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Moctar Qt sa race; qu'il donnerait un autre roi aux Trarzas^ et qu'il rejetterait au fond du désert cette famille d'assassins qui avait volé le pouvoir. Les Azounas s'associèrent tous à ce serment.
Orner, sans perdre de temps, envoya des messagers dans le Walo ; ils invitèrent en son nom iWipfiamet Elikauri à passer sur la rive droite avec les chefs du Walo. On devait s'entendre avec Omjer sur la direction à donner à la guerre qu'ils allaient désormais faire en commun.
Mohamet Elikauri n'hésita pas, comme on le pense bien« à accepter ces propositions ; s' étant rendu auprès d' Orner avec les principaux du Walo, il s'entendit avec lui et fut proclamé roi.
Afin de combiner mieux leur syst^e d'attaque, ils passèrent tous dans le Walo.
Les Braknasy auxiliaires ôHAmar ould Moctar^ apprenant là révolte iX Orner et des Azounas^ et l'alliance qui venait de se former entre cei:^x-ci et les hommes du Walo, craignant que les Français ne prissent parti pour Mohamet Elikauri^ refus^ent de continuer leur assistance et rentrèrent dans leur pays.
Cependant Mohamet Elikauri^ Orner et les gens du Walo ne s'endormaient pas; ils préparèrent une expédition contre Amar ouLd Moctar. Le premier, à la tête d'une troupe nombreuse et bien armée, passa sur la rive droite et s'avança vers son ennemi.
Il rptteignii en un lieu nommé Tbwourwour. Les dei)}( partis; très- animés, combattirent avec un acharnement qui a laissé de profondes traces dans Te^prit des Trarzas. La bataille fut donc très-sanglante; Amar ould'Moctary complètement battu, y perdit deux de ses fils, Elykram Nach et Brahim Waljy Fassassin, qui fut tué par Brahim Krevdilly frère à' H a met FalL
Dans la précipitation de sa fuite Amar ould Moctar abandonna son camp; les valeurs qu'il renfermait, un grand nombre de chevaux et d'abondants troupeaux de chameaux et de^bœufs devinrent la proie des vainqueurs.
Le vaincu se retira au fond du désert, triste, abattu , mais ne perdant pas tout espoir. La guerre dégénéra en affaires de partisans.
Mohamet Elikauriy maître des bords du fleuve et d'une partie considérable du Trarza, vit ses forces s'augmenter de jour en jour. Ses talents, la victoire signalée qu'il venait de remporter, ses droits, le nom de son père, lui attiraient de nombreux auxiliaires. Il tenait l'escale et percevait les coutumes.
Amar àuld Moctar, au contraire, sans cesse harcela, toujours obligé de reculer, allait disparaître de la scène politique; l'autorité de son compétiteur devenait définitive , et chacun la reconnaissait , lorsqu'en l'année 1827, et à intervalles rapprochés.
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Orner mourut et Mohaniet Elikauri fut tué, par un obscur tributaire, dans une expédition de peu d'im-' por tance.
Il est utile, pour T intelligence des choses, que nous fassions connaître la cause de l'expédition dans laquelle ce prince rencontra la mort ; ce détait jettera quelques lumières sur la^ politique suivie au Sénégal depuis Tannée 1830.
En 1827, M. Pellegrin était maire de Saint-Louis; le maire alors dirigeait, sous l'autorité plus ou moins bien éclairée des gouverneurs, notre politique dans le fleuve. M. Pellegrin jouissait, ajuste titre, d'une grande considération, aussi bien à Saint-Louis que parmi les populations riveraines ; son nom est encore aujourd'hui tenu en très-grande estime parmi nous. Intelligent, généreux, résolu, il poursuivait la réalisation des vrais intérêts de la colonie et voulait l'affranchissement du Walo.
Il était l'ami dévoué et le soutien de Moka met Elikauri^ qui passait ses loisirs à Faff, sur la rive gauche , auprès de l'habitation que possédait en ce lieu M. Pellegrin.
Vers le commencement de l'année 1827, M. Pellegrin descendait le Sénégal; il avait à son bord quelques //2C/W/7CW. Arrivé aux environs deDciA^NDou, près le marigot de DctADGEft ou des Maringouiius, il avait mis à lerreune partie de son équipage €t
envoyé dans Tintérieur un homme chargé de tuer quelque gibier. Celui-ci remarqua avec étonnement que le gibier qu'il voyait se dirigeait avec effroi vers lui. Habitué à la vie des bois, il comprit qu'une troupe venait en sens opposé, marchant vers le fleuve ; dès lors il soupçonna quelque embûche, et, rebroussant chemin, courut avertir M. Pellegrin. Â peine les hommes qui étaient à terre avaient-ils eu le temps de se rembarquer, au moment où on déployait la voile pour gagner la rive opposée, qu'une bande d! Oui ad Dakshnr^ partisans à'Amar ould Moctary apparut, et, tirant sur Fembarcation , tua quelques hommes et en blessa plusieurs; M. Pellegrin fut lui-même atteint.
Lorsque la nouvelle de cette surprise et de la blessure de son ami parvint à Faff, Mohamet Eli^ kauri jura de tirer des Oulad Dakshar une éclatante vengeance, il partit, en effet, les poursuivit à outrance, et, ayant fini par les joindre, il en fit un grand carnage.
Le combat terminé, il se reposait un peu à l'écart, laissant les siens poursuivre et achever les fuyards, lorsqu'on vint l'avertir que ses compagnons avaient rencontré, parmi les ennemis, un captif de sa famille , et qu'ils s'apprêtaient à le tuer ; aussitôt il courut de toute la vitesse de son cheval et arriva
assez à temps pour sauver la vie de l'homme.
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Il le fit jyionter en croupe et revint sur ses pas. Le chemin le ramenait vers un arbre touffu dont les branches recelaient un Oulad Dakshar armé d'un fusil. Le captif vit bien que cet homme ajustait son maître; mais il garda le silence, et paya ainsi un bienfait de la plus lâche ingratitude.
Ble§sé mortellement, Mohan\ei Elikauri se pencha sur le col de son cheval, abandonnant les rênes et rendant le dernier soupir. Le captif le poussa, et, s'en étant ainsi débarrassé, s'en fonga dans le désert au grand galop.
Ainsi finit Mohamet Elikauri, prince brave, généreux, plein de talents^ ami des blancs et de leurs idées. Si une mort prématurée ne l'avait pas ravi à ses destinées, peut-être aurait-il poussé son peuple dans une voie de progrès. Il était chevaleresque^ non insensible à la poésie, et laissait voir dans toute sa personne un reflet de cette civilisation arabe dont les Maiires de nos rives conservent un souvenir confus. En effet, des traditions, mais qui s'effacent tous les jours, leur rappellent des contrées plus heureuses où leur race dominait. #
Quand le fils de Mohamet Elikauri^ forcé par la fortune adverse de reconnaître la souveraineté du fils 61 Amar Ould Moctar^ revint dans le Trarza, un jour qu'il cheminait avec quelques amis, il vit venir à lui un Oulad Dakshar, dont la présence excita
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parmi les >^iens un mouvement d'horreur. Il interrogeait du regard ses compagnons, lorsqu'il entendit murmurer ces mots : « Voilà OuldaïUy Tassassin de
Mohamel Elikauri » A ces mots, Moclar^ s'a-
vançant vers l'homme et lui barrant le passage, le tint longtemps cloué sous son regard ; après l'avoir bien considéré, il prononça ces mots : « C'est vous, a Ouldaîa^ qui avez tué mon père? »
Ouldaîa n'avait jamais vu le jeune prince ; il s'informa de son nom. Lorsqu'il sut que c'était le fils.de Mohamel Elikauri^ il se mit à trembler, et courut s'enfermer dans sa tente, où il mourut bien^ tôt de terreur.
Les n^arabouts enterrèrent avec les cérémonies d'usage le corps de Mohamet Elikauri; mais Anuir Ould Moctarj étant parvenu à connaître le lieu où il avait élé placé, le fil exhumer, et, par ses ordres, on enleva les omoplates. En effet, c'est une idée universellement reçue sur les deux rives que, lorsqu'une famille possède ces restes extraits du corps de son ennemi^ elle conserve la prépondérance tant qu'elle reste nantie du talisman. Ce préjugé est ce qui peut-être fait la plus grande force de Mohamet el Àbid. Amar Ould Moctar ne manqua pas de faire confectionner avec les os de son adversaire des grigris qu'il cacha soigneusement, après toutefois les avoir montrés à ses partisans.
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Mohainet Ëlikauri mort, ses amis comprirent bien vite ({n'Amar Ould Mociar allait prendre le dessus : ils commirent la faute d'abandonner la rive droite et se retirèrent dans le Walo.
Ils tinrent là une grande assemblée, dans laquelle ils proclamèrent roi Moctar^ fils aîné de Mohamei Ëlikauri; mais ce prince, jeune encore, n'avait pas acquis sur ses compatriotes cette autorité que donnent le temps ou des exploits remarquables ; il n'obtenait donc qu'une obéissance douteuse. Pendant que son adversaire reprenait peu à peu possession de toute la rive droite, lui, obligé de vivre dans le Walo; subissait des privations qui T aigrissaient. Il aimait d'ailleurs une jeune princesse nommée Boèrika , qu' A mur Ould Mociar gardait dans son camp. Aussi, en l'année 1828, le décourageaient, un peu de légèreté et l'entraînement de sa passion le déterminèrênt-ils à traiter. Amar Ould Moctar venait de mourir. Moctar reconnut la souveraineté de Mohamet el Ahid, et, abandonnant ses droits et le Walo, passa sur la rive droite avec les Maures de son parti.
Mohamet el Abid le reçut avec un empressement hypocrite et des caresses infinies; mais il nourrissait, la suite le prouvera, la pensée secrète de se débarrasser, à la première occasion, d'un prince qui avait porté le titre de roi, et qui joignait à une va-
leur, personnelle, qui allait se développer, les droits incontestables de ses aïeux.
En effet, en 1830, Moctar se trouvant sur les bords du fleuve, un des hommes de sa suite tua nDiak Malwoire^ noir sénégalais, dont le fils a été assassiné, il y a trois ans, presque avec les mêmes circonstances, par Hamadou Hamatj ce chef du FouTA dont nous avons parlé. Il existe ainsi des familles marquées du sceau d'une funeste destinée.
Mohamet el Abid fit répandre même à Saint- Louis que Moctar était l'auteur de ce lâche attentat. Moctar savait l'accusation dont il était l'objet ; mais il pria le roi de rétablir les faits, et de donner au gouverneur les explications nécessaires. Il dut croire, en 1832, que cette affaire était assoupie; d'ailleurs, fort de sa conscience et voulant venir à Saint-Louis, où il avait été élevé, il alla trouver Mohamet el Abid^ et lui demanda s'il pouvait sans crainte se rendre au Sénégal ; celui-ci lui affirma qu'il y trouverait bon accueil
Moctar se mit en route; mais, arrivé à Guet n'Dar, il fut saisi par ordre du gouverneur, avec qui Mohamet el Abid ne s'était jamais mis en communication au sujet du meurtre de n'Diak Mali' w/r<?,jugé, condamné à mort le 19 décembre 1833 et exécuté le même jour, à la grande satisfaction du roi des Trarzas,
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Cette mort consolida le pouvoir de Mohamet el Abid^ à qui la trahison et l'assassinat ne coûtent rien quand il s'agit d'arriver à ses fins. Celte appréciation de son caractère est justifiée par mille exemples, et, entre autres, par le meurtre à'Ould Éteîgati, son frère, et par le massacre, Tannée dernière, du fils et des amis A'Ould Aïda^ chef de rAoRAR, pendant une entrevue pacifique que Mohamet el Abid avait sollicitée, en donnant les assurances les plus formelles de sa bonne foi et de sa loyauté.
Après la soumission de Moctar, la guerre continua entre les TrarzaseX, le Walo. Nous avions jusqu'alors refusé de reconnaître Mohamet el Abid; mais en l'année 1839 un traité iiitervint entre nous et lui. De leur côté les gens du WalO recherchèrent la paix, qui fut conclue, sous nos auspices, à Dagana, après une entrevue solennelle entre le roi et les chefs du Walo. .
Mohamet el Abid fit à ceux-ci les plus belles promesses, avec r arrière-pensée, selon les traditions de sa famille, de les violer au premier jour.
En effet, il s'était aperçu depuis longtemps c[ue le Walo serait pour lui et sa nation un voisin fort incommode tant qu'il ne l'aurait pas rangé sous sa domination absolue. La pensée des secours que 3fohamet Elikauri et Moctar^ son fils, avaient rencontrés dans ce pays, rempUssait son âme d'un. vif et
profond ressentiment ; mais il n'osait démasquer ses intentions en attaquant à force ouverte, car il redoutait notre intervention/
MohameielAbid savait parfaitement que, s'il avait besoin du Walo pour étendre sa domination sur la rive gauche et parvenir à nous isoler au milieu de peuples soumis à son autorité; que, si le Walo, dans son plan, devait tout à la fois lui servir de grenier et de voie de communication , nous avions précisément rinlérêt contraire ; aussi, pour arriver à ses fins, se décida-t-il à employer une ruse fort habile.
Il y avait alors dans le Walo une princesse de cette branche ledgiègue depuis longtemps dévouée aux Trarzas. Elle était jeune. Quoique non revêtue de la puissance officielle, elle exerçait, par sa naissance, ses richesses et ses nombreux captifs, mie influence qui dominait même la volonté du brak. Mohamet el Abid se mit à la flatter, à combler, de présents les captifs de la couronne, sorte de serfs qui, habitant toujours auprès de leur maître, estercent sur eux cette influence de l'intimité, si décisive sur les affaires, ici et ailleurs.
Quand il eut préparé les voies, il fit répandre Cpi'il y aurait de grands avantages pour le Walo dans une sorte d'alliance avec le Trarza, et proposa de la cimenter en épousant le princesse GuirnbotL
Snr cette ouverture, les hommes du Walo se divisèrent quant au parti à prendre. Les Sébébaors, comprenant la pensée secrète de Mohamet el Abid^ voyaient bien que, le mariage une fois accompli, leur pays allait devenir une province du Trarza; qu'ils perdraient, par les effets ultérieurs de cette union, le peu d'indépendance qui leur restait; aussi s'opposaient-ils énergiquement au projet du roi.
D'un autre côté , les captifs de la couronne, gagnés depuis longtemps, assurés de la faveur et de l'approbation de Guimbott, car celte princesse était très-flattée de s'unir au chef d'une race dominante, agissaient avec chaleur en faveur de Mohamet el Abid, « Le Walo, disaient-ils, est tombé dans tin a état de faiblesse et d'épuisement dont une protec- « tion puissante peut seule le relever. Les blancs « nous ont abandonnés plusieurs fois ; ce sont d'ail- « leurs des commerçants dont les vues se modifient « d'année en année, au gré de leurs intérêts. Leurs « chefs changent si fréquemment , celui qui vient « s'attache si bien à faire le contraire de ce que <c l'autre a commencé, qu'il nous est impossible de a compter sur leur assistance. Le roi des TrarzaSj a au contraire, par lui ou par sa famille^ sera tou- « jours à portée de nous secourir, et, d'ailleurs, il a éloignera à tout jamais la branche dgioss, en
a perpétuant la puissance dans la branche ted- « giègue. »
Ces raisons ébranlèrent les esprits ; depuis longtemps d'ailleurs Guimbott était décidée.
A la fin de Tannée 1832, Mohamet el Abid se transporta à Dagana , et là , sous la volée de nos canons, s'accomplit, avec toutes les solennités usitées en Sénégambie pour les mariages légitimes, une union attentatoire à nos droits et qui compromettait si gravement nos intérêts.
Ce mariage changeait toutes les conditions d'équilibre qui avaient présidé, jusqu'à ce jour, au jeu de notre politique locale ; il donnait définitivement à Mohamet el Abid^vàdi sur la rive gauche, une route sûre et commode pour lancer ses bandes de pillards dans le Dimar, le Dgioloff et le Cator; il lui fournissait le mil nécessaire à sa nation , et ces pâturages d'une richesse inépuisable que produisent les plaines du Walo et les bords du lac Pagitiéfoul.
La situation était critique pour le Sénégal; le danger apparaissait si nettement que les moins clairvoyants et ceux qui faisaient semblant d'être aveugles durent le reconnaître ; aussi la guerre ne tarda-t-elle pas à éclater, et le gouverneur d'alors dut amèrement déplorer d'avoir, en faisant mettre à mort le prince Moctar^ suivi les voies étroites d'une justice peut-être impolitique.
Si, en ce moment^ nous avions eu Moctar sous la main, au lieu de rencontrer pour ennemie la nalion trarza tout entière, nous aurions pu réveiller l'ambition de l'héritier iVElikauri et le zèle de ses partisans ; ceux-ci furent, au contraire, dans cette lutte, nos adversaires les plus acharnés.
La guerre, conduite d'abord avec mollesse, fut ensuite poussée avec beaucoup de vigueur par un nouveau gouverneur, M. Quernel^ dont le nom, comme celui d'un brave, restera dans la mémoire des peupies sénégambiens. M. Quernel avait, en peu de mois, réduit Mohametel Abida la dernière extrémité, lorsqu'il fut brusquement rappelé.
Son successeur fit avec Mohamei el Abid une paix malheureuse, contre les conséquences de laquelle nous réagissons aujourd'hui. Le roi des Trarzas s'engagea par le traité du 9 août 1 835 à respecter le Walo et à ne jamais revendiquer pour les enfants qui pouraient naître de son mariage avec Guirnbotl un droit quelconque à la souveraineté de ce pays : promesses mensongères, auxquelles on eut, sous l'influence de quelques habiles, la bonhomie d'ajouter foi.
A peine Mohamet el ÀbidevLi-W eu de GuimboU un fils, qui porte le nom d'/f//, que son influence sur elle devint irrésistible ; les Maures , à son instigation, traitèrent le Walo en pays conquis. Lorsque
les . malheureux habitants de cette contrée avaient amassé quelques provisions, élevé quelques bestiaux, le premier Maure venu leur enlevait ces fruits d'un pénible travail ; à la moindre résistance , les traitements les plus barbares , l'esclavage et la mort les menaçaient. Les Sébébaors^ insultés, avilis, se virent privés de leurs anciennes prérogatives ; à leur place, des captifs de la couronne , mis à la tête des villages et des cantons , violaient, en opprimant les hommes libres, les coutumes des ancêtres. Aucune plainte n'étant écoutée, ils agissaient avec une audace qu'augmentait encore l'impunité.
Tous les ans les Maures , pour nous braver sans doute, traversaient le fleuve à l'escale même, sous le canon du bâtiment de guerre chargé de la protéger ; ils se répandaient partout en bandes nombreuses, enlevaient, au gré de leurs caprices et de leur cupidité, les femmes, les enfants, les bestiaux, les grains, et venaient étaler sous nos yeux le fruit de leurs odieuses rapines. Pour faire traverser le fleuve aux malheureuses femmes ravies à leurs familles par une hideuse violation de toutes les lois divines et humaines, ils avaient l'audace d'èmprunter, par une sorte de réquisition , les embarcations de nos traitants. La convention de 1821 disait que toute la gomme que nous achèterions serait traitée à l'escale ; cet acte, passé avec les Trarzas, ne re-
gardait qu'eux-mêmes : il n'y était évidemment question que de la gomme produite par la rive droite; mais \es Trarzas interprétaient cette disposition dans un sens absolu, et éclataient en menaces quand un Sénégalais achetait sur la rive gauche de la gomme récoltée dans les pays woloffs. Bientôt ils poussèrent Timpudence plus loin ; ils prétendirent que nous devions fournir à leurs agents des moyens de transport pour aller saisir, entre les mains de nos nationaux, la gomme qu'ils avaient obtenue à prix d'argent d'un homme du Walo ou du Dgioloff.... Et nous subissions ces exigences ! . . elles s'étalaient au grand jour ! Par ces procédés, Mohamet el Abidj en agrandissant son prestige, nous humiliait....
Son fils Ely devait être, à tout jamais, étranger au Walo; il n'hésita pas, au mépris du traité, à le faire nommer brio (héritier présomptif da brali). Lors de l'émancipation des esclaves^ il cherchait à attirer, sur un point du Walo, une partie de la population noire de Saint-Louis, engageant ceux qu'il supposait mécontents à venir s'établir, avec leur famille et leurs captifs, auprès de Gab. Il exploitait à notre détriment les appréhensions que la proclamation de la liberté avait fait naître dans le Gator ; enfin , il avait eu le talent, pour mieux masquer ses vues et ses tendances , de conquérir les sympathies du dernier gouverneur... Il touchait à son but!
Bientôt nos commerçants n'auraient pu trafiquer hors de Saint-Louis sans sa permission chèrement achetée, lorsqu'il y a deux ans quelques esprits prévoyants se réveillèrent ; une vive réaction se manifesta contre un envahissement dont les progrès lents, mais continus, allaient sous peu nous étouffer.
Aujourd'hui la guerre a commencé ; elle a pour but final, sans nul doute, d'affranchir définitivement le Walo, de le repeupler, de pousser les anciens et les nouveaux habitants à la culture de ces plaines fertiles , de rejeter les Trarzas siy la rive droite et de les y maintenir, dussent-ils s'y dévorer eux-mêmes.