DR LA SÉNÉGAMBIE
autour de sa personne et au, soutien de sa cause la majeure partie de. la nation. Mohamet Elikauri dut bientôt se convaincre qu'il n^aurait, dans la lutte, que des chances défavorables; dès lors il se^ résigna^ et, attendant des temps meilleurs, il quitta le pays.
Il se retira, avec ceux de ses partisans qui lui restèrent fidèles, chez les Zénagas du pays Dowiaff : ceux-ci le reçurent avec empressement, le traitèrent honorablement et lui donnèrent en mariage LaHa^ princesse du sang royal. C'est de cette époque que date la haine des Zénagas contre Mohamet el Abid^ haine dont nous avons vu les effets, et que nous pourrions utiliser dans Tintérêt de notri^ politique.
Mohamet Elikauri ^^XsIkXiX, donc au pays Dowic» ; du lieu où il s'était fixé /il dirigeait des iticursioils incessantes contre le Trarza. Actif, très-^brave, fl acquit rapidement la réputation de chef habile^ de guerrier redoutable. Chaque fois qil'il rencontra^ les partisans de son ennemi, il les mettait mi fuite ;i mais âes moyens étaient bornés; il avait à lutter contre un adversaire qui disposait de toutes les x^ sources de la nation^ sans oèl^se renouvelées par tes coutumes perçues à l'escale. v.
Pendant que la misère ébranlait la fidélité dé bes amis, soti rival se consolidait Jét la nation s'irritait; car elle payait, sous une forme ou sous une autre,
te prix de ces qpuerelles intestines. Peu à peu les amis de Mohamet Elikauri le quittèrent, et il se vit forcé d'interrompre le cours de ses stériles succès.
Mais en Tannée 1819, lorsque le Walo, voulant secouer le joug des Trarzas^ se mit sous la protection de la France , que la guerre éclata entre ce pays et ses oppresseurs y Mohamet Elikauri^ saisissant l'occasion de recommencer la lutte, quitta leDowictf , .et vint^ sur un navire qni descendait de Bakbl , offrir ses talents à la guerre et l'influence de son nom au peuple du Walo.
La guerre prit^ dès ce moment un caractère sérieiïx ; Mohamet Elikauri y plus à (i^rtée du TftARZA , réveilla le courage de ses partisans , et , ô'il ne remportait pas toujours sur son compétiteur des avàn* ttgéè signalés ^ au moins le terialt^il fortement efn ecnec.
De notre côté, sans prendre ouvertement le parti de Mohamet Elikauri^ nous soutenions lé Walo.
Il y avait alorè parnii les Trdrzas un ptincê nomtné Orner; son grand âge l'avait rendu l'objet de la vénération universelle; il était chef des d Shéfki ouid Edy qui jotienl un si grand rôle dans Féleciion des rois.
S6b fils, HametFally joignant à l'itiflueiice de sdn p«rë celle qu'il s'était acquise liii-ittémé ^ki iiâé bravoure d toute épreuve, vivait eh état d'indépên-
264 DR LA SÉNÉGAHBIF.
dance; c'est à peine s'il reconnaissait Amar ould Moctar pour son souverain ; dans tous les cas il mér prisait ses ordres.
Celui-ci , loi*sque les Français prirent parti pour le Walo, avait défendu de leur vendre de la gomme; mais HametFall^ se moquant de cette défense, ame<^ nait lui-même les caravanes, soit à Dagana, soit à M'bilor, où s'étaient rendus nos traitants^
Amar ould Moctar^ impuissant à s'opposer aux pratiques àiHamet Fallei le voyant retirer de son audace un parti fort avantageux , se détermina à solliciter la paix. Nous eûmes le double tort de nous rendre à ses vœux et de ne pas stipuler en même temps au nom des gens du Walo; de sorte que notre escale s'ouvrit au lieu ordinaire, et que la guerre continua entre les Trarzas et le Walo resté fidèle à Mohamet Elikauri.
Qu'on s'étonne encore qu'après cette marque d'indifférence, qui n'a pas été la seule, les bom* mes du Walo aient peu de confiance en nos promesses, et refusent, dans la crainte d'un nouvel abandon , de se ranger de notre côté.
En ouvrant l'escale de Lawar , Amar ould Mac* iar comprit que, s'il n'entretenait qu'avec nous des relations de t^ommerce, il pourrait, à notre volonté, être réduit, lui et sa nation, à l'extrémité doiiC il sortait; il se mit en* conséquence en communica-
FBANÇAISE. 365
tion avec les Anglais de la Gambie, elles sollicita de venir à Portendik .
Mais les négociants et les traitants du Sénégal virent avec inquiétude le débouché nouveau que s'ouvrait le roi des Trarzas; mus par un intérêt naturellement contraire à celui qui déterminait Amar ouM Moctarj ils s'entendirent secrètement avec Hamet Fallj et l'excitèrent, par des présents trèsconsidérables, à empêcher la tenue de Tescale de PoRTBNDiK. Hamet Fall^ s'y étant décidé, se disposa à partir dans ce but: c'était en Tannée 1822.
AmcLT ould Moctar^ à la nouvelle du voyage à' Hamet Fait, tomba dans une violente colère; il comprit d'où partait le coup et son impuissance à se venger de nous...
ïl avait alors cinq fils , Brahim Waly^ Elikram^ nachy Mohamet el Abid^ Ould Eleîgatt et Bow)^ boîna; il les appela, et leur exposa la situation intolérable que faisait Hamet Fall à lui et à sa famille.
« Cet homme ^ leur dit-il, est le véritable roi du te Tbârzà; il m'accable d'insultes, il ne tient aucun « compte de mes ordres. Si je n'étais pas un vieilli lard, Hamet Fa/l éfrou\ersdi les effets de mon res- « sentiment, mais il sait que les forces m'abandon-* « nent, et il méprise mes cheveux blancs. »
Après ces lamentations il se mit à pleurer; puis^
S66 DE LA SËflËGANDlE
voilanl sa télé île son cmissabe, il cougédia ses enfants.
Brahini ffii/y, F.(rkramiiach el Mohamet el \ihid avaient gard^ un profond silence pendant [es
i ^plaintes de leur père; les deux autres, encore en bas âge, ne comprenaient rien à ses doléances. Les trois alués se réunirent dans une conférence secrète; là Brahirn H^aly dit à ses frères : « Les larmes de « mon père me brûlent le cœur; il faut que je tue a Hamet Fall. » Effrayés de cette résolution, ses Irères lui représentèrent que Hamet Full et son père Om(fr étaient bien puissants; que la mort du premier allait raviver la guerre civile et donner de nouvelles forces au parti de Mohamet Eliktiuri; que celte mort amènerait la ruine du pays , et, pour leur famille, la perte peut^^Hre de cette autorité que leur père avait conq^uise et conservait avec tant de peiiie. Mais Hrahiiii f^afy demeura inébranlable. «■ il « tant, dit-il, que les larmes de mon père soient « vengées. Je me considérerais comme déshonoré « si moi, l'aîné de la famille, je ne portais pas se- « cours à mon père dans son afîlictiou. Hamet Fall 1* mourra... »
El, après leur avoir recommandé le secret le plus absolu, il partit pour Porte^bik. Il voyagea avec quelques fidèles initiés à ses dessins, et fît une telle
,. diligence ([u'il arriva iivani HnmelFnlI.
fRASÇAisr. 96"î
Celui-ci, bien qu'averti du liépart de lirnhiiii If'aljr, n'hésita pas à se rendre à Pohtehdik; il avait avec lui un certain nombre d'amis, et entre autres Mokamel Dartmrr, (ils du prince AmarCouinba. il disait en route qu'il méprisait tellement cette famille A' /imar ould Moctiir qu'avec son bâton seul il chasserait Bmhiin H alj de l'escale. Quand ses compagnons lui représentaient que cet homme pourrait bien attenter à ses jours, il se mettait à rire en agitant son bâiou.
Lorsqu'ils furent arrivés à une petite dislance de P08TEN01K, ils virent venir à eux Hrahiin Wa\j, suivi de quelques-uns des siens; il marchait à pied, tenant son fusil à la main. Mohnrnet Damarr, qui montait le môme chameau t|ue HamelFall, lui dit: « Voici Brahim tValj; il a l'air d'un honirae déci- « dé à faire un mauvais coup; il va bien certainea ment nous attaquer : voyez sa Ëgure sinistre. Met- » tons pied à terre, nous aurons plus de facilité « pour nous défendre... »
Ha/net Fait hésitait... Cependatit, après un moment de réflexion, il 6t agenouiller son chameau et descendit; il était sans armes, tenant a la main le miûce bàlon qui sert à stimuler le chameau.
Pendant ce temps lirahim H atj était arrivé auprès du groupe A' Humei Fait; il salua celui-ci en pronunçani la lorniiilp onliriain! : Sala imi/^koum.
Hamei Fall répondit, comme c'est l^usage : Malékown salam. brahiin lui dit : « Vous venez ici pour « exécuter un dessein que je connais; vous n'ac- « complirez vos projets qu'après m' avoir marché a sur le ventre. » Et au même instant il le tua d'un coup de fusil...
Ce forfait amena entre les amis des deux princes un engagement dans lequel plusieurs furent tués, et entre autres Mohamet Damarr»
Les marabouts qui, pour trafiquer^ s'étaient déjà rendus à Portendik^ apprirent bien vite la mort &\Haniet Fall et de Mohamet Damarr, neveu de leur ancien roi Elikauri, Pénétrés de douleur, ils se rendirent au lieu de l'assassinat, et procédèrent k l'inhumation des cadavres.
Cependant Brahim fValj partit de suite pour le camp de son père; ce fut lui qui annonça à Amar ould Moctarqxxe l'homme qui l'avait outragé, que HamelFall avait cessé de vivre.
Le roi comprit qu'un ennemi nouveau, le plus dangereux de tous, allait surgir. Avant que la nouvelle du criiQe de son fils ne se fût répandue dans les camps, il chercha à raffermir le zèle et la fidé» lité de ses partisans, et, ne s'en tenant pas à ces précautions, il envoya auprès A^Hamédou^ roi des Braknas^ pour lui demander secours contre Orner, Les Braknas vinrent en «ffet.
FRANÇAISK. 269
Àu moment où ces événements s'accomplissaient, Mohamet et Abid^ troisième fils XAmar ould Mociarj se trouvait à Tescale de Lawah , malade , livré aux soins de M. À lin , depuis maire de Saint^Louis , qui s'occupait avec quelque succès de médecine et de chirurgie.
Quand il apprit la mort ôHiamet Fatt^ il oublia sa maladie et s'enfuit précipitamment, abandonnant tout, même sa tente, qui, recueillie par M. A lin y fut rendue plus tard au prince par Tinteriâédiaire des Brakmis,
' Cependant Omtr était au camp des Azounas, voisin de celui du roi» lorsqu'un bruit sinistre se répandit parmi les siens : Hamet Fall était mort assassiné par Brahim fVnlj..,. Mohamet Damarr avait succombé en cherchant à venger son ami.,. La stupeur envahit les cœurs ; mais personne n'osait annoncer à ce malheureux père le meurtre de son fils.,. Un ami fidèle se chargea enfin de cette triste mission.
Orner j apprenant l'assassinat, ne fit entendre aucune plainte; mais, étendant le bras, il prononça le mot sacramentel Jameléîrnann^ que les fVolofs traduisent par Aram. Celui qui a dit ce mot en annonçant qu'il ferait telle ou telle chose doit, sous peine de déshonneur, tenir sa parole : O/wpr jura qu'il poursuivrait jusqu'à la mort Amar ould