied de la tour, cherchant à tuer ses défenseurs en tirant à bout portant dans les créneaux...
Le combat dura, avec un acharnement incroyable, pendant cinq heures et demie ^ au milieu des hurle-
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menls des assaillants, excités encore par les lamentations de quelques indigènes qui s'étaient, à la hâte, réfugiés dans Touvrage, et que Tattaque avait remplis d'une profonde terreur.
A la fin les Maures, abattus, découragés, prirent le parti de s'enfuir, salués à leur départ par la mi« traille d'une pièce dont le fortin était armé.
Le roi, dans sa précipitation, abandonna sur le lieu du combat la peau de mouton qu'un chef emporte toujours avec lui pour en couvrir la terre sur laquelle il s'asseoit^ son chapelet et le morceau de viande dont il déjeunait au moment où la mitraille vint siffler autour de sa tête.
Vingt-sept cadavres et cent blessés au moins apprirent à ces barbares ce que pouvaient quelques jeunes Français commandés par un chef au cœur intrépide.
Profondément découragés, les Maures s'enfoncèrent dans l'intérieur du Walo; mais leur rage se tourna bientôt contre Mohamet el Abidy et ils l'accablèrent de reproches sanglants, o Tu te van- « tais, disaient-ils, d'écraser le gouverneur; vaine « fanfaronnade!., à sa vue, tu fuirais comme un K lâche. Que vient-il de se passer? Tu as été battu « par un de ses sodards qui commande quatre « blancs »
Ce mot sodard^ sous lequel ils désignent nos sol-
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date, est un terme de mépris. En effet, ils sont convaincus que tous les militaires non revêtus du grade d'officier sont des esclaves de TEmpereur ; or il est déshonorant pour un prince maure de se mesurer avec un faomme de basse extraction. Ne reconnatt-on pas là cet esprit féodal dont nous avons parlé si souvent?
Gomme chez les Braknas^ les tribus de marabouts mènent une vie paisible; ils jouissent au Trarza d'une considération plus grande encore que chez leurs voisins; les Trarzas, en effet, sont plus zélés que les Braknas dans la pratique des règles du Koran.
La première tribu de marabouts est celle des Oulad Deyntannj qui se divise en cinq branches : les Oulad Sidil Faljy les Oulad Baba Hametj les Idàbou , les Dowe Daîch et les Daîch Farra.
Ces hommes, objet de la vénération universelle, disposent d'une complète liberté d'action. Le roi les redoute, les ménage avec soin, et ne manque jamais, à certaines époques, de leur faire des présents considérables, pratique imitée par les princes.
Considérés comme des nobles de race, les marabouts, peuvent s'unir à des femmes de tribus princières. A la tête de revenus importants, de richesses entassées de génération en génération , leur préoccupation exclusive est d'entretenir le fanatisme de
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leurs compatriotes, et d^ leur souffler sans trôvé çfi^t^ baine des chrétiens, ce mépris des noirs, qui d^tipguent à un si haut degré la nation trarza.
L^ autres familles ou tribus de marabouts sont 10S Af^iidelich ^ les Chorf/os, les Coumbelles^ les Tahodra^ les Derropp^ les Dgiarmadgi^ les Ou/eut Bazeïde et les Talamett Schirr. Ces derniers ont pour chef un marabout célèbre dont nous avons p^rlé, ^ç/ifrr Sidîa. Son instruction profonde dans l^s^ chpi^ du Koran^ $^ piété^ son esprit de sagesse l'ont rpndu si vénérable aux yeux de ses çordigipnpaires qu'ils lui croient le don de seconde vue et lui attribuent le pouvoir des miracles. Quand sa protection s'étend sur quelque prince ou trib^taire, le protégé devient de suite un homme considérable, respecté de tous.
Lorsque Mambdoul Ragel fut élu roi des Brakt nas^ Uohcimet Sidj^ roi actuel ^ alla visiter Schirr Sidîa. Il eut le talent de gagner Taffection de œ m^r^out, qui lui prédit qu'il serait roi. un jour, et l'adopta en quelque sorte pour son fils. La cérémonie; consiste à placer l'adopté sous le large boiikoM de l'adoptant, de manière que le premier, se trouvant couvert par l'étoffe, ait son corps en contact avec le corps de l'autre.
Cette protection ainsi publiquement déclarée rendit Mohamet Sidy sacré aux yeux des musiil-
mans. Elle entrave encore Mohamet el Abid dans Texécution de ses perfides desseins contre le roi des Braknas.
. Enfin les captifs forment une classe à part. Nous iie reviendrons pas sur ce que nous avons dit des Aratinesy en parlant des Braknas; leur régime est à peu près le même parmi les Trarzas^ avec cette nuance cependant que les captifs de fraîche date y sont traités plus durement encore que chez les Braknas.,
Dans les guerres on les pousse en avant; ils supportent ainsi les premiers coups. Ce premier rang, ai recherché des peuples au cœur noble , est abandonné ici aux races dégénérées.
Mohamet el Àbid^ roi actuel des Trarzas, exerce, nous Tavona dit, sur la nation une influence qui, bien que grande, n'est pourtant pas sans contradicteur.
Le$ affaires, les divisions, les sympathies secrètes ou avouées des Trarza^ sont tellement liées aux combinaisons et aux besoins de nôtre politique, dans le fleuve, que, pour bien démêler les- intérêts qui nous sont contraires de ceux que nous pourrions tourner à notre avantage, il nous semble utile de faire connaître avec quelque développement Tbistoire oofiîtemporaine de la nation trarza.
Vers la fin du siècle dernier, Elikauri était roi ;
son autorité sur sa nation était incontestée ; elle se faisait sentir même dans les pays voisins; il avait considérablement étendu la puissance trarza au détriment du Walo. Les habitants de cette contrée, déjà refoulés sur la rive gauche , achevèrent leur ruine lorsque, ainsi que nous Tavons dit, la branche tedgiègue invoqua , pour- dominer, Tassistance d'JFlikauri.
A sa mort, ce roi laissa encore à la mamdie un fils appelé Mohamet EUkauri,
L'autorité fut confiée, selon la coutume, à ilfoctar Amar^ frère du roi décédé. Il ne tarda pas à mourir sans enfant; son frère ^^/eifeVe le remplaça. A sa mort, ce dernier ne laissait qu'un jeune fik, Moctar Aléïte.
Le troisième frère, Amar Couniba^ prit le gouvernement, et mourut bientôt, laissant aussi un enfant très-jpune, nommé Mohamet Damarr. De ces trois enfants, aucun n'était en âge de gouverner; les princes durent pourvoir à l'administration des af^faires. Leur intention bien connue était que le pouvoir restât dans la famille à' EUkauri; mais il fallait qu'en attendant la majorité de Mohamet Elikauti le pays fût confié à un homme sûr, dont l'expérience et la capacité offrissent des garanties*
Amarould Moctar semblait réunir ces conditions ; en conséquence ils le firent roi temporaire.
Ce prince descendait bien d'Ely d/iari/loro :, mais pai" une branche éloignée; il ne pouvait donc, d'à* près la coutume , avoir la prétention de posséder jamais Tautorité souveraine.
C'était un homme habile, qui, dès le début, conçut la pensée de garder, pour lui et sa famille, le pouvoir qu'on avait mis entre ses mains à titre de dépôt.
Son administration tendit à réaliser cette convoitise; il caressa les princes et les marabouts, poussa vigoureusement r influence des Trarzas au dehors, et, parsjBs libéralités et ses manœuvres, se fit unparti puissant.
Lorsque Mohamet Elikauri fut en âge de gou* vemer, il revendiqua hautement ses droits, mais Amar ould Moctar^ se sentant fort, refusa nettement de les reconnaître.
Pour bien dessiner la situation et voir ceux qui lui resteraient fidèles, il leva son camp et se retira dans l'intérieur, invitant ses partisans à le suivre. Sur cette démonstration, la grande tribu des Oulad meurt Damann se divisa; ses membres prirent parti, les uns pour Amar ould Moctar^ les autres pour Mohamet Elikauri^ et la guerre civile commença.
Mais Amar ould Moclar avait ménagé de longue main la situation et les esprits; son âge, l'habileté qu'il avait déployée, les habitudes prises amenèrent